Honoré de Balzac

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Honoré de Balzac

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Portrait par Louis-Auguste Bisson (1842)

Activités Romancier
Dramaturge
Journaliste
Imprimeur
Critique littéraire
Naissance
Tours
Drapeau de la France Première République
Décès (à 51 ans)
Paris
Drapeau de la France Deuxième République
Langue d'écriture Français
Mouvement réalisme visionnaire
Distinctions Chevalier de la Légion d'honneur
Fondateur et président de la Société des gens de lettres
Adjectifs dérivés balzacien

Œuvres principales

Compléments

La Comédie humaine a été publiée en vingt volumes illustrés de 1842 à 1852 par Charles Furne en association avec Houssiaux, Hetzel, Dubochet et Paulin.

Signature

Signature de Honoré de Balzac

Honoré de Balzac, né Honoré Balzac à Tours le (1er prairial an VII du calendrier républicain), et mort à Paris le (à 51 ans), est un écrivain français. Romancier, dramaturge, critique littéraire, critique d'art, essayiste, journaliste et imprimeur, il a laissé l'une des plus imposantes œuvres romanesques de la littérature française, avec quatre-vingt-onze romans et nouvelles parus de 1829 à 1852, auxquels s'ajoutent une cinquantaine d'œuvres non achevées, le tout constituant un ensemble réuni sous le titre de Comédie humaine.

Il est un des maîtres du roman français, dont il a abordé plusieurs genres : le roman historique et politique, avec Les Chouans, le roman philosophique avec Le Chef-d'œuvre inconnu, le roman fantastique avec La Peau de chagrin ou encore le roman poétique avec Le Lys dans la vallée. Mais ses romans réalistes et psychologiques les plus célèbres, tels Le Père Goriot ou Eugénie Grandet, qui constituent une part très importante de son œuvre, ont induit, à tort, une classification réductrice d'« auteur réaliste », aspect qui a été attaqué et critiqué par Nathalie Sarraute et le mouvement du Nouveau roman dans les années 1960. Balzac a fortement influencé les écrivains de son temps et du siècle suivant : Jules Barbey d'Aurevilly, Gustave Flaubert dont le roman L'Éducation sentimentale est directement inspiré du Lys dans la vallée, et Madame Bovary de La Femme de trente ans, ainsi que Émile Zola pour le cycle des Rougon-Macquart et, plus tard, Marcel Proust qui ont repris le principe du retour des personnages et celui de cycle romanesque.

Balzac a organisé ses œuvres en un vaste ensemble, La Comédie humaine, dont le titre est une référence à la Divine Comédie avec le projet d'explorer les différentes classes sociales et les individus qui les composent, créant des archétypes comme celui du jeune provincial ambitieux, Eugène de Rastignac, de l'avare tyran domestique, Félix Grandet, de l'icône du père, Jean-Joachim Goriot. Il entendait ainsi « faire concurrence à l'état civil », selon la formule qu'il emploie dans l'Avant-propos de La Comédie humaine.

Travailleur forcené, fragilisant par ses excès une santé déjà précaire, endetté à la suite d'investissements hasardeux, fuyant ses créanciers sous de faux noms dans différentes demeures, Balzac a aussi vécu de nombreuses liaisons féminines avant d'épouser, en 1850, la comtesse Hańska, qu'il avait courtisée pendant plus de dix-sept ans.

De ses nombreuses liaisons, Balzac a tiré une certaine compréhension de la nature des femmes. On a pu dire qu’« il avait inventé le bovarysme ». Sa production littéraire semble aussi illimitée que son goût du faste et des femmes. Même si l’argent qu’il gagne avec sa plume ne suffit pas à compenser ses pertes dans des investissements malheureux, il a sans cesse en tête des projets mirobolants : une imprimerie, un journal, un palais. C’est d’ailleurs dans un palais situé rue Fortunée qu’il meurt ruiné au milieu d’un luxe inouï.

Ses opinions politiques sont assez variables : s’il affiche des convictions légitimistes en pleine Monarchie de Juillet, il s’est auparavant déclaré libéral, et en définitive il fait partie des révoltés, comme le qualifieront ensuite Félicien Marceau ou Émile Zola. André Maurois voit en lui un « révolutionnaire constructif. »

Les œuvres de Balzac continuent d'être réimprimées, y compris ses œuvres de jeunesse. Le cinéma a adapté Balzac dès 1906 avec La Marâtre d'Alice Guy ; depuis, les adaptations cinématographiques et télévisuelles de l'œuvre balzacienne se sont multipliées, avec plus d'une centaine de films et téléfilms produits à travers le monde.

Sommaire

Biographie[modifier | modifier le code]

Origine et années de formation[modifier | modifier le code]

paysage d'hiver, arbres partiellement dénudés, avec une église gothique, chœur avec arcs-boutant toit en ardoise, surmontée d'une flèche pointue recouverte aussi d'ardoises, et un clocher conique en pierre ; au premier plan un bassin d'eau verte
La Trinité et le clocher St Martin de Vendôme

Honoré de Balzac est le fils de Bernard-François Balssa[1], secrétaire au conseil du Roi, directeur des vivres, maire adjoint et administrateur de l’hospice de Tours, et d'Anne-Charlotte-Laure Sallambier, issue d'une famille de passementiers du Marais[2]. Bernard-François Balssa transforma le nom originel de la famille en Balzac, par une démarche faite à Paris entre 1771 et 1783, soit avant la Révolution[n 1].

Né le 20 mai 1799, Honoré est mis en nourrice immédiatement et ne regagnera la maison familiale qu'au début de 1803. Cet épisode de la première enfance lui donnera le sentiment d'avoir été délaissé par sa mère, tout comme le sera le personnage Félix de Vandenesse, son « double » du Lys dans la vallée[3]. Il est l’aîné des quatre enfants du couple (Laure, Laurence et Henry). Sa sœur Laure, de seize mois sa cadette, est de loin sa préférée : il y a entre eux une complicité et une affection réciproque qui ne se démentiront jamais. Elle lui apportera son soutien à de nombreuses reprises : elle écrit avec lui[n 2], et en 1858, elle publie la biographie de son frère[4].

De 1807 à 1813, Honoré est pensionnaire au collège des oratoriens de Vendôme[n 3]. Au cours des six ans qu'il y a passé, sans jamais rentrer chez lui, même pour les vacances, le jeune Balzac dévore des livres en tout genre : la lecture était devenue pour lui « une espèce de faim que rien ne pouvait assouvir [...] son œil embrassait sept à huit lignes d'un coup et son esprit en appréciait le sens avec une vélocité pareille à celle de son esprit[5]. » Cependant, ces lectures, qui meublent son esprit et développent son imagination, ont aussi pour effet d'induire chez lui une espèce de coma dû à une congestion d'idées. La situation s'aggrave au point que, en avril 1813, les oratoriens s'inquiètent pour sa santé et le renvoient dans sa famille, fortement amaigri[n 4].

De juillet à novembre 1814, il est externe au collège de Tours. Son père ayant été nommé directeur des vivres pour la Première division militaire, la famille déménage à Paris et s’installe au 40, rue du Temple, dans le quartier du Marais. L'adolescent est admis comme interne à la pension Lepître, située rue de Turenne à Paris, puis en 1815 à l’institution de l’abbé Ganser, rue de Thorigny. Les élèves de ces deux institutions suivent en fait les cours du lycée Charlemagne, où se trouve aussi Jules Michelet, dont les résultats sont toutefois plus brillants que les siens[6].

Le , le jeune Balzac s’inscrit en droit[7]. En même temps, il prend des leçons particulières et suit des cours à la Sorbonne. Il fréquente aussi le Muséum d'Histoire naturelle, où il s'intéresse aux théories de Cuvier et de Geoffroy Saint-Hilaire.

Son père tenant à ce qu'il associe la pratique à la théorie, Honoré doit, en plus de ses études, travailler chez un avoué, ami de la famille, Jean-Baptiste Guillonnet-Merville, homme cultivé qui avait le goût des lettres. Il exerce le métier de clerc de notaire dans cette étude où Jules Janin était déjà « saute-ruisseau[n 5]. Il utilisera cette expérience pour restituer l’ambiance chahuteuse d’une étude d’avoué dans Le Colonel Chabert et créer les personnage de Maître Derville et d'Oscar Husson dans Un début dans la vie. Une plaque, rue du Temple à Paris, témoigne de son passage chez cet avoué, dans un immeuble du quartier du Marais. En même temps, il dévore, résume et compare quantité d'ouvrages de philosophie, témoignant de préoccupations métaphysiques et de sa volonté de comprendre le monde[8].

Il passe avec succès le premier examen du baccalauréat en droit le 4 janvier 1819, mais ne se présentera pas au deuxième examen et ne poursuivra pas jusqu'à la licence[9].

Les œuvres de jeunesse[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Œuvres de jeunesse de Balzac.
Dessin représentant un homme jeune en chemise blanche, col ouvert, cheveux noirs hirsutes
Portrait d’Honoré de Balzac vers 1825, attribué à Achille Devéria.

Entrée en littérature marchande[modifier | modifier le code]

Son père âgé de 73 ans ayant été mis à la retraite, la famille n'a plus les moyens de vivre à Paris et déménage à Villeparisis. Le jeune Balzac ne veut pas quitter Paris et dit vouloir se consacrer à la littérature. Ses parents le logent alors dans une mansarde, rue de Lesdiguières, et lui laissent deux ans pour écrire[n 6]. Il travaille à un projet de Discours sur l'immortalité de l'âme, lit Malebranche, Descartes et entreprend de traduire Spinoza du latin au français[10]. Il se tourne vers la littérature et, prenant son inspiration dans un personnage de Shakespeare, rédige une tragédie de 1 906 alexandrins, Cromwell (1820). Lorsqu'il présente cette pièce à ses proches, l'accueil se révèle décevant. Consulté, l'académicien François Andrieux le décourage de poursuivre dans cette voie[11].

Le jeune homme s’oriente alors vers le roman historique dans la veine de Walter Scott, dont la traduction d'Ivanhoé, parue en avril 1820, rencontre un immense succès. Sous le titre Œuvres de l'abbé Savonati, il réunit d'abord deux textes, Agathise (entièrement disparu) et Falthurne, récit dont l'action se situe dans l'Italie du Sud à l'époque des Croisades et sous-titré « manuscrit de l'abbé Savonati, traduit de l'italien par M. Matricante, instituteur primaire ». Dans un autre texte, Corsino, il imagine un jeune Provençal, nommé Nehoro (anagramme d'Honoré) qui rencontre dans un château écossais un Italien avec lequel il discute de métaphysique. Ces ébauches sont vite abandonnées et ne seront pas publiées de son vivant. Il en va de même de Sténie ou les Erreurs philosophiques, un roman par lettres esquissé l'année précédente et qui s'inspire de La Nouvelle Héloïse[12].

En 1821, il s'associe avec Étienne Arago et Lepoitevin pour produire L'Héritière de Birague. Soucieux de ne pas salir son nom par une production qu'il qualifie lui-même de « cochonneries littéraires[13] », il publie cet ouvrage sous le pseudonyme de Lord R’hoone (anagramme d'Honoré) et enchaîne avec deux autres romans, Jean-Louis et Clotilde de Lusignan, qui rencontrent un certain public dans les cabinets de lecture. Il croit avoir trouvé un filon productif et, dans une lettre à sa sœur Laure, datée de juillet 1821, il se fait fort de produire un roman par mois[n 7]. En fait, il dépassera même cet objectif, car il déclare un peu plus tard avoir écrit huit volumes en trois mois[14].

En 1822, il abandonne ce pseudonyme pour celui de Horace de Saint-Aubin. C'est celui qu'il utilise pour signer Le Centenaire ou les Deux Beringheld et Le Vicaire des Ardennes. Ce dernier ouvrage est dénoncé au Roi et saisi. En 1823, il publie Annette et le Criminel, puis La dernière Fée ou La Nouvelle Lampe merveilleuse, mais ce livre, mauvais pastiche d'un vaudeville de Scribe et d'un roman de Maturin, est « exécrable »[15].

