Administration générale des loteries
L'Administration générale des loteries, instituée dans leur principe à la fin du XVIIe siècle, appelée d'abord « Bureau central des trois loteries » – royale, des Enfants-Trouvés et de Piété –, est une ancienne institution française responsable des loteries sous l'Ancien Régime. Supprimée par la Convention, elle est rétablie sous le Directoire en tant que « ferme des jeux », laquelle perdure plus ou moins officiellement jusqu'en 1838.
Histoire
[modifier | modifier le code]Inspiré de modèles italiens, il y eut à Paris, dès le XVe siècle, des loteries et tombolas privées, en particulier sous le nom de « blanque » sous le règne de François Ier. En 1522, est instituée la rente « à perpétuel rachat et réméré » sur l'Hôtel de Ville de Paris. Ces rentes d'État sont ensuite gérées au XVIIe siècle, sous le ministère de Colbert par une première Caisse des emprunts.

Mais à la fin du XVIIe siècle, les finances royales se dégradent : est alors instituée la loterie de l'Hôtel de Ville qui s'apparente à une tontine : elle servait à payer les intérêts échus des rente perpétuelle et autres emprunts contractés par la ville de Paris mais aussi l’État : sur le modèle des loteries organisées à Londres, au moment de la révolution financière anglaise, à la même époque, un tirage au sort des coupons avait lieu et le gagnant obtenait son argent. Ce système permettait d'inciter les gens à continuer à acheter de la dette publique, et surtout à étaler les remboursements dus par les institutions emprunteuses[2]. Ce système ne va pas sans moqueries et critiques, aussi bien de la part du Clergé que de témoins lettrés, tel Dancourt, qui écrit une comédie, La Lotterie, créée en 1696 à Paris[3].
En , les émissions de billets d'Estat s'accélèrent et un premier édit du roi porte sur la création de 500 000 livres de rentes viagères pour la « lotterie royale » [sic.], dont le receveur principal se trouve être Edme-Claude Lefevre, homme de confiance[4]. L'un des derniers édits de cette nature remonte à et prend la forme d'une tontine, supprimée en [5]. Un aspect méconnu de cette pratique montre qu'à la toute fin du règne de Louis XIV, les billets de loterie d'un montant de 10 livres valaient pour argent comptant dans le cadre du remboursement des rentes au Trésor[6].
Après l'effondrement du Système de Law qui devait en principe permettre de liquider la dette publique, et la formation de la commission du visa qui s'ensuivit, l'État, toujours à court de liquidités, fonde en 1727 le « Bureau central des trois loteries » qui comprend la loterie des Enfants trouvés, qui vient en aide à l'Hôpital général ; la loterie royale de Saint-Sulpice destinée à terminer l'église du même nom, et enfin la loterie des communautés religieuses ou « loteries de pitié » [sic.].
Entre et , sont instituées via le contrôleur général des finances Le Peletier des Forts deux nouvelles « loteries royales » pour le remboursement des rentes constituées sur l'Hôtel de Ville de Paris : les manipulations des agioteurs entrainent leur fermeture — selon La Condamine et Voltaire, le système était totalement déficient[7].

En et , son successeur, le ministre Orry décide de deux nouvelles loteries de remboursement : cette fois les billets sont payables en capitaux de rentes viagères, limités donc à la mortalité du bénéficiaire et non transmissibles. C'est un succès et la seule fois au XVIIIe siècle où recettes et dépenses ordinaires de l’État français apparaissent équilibrées. Toutefois, là encore, le Clergé s'en émeut : en 1742, Christophe Coudrette (1701-1774) publie sa Dissertation théologique sur les loteries, s'y montrant un farouche adversaire du système, et ses écrits trouvent écho auprès d'un nouveau parti des dévots jansénistes qui entoure Louis XV[8].
Giacomo Casanova, fraîchement évadé de la prison des Plombs de Venise et alors en cavale à Paris, propose au début des années 1750, pour financer la construction de l'École militaire, à la gloire de Louis XV, un nouveau système de recette pour les caisses de l'État : la création d'une loterie hebdomadaire, inspirée du loto génois (cf. supra). Cette idée inspirée des frères Calzabigi, dont il a, précédemment, fait la connaissance, convainc les officiels et le projet est accepté par deux arrêts du Conseil d’État, des et [9].

