Deir Mar Musa al-Habashi

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34° 01′ 18″ N 36° 50′ 32″ E / 34.02167, 36.84222 / 34.02167; 36.84222

Vue du monastère
Vue du bâtiment le plus ancien du monastère
Fresque restaurée à l’intérieur de l’église
Détail de la fresque représentant le Jugement dernier, les élus sont conduits par les premiers martyrs Étienne et Jacques

Deir Mar Musa al-Habashi (en arabe : ‏دير مار موسى الحبشي, en français « monastère de Saint Moïse l'Abyssin »), se dresse à environ 90 km au nord de Damas en Syrie. A 13 km de Nebek, une petite route conduit au pied de la falaise où est perché Mar Musa, il faut alors grimper les escaliers de pierre une vingtaine de minutes. Après avoir été longtemps désaffecté, le monastère a repris vie à la fin du XXe siècle et abrite une petite communauté religieuse de rite syriaque catholique (8 moines et moniales et 2 novices en 2010) qui prône le dialogue des religions et renoue avec la tradition des moines hospitaliers.

Histoire[modifier]

Le nom Deir Mar Musa al-Habashi vient de Musa, prince abyssin qui se retira en ces lieux au VIe siècle pour y mener une vie ascétique dans une petite grotte. La première mention attestant l’existence d’un monastère se trouve dans un manuscrit syriaque de 575 : les ruines d’une petite fortification romaine furent la base d’une petite basilique, l'église actuelle date du XIe siècle et fut pendant longtemps le seul bâtiment, les grottes avoisinantes servant d’habitation aux moines. Aux XIe et XIIe siècles, le monastère prit son essor et l’église fut décorée de fresques à trois reprises, la plupart sont conservées et ont été restaurées. Construction solitaire dans un environnement désertique, Deir Mar Musa évoque les monastères palestiniens, par exemple par son système d'évacuation des eaux, alors que la plupart des couvents syriens sont proches d'un village. Son déclin progressif au XVIIe siècle aboutit à l'abandon, seul, le pèlerinage annuel du 28 août (fête de Moïse l'Abyssin, dit aussi l'Éthiopien) le préservant de l'oubli définitif.

Renaissance[modifier]

En 1982 le jeune Jésuite italien et arabisant Paolo Dall'Oglio arrive aux ruines de Deir Mar Musa. Il s’y s’installe pour une retraite spirituelle de dix jours et découvre trois priorités : prière, travail manuel et hospitalité. Le rapprochement islamo-chrétien s’impose à lui comme une nécessité, « la Syrie synthétise de façon admirable une citoyenneté moderne avec une identité culturelle forte héritière de la civilisation arabo-musulmane classique où les disciples de Mohammad, ceux de Jésus et ceux de Moïse (sur Eux et sur la Communauté des croyants la paix et la bénédiction divine) ne bâtissaient qu’une seule et richissime cité humaine » (Paolo Dall’Oglio, dans un communiqué de presse du 17 avril 2010). En 1984, il est ordonné prêtre de rite syriaque catholique et va s’employer à relever les murs, d’abord avec le seul concours de volontaires locaux et de quelques européens participant aux camps d’été de travail et de prière. Les bâtiments historiques s’avèrent bientôt trop petits : pour loger les hommes et abriter les chèvres, on construit Deir el-Huqab en s’appuyant sur des grottes existantes à proximité. En 1998 on commence Deir el-Hayek pour loger les femmes et accueillir les hôtes et les séminaires.

En 1991, avec le diacre Jacques Mourad, Paolo crée „officiellement“ sous l’autorité de l’Église catholique syriaque une communauté monastique vouée à quatre tâches : prière (en arabe salat), travail (amal), hospitalité (dayafa) et dialogue (hiwar). Le choix de la langue arabe dans la vie liturgique et sociale souligne l'intégration de la communauté dans le contexte syrien, au service du dialogue interreligieux qui est aussi le thème principal de la bibliothèque. L'une de ses sections est consacrée à Louis Massignon, grand érudit du monde oriental, dont la pensée et la vie continuent à inspirer Deir Mar Musa. Des volontaires partagent la vie des sœurs et des frères parfois quelques jours, quelques semaines, parfois plusieurs mois voire des années.

Dans un contexte semi désertique, tous et toutes œuvrent aussi à assurer la subsistance de la communauté et de ses visiteurs dans une perspective écologique, le monastère a ainsi contribué à la création d’une Zone Protégée environnementale, culturelle et religieuse de la Vallée du Monastère de Mar Moussa el-Habashi (abolie le 10 février 2010 par le Ministre de l’Agriculture Syrien), mais il n’en a pas moins besoin d’aides extérieures. Depuis 2000 la communauté de Mar Musa réanime Deir Mar Elyan, autre monastère situé à environ 50 km au nord (localité d’Al-qaryatayn).

Le monastère a obtenu en 2006 le Prix Euro-Méditerranéen pour le dialogue entre les cultures, institué en 2005 par la "Fondation Méditerranée" et la "Anna Lindh Euro-Mediterranean Foundation for the Dialogue Between Cultures”. Ce prix lui a été attribué « pour avoir promu le respect réciproque entre les peuples de diverses religions et convictions ».

Le père Paolo a dû quitter Mar Moussa et la Syrie en juin 2012, après avoir reçu une mise en demeure des autorités syriennes et vu son permis de résidence révoqué. «La société syrienne a toujours été pluraliste: ce n'est pas un cul-de-sac continental, mais un lieu de passage, d'échange et de rencontre. Du coup, la Syrie a dans son ADN une harmonie plurielle entre ses communautés, qui est unique au monde. Le régime a d'abord joué de cette carte, mais il en a vite fait un instrument de pouvoir et l'a vidée de sa substance,» déclare Paolo Dall'Oglio dans le Figaro du 16/08/2012, et il compte rentrer dès que les conditions le permettront.

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