Vers la fin de l'année 1824, en proie à une profonde crise morale et intellectuelle, Balzac rédige le testament littéraire de Horace de Saint-Aubin, qu'il place dans la postface de Wann-Chlore ou Jane la Pâle[16]. Il se alors met à la rédaction de L'Excommunié, un roman qui rompt avec la littérature commerciale et constitue le premier jalon d'un cycle de romans historiques, mais qui ne sera publié qu'en 1837[17].

Débuts dans le journalisme[modifier | modifier le code]

Balzac s'essaie une nouvelle fois au théâtre, avec Le Nègre, un sombre mélo, tout en étant conscient de gaspiller son génie[18] et esquisse un poème en vers qui n'aboutira pas : Fœdora[19].

Il collabore au Feuilleton littéraire, qui cessera de paraître le 7 septembre 1824, et rédige divers ouvrages utilitaires répondant à la demande du public. Après un Code de la toilette (1824), il publie un Code des gens honnêtes dans lequel il affirme avec cynisme que tout l'état social repose sur le vol et qu'il faut donc donner aux gens honnêtes les moyens de se défendre contre les ruses des avocats, avoués et notaires[20]. Il travaille aussi à un Traité de la Prière, publie une Histoire impartiale des Jésuites et Le Droit d'aînesse[n 8]. Son père, ayant mis la main sur cette brochure anonyme s'indigna contre un « auteur arriéré » défenseur d'une institution périmée et entreprit de le réfuter, ignorant qu'il s'agissait de son fils[21].

Recherche d'un nouveau modèle de roman[modifier | modifier le code]

Couverture d'un livre en noir et blanc portant le titre Œuvres complètes de Walter Scott et illustré par un soldat du XIXe siècle assis
Couverture d'une traduction des Œuvres complètes de Walter Scott. 1826. (Source : « Gallica »)

Passionné par le goût du secret et des théories explicatives, Balzac s'intéresse aux théories de Swedenborg, ainsi qu'au martinisme et aux sciences occultes. Il est convaincu de la puissance de la volonté et croit que l'homme « a le pouvoir d'agir sur sa propre force vitale et de la projeter hors de soi-même, pratiquant occasionnellement le magnétisme curatif, comme sa mère, par l'imposition des mains[22] ». Balzac connaît par expérience la force que recèle le roman, mais il ne voit pas encore celui-ci comme un outil de transformation sociale. Ainsi écrit-il dans une préface : « Ah ! si j'étais une fois conseiller d'État, comme je dirais au roi, et en face encore : « Sire, faites une bonne ordonnance qui enjoigne à tout le monde de lire des romans !...» En effet, c'est un conseil machiavélique, car c'est comme la queue du chien d'Alcibiade ; pendant qu'on lirait des romans, on ne s'occuperait pas de politique[23]. »

Il aperçoit maintenant les limites de Walter Scott, un modèle jadis tant admiré. Comme le déclarera plus tard un de ses personnages dans un avertissement lancé à un jeune écrivain : « Si vous voulez ne pas être le singe de Walter Scott, il faut vous créer une manière différente[24]. »

S'il peut envisager la possibilité de dépasser son modèle, c'est aussi parce qu'il a découvert, en 1822, L’Art de connaître les hommes par la physionomie de Lavater et qu'il en est fortement imprégné. La physiognomonie, qui se flatte de pouvoir associer « scientifiquement » des traits de caractère à des caractéristiques physiques, et qui recense quelque 6 000 types humains, devient pour lui une sorte de Bible. Cette théorie contient en effet en germe « l'esquisse d'une étude de tous les groupes sociaux[18] ». Comme l'écrit plus tard le jeune écrivain : « Les habitudes du corps, l’écriture, le son de la voix, les manières ont plus d’une fois éclairé la femme qui aime, le diplomate qui trompe, l’administrateur habile ou le souverain obligés de démêler d’un coup d’œil l’amour, la trahison ou le mérite inconnus[25]. » Le romancier aura souvent recours à cette théorie pour dresser le portrait de ses personnages.

Balzac se détourne alors du roman populaire et désavoue ses premiers écrits. Par la suite, il les proscrira de l’édition de ses œuvres complètes[n 9], tout en les republiant en 1837 sous le titre Œuvres complètes de Horace de Saint-Aubin, et en faisant compléter certains ouvrages par des collaborateurs, notamment le comte de Belloy et le comte de Grammont[26]. Pour mieux brouiller les pistes et couper tout lien avec son pseudonyme, il chargera Jules Sandeau de rédiger un ouvrage intitulé Vie et malheurs de Horace de Saint-Aubin[27].

En dépit de leurs défauts, ces œuvres de jeunesse, publiées de 1822 à 1827, contiennent selon André Maurois les germes de ses futurs romans : « Il sera un génie malgré lui[28] ». Fabriqués dans des conditions humiliantes, longtemps ignorés, ces premiers écrits ont récemment suscité un regain d’intérêt[n 10], même si les spécialistes restent divisés sur l’importance de ces textes : « Les uns y cherchent les ébauches des thèmes et les signes avant-coureurs du génie romanesque, les autres doutent que Balzac, soucieux seulement de satisfaire sa clientèle, y ait rien mis qui soit vraiment de lui-même[29]. »

Ces œuvres sont hantées par des fantasmes de décapitation, qui peuvent être analysés comme une angoisse de castration et corrélés avec la thématique de la régression infantile symbolisée par les souterrains[30]. Le thème de l'inceste avec la sœur-amante se répète de roman en roman. Dans Sténie, Le Vicaire des Ardennes et Wann-Chlore, des amoureuses exceptionnelles sont engagées dans une passion d'autant plus impossible qu'elle se veut absolue ; ces amantes d'une pâleur livide, souvent associées à un milieu aquatique, partagent certaines caractéristiques des fantômes, des vampires et des goules[31].

Première faillite et premiers succès[modifier | modifier le code]

Couverture en noir et blanc d'un livre sans illustration sur lequel est écrit : Le dernier chouan ou la Bretagne en 1800, par Honoré de Balzac.
Couverture de la première édition des Chouans. 1829. (Source « Gallica »)
Portrait peint d'une femme aux cheveux bruns, longs et bouclés, elle porte une étole blanche sur une chemise blanche en croisant les bras.
Fortunée Hamelin, une merveilleuse dont Balzac fréquentait le salon. Portrait par Andrea Appiani (1798).

Désespérant de devenir riche par ces romans de littérature marchande qu'il méprise, il décide de se lancer dans les affaires et devient libraire-éditeur. Le , il s’associe à Urbain Canel et Delongchamps pour publier des éditions illustrées de Molière et de La Fontaine. Il acquiert aussi une imprimerie avec quinze presses. Toutefois, les livres ne se vendent pas aussi bien qu'il le souhaitait et la faillite menace. Lâché par ses associés le , Balzac se retrouve avec une dette de seize mille francs[32]. Au lieu de jeter l'éponge, il pousse plus loin l'intégration verticale et décide, le , de créer une fonderie de caractères avec le typographe André Barbier[33]. Cette affaire se révèle un échec financier : il croule sous une dette de cent mille francs[34].

Après cette faillite, Balzac revient à l’écriture. En septembre 1828, cherchant la sérénité et la documentation nécessaires à la rédaction des Chouans, roman politico-militaire, il obtient d'être hébergé par le général Pommereul à Fougères. Il polit particulièrement cet ouvrage, car il veut le faire éditer en format in-octavo, beaucoup plus prestigieux que le format in-12 de ses livres précédents destinés aux cabinets de lecture. Le roman paraît finalement en 1829 sous le titre Le Dernier Chouan ou la Bretagne. C'est le premier de ses ouvrages à être signé « Honoré Balzac »[35].

Cette même année 1829 voit la parution de Physiologie du mariage « par un jeune célibataire »[36]. Il y fait montre d'une « étonnante connaissance des femmes », qu'il doit sans doute aux confidences de ses amantes, Mme de Berny et la duchesse d'Abrantès, ainsi qu'à Fortunée Hamelin et Sophie Gay, des « merveilleuses » dont il fréquentait les salons[37]. Décrivant le mariage comme un combat, Balzac prend le parti des femmes et défend le principe de l'égalité des sexes, alors mis de l'avant par les saint-simoniens. L'ouvrage remporte un grand succès auprès des femmes, qui s'arrachent le livre, même si certaines sont choquées[38].

Balzac commence dès lors à être un auteur connu. Il est introduit au salon de Juliette Récamier, où se retrouve le gratin littéraire et artistique de l'époque. Il fréquente aussi le salon de la princesse Bagration, où il se lie notamment avec le duc de Fitz-James, oncle de Mme de Castries[39]. Toutefois, ses livres ne se vendent pas assez et ses revenus ne sont pas à la hauteur de ses ambitions. Il cherche alors à se renflouer dans le journalisme.

procession de dignitaires projetant chacun une ombre cocasse
Illustration de Grandville dans le journal satirique La Caricature où écrit Balzac en 1830. (Source : « Gallica »)

En 1830, il écrit dans la Revue de Paris, la Revue des deux Mondes, La Mode, La Silhouette, Le Voleur, La Caricature. Il devient l'ami du patron de presse Émile de Girardin. Deux ans après la mort de son père, l'écrivain ajoute une particule à son nom lors de la publication de L'Auberge rouge, en 1831, qu'il signe de Balzac[40],[41]. Ses textes journalistiques sont d'une grande diversité. Certains portent sur ce qu'on appellerait aujourd'hui la politique culturelle, tels « De l'état actuel de la librairie » et « Des artistes ». Ailleurs est esquissée une « Galerie physiologique », avec « L'épicier » et « Le Charlatan ». Des articles portent aussi sur les mots à la mode, la mode en littérature, une nouvelle théorie du déjeuner. Il publie aussi quelques contes fantastiques et se met à écrire sous forme de lettres des réflexions sur la politique[n 11].

En 1832, intéressé par une carrière politique, et sous l’influence de la duchesse de Castries, il développe des opinions monarchistes et catholiques dans le journal légitimiste Le Rénovateur. Il fait reposer sa doctrine sociale sur l’autorité politique et religieuse, en contradiction totale avec ses opinions d’origine, forgées avec son amie Zulma Carraud, une ardente républicaine : « Vous vous jetez dans la politique, m’a-t-on dit. Oh ! Prenez garde, prenez bien garde ! Mon amitié s’effraye (…) ne salissez pas votre juste célébrité de pareille solidarité (…). Cher, bien cher, respectez-vous (…)[42]. »

En même temps, il travaille à La Peau de chagrin, qu'il voit comme « une véritable niaiserie en fait de littérature, mais où il a essayé de transporter quelques situations de cette vie cruelle par laquelle les hommes de génie ont passé avant d'arriver à quelque chose[43] ». Le conte porte sur l'opposition entre une vie fulgurante consumée par le désir et la longévité morne que donne le renoncement à toute forme de désir. Son héros, Raphaël, s'exprime comme le ferait l'auteur lui-même, qui veut tout : la gloire, la richesse, les femmes : 

« Méconnu par les femmes, je me souviens de les avoir observées avec la sagacité de l’amour dédaigné. (...) Je voulus me venger de la société, je voulus posséder l’âme de toutes les femmes en me soumettant les intelligences, et voir tous les regards fixés sur moi quand mon nom serait prononcé par un valet à la porte d’un salon. Je m’instituai grand homme[44]. »

Balzac dira plus tard de ce roman qu'il est « la clé de voûte qui relie les études de mœurs aux études philosophiques par l'anneau d’une fantaisie presque orientale où la vie elle-même est prise avec le Désir, principe de toute passion[45] ».

Le livre —qu'il dédie à la Dilecta[46]— paraîtra finalement en 1831. C'est un succès immédiat. Balzac est devenu « avec trois ouvrages, l'ambition des éditeurs, l'enfant chéri des libraires, l'auteur favori des femmes[47]. »

Le grand projet de La Comédie humaine[modifier | modifier le code]

Article détaillé : La Comédie humaine.

La Peau de chagrin marque le début d'une période créative au cours de laquelle prennent forme les grandes lignes de La Comédie humaine. Les « études philosophiques », qu’il définit comme la clé permettant de comprendre l’ensemble de son œuvre[48], ont pour base cet ouvrage, qui sera suivi de Louis Lambert (1832), Séraphîta (1835) et La Recherche de l'absolu (1834).