Lorsque la Compagnie des Indes fut liquidée en 1770, une caisse des amortissements dirigée par le trésorier général Jean-François Dubu de Longchamp, fut ouverte pour continuer à rémunérer les porteurs d'actions de la dite compagnie : les intérêts leur étaient versés sous l'égide d'une loterie. L'hôtel de l'Administration générale des loteries, d'abord installée dans les locaux de l'École militaire, investit ensuite une partie de l'ex-immeuble de la Compagnie des Indes. Il faisait l'angle de la rue Vivienne et de rue neuve des Petits Champs. Les bureaux étaient dirigés par sept administrateurs, aidés de quatre adjoints, sous l'inspection d'un conseiller d'État. Cette caisse gérait également les remboursements liés à la perte du Canada, par tranche, à partir d'une dette évaluée à 17 millions de livres : là encore, les sommes échues étaient versées en fonction d'un tirage organisé en loterie et le résultat publié sous forme de lettres patentes. Clugny de Nuits, contrôleur général des finances de Louis XVI, par son édit du , supprima toutes les loteries privées, excepté trois, celles des Enfants trouvés, de la Pitié, et de la Loterie royale. La création par cet édit d'une nouvelle Loterie royale de France suscita de vives critiques, l'établissement étant accusé d'encourager des jeux immoraux et d'alimenter la cassette personnelle de Louis XVI. Le monopole ainsi créé permettait au roi d'encaisser, peu avant la Révolution française, entre 5 et 7 % de ses revenus, selon une estimation réalisée d'après les documents disponibles aux Archives nationales.

L'Administration générale des loteries est supprimée fin 1792 par les députés de la Convention, puis rétablie par le Directoire, qui refonde la « ferme des jeux » en 1795, puis la « loterie nationale de France », le 9 vendémiaire an VI (), qui ouvre des bureaux dans toutes les grandes villes et dispose de receveurs. Par le décret du , Napoléon interdit les jeux d'argent mais tolère la création de nouvelles loteries dans les provinces conquises de l'Empire. Curieusement, la ferme des jeux reste active jusqu'à sa complète interdiction le : une dernière loterie avait été organisée fin 1835[10].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Notice œuvre, sur Gallica.
- ↑ « Dette publique, politique monétaire, emprunt, impôt en perspective historique - XVIe – XIXe siècles » par Jean-Marie Thiveaud, in Revue d'économie financière, 1998, 46, p. 17-42.
- ↑ La Lotterie, comédie, sur Gallica.
- ↑ « Édit... portant création de 500.000 livres de rentes viagères pour la lotterie royale... Registré en Parlement [le 9 juin 1700 » ], sur Gallica.
- ↑ « Édit... portant establissement d'une nouvelle lotterie royale en forme de tontine », sur Gallica.
- ↑ « Arrêt du Conseil d'Etat qui ordonne que les billets de 10 l. chacun, de la loterie royale, seront reçus pour rentes au trésor royal comme de l'argent comptant », sur Gallica.
- ↑ René Pomeau, Voltaire en son temps. 1691-1759, Paris, Fayard, 1995, tome 2, p. 259-260.
- ↑ Dissertation théologique sur les loteries, sur Gallica.
- ↑ « BnF - Casanova », sur expositions.bnf.fr (consulté le )
- ↑ François Guillet, « Le temps suspendu : les jeux d’argent en France de la Révolution à la monarchie de Juillet », in: Revue d'histoire culturelle, 3, 2021 — sur OpenEdition Journals.
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Alexandre Dumas fils, Histoire de la loterie. Depuis la première Jusqu'à la dernière loterie. La loterie des lingots d'or, Paris, 1851 — sur Gallica.
- Jean Léonnet, Les loteries d'État en France aux XVIIIe et XIXe siècles. Paris : Imprimerie Nationale, 1963
- Marie-Laure Legay. Les loteries royales dans l’Europe des Lumières (1680-1815). Villeneuve d'Ascq : Presses universitaires du Septentrion, 2014 (Histoire et civilisations, 1527)
- Marie-Laure Legay, « Peurs et rumeurs en finance : le cas des loteries royales dans l'Europe des Lumières », dans Monique Cottret et Caroline Galland (dir.), Peurs, rumeurs et calomnies, Saint-Denis, Kimé, coll. « Le sens de l'histoire », , 450 p. (ISBN 978-2-84174-781-8, présentation en ligne), p. 369-390.
Liens externes
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Loterie nationale (France, 1933-1976)
- Finances sous la Révolution
- Histoire de la dette publique française