Ōkunoshima

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Ōkunoshima
大久野島 (ja)
Vue de l'île depuis Kurotaki-yama. Le pylône de droite est le plus haut du Japon, avec 226 m.
Vue de l'île depuis Kurotaki-yama. Le pylône de droite est le plus haut du Japon, avec 226 m.
Géographie
Pays Drapeau du Japon Japon
Localisation Mer intérieure de Seto
Coordonnées 34° 18′ 31″ N, 132° 59′ 35″ E
Administration
Autres informations
Géolocalisation sur la carte : Japon
(Voir situation sur carte : Japon)
Ōkunoshima
Ōkunoshima
Géolocalisation sur la carte : préfecture d'Hiroshima
(Voir situation sur carte : préfecture d'Hiroshima)
Ōkunoshima
Ōkunoshima

Ōkunoshima (大久野島?) est une petite île située dans la mer intérieure du Japon dans la ville de Takehara (préfecture d'Hiroshima). Elle est accessible en ferry depuis Tadanoumi et Ōmishima. Sur cette île se trouvent des terrains de camping, des pistes de randonnée et des lieux d'intérêt historique. Elle est souvent appelée « île des Lapins » (ウサギ島, Usagi shima?) à cause du nombre de lapins sauvages qui s'y trouvent. Ceux-ci sont apprivoisés et approchent facilement les humains. Malgré sa taille, l'île a joué un rôle clé pendant la Seconde Guerre mondiale, car elle possédait une usine secrète de production d'agents chimiques pour armes chimiques, qui a alimenté en grande partie la guerre chimique qui s'est déroulée en Chine[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Les ruines de l'usine de production de gaz de combat (et la centrale électrique qui l'alimentait) font aujourd'hui l'objet de visites (ici en 2007).

L'île était une zone de terres cultivée avant la première guerre sino-japonaise lorsque dix forts ont été construits pour la protéger. Seules trois familles de pêcheurs y vivaient alors[2].

En 1925, l'institut de science et techniques de l'armée impériale du Japon a lancé un programme secret pour développer des munitions chimiques, basé sur des recherches montrant que les États-Unis et l'Europe produisaient déjà de telles armes[2]. Le Japon était signataire de la convention de Genève de 1925 qui bannissait l'usage de la guerre chimique. Bien que le développement et le stockage d'armes chimiques ne fussent pas interdits, le pays mobilisa de grands moyens pour maintenir secrète la construction d'usines de munitions chimiques commencée en 1929, allant jusqu'à effacer toute trace de l'île sur certaines cartes[3]. L'usine s'est construite de 1927 à 1929 ; elle comprenait un atelier d'armes chimiques qui a produit plus de six kilotonnes de gaz moutarde et de gaz lacrymogène[2].

L'île a été choisie pour son isolement, propice à plus de sécurité, et pour son éloignement de Tokyo et d'autre zones sensibles en cas d'accident. Sous la juridiction de l'armée du Japon, une usine de conditionnement de poisson a été transformée en unité de production de gaz toxique. Les riverains et les employés potentiels n'ont pas été prévenus de ce changement et tout a été gardé secret. Les conditions de travail étaient harassantes et de nombreuses personnes ont souffert de maladies liées à l'exposition aux produits toxiques[4].

Avec la fin de la guerre, les documents concernant l'usine sont supposés avoir été brûlés. L'armée australienne a été chargé del'assainissement de l’usine de gaz chimique, et les forces alliées d'occupation ont fait disparaître le gaz, soit en le relâchant dans l'air, soit en le brûlant, soit en l'enterrant, soit en l'immergeant en mer[5], tout en sommant la population de garder le silence à propos du projet.

On se rendra compte que l'Ypérite est aussi une substance cancérigène ; Après guerre, après que plusieurs milliers d'ouvriers de l'usine de l’île d’Ōkunoshima aient été exposés à l'Ypérite, beaucoup de ces anciens travailleurs sont morts d'un cancer généralisé et/ou ont été victimes de troubles respiratoires après la guerre. Parfois présentés comme des martyrs[6] de l'industrie chimique et de la guerre chimique, « leur statut d’agresseur et de victime fut l’objet d’un long combat à l’échelle du département pour obtenir des soins, alors que le nom de Hiroshima sonnait à lui seul comme la quintessence de la souffrance et de l’expérience des armes de destruction massive »[7].