Les Scènes de la vie privée, qui inaugurent la catégorie des « études de mœurs », commencent avec Gobseck (1830) et La Femme de trente ans (1831). La construction de « l'édifice », dont il expose le plan dès 1832 à sa famille avec un enthousiasme fébrile[49], se poursuit avec les scènes de la vie parisienne dont fait partie Le Colonel Chabert (1832-35). Il aborde en même temps les scènes de la vie de province avec Le Curé de Tours (1832) et Eugénie Grandet (1833), ainsi que les scènes de la vie de campagne avec Le Médecin de campagne (1833), dans lequel il expose un système économique et social de type saint-simonien[49].

Ainsi commence « le grand dessein » qui, loin d’être une simple juxtaposition d’œuvres compilées a posteriori, se développe instinctivement au fur et à mesure de ses écrits[50]. Il envisage le plan d'une œuvre immense, qu'il compare à une cathédrale[51], et dont il expose le projet, en 1834, dans une lettre à Ewelina Hańska :

« Je crois qu’en 1838, les trois parties de cette œuvre gigantesque seront, sinon parachevées, du moins superposées et qu’on pourra juger la masse [...] les Études de mœurs, représenteront les effets sociaux, (…) la seconde assise est les Études philosophiques, car après les effets viendront les causes (…). Puis, après les effets et les causes viendront les Études analytiques, car après les effets et les causes, doivent se rechercher les principes (…)[52]. »

L’ensemble doit être organisé pour embrasser du regard toute l’époque, tous les milieux sociaux et l'évolution des destinées.

Gravure d'un homme préoccupé vu de profil, il est assis sur une chaise les mains croisées posées sur ses jambes croisées.
Le père Goriot par Daumier (1842).

Le Père Goriot, commencé en 1834, marque l’étape la plus importante dans la construction de son œuvre, car Balzac a alors l'idée du retour des personnages, qui est une caractéristique majeure de La Comédie humaine[53]. L'œuvre n'a pu prendre corps qu'avec l'idée de ce retour[54]. Elle est étroitement liée à l'idée d'un cycle romanesque « faisant concurrence à l’état civil ». Ainsi, un personnage qui avait joué un rôle central dans un roman peut reparaître dans un autre quelques années plus tard comme personnage secondaire, tout en étant présenté sous un nouveau jour, exactement comme, dans la vie, des gens que nous avons connus peuvent disparaître longtemps de nos relations pour ensuite refaire surface. Le roman arrive ainsi à restituer « la part de mystère qui subsiste dans chaque vie et dans tout être. Dans la vie aussi, rien ne se termine[55]. » De même, anticipant la vogue des « préquelles », il peut présenter dans un roman la jeunesse d'une personne qu'on avait rencontrée sous les traits d'une femme mûre dans un roman précédent, telle « l'actrice Florine peinte au milieu de sa vie dans Une fille d'Ève, scène de la vie privée, et [que l'on retrouve] à son début dans Illusions perdues, scène de la vie de province[56] ».

Une fois le plan élaboré, les publications se succèdent à un rythme accéléré : Le Lys dans la vallée paraît en 1835-1836, puis Histoire de la grandeur et de la décadence de César Birotteau en 1837, suivi de La Maison Nucingen en 1838, Le Curé de village et Béatrix en 1839 et Ursule Mirouët en 1841. La rédaction dIllusions perdues s’étend de 1837 à 1843.

Le plan se complète et s'amplifie au fil des ans. En 1839, il écrit vouloir « embrasser complètement l'histoire des mœurs contemporaines. Ça formera 40 volumes. Ce sera une espèce de Buffon[57]. » La référence à l'auteur de L’Histoire naturelle n'est pas gratuite, car Balzac veut faire une œuvre aussi solidement structurée que celle de Buffon. Il se documente avec un soin extrême sur les époques et les milieux dont il traite, et fait de nombreux voyages pour visiter les lieux où il place son action[n 12], étant convaincu que « les grands conteurs sont des colosses d'érudition[58] » ; loin de considérer ses ouvrages comme une lecture de divertissement, il veut faire une « contribution à la connaissance et à la compréhension d'une époque[59]. » La documentation, toutefois, n'est pas sa seule source et il a souvent affirmé que les génies possèdent un don de seconde vue qui leur permet de « deviner la vérité dans toutes les situations possibles (...) de faire venir l'univers dans leur cerveau[60] ».

D'abord intitulée Études sociales, ce n'est qu'en 1842, lors de la signature du contrat pour la publication de ses œuvres réunies, que l'ensemble prendra comme titre définitif La Comédie humaine, en référence à la Divine Comédie de Dante[61]. Balzac a ainsi développé la complexité du monde qu'il portait en lui dès 1832. Il veut faire mieux que Walter Scott, comme il l'annonce dans le texte capital qu'est son Avant-propos, publié en 1842 :

« Walter Scott élevait donc à la valeur philosophique de l’histoire le roman […] il y réunissait à la fois le drame, le dialogue, le portrait, le paysage, la description ; il y faisait entrer le merveilleux et le vrai […] Mais […] il n’avait pas songé à relier ses compositions l’une à l’autre de manière à coordonner une histoire complète, dont chaque chapitre eût été un roman, et chaque roman une époque[62]. »

Grâce à ce procédé de construction romanesque inédit, Balzac peut embrasser la totalité du monde dans un même projet, satisfaisant « l'obsession du tout, qui travaille son imaginaire[63] ». En plus de créer quelques milliers de personnages[n 13], il a aussi l'idée de les lier « les uns aux autres par un ciment social de hiérarchies et de professions[61] ». Il rend compte plus tard de ce projet dans une lettre enthousiaste à Mme Hańska :

« Quatre hommes auront eu une vie immense : Napoléon, Cuvier, O’Connell, et je veux être le quatrième. Le premier a vécu la vie de l’Europe, il s’est inoculé des armées ! Le second a épousé le globe ! Le troisième s’est incarné dans un peuple ! Moi, j’aurai porté une société tout entière dans ma tête[64] ! »

L'auteur tient aussi à ce que la publication des romans et nouvelles composant La Comédie humaine respecte son plan d'ensemble. En effet, chaque titre porte un numéro dans son catalogue complet. En 1845, ce catalogue compte un total de 145 titres, dont 85 sont déjà écrits. En 1847, le catalogue est réduit à 137 ouvrages, dont 87 sont considérés comme achevés tandis que 50 restent à faire. Par la suite, il retranchera plusieurs sujets et déplacera des titres dans la série[65].

Par cet ensemble de romans et nouvelles, Balzac ne veut pas seulement faire un portrait de la société, mais aussi influer sur son siècle, comme il le déclare lors d'une entrevue en 1833[66]. Une autre preuve de cette volonté d'influence est son engagement dans le journalisme.

Un forçat littéraire[modifier | modifier le code]

Même s'il avait une constitution apparemment robuste — « col d'athlète ou de taureau (...) Balzac, dans toute la force de l'âge présentait les signes d'une santé violente[67] » —, il malmena sa santé par un régime épuisant. Dès 1831, il confiait à son amie Zulma : « Je vis sous le plus dur des despotismes : celui qu'on se fait à soi-même[68]. » Cinq ans plus tard, la situation n'avait pas changé :

« J'ai repris la vie de forçat littéraire. Je me lève à minuit et me couche à six heures du soir ; à peine ces dix-huit heures de travail peuvent-elles suffire à mes occupations[69]. »

Ou encore : « Quand je n'écris pas mes manuscrits, je pense à mes plans, et quand je ne pense pas à mes plans et ne fais pas de manuscrits, j'ai des épreuves à corriger. Voici ma vie[70]. » Pour soutenir ce rythme, il faisait depuis des années une consommation excessive de café, qu'il buvait « concassé à la turque » afin de stimuler « sa manufacture d'idées » :

« Si on le prend à jeun, ce café enflamme les parois de l'estomac, le tord, le malmène. Dès lors tout s'agite : les idées s'ébranlent comme les bataillons de la Grande Armée sur le terrain d'une bataille, et la bataille a lieu. Les souvenirs arrivent au pas de charge, enseignes déployées ; la cavalerie légère des comparaisons se développe par un magnifique galop ; l'artillerie de la logique accourt avec son train et ses gargousses ; les traits d'esprit arrivent en tirailleurs ; les figures se dressent, le papier se couvre d'encre[71]... »

Ce régime lui était nécessaire pour parvenir à livrer à son éditeur la centaine de romans qui devaient composer La Comédie humaine, en plus des articles promis aux journaux. À cela s'ajoute aussi l'énorme recueil des Cent Contes drolatiques qu'il rédige entre 1832 et 1837, dans une veine et un style rabelaisiens. Il cherche toujours, par cette production continue, à régler les dettes que son train de vie frénétique et fastueux lui occasionnait.

Il entretenait aussi une importante correspondance et fréquentait les salons où il rencontrait les modèles de ses personnages. Il fascinait ses contemporains par ses bagues, sa canne à pommeau d'or, sa loge à l'opéra[72]. Il vivait avec une gourmandise insatiable, un appétit « d'argent, de femmes, de gloire, de réputation, de titres, de vins et de fruits[73] ».

Retour au journalisme[modifier | modifier le code]

Le journalisme continue d'attirer Balzac parce que c'est une façon d'exercer un pouvoir sur la réalité, lui qui rêve parfois de devenir maître du monde littéraire et politique, grâce à l'association Le Cheval rouge qu'il voulait créer[74].

En même temps, il est bien conscient des dangers que le journalisme représente pour l'écrivain, parce que, forcé d'écrire sous des contraintes impératives, il est « une pensée en marche comme le soldat en guerre[75] ». Dans Illusions perdues, il fait dire aux sages du Cénacle, lorsque Lucien de Rubempré annonce qu’il va « se jeter dans les journaux » :

« Gardez-vous en bien, là serait la tombe du beau, du suave Lucien que nous aimons (…). Tu ne résisteras pas à la constante opposition de plaisir et de travail qui se trouve dans la vie des journalistes ; et résister au fond, c’est la vertu. Tu serais si enchanté d’exercer le pouvoir, d’avoir le droit de vie et de mort sur les œuvres de la pensée, que tu serais journaliste en deux mois. »

Dans ce même ouvrage, le jeune poète déclenche les railleries de journalistes désabusés : « Vous tenez donc à ce que vous écrivez ? lui dit Vernou d’un air railleur. Mais nous sommes des marchands de phrases, et nous vivons de notre commerce[76] ».

Il participe aussi à la révolution du roman-feuilleton en 1836, et livre à La Presse, qui appartient à son ami Girardin, La Vieille Fille, qui paraît en douze livraisons. En 1837, il y fera paraître Les Employés ou la Femme supérieure. Dans les années qui suivent, il donnera aussi des romans au Constitutionnel et au Siècle[77].

La Chronique de Paris[modifier | modifier le code]

Lithographie du portrait d'un homme assis qui glisse la main gauche dans sa veste
François Guizot « est une girouette qui, malgré son incessante mobilité, reste sur le même bâtiment. »

En 1835, apprenant que La Chronique de Paris, journal politique et littéraire, feuille sans position politique bien tranchée, est à vendre, Balzac l’achète, avec des fonds qu’il ne possède pas —comme à son habitude[78]. L’entreprise, qui aurait paru dramatique à tout autre, le remplit de joie et il construit aussitôt ses « châteaux en Espagne ». Il veut en faire l'organe du « parti des intelligentiels[79] ».

Quand enfin La Chronique de Paris paraît, le , l’équipe comprend des plumes importantes : Victor Hugo, Gustave Planche, Alphonse Karr et Théophile Gautier, dont Balzac apprécie le jeune talent ; pour les illustrations, on a Henry Monnier, Grandville et Honoré Daumier[80]. Balzac se réserve la politique, car le journal est un outil de pouvoir. Il fournira aussi des nouvelles. En réalité, si les membres de la rédaction festoient beaucoup chez Balzac, bien peu d’entre eux tiennent leurs engagements et Balzac est pratiquement le seul à y écrire[81]. Il y publie des textes que l’on retrouvera plus tard dans La Comédie humaine, mais remaniés cent fois selon son habitude : L'Interdiction, La Messe de l'athée et Facino Cane[81].

Quant aux articles politiques signés de sa main, le ton en est donné par cet extrait paru le  : « Ni M. Guizot ni M. Thiers n'ont d'autre idée que celle de nous gouverner. M. Thiers n’a jamais eu qu’une seule pensée : il a toujours songé à M. Thiers (…). M. Guizot est une girouette qui, malgré son incessante mobilité, reste sur le même bâtiment[82]. »

Balzac décrit avec une assez juste vision des choses la rivalité entre l'Angleterre et la Russie pour le contrôle de la Méditerranée. Il proteste contre l'alliance de la France et de l'Angleterre et dénonce le manque de plan de la diplomatie française. Enfin, il prophétise la domination de la Prusse sur une Allemagne unifiée[83]. Il publie aussi dans ce journal des romans et des nouvelles.

Au début, le journal La Chronique a un grand succès, et cette entreprise aurait pu être une véritable réussite. Mais Balzac était obligé de livrer, en même temps, à Madame Béchet et Edmond Werdet, les derniers volumes des Études de mœurs. Il avait par ailleurs fait faillite dans une affaire chimérique avec son beau-frère Surville. Enfin il se brouille avec Buloz, nouveau propriétaire de la Revue de Paris, qui avait sans doute communiqué des épreuves du Lys dans la vallée pour une publication en Russie par La Revue étrangère. Balzac refuse dès lors de continuer à livrer son texte et il s'ensuit un procès[84]. Arrêté par la Garde nationale parce qu'il refusait d'accomplir ses devoirs de soldat-citoyen, il est conduit à la maison d’arrêt, où il passe une semaine avant que l’éditeur Werdet réussisse à l'en faire sortir. Après cinq mois pénibles, Balzac obtient satisfaction[85]. Mais « ce sont des victoires qui tuent », écrit-il à la comtesse Hańska, « encore une et je suis mort »[86], « La vie est trop pesante, je ne vis pas avec plaisir »[87],[88]. Le jugement donne finalement raison à Balzac, mais il est poursuivi pour retard dans la livraison des romans promis à un autre éditeur. Menacé d’être mis en faillite, il décide, en juillet 1836 d’abandonner La Chronique[89].

Les mésaventures qu'il vient de connaître alimenteront la création d'un de ses plus beaux romans, alors en chantier, Illusions perdues, dont la deuxième partie sera « le poème de ses luttes et de ses rêves déçus[90] ».

La Revue parisienne[modifier | modifier le code]

portrait peint d'un homme brun à collier de barbe portant une veste noire
Stendhal en 1840. Balzac a rendu un vibrant hommage à La Chartreuse de Parme.

L’expérience ruineuse de La Chronique de Paris aurait dû décourager Balzac à jamais de toute entreprise de presse. Mais en 1839, Armand Dutacq, directeur du grand quotidien Le Siècle et initiateur du roman-feuilleton avec Émile de Girardin, lui offre de financer une petite revue mensuelle. Aussitôt Balzac imagine La Revue parisienne, dont Dutacq serait administrateur et avec lequel il partagerait les bénéfices. L’entreprise est censée servir les intérêts du feuilletoniste Balzac à une époque où Alexandre Dumas et Eugène Sue gèrent habilement le genre dans les quotidiens et utilisent au mieux le principe du découpage et du suspense. Balzac se lance alors dans la compétition, tout en rédigeant pratiquement seul pendant trois mois une revue qu’il veut également littéraire et politique[91]. Il publie entre autres Z. Marcas le , qui sera intégré à La Comédie humaine en août 1846 dans les Scènes de la vie politique.

Outre ses attaques contre le régime monarchique, La Revue parisienne se distingue par des critiques littéraires assez violentes dans l’éloge comme dans la charge. Parmi ses victimes on compte Henri de Latouche avec lequel Balzac est brouillé et qu’il hait désormais[92] : « Monsieur de Latouche n’a ni l’art de préparer des scènes, ni celui de dessiner des caractères, de former des contrastes, de soutenir l’intérêt[93]. »

Il attaque son ennemi naturel, Sainte-Beuve, dont le Port-Royal fait l’objet d’un véritable déchaînement. Balzac se venge des humiliations passées : « Monsieur Sainte-Beuve a eu la pétrifiante idée de restaurer le genre ennuyeux. En un point, cet auteur mérite qu’on le loue : il se rend justice, il va peu dans le monde et ne répand l’ennui que par sa plume (…)[94]. »

Balzac s’en prend encore, çà et là, assez injustement à Eugène Sue, mais rend un hommage vibrant à La Chartreuse de Parme de Stendhal, à une époque où, d’un commun accord, la presse restait muette sur ce roman :

« Monsieur Stendhal a écrit un livre où le sublime éclate de chapitre en chapitre. Il a produit, à l’âge où les hommes trouvent rarement des sujets grandioses, et après avoir écrit une vingtaine de volumes extrêmement spirituels, une œuvre qui ne peut être appréciée que par les âmes et les gens supérieurs (…)[95]. »

Mais cela marque le dernier numéro de La Revue parisienne, qui s’éteindra après la troisième parution. Balzac et Dutacq partageront les pertes qui n’étaient d’ailleurs pas très lourdes. Cependant, une fois encore, Balzac a échoué dans la presse, et dans les affaires.

Monographie de la presse parisienne[modifier | modifier le code]

Dans cette monographie humoristique (1843), Balzac propose une analyse complète des composantes de la presse. On trouve dans ce pamphlet la définition du publiciste, du journaliste, du « faiseur d'articles de fond », du « pêcheur à la ligne » (le pigiste payé à la ligne), du « rienologue » : « Vulgarisateur, alias : homo papaver, nécessairement sans aucune variété (…), qui étend une idée d’idée dans un baquet de lieux communs, et débite mécaniquement cette effroyable mixtion philosophico-littéraire dans des feuilles continues[96]. » Balzac sait se montrer désinvolte dans la satire.

La préface par Gérard de Nerval est dans le même ton. Dans un style pince-sans-rire, celui-ci donne une définition du canard : « information fabriquée colportée par des feuilles satiriques et d’où est né le mot argot « canard » pour désigner un journal[97] ».

Liaisons féminines[modifier | modifier le code]

Profil d'une tête d'homme regardant vers sa gauche
Tête de Balzac par Pierre-Jean David d'Angers (1843).

Mal aimé par sa mère, Balzac « a toujours cherché l'amour fou, la femme à la fois ange et courtisane, maternelle et soumise, dominatrice et dominée, grande dame et complice[98] ».

De petite taille et doté d'une tendance à l'embonpoint, il n'était pas spécialement séduisant[n 14], mais il avait un regard d'une force extraordinaire, qui a impressionné Théophile Gautier :

« Quant aux yeux, il n'en exista jamais de pareils. Ils avaient une vie, une lumière, un magnétisme inconcevables. Malgré les veilles de chaque nuit, la sclérotique en était pure, limpide, bleuâtre, comme celle d'un enfant ou d'une vierge, et enchâssait deux diamants noirs qu'éclairaient par instants de riches reflets d'or : c'étaient des yeux à faire baisser la prunelle aux aigles, à lire à travers les murs et les poitrines, à foudroyer une bête fauve furieuse, des yeux de souverain, de voyant, de dompteur[99]. »

Cet éclat particulier de ses yeux est confirmé par de nombreux témoignages[n 15].

Si Balzac attire les femmes, c'est d'abord parce qu'il les décrit dans ses romans avec une grande finesse psychologique, particulièrement quand elles sont prises dans le tremblement de la passion. Comme le note un de ses contemporains : « Le grand, l'immense succès de Balzac lui est venu par les femmes : elles ont adoré en lui l'homme qui a su avec éloquence, par de l'ingéniosité encore plus que par la vérité, prolonger indéfiniment chez elles l'âge d'aimer et surtout celui d'être aimées[100]. » Des caricatures le montrent porté en triomphe par des femmes de trente ans[101].

En dépit de son inimité viscérale pour le romancier, Sainte-Beuve confirme le succès que celui-ci rencontre auprès du public féminin et en explique l'origine :

« M. de Balzac sait beaucoup de choses des femmes, leurs secrets sensibles ou sensuels ; il leur pose, en ses récits, des questions hardies, familières, équivalentes à des privautés. C'est comme un docteur encore jeune qui a une entrée dans la ruelle et dans l'alcôve ; il a pris le droit de parler à demi-mot des mystérieux détails privés qui charment confusément les plus pudiques[102]. »

Dans son Avant-propos, Balzac reproche à Walter Scott l'absence de diversité dans ses portraits de femmes et attribue cette faiblesse à son éthique protestante :

« Dans le protestantisme, il n’y a plus rien de possible pour la femme après la faute ; tandis que dans l’Église catholique l’espoir du pardon la rend sublime. Aussi n’existe-t-il qu’une seule femme pour l’écrivain protestant, tandis que l’écrivain catholique trouve une femme nouvelle dans chaque nouvelle situation[62]. »

Ce sont presque toujours les femmes qui ont fait le premier contact avec le romancier, en lui écrivant une lettre admirative ou en lui lançant une invitation. C'est le cas, notamment, de Caroline Landrière des Bordes, baronne Deurbroucq, riche veuve qu'il rencontre au château de Méré, chez le banquier Goüin, et qu'il eut brièvement le projet d'épouser en 1832[103]. Dans le cas de Louise, qui se présente anonymement comme « une des femmes les plus élégantes de la société actuelle », le contact qu'elle a effectué en 1836 est resté purement épistolaire et s'est arrêté après un an sans que son identité lui ait jamais été révélée[104]. Une autre admiratrice, Hélène Marie-Félicité de Valette, qui se présente comme « bretonne et célibataire », mais qui en fait était veuve et avait un amant[105], lui écrit après avoir lu Beatrix en feuilleton et l'accompagnera dans un voyage en Bretagne, en avril 1841[106].

Tableau représentant une femme vêtue d'une robe grise qui porte dans ses bras un bébé à demi-nu
Portrait de Zulma Carraud et de son fils Ivan âgé de six mois, par Édouard Viénot.
Portrait peint : buste d'une femme nue sur fond jaune uniforme, tournée vers sa droite et regardant vers sa gauche, dont un sein est caché par son bras replié, et l'autre apparent, cheveux bruns longs mais remontés en chignon négligé ; signature en noir en bas à gauche : Rome 1830 H Vernet
Étude d’Olympe Pélissier par Horace Vernet pour son tableau Judith et Holopherne.
portrait peint d'une femme cousant, elle porte une robe noire
George Sand cousant, par Delacroix (1838). Détail.

Zulma Carraud[modifier | modifier le code]

Zulma Carraud était une amie d'enfance de sa sœur Laure. Cette « femme de haute valeur morale, stoïcienne virile[107] » vivait à Issoudun, était mariée et avait des enfants. Balzac la connaît depuis 1818, mais leur amitié ne se noue que lors de l'installation de sa sœur à Versailles, en 1824. Leur correspondance aurait commencé dès cette date, mais les premières années en ont été perdues[108]. Dans ses lettres, Zulma se révèle une de ses amies les plus intimes et les plus constantes. C'est chez elle qu'il se réfugie quand il est malade, découragé, surmené ou poursuivi par ses créanciers[109]. Elle lui rappelle l'idéal républicain et l'invite à plus d'empathie pour les souffrances du peuple[110]. Quoique n'étant pas elle-même très riche, elle vole sans relâche au secours de l'écrivain[111]. Elle compte parmi les femmes qui ont joué un grand rôle dans sa vie.

Laure de Berny[modifier | modifier le code]

En 1821, alors qu'il est de retour chez ses parents à Villeparisis, Balzac entre en relation avec Mme de Berny. Quoique son prénom usuel soit Antoinette, Balzac l'appellera toujours par son deuxième prénom, Laure, qui est aussi le prénom de sa sœur, ou la désigne comme la Dilecta (la bien-aimée). Celle-ci, qui est alors âgée de 45 ans, a eu quatre filles, dont Julie, issue d'une liaison qu'elle a eue avec André Campi. Encore belle[n 16], dotée d'une grande sensibilité et d'une expérience du monde, elle éblouit le jeune homme, qui en devient l’amant en 1822, préférant la mère à sa fille Julie qu'elle lui proposait d'épouser[112]. Laure lui tiendra lieu d'amante et de mère et forme l'écrivain. Elle l’encourage, le conseille, lui prodigue sa tendresse et lui fait apprécier le goût et les mœurs de l’Ancien Régime. Elle lui apporte aussi son aide lorsqu'il a des problèmes d'argent et qu'il est poursuivi par les huissiers. Il lui gardera une reconnaissance durable. À sa mort, en 1836, Balzac écrit : « Mme de Berny a été comme un Dieu pour moi. Elle a été une mère, une amie, une famille, un ami, un conseil ; elle a fait l'écrivain[113] ». Presque toute la correspondance ayant été détruite, seules quelques rares lettres témoignent de la jalousie qu'elle éprouva lors des liaisons subséquentes de son amant, mais sans jamais lui en tenir rigueur[114].