Plusieurs dizaines d'années plus tard, des victimes survivantes de l'usine ont reçu des aides du gouvernement pour recevoir un traitement médical.

En 1988, le musée du gaz toxique d'Ōkunoshima a ouvert. Ōkunoshima est rapidement devenu un lieu de Tourisme mémoriel[8].

Présent[modifier | modifier le code]

L'invasion des lapins[modifier | modifier le code]

La population de lapins est particulièrement importante sur cette île, des centaines de lapins y pullulent. Les lapins pourraient être des descendants des lapins cobayes de l'usine de gaz toxiques de l'île, ou des lapins libérés sur l'île par des écoliers en 1970[réf. nécessaire]. Les adultes n'ayant pas de prédateurs naturels sur l'île, et en raison de leur taux de reproduction notoire, la population de lapins a naturellement explosé.

Le musée du Gaz toxique[modifier | modifier le code]

Le musée du Gaz Toxique.

Le musée du Gaz Toxique a été inauguré en 1988 pour sensibiliser le public au rôle de l'île dans la seconde guerre mondiale.

Autres bâtiments et infrastructures[modifier | modifier le code]

Il y a un hôtel, un camping et un petit terrain de golf à six trous.

Accès[modifier | modifier le code]

Le meilleur moyen d'atteindre Ōkunoshima depuis le continent est de prendre la ligne Shinkansen Sanyō jusqu'à la gare de Mihara (le Nozomi ne s'y arrête pas) ; à Mihara, prendre la ligne locale Kure jusqu'à Tadanoumi, puis marcher jusqu'au terminal et prendre un ferry (la traversée dure douze minutes).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Ian Buruma, The Wages of Guilt: Memories of War in Germany and Japan, (New York: Meridan, 1994), 111.
  2. a b et c (en) Yuki Tanaka, « Poison Gas: The Story Japan Would Like To Forget », Bulletin of the Atomic Scientists, octobre 1998 p. 10-19
  3. (en) The Beginning of the Gas Plants, exposition du Musée du Gaz toxique, visitée le 10 décembre 2006
  4. Doglia, A. (2018). Ōkunoshima and Japan's Chemical Arsenal: 1900-1945. Acta Asiatica Varsoviensia, (31).(résumé)
  5. « Documentaire « Armes chimiques sous la mer » », sur future.arte.tv, (consulté le ) rattrapage arte+7
  6. Stone R (2018) Chemical martyrs.
  7. Doglia A (2013) Michael Lucken, Les Japonais et la guerre, 1937-1952. Paris, Fayard, 2013, 400 p. Prix Thiers de l’Académie française 2014. Cipango. Cahiers d’études japonaises, (20).
  8. Seaton P (2019) Islands of “Dark” and “Light/Lite” Tourism. Japan Review, (33), 299-328.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Doglia A (2016) L'arme biologique japonaise, 1880-2011: réalités historiques et anatomie de la mémoire. Peter Lang.
  • Doglia A (2013) Michael Lucken, Les Japonais et la guerre, 1937-1952. Paris, Fayard, 2013, 400 p. Prix Thiers de l’Académie française 2014. Cipango. Cahiers d’études japonaises, (20)
  • Seaton P (2019) Islands of “Dark” and “Light/Lite” Tourism. Japan Review, (33), 299-328 (résumé).
  • Usui R, Wei X & Funck C (2018) The power of social media in regional tourism development: a case study from Ōkunoshima Island in Hiroshima, Japan. Current Issues in Tourism, 21(18), 2052-2056 (résumé).
  • Yoshida T (2007) Politics, Memory and Public Opinion: The History Textbook Controversy and Japanese Society. The Journal of Japanese Studies, 33(1), 220-224 (résumé)