Balzac s'en est inspiré pour créer le personnage de Madame de Mortsauf, héroïne du Le Lys dans la vallée, et lui a dédié cet ouvrage. Elle a aussi des points en commun avec le personnage de Flavie Colleville des Petits Bourgeois[112].

La duchesse d'Abrantès[modifier | modifier le code]

En 1825, il commence une autre liaison avec la duchesse d'Abrantès. Cette femme, qui a 15 ans de plus que lui, le fascine par ses relations et son expérience du monde. Veuve du général Junot, qui avait été élevé au rang de duc par Napoléon, elle a connu les fastes de l'Empire et a ensuite fréquenté les milieux royalistes. Elle a été l'amante du comte de Metternich. Ruinée et forcée de vendre ses bijoux et son mobilier, elle s'installe modestement à Versailles. C'est par une amie de sa sœur, qui vivait aussi à Versailles, que Balzac fait sa connaissance. Il est séduit, mais elle ne lui offre d'abord que son amitié, qui se transforme peu après en amour partagé[115].

Quoiqu'elle se prénomme Laure, Balzac ne l'appellera jamais que Marie[116]. Elle lui donne des renseignements sur la vie dans les châteaux et les personnalités qu'elle a côtoyés. En revanche, il lui conseille d'écrire ses mémoires et lui tient lieu de conseiller et de correcteur littéraire[117].

La duchesse d'Abrantès a servi de modèle à la fois à la Vicomtesse de Beauséant dans la Femme abandonnée, ouvrage qui lui est dédié[118], et à la duchesse de Carigliano dans la Maison du chat-qui-pelote, ainsi qu'à certains traits dans Félicité des Touches[111]. Balzac rédige La Maison à Maffliers, près de L'Isle-Adam en 1829, alors que la duchesse d’Abrantès séjourne chez les Talleyrand-Périgord non loin de là[119].

Olympe Pélissier[modifier | modifier le code]

Dès 1831, Balzac fréquente le salon d'Olympe Pélissier, « belle courtisane intelligente » qui fut la maîtresse d’Eugène Sue avant d’épouser Rossini en 1847. Il eut avec elle une brève liaison.

Les personnages de demi-mondaines qui traversent La Comédie humaine, telles Florine et Tullia, lui doivent beaucoup. La scène de chambre de La Peau de chagrin aurait été jouée par Balzac lui-même chez Olympe[120], mais celle-ci ne ressemble en rien à Fœdora, et elle aura toujours avec lui des rapports amicaux et bienveillants. Ce dernier continuera à fréquenter son salon[121]. Quant à Fœdora de la nouvelle, Balzac précise dans une lettre : « J'ai fait Fœdora de deux femmes que j'ai connues sans être entré dans leur intimité. L'observation m'a suffi outre quelques confidences. »[122].

Aurore Dudevant / George Sand[modifier | modifier le code]

En 1831, Balzac fait la connaissance d'Aurore Dudevant venue tenter sa chance à Paris et fuir son mari. Il lui fait lire La Peau de chagrin et cet ouvrage suscite son enthousiasme.

En février 1838, il va retrouver « le camarade George Sand » dans son château de Nohant. Au cours des six jours qu'il y est resté, ils passent les nuits à bavarder, de « 5 heures du soir après le dîner jusqu'à 5 heures du matin ». Elle lui fait fumer « un houka et du lataki ». Rendant compte de cette expérience, il espère que le tabac lui permettra de « quitter le café et de varier les excitants dont j'ai besoin pour le travail[n 17] ».

Par la suite, il continue à la rencontrer dans le salon qu'elle tient à Paris, où elle vit en couple avec Chopin[123]. Ils échangent sur des questions de structure romanesque ou de psychologie des personnages et elle lui donne parfois des suggestions d'intrigues qu'elle ne pouvait pas traiter elle-même, notamment Les Galériens et Béatrix ou les Amours forcés[124]. Il est aussi arrivé qu'elle signe un récit de Balzac que ce dernier ne pouvait pas faire accepter par son éditeur parce qu'il y en avait déjà trop de sa plume dans un même recueil[111]. Balzac lui dédie les Mémoires de deux jeunes mariées.

De l'aveu même de l'auteur, elle a servi de modèle, dans Béatrix, au portrait de Félicité des Touches, un des rares portraits de femme qu'il ait faits conformes à la réalité[111]. Dans une lettre à Mme Hańska, il nie toutefois qu'il y ait eu autre chose que de l'amitié dans sa relation avec l'écrivain[111].

La duchesse de Castries[modifier | modifier le code]

Au début de l'année 1832, parmi les nombreuses lettres qui lui viennent de ses admiratrices, Balzac en reçoit une de la duchesse de Castries, belle rousse au front élevé, qui tient un salon littéraire et dont l'oncle est le chef du parti légitimiste[n 18] Immédiatement intéressé, Balzac va lui rendre visite et lui offre des feuillets manuscrits de La Femme de trente ans, dont elle est en fait le modèle, au physique et au moral[125]. En amoureux transi, il se rend à son château à Aix-les-Bains, où il passe plusieurs jours à écrire, tout en faisant la connaissance du baron James de Rothschild, avec qui il noue une relation durable[126]. Il l'accompagne ensuite à Genève en octobre de la même année, mais rentre dépité de ne pas voir ses sentiments partagés, et va se faire réconforter auprès de la dilecta[127].

Il témoigne de cette déception amoureuse dans La Duchesse de Langeais : « elle avait reçu de la nature les qualités nécessaires pour jouer les rôles de coquette... Elle faisait voir qu'il y avait en elle une noble courtisane... Elle paraissait devoir être la plus délicieuse des maîtresses en déposant son corset[128]. » Il lui dédie L'Illustre Gaudissart, une pochade qu’elle juge indigne de son rang, alors qu'elle est « un des plus anciens blasons du faubourg Saint-Germain »[129]. Balzac continue toutefois à la voir de façon sporadique et c'est sans doute grâce à elle qu'il peut avoir une entrevue avec Metternich[130]. Mme de Castries, qui avait du sang britannique, inspirera aussi en partie le personnage de lady Arabelle Dudley du Lys dans la vallée[131].

Marie du Fresnay[modifier | modifier le code]

En 1833, il noue une intrigue secrète avec « une gentille personne, la plus naïve créature qui soit tombée comme une fleur du ciel ; qui vient chez moi, en cachette, n'exige ni correspondance ni soins et qui dit : « Aime-moi un an ! Je t'aimerai toute ma vie. »[132] ». Marie du Fresnay, surnommée Maria, avait alors 24 ans et attendait un enfant de Balzac. Balzac lui dédiera plus tard le roman Eugénie Grandet, qu'il était alors en train d'écrire et dont l'héroïne est inspirée de la jeune femme[n 19].

La comtesse Guidoboni-Visconti[modifier | modifier le code]

En avril 1835, Balzac a le coup de foudre pour la comtesse Guidoboni-Visconti, née Frances-Sarah Lovell, issue de la plus ancienne gentry anglaise. Il la décrira plus tard comme « une des plus aimables femmes, et d'une infinie, d'une exquise bonté, d'une beauté fine, élégante (...) douce et pleine de fermeté[133] ». Une jeune amie de la comtesse décrit ainsi les affinités entre ces deux personnalités :

« Tu me demandes qu'est-ce que c'est que cette (...) passion de M. de Balzac pour Madame Visconti ? Ce n'est autre chose que, comme Madame Visconti est remplie d'esprit, d'imagination, et d'idées fraîches et neuves, M. de Balzac qui est aussi un homme supérieur, goûte la conversation de Madame Visconti, et comme il a beaucoup écrit et écrit encore, il lui emprunte souvent de ces idées originales qui sont si fréquentes chez elle, et leur conversation est toujours excessivement intéressante et amusante[134]. »

La comtesse et son mari confieront à Balzac une mission en Italie, au cours de laquelle Balzac se fit accompagner de Caroline Marbouty, personne un peu fantasque, à qui il demanda de se travestir en « page » et qu'il appelait Marcel, afin d'éviter les commérages[135].

Les Guidoboni-Visconti l'aideront financièrement à plusieurs reprises, le faisant échapper à la prison pour dette et lui donnant asile[136]. La comtesse a inspiré le personnage de Lady Dudley du Lys dans la vallée, du moins au plan physique, car si elle avait le feu et la passion du personnage, elle était plus généreuse et moins perverse[137].

Mme Hańska[modifier | modifier le code]

Portrait peint en couleurs d'une femme, teint pâle, cheveux noir avec des anglaises sur les cotés, portant un voile léger de couleur claire ; signature en noir en bas à droite : Sowgen 1825
Ewelina Hańska peinte par Holz Sowgen en octobre 1825
tableau d'une femme semi-assise, vêtue d'une robe jaune et d'une chemise blanche ayant ses pieds un chien blanc à tâches rousses, dans un paysage lointain de montagnes, avec un temple à colonnes de style grec, et un rosier en pot sur un muret.
La comtesse Hańska et son chien par Ferdinand Georg Waldmüller, en 1835.

Balzac voue sa passion la plus durable à la comtesse Hańska, une admiratrice polonaise mariée à un prince russe résidant en Ukraine[138]. Cette dernière lui adressa une première lettre le . Signée L'Étrangère, elle demandait de lui en accuser réception dans le journal La Quotidienne, le seul qui ne fût pas interdit en Russie. Elle avait alors trente-et-un ans, mais en avouait vingt-cinq, et avait une fille, Anna, qu'elle faisait éduquer en Suisse[139].

Balzac fait paraître sa réponse le dans le journal, mais n'entame leur correspondance directe qu'en janvier 1833, en utilisant comme intermédiaire la gouvernante de la petite Anna[n 20]. Comme elle est mariée, il ne peut que la rencontrer épisodiquement. Ils se rejoignent pour la première fois en décembre 1833, en Suisse, à la Villa Diodati de Cologny, au bord du lac de Neuchâtel, un endroit d'autant plus mythique dans son imaginaire que Mme de Castries s'y était autrefois refusée à lui[140].

Épouser cette comtesse, qu'il appelle son « étoile polaire[141] » devient dès lors son grand rêve et son ultime ambition, car cela consacrerait son intégration à la haute société de l'époque[142]. Il va la courtiser pendant dix-sept ans, la revoyant de loin en loin, soit en Saxe soit en Russie ou en Suisse. Lorsqu'elle devient veuve en novembre 1841[143], il espère pouvoir bientôt réaliser son rêve, mais la comtesse hésite et tergiverse.

En 1845 et 1846, Balzac fait de nombreux voyages à travers l'Europe avec Mme Hańska, sa fille Anna et son gendre, George Mniszech. En mai 1843, il apprend qu'Éveline, alors âgée de 42 ans, est enceinte. Il s'imagine que ce sera un garçon et décide de l'appeler Victor-Honoré. Malheureusement, Éveline lui annonce en novembre qu'il faut renoncer à cet espoir en raison d'une fausse-couche. Très affecté par cette nouvelle, il a pleuré « trois heures, comme un enfant »[144]. Cette mort sera ressentie comme un échec de la paternité, qui était aussi attachée symboliquement à son activité de création[145].

Mme Hańska vient vivre chez lui à Paris durant les mois de février et mars 1847, et sa présence stimulera la puissance créatrice de Balzac, qui publie trois romans durant ce temps. En septembre 1847, il peut enfin aller la rejoindre dans son château de Wierzchownia, en Ukraine, à 60 km de toute ville habitée. La châtelaine règne sur une propriété de 21 000 hectares, avec plus de 1 000 serfs et son château compte plus de 300 domestiques. Il échafaude un projet d'exploitation des forêts de chêne du domaine afin de fournir des traverses aux chemins de fer européens, mais ce projet n'aura pas de suite. En janvier 1848, il décide de rentrer à Paris[146].

Le mariage ne se fera finalement que huit ans plus tard. Ses lettres à la comtesse ont été réunies après sa mort sous le titre Lettres à l’étrangère[n 21].

Opinions politiques et sociales[modifier | modifier le code]

Les opinions politiques de Balzac ont été variables et beaucoup discutées[n 22].

Au plan du régime politique, il a d'abord été libéral sous la Restauration, pour ensuite afficher des convictions légitimistes en 1832, sous l’influence de la duchesse de Castries. À son amie Zulma Carraud qui lui reproche son changement de camp, il répond en exposant ses convictions politiques :

« Jamais je ne me vendrai. Je serai toujours, dans ma ligne, noble et généreux. La destruction de toute noblesse hors la Chambre des Pairs ; la séparation du clergé d'avec Rome ; les limites naturelles de la France ; l'égalité parfaite de la classe moyenne ; la reconnaissance des supériorités réelles ; l'économie des dépenses, l'augmentation des recettes par une meilleure entente de l'impôt, l'instruction pour tous, voilà les principaux points de ma politique, auxquels vous me trouverez fidèle. [...] Je veux le pouvoir fort[147]. »

Pour André Maurois, « le meilleur régime politique est, selon Balzac, celui qui produit la plus grande énergie. Or il pense que ce maximum d'énergie s'obtient en concentrant l'autorité de l'État[148]. » Se disant en faveur d'un pouvoir absolu[n 23], il dénonce la permanente instabilité d'une démocratie représentative : « Ce qu'on nomme un gouvernement représentatif est une tempête perpétuelle [...] Or, le propre d'un gouvernement est la fixité[148]. »

Ce régime fort peut aussi être celui d'un petit groupe d'hommes de talent exerçant une « dictature collective » comme dans Ferragus[149]. Cette même idée qu'il suffit de rassembler quelques volontés fortes pour faire un coup d'État par la ruse et sans violence revient dans Le Contrat de mariage. Ailleurs, il fait l'éloge de Talleyrand et de Fouché, experts en manipulation et gestion du secret[150].

Dessin du buste d'un homme regardant vers sa gauche, cheveux noirs, visage aux traits fins, nez allongé
Les positions socio-économiques de Balzac s'inspirent souvent des théories de Claude Henri de Saint-Simon.

Grand admirateur de Napoléon et des êtres exceptionnels, Balzac ne croit pas à une égalité naturelle : « L'égalité sera peut-être un droit mais aucune puissance humaine ne saurait le convertir en fait[151] ». Il ne met donc pas en cause le principe de la propriété privée, mais il en ébauche les limites : liberté du travail, liberté d'entreprendre, liberté de la presse, rejoignant en cela les théories de Saint-Simon, qui associent de façon cohérente progrès social et progrès économique[152].

Au plan social, après les émeutes de 1840, il rappelle que le pouvoir en place n'existe que par et pour le peuple et que l'intérêt général doit l'emporter sur l'intérêt particulier. Le pouvoir doit donc être juste, il doit protéger et défendre les déshérités, ne pas laisser une classe de la société dominer le gouvernement[153].

Il insiste sur l'importance de l'économie, à laquelle il attache bien plus d'importance qu'à la politique, ce qui le rapproche de Marx[154]. Le critique marxiste Georg Lukács voit dans Illusions perdues « l'épopée tragi-comique de la capitalisation de l'esprit, la transformation en marchandise de la littérature[155] ». Un de ses articles de 1840, intitulé Sur les ouvriers, va jusqu'à montrer des sympathies pour les idées de Fourier, et il proposera même, en 1843, de publier un feuilleton intitulé Peines de cœur d'un vieux millionnaire dans le journal socialiste La Démocratie pacifique[156]. En revanche, Le Médecin de campagne affiche des positions tellement conservatrices qu'il a été qualifié de « propagande électorale »[157].

Loin de défendre l'aristocratie, il la montre incapable de s'adapter aux réalités nouvelles ; il n'est pas plus tendre envers la bourgeoisie dans ses romans et dit vouloir peindre, dans Les Petits Bourgeois de Paris, le « Tartuffe-démocrate-philanthrope » de la bourgeoisie de 1830[65]. Il pressent, selon Métadier, « la victoire des masses qui absorberont un jour la bourgeoisie comme la bourgeoisie a absorbé la noblesse[158] ».

Il expose ses convictions dans son Avant-propos à La Comédie humaine. La famille y est présentée comme « le véritable élément social », et non l'individu. Quant à la religion, il lui assigne pour rôle essentiel de sauvegarder la paix sociale : « Le christianisme, et surtout le catholicisme, étant (...) un système complet de répression des tendances dépravées de l’homme, est le plus grand élément d’Ordre Social[159]. »

La justice et la loi sont au cœur de nombre de ses romans, dont ils constituent à la fois la trame, l'enjeu, l'instrument et la fin : elles en nouent et en dénouent l'intrigue[160]. Son expérience du droit lui permet de démonter les insuffisances du système législatif, toujours en retard sur les combines au moyen desquelles de grandes fortunes se créent au mépris de la justice : « Le secret des grandes fortunes sans cause apparente est un crime oublié[161]. » La Comédie humaine peut donc être vue comme

« une encyclopédie des mille et un moyens de s'enrichir au détriment d'autrui : falsification de testament (Ursule Mirouët), escroquerie au mariage (Le Contrat de mariage), faux et usage de faux (Le Cabinet des Antiques, Splendeurs et misères des courtisanes), prévarication (La Cousine Bette), cambriolage et détournement de succession (Le Cousin Pons), détournement de fonds (Madame Firmiani), tromperie sur la marchandise (Les Petits Bourgeois), ou en matière d'opérations de bourse (La Maison Nucingen), usurpation de propriété (Le Colonel Chabert)[162]. »

Balzac montre la difficulté de lutter contre les procédures collectives frauduleuses et rédige avec l'expertise d'un avocat véreux des clauses de contrat qui permettront de dépouiller Birotteau de son mobilier ou de faire main basse sur les tableaux de M. Pons[n 24]. Dans César Birotteau, il fait une analyse implacable de la loi française sur les faillites de 1807 — qui ne faisait pas la distinction entre débiteur malheureux et débiteur malhonnête — et qui sera d'ailleurs réformée un an après la parution du roman[163]. Il dénonce les dysfonctionnements de la justice criminelle dans Pierrette.

Il y a donc dans son œuvre « une condamnation passionnée non seulement de la société qu'il a sous les yeux, mais plus radicalement de tout ordre social [et] une invitation à l'anarchisme et à la révolte[164] ». En même temps, à cet anarchisme du romancier correspond, à partir du moment où Balzac se place au point de vue de la société, « un autoritarisme à tendances totalitaires[165] ». Ainsi, alors que le sociologue et le politique sont du côté de la droite et du conservatisme, l'écrivain pose un constat dévastateur sur la société qu'il dépeint. Il faut donc conclure que, si, à certains égards, Balzac est assez éloigné des idées politiques de Victor Hugo et de Flaubert, son message politique est plus complexe qu'il n'y paraît à première vue. Selon Alain : « (Balzac) soutient le trône et l'autel sans croire ni à l'un ni à l'autre[166] ». Engels, qui avait lu Balzac sur la recommandation de Marx, disait qu’il avait plus appris sur la société du XIXe siècle dans Balzac que dans tous les livres des historiens, économistes et statisticiens professionnels[167]. Même constat de la part de Zola : « Balzac est à nous, Balzac, le royaliste, le catholique a travaillé pour la république, pour les sociétés et les religions libres de l’avenir[168]. » De fait, dans La Comédie humaine, les républicains sont toujours des personnages austères, probes et intransigeants[169].

En définitive, Balzac ferait partie des révoltés[170], selon Pierre Barbéris : « Chacun sait que ce gros homme entendait faire une œuvre de défense et illustration des valeurs de défense sociale, voire de l'ordre moral, et qu'il a dressé, en fait, le plus formidable acte d'accusation qui ait jamais été lancé contre une civilisation[171]. » En dépit de ses opinions légitimistes, « le monarchisme balzacien s’inscrit à l’évidence d’abord comme un refus : de la société bourgeoise, de sa vision du monde, de son capitalisme conquérant, des nouvelles ambitions de carrières par elle engendrées[172]. » C'est aussi la perception qu'en avait Hugo[173]. André Maurois voit en lui un « révolutionnaire constructif[174] ».

Les demeures[modifier | modifier le code]

Les demeures de Balzac font partie intégrante de la Comédie humaine. Balzac s’était identifié à ses personnages préférés : ceux qui passaient d’une mansarde à un hôtel particulier (Lucien de Rubempré dans Illusions perdues), qui habitaient des demeures secrètes (La Fille aux yeux d'or)[175], qui passaient de la ruine à la richesse (Raphaël de Valentin dans la Peau de chagrin), ou qui étaient grevés de dettes, comme lui (Anastasie de Restaud dans Le Père Goriot). Comme le note Gaëtan Picon, « Chaque personnage balzacien est le double de son créateur : il triomphe ou il échoue, il succombe pour détourner le sort[176]. »

Les fastes de la rue Cassini[modifier | modifier le code]

En 1826, Balzac se réfugie chez Henri de Latouche, rue des Marais-Saint-Germain[177] (aujourd’hui rue Visconti), où le rez-de-chaussée offre un espace assez vaste pour installer une imprimerie. Latouche lui aménage également une garçonnière au premier étage, où l’écrivain peut recevoir Madame de Berny[178]. Très vite, l’entreprise échoue. Alexandre Deberny prend la direction de l’affaire dont il sauve une partie. Il est le sixième des neuf enfants de Laure de Berny, mais supprimera sa particule. Il sauve du désastre la fonderie de caractères qui prospérera jusqu’au XXe siècle. Elle devient la célèbre fonderie Deberny & Peignot, qui ne fermera que le [179],[n 25].

Photographie en couleurs d'un bâtiment à deux niveaux vu d'un parc arboré, à droite, il est surmonté par une coupole
Observatoire de Paris, côté sud.

Balzac, assailli par ses créanciers, se réfugie au no 1 de la rue Cassini, logement que son beau-frère Surville a loué pour lui[180] dans le quartier de l’observatoire de Paris, considéré à l’époque comme « le bout du monde » et qui inspirera sans doute l’environnement géographique de l'Histoire des Treize. Latouche, qui a en commun avec Balzac le goût du mobilier, participe activement à la décoration des lieux, choisissant, comme pour la garçonnière de la rue Visconti, de couvrir les murs d’un tissu bleu à l’aspect soyeux[181]. Balzac se lance dans un aménagement fastueux, avec des tapis, une pendule à piédestal en marbre jaune, une bibliothèque d’acajou remplie d’éditions précieuses. Son cabinet de bain en stuc blanc est éclairé par une fenêtre en verre dépoli de couleur rouge qui inonde les lieux de rayons roses[181]. Le train de vie de Balzac est à l’avenant : costumes d’une élégance recherchée, objets précieux[182]. Le fidèle Latouche s’endette pour aider son ami à réaliser sa vision du « luxe oriental » en agrandissant par achats successifs le logement qui deviendra un charmant pavillon[183]. C’est dans ce lieu que naîtront divers romans : Les Chouans d’abord intitulé Le Dernier Chouan, puis la Physiologie du mariage, La Peau de chagrin, La Femme de trente ans, Le Curé de Tours, Histoire des Treize, La Duchesse de Langeais inspiré en partie par le couvent des Carmélites, proche de la rue Cassini. Mais surtout Balzac jettera pendant ces années-là les premières bases de La Comédie humaine.

Le 13, rue des Batailles[modifier | modifier le code]

Photographie en couleur d'une place ornée d'une statue de cavalier, à gauche un immeuble en rotonde, à droite une avenue
La place d’Iéna et l’avenue d'Iéna dans le prolongement.

Le train de vie fastueux de la rue Cassini a encore augmenté les dettes de Balzac. Il a accumulé orfèvrerie et objets précieux dont la célèbre canne à pommeau d’or ciselée avec ébullitions de turquoises et de pierres précieuses[184]. Delphine de Girardin en fait un conte : La Canne de Monsieur Balzac, 1836, et Balzac écrit à la comtesse Hańska : « Ce bijou menace d’être européen… Si l’on vous dit dans vos voyages que j’ai une canne fée, qui lance des chevaux, fait éclore des palais, crache des diamants, ne vous étonnez pas et riez avec moi[185]. »

Balzac est donc sans le sou, malgré tout l’argent qu’il a gagné avec son énorme production littéraire. Les créanciers et la garde nationale le pourchassent toujours au point qu’il doit se réfugier rue des Batailles (aujourd'hui avenue d'Iéna), dans le village de Chaillot. Et il loue son appartement sous le nom de veuve Durand[186]. On n’y entre qu’en donnant un mot de passe, il faut traverser des pièces vides, puis un corridor pour accéder au cabinet de travail de l’écrivain. La pièce est richement meublée, avec des murs matelassés. Elle ressemble étrangement au logis secret de La Fille aux yeux d'or, dont le manuscrit est transmis à la comtesse Hańska par les soins du prince Alfred de Schönburg, envoyé extraordinaire de Ferdinand Ier auprès de Louis-Philippe, qui se risque dans « l’antre » de l’écrivain[187]. Là, Balzac travaille jour et nuit à l’achèvement de son roman Le Lys dans la vallée, dont il a rédigé l’essentiel au château de Saché. En même temps, il écrit Séraphîta qui lui donne beaucoup de mal : « (...) depuis vingt jours, j’ai travaillé constamment douze heures à Séraphîta. Le monde ignore ces immenses travaux ; il ne voit et ne doit voir que le résultat. Mais il a fallu dévorer tout le mysticisme pour le formuler. Séraphîta est une œuvre dévorante pour ceux qui croient.(...)[188]. »

Le château de Saché[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Château de Saché.

Balzac a fait plusieurs séjours au château de Saché à Saché en Touraine de 1830 à 1837, hôte de son ami Jean de Margonne[n 26]. C'est là qu'il a travaillé à l'écriture du Père Goriot, de Illusions perdues et de La Recherche de l'absolu. Mais il y a surtout trouvé l'inspiration pour Le Lys dans la vallée. La vallée de l’Indre, ses châteaux et sa campagne ont servi de cadre au roman. Le château de Saché est d'ailleurs surnommé le « château du Lys » ; il est devenu dans le roman le château de Frapesle, demeure de Laure de Berny[189]. Depuis le 29 avril 1951, le château abrite un musée consacré à la vie de Balzac. Il expose de nombreux documents d'époque dont quelques portraits de l'écrivain (le plus précieux étant dû à Louis Boulanger), et conserve en l’état au deuxième étage la petite chambre où il se retirait pour écrire. Une pièce de théâtre de Pierrette Dupoyet, Bal chez Balzac, prend pour cadre le château de Saché en 1848 (création Festival d'Avignon. Tournée en Ukraine).

La maison des Jardies[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Maison des Jardies.
Photographie couleurs d'une maison à deux niveaux à volets rouges.
Façade extérieure de la Maison des Jardies

Balzac achète la maison des Jardies à Sèvres en 1837, dans l'espoir d'y finir ses jours en paix[190]. Cette maison située non loin de la voie de chemin de fer qui vient d’être créée entre Paris et Versailles lui permet de s'éloigner de l'enfer de la capitale. Il entrevoit aussi la possibilité de spéculer sur les terrains environnants en vendant aux habitants de la capitale des parcelles à lotir.

Léon Gozlan[191] et Théophile Gautier[192] ont été témoins de la folie des grandeurs de Balzac qui a d’abord voulu transformer la maison en palais avec des matériaux précieux[193], et qui a vaguement fait allusion à des plantations d’ananas. Mais cette anecdote reste une légende déformée et amplifiée, car Balzac rêvait d’arbres et de fruits tropicaux. Il y travaille à une pièce, L'École des ménages, qu'il ne parviendra pas à faire jouer, et se met à la deuxième partie de Illusions perdues.

En 1840, recherché pour dettes par la garde nationale et par les huissiers, il met la propriété en vente et va se cacher à Passy[190]. La seule trace qu’il ait laissée de son passage est un buffet rustique.

La maison de Passy[modifier | modifier le code]

Portrait peint d'un homme moustachu, les bras croisés portant une robe de chambre blanche
Balzac dans sa célèbre robe de chambre (aussi désignée comme une robe de bure), par Maxime Dastugue, d’après Louis Boulanger
Article détaillé : Maison de Balzac.

En octobre 1840, sous le nom de « Madame de Breugnol », Balzac s’installe rue Basse à Passy (actuellement rue Raynouard) dans un logement à deux issues où l’on ne pénètre qu’en donnant un mot de passe. Madame de Breugnol, de son vrai nom Louise Breugniol, née en 1804, existe réellement. Elle tient lieu de « gouvernante » à l’écrivain — ce qui provoquera des crises de jalousie chez Mme Hańska lorsque celle-ci soupçonnera la nature exacte de leurs rapports, au point qu'elle finira par exiger son renvoi, en 1845[n 27] —. Elle filtre les visiteurs et n'introduit que les personnes « sûres » comme le directeur du journal L’Époque auquel Balzac doit livrer un feuilleton. L’écrivain vivra sept ans dans un appartement de cinq pièces situé en rez-de-jardin du bâtiment. L’emplacement est très commode pour rejoindre le centre de Paris en passant par la barrière de Passy via la rue Berton, en contrebas. Balzac apprécie le calme du lieu et le jardin fleuri. C’est ici que sa production littéraire est la plus abondante. Dans le petit cabinet de travail, Balzac écrit, vêtu de sa légendaire robe de chambre blanche, avec pour tout matériel une petite table, sa cafetière et sa plume[190].

André Maurois considère qu’il y a, à cette époque-là, deux êtres en Balzac :

« L’un est un gros homme qui vit dans le monde humain ; [...] qui a des dettes et craint les huissiers. L’autre est le créateur d’un monde ; éprouve et comprend les sentiments les plus délicats ; et mène, sans s'occuper des misérables questions d'argent, une existence fastueuse. Le Balzac humain subit les petits bourgeois de sa famille ; le Balzac prométhéen fréquente les illustres familles qu’il a lui-même inventées[142]. »

Dans la maison de Passy, il produit entre autres La Rabouilleuse, Splendeurs et misères des courtisanes, La Cousine Bette, Le Cousin Pons, et remanie l’ensemble de La Comédie humaine.

La maison de Passy, devenue aujourd’hui la maison de Balzac, a été transformée en musée, en hommage à ce géant de la littérature. On y trouve ses documents, manuscrits, lettres autographes, éditions rares, et quelques traces de ses excentricités comme la fameuse canne à turquoises, et sa cafetière avec les initiales « HB ». Outre l’appartement de Balzac, le musée occupe trois niveaux et s’étend sur plusieurs pièces et dépendances autrefois occupées par d’autres locataires. Une Généalogie des personnages de La Comédie humaine est à la disposition du public. Il s'agit d’un tableau long de 14,50 m où sont référencés 1 000 personnages sur les quelque 2 500 que compte La Comédie humaine et dont on peut acheter une copie repliable.

La Folie Beaujon ou le dernier palais[modifier | modifier le code]

Peinture représentant un immeuble sur trois niveaux vu de la rue
Maison de Balzac, rue Fortunée.

Balzac a une idée fixe : épouser la comtesse Hańska et aménager pour sa future femme un palais digne d’elle. Pour cela, le , il achète, avec l’argent de la comtesse, la Chartreuse Beaujon, une dépendance de la Folie Beaujon, située rue Fortunée (aujourd’hui rue Balzac)[194]. Il la décore selon ses habitudes avec une splendeur qui enchante son ami Théophile Gautier[195], mais cette décoration lui prend tout le temps qu’il devrait consacrer à l’écriture. D’ailleurs, Balzac n’a plus le goût d’écrire. Il lui faudra aller à Verkhovnia, en Ukraine, pour retrouver son élan et produire le deuxième épisode de L'Envers de l'histoire contemporaine, La Femme auteur. Mais, de retour à Paris, c’est un Balzac à bout de force qui entame, dès 1848, Les Paysans et Le Député d'Arcis, romans restés inachevés à sa mort[196]. C’est d’ailleurs ce « palais » de la rue Fortunée (devenue depuis Rue Balzac) qui aurait dû être le musée Balzac si le bâtiment n’avait été détruit et les collections dispersées.

Fondation de la Société des gens de lettres[modifier | modifier le code]

Photographie couleur sépia : un immeuble à deux niveaux sur une parcelle séparée de la rue par un muret muni de grille métallique, nombreuses fenêtres presque toutes obturées par des volets à persiennes, chiens assis dépassant du toit
Hôtel Thiroux de Montsauge, hôtel de Massa, siège de la Société des gens de lettres, photographie d’Eugène Atget (1906)

Balzac a beaucoup milité pour le respect des écrivains. Dans sa « lettre aux écrivains du XIXe siècle », il les exhorte à régner sur l’Europe par la pensée plutôt que par les armes, leur rappelant que le fruit de leurs écrits rapporte des sommes énormes dont ils ne bénéficient pas : « La loi protège la terre ; elle protège la maison du prolétaire qui a sué ; elle confisque l’ouvrage du poète qui a pensé (…)[197]. » Il témoigne lors d'un procès en contrefaçon et veut aller en Russie pour obtenir l'établissement d'une loi de réciprocité sur la propriété littéraire[198].

S'il n'a pas participé à séance de fondation de la Société des gens de lettres, en 1838, il y adhère toutefois dès la fin de cette année et devient membre du Comité le printemps suivant. La Société se définit comme une association d’auteurs destinée à défendre le droit moral, les intérêts patrimoniaux et juridiques des auteurs de l’écrit[n 28]. Il en devient le président le 16 août 1839 et président honoraire en 1841[199]. Son action, raillée par Sainte-Beuve qui ridiculisait « ce compagnonnage ouvrier et ces maréchaux de France de la littérature qui offrent à l’exploitation une certaine surface commerciale[200] », aura dans le futur un soutien important en Émile Zola, qui poursuivra la tâche.

Les voyages[modifier | modifier le code]

Balzac a beaucoup voyagé : Ukraine, Russie, Prusse, Autriche, Italie. Le , il assiste au mariage d'Anna Hańska, fille d'Ewelina Hańska, à Wiesbaden[201]. Mais bien peu de lieux, en dehors de Paris et de la province française, seront une source d’inspiration pour lui. Seule l’Italie lui inspire une passion qu’il exprime dans de nombreux écrits, notamment les contes et nouvelles philosophiques. En Russie, c’est plutôt Balzac qui laissera ses traces en inspirant Dostoïevski.

L’Italie[modifier | modifier le code]

En 1836, il se rend en Italie en qualité de mandataire de ses amis Guidoboni-Visconti afin de régler à Turin une affaire de vente. Il se fait accompagner par Caroline Marbouty, déguisée en jeune homme pour éviter les commérages. Il rencontre la comtesse Sanseverino-Vimercati et la marquise Juliette Falletti di Barolo[202].

Il y retourne deux ans plus tard, via la Corse, afin de lancer une entreprise de récupération du minerai d'argent contenu dans les scories des anciennes mines de Sardaigne. Malheureusement, il a été pris de vitesse par un Génois à qui il avait parlé de son projet lors de sa visite précédente. Il se lie avec le marquis Gian Carlo di Negro et le marquis Damaso Pareto ; il est l'hôte du prince Porcia[203].

Il aime l’Italie, cette « mère de tous les arts », pour sa beauté naturelle, pour la générosité de ses habitants, pour la simplicité et l’élégance de son aristocratie, qu’il considère comme « la première d’Europe[204] », et ne tarit pas d’éloges sur ses splendeurs. Il est ébloui par la créativité italienne, perçue via le Mosé et le Barbier de Séville de Rossini, qu’il rencontre à Bologne, et auquel il consacre deux nouvelles jumelles : Massimilla Doni et Gambara. Il est également fasciné par les beautés de Florence, Gênes et Rome, par leurs peintres, sculpteurs et architectes ; ces villes servent partiellement de cadre à Sarrasine et Facino Cane. S’il a été enthousiasmé par La Chartreuse de Parme, qui paraît en 1839, c’est aussi parce que le roman de Stendhal offre des statues italiennes comparables à celles des jardins des grandes villas. Un engouement que l’Italie lui rend bien car il y est accueilli à bras ouverts.

La Russie[modifier | modifier le code]

C’est au contraire avec un peu de méfiance qu’on le voit arriver à Saint-Pétersbourg en 1843 pour aider Mme Hańska dans une affaire de succession[205]. Sa réputation d’endetté perpétuel est notoire et l’a précédé. À Paris déjà, lorsqu’il demande un visa, le secrétaire d’ambassade Victor de Balabine suppose qu’il va en Russie parce qu’il n’a pas le sou[206], et le chargé d’affaires russe à Paris propose à son gouvernement « d’aller au-devant des besoins d’argent de Monsieur de Balzac et de mettre à profit la plume de cet auteur, qui garde encore une certaine popularité ici, … pour écrire une réfutation du livre calomniateur de Monsieur de Custine[207]. » Ce en quoi il se trompe. Balzac ne réfutera pas Astolphe de Custine, pas plus qu’il ne cherchera des subsides à Saint-Pétersbourg. Il n’est venu que pour voir madame Hańska. Balzac est déjà très aimé et très lu en Russie. Le public le considère comme l’écrivain qui a « le mieux compris les sentiments des femmes »[208].

Balzac, qui a pris le bateau à Dunkerque, arrive à Saint-Pétersbourg le 29 juillet 1843. Étant parmi les personnalités qui assistent à la grande revue annuelle des troupes, il côtoie divers princes et généraux russes. Les amants se verront, discrètement, durant deux mois[208]. Le 7 octobre, il regagne la France par voie de terre, avec un court séjour à Berlin et une visite des champs de bataille napoléoniens de Leipzig et Dresde.

Les dernières années et la mort[modifier | modifier le code]

Dessin de Balzac en pied, où la tête est grossie.
Balzac vu par Nadar en 1850 (source : « Gallica »)

Dès 1845, le rythme de la production ralentit et Balzac se lamente dans ses lettres de ne pas pouvoir écrire. En 1847, il avoue sentir se désagréger ses forces créatrices. Comme le héros de son premier grand livre, La Peau de chagrin, il semble avoir eu très jeune le pressentiment d'un écroulement prématuré[209].

En août 1848, il obtient finalement du pouvoir russe un nouveau passeport pour se rendre en Ukraine. Il y arrive le 2 octobre. Il apprend sans surprise que l'Académie française a écarté une nouvelle fois sa candidature, le 11 janvier 1849. Il espère toujours épouser la comtesse Hańska, mais la situation des amants est compliquée par la loi russe qui prévoit que la femme d'un étranger perd automatiquement ses biens fonciers, sauf oukase exceptionnel signé par le tsar. Or, ce dernier refuse sèchement[210]. Le séjour en Ukraine ne réussit guère à l'écrivain épuisé et sa santé se détériore. Il attrape un gros rhume, qui évolue en bronchite, et son souffle se fait court.

Le mariage peut enfin avoir lieu le , à sept heures du matin, dans l'église Sainte-Barbe de Berdytchiv[211]. Sa vanité est comblée[n 29], mais sa santé continue à se dégrader ; il est malade du cœur et a des crises d'étouffement de plus en plus fréquentes. Les époux décident de rentrer à leur demeure de la rue Fortunée à Paris. Ils quittent Kiev le 25 avril, mais le voyage est éprouvant, leur voiture s'enfonçant parfois dans la boue jusqu'aux portières[212]. Ils arrivent finalement à Paris le . Le docteur Nacquart, qui soigne l’écrivain avec trois confrères pour un œdème généralisé, ne parvient pas à éviter une péritonite, suivie de gangrène[213]. Le romancier était épuisé par les efforts prodigieux déployés au cours de sa vie et le régime de forçat qu'il s'était imposé. La rumeur voudrait qu’il eût appelé à son chevet d’agonisant Horace Bianchon, le grand médecin de La Comédie humaine : il avait ressenti si intensément les histoires qu’il forgeait que la réalité se confondait avec la fiction. Il entre en agonie le dimanche 18 août dans la matinée et meurt à 23 heures 30[214]. Victor Hugo, qui fut son ultime visiteur, a rendu un témoignage émouvant et précis sur ses derniers moments[215].

Lors des funérailles, le 21 août, au cimetière du Père-Lachaise (division 48), la foule était imposante et comptait notamment de nombreux ouvriers typographes. Alexandre Dumas et le ministre de l'Intérieur étaient auprès du cercueil, avec Victor Hugo, qui prononça l’oraison funèbre[216] :

« Tous ses livres ne forment qu'un livre, livre vivant, lumineux, profond, où l'on voit aller et venir, et marcher et se mouvoir, avec je ne sais quoi d'effaré et de terrible mêlé au réel, toute notre civilisation contemporaine, livre merveilleux que le poète a intitulé Comédie et qu'il aurait pu intituler Histoire (...) À son insu, qu'il le veuille ou non, qu'il y consente ou non, l'auteur de cette œuvre immense et étrange est de la forte race des écrivains révolutionnaires[217]. »

Il laissait à sa veuve une dette de 100 000 F. Celle-ci accepta la succession et continua de verser à la mère de Balzac une rente viagère, conformément au testament qu'il avait laissé[218]. Elle prend soin aussi de son œuvre et demande à Champfleury de terminer les romans que Balzac avait laissé inachevés. Comme celui-ci refuse, elle confie à Charles Rabou le soin de compléter Le Député d'Arcis (écrit en 1847 et inachevé) et Les Petits Bourgeois (inachevé), mais « Rabou aura la main lourde en ajoutant de longs développements de son cru aux manuscrits laissés sans plan par Balzac[219] ». Le Député d'Arcis paraîtra en 1854 et Les Petits Bourgeois en 1856. En 1855, Mme Ève de Balzac fait publier Les Paysans (écrit en 1844 et inachevé).

Balzac inventeur du roman moderne[modifier | modifier le code]

Comme le font observer les frères Goncourt, « Le roman, depuis Balzac, n'a plus rien de commun avec ce que nos pères entendaient par ce roman[220]. » De fait, un journal révolutionnaire faisait, en 1795, un constat assez sombre sur l'état du roman français :

« Nous n'avons en français guère de romans estimables ; ce genre n'a pas été assez encouragé ; il a trouvé trop peu de lecteurs, les auteurs ne travaillaient que pour la classe nobiliaire (...) De là résultaient des peintures de ridicules plutôt que de passions ; des miniatures plutôt que des tableaux (...) on y trouvait peu de vérité, peu de ces traits qui, appartenant à tous les hommes sont faits pour être reconnus et sentis par tous[221]. »

Cette exigence nouvelle de vérité tardera toutefois à se faire entendre. Encore en 1820, les romans à la mode qui circulent dans les cabinets de lecture « ne vont guère dans le sens d'une vérité plus exacte et plus générale » : ils visent seulement à procurer une évasion selon une formule stéréotypée, en mettant en scène un héros dont la situation sociale n'est jamais précisée et qui mène une vie irréelle[222].

La situation change avec Balzac. « Créateur du roman moderne[223] », celui-ci a couvert tous les genres — conte, nouvelle, essai, étude — et a touché à divers registres : fantastique et philosophique avec La Peau de chagrin, réaliste avec Le Père Goriot, mais romantique avec Le Lys dans la vallée. Il a produit une œuvre qui a servi de référence à son siècle et au siècle suivant, et donné ses lettres de noblesse au roman.

L'idée de créer un cycle romanesque dont l'unité serait assurée par le retour de nombreux personnages a ouvert une voie que de nombreux auteurs reprendront par la suite. Il a créé un « univers non manichéen », où l'amour et l'amitié tiennent une grande place, et qui met en lumière à la fois la complexité des êtres et la profonde immoralité d'une mécanique sociale où les faibles sont écrasés tandis que triomphent le banquier véreux et le politicien vénal[224].

Un réalisme visionnaire[modifier | modifier le code]

Balzac décrit avec précision les divers aspects du réel, qu'il s'agisse des techniques de spéculation boursière, des plus-values que procure un monopole, du salon d'une demi-mondaine, d'une cellule de prison, d'un capitaliste de province ou d'une tenancière de pension. Il s'attache avec un souci extrême à des détails qui étaient ignorés par les auteurs classiques parce que considérés comme « laids ». Même s'ils choquent un public habitué à une vision idéalisée ou stéréotypée de la réalité, ces détails sont nécessaires au roman, car ils donnent de la consistance à l'évocation du réel, et révèlent une histoire, un drame, une morale : « Le détail s'impose comme condition absolue d'une vision dynamique de cette société nouvelle (...) Or le détail significatif est le détail laid, celui qui fait brèche dans la vision lénifiante et accoutumée du monde. D'où la première place donnée aux forbans, aux voyous, aux martyrs, aux maniaques[225]. »

L'auteur était bien conscient de la révolution qu'il apportait dans l'art du roman avec des personnages pris dans le vif de la société et un souci de la vérité inconnu jusqu'alors. Ainsi n'hésite-t-il pas à déclarer : « Un roman est plus vrai que l'histoire[57] » et « les détails seuls constituent désormais le mérite des ouvrages improprement appelés romans[226]. »

Grâce à la précision et à la richesse de ses observations, La Comédie humaine a aujourd'hui valeur de témoignage socio-historique et permet de suivre le développement de l'économie et la montée de la bourgeoisie française de 1815 à 1848[227].

Ce souci du détail a valu à Balzac d'être étiqueté comme un auteur réaliste, au grand étonnement de Charles Baudelaire : « J'ai maintes fois été étonné que la grande gloire de Balzac fût de passer pour un observateur ; il m'avait toujours semblé que son principal mérite était d'être visionnaire, et visionnaire passionné[228]. ». De fait, comme le fait remarquer Bernard Pingaud, le roman balzacien ne ressemble guère à l’amalgame de plat réalisme et de romanesque qu’on a pu accoler à ce nom[229]. Maurois rappelle toutefois tout ce que les décors et les personnages de Balzac doivent à une observation minutieuse du réel, transmutée dans les moments d'extase et de « surexcitation cérébrale » de la création, de sorte que le réalisme devient visionnaire[230].

Balzac lui-même insiste sur la part que joue sa propre imagination dans la création de ses personnages et des sentiments éprouvés :

« Ce kaléidoscope-là vient-il de ce que le hasard jette dans l'âme de ceux qui prétendent vouloir prendre toutes les affections et le cœur humain, toutes ses affections mêmes afin qu'ils puissent par la force de leur imagination ressentir ce qu'ils peignent, et l'observation ne serait-elle qu'une sorte de mémoire propre à aider cette mobile imagination[231] ? »

Tout comme Dickens et Hugo, Balzac avait l'ambition de révéler les secrets de la société, affirmant ainsi sa maîtrise sur le monde, car « le visible est impénétrable à l'œil du profane, mais pour l'œil averti, l'invisible est la clé du visible[232]. »

Cette poétique du secret et de l'énigme se double de « dispositifs voyeuristes » qui procurent au lecteur la jouissance de pouvoir regarder sans être vu, qu'il s'agisse d'une mystérieuse activité observée par le trou d'une serrure, d'une personne élégante qu'on voit entrer dans une maison louche ou, cas le plus fréquent, de la vision à son insu d'une femme désirée[233]. Par extension, ce thème touche aussi à la passion de Balzac pour le masque et le travestissement[234].

Les personnages[modifier | modifier le code]

Montrer plutôt que raconter[modifier | modifier le code]

Scène montrant à droite l'allégorie de la Vérité offrant un miroir à un groupe de six personnages situés sur sa gauche.
Allégorie de la Vérité tenant un miroir dans lequel se regarde la Société. Frontispice du Contrat de mariage. Marescq 1851-1853 (Source : « Gallica »)

Balzac a une prédilection pour la « scène » plutôt que pour l'enchaînement des actions. Il excelle dans le showing (opposé au telling)[235]. C'est pour cela que les personnages prennent tellement de place dans son œuvre et qu'il ne pouvait pas rivaliser avec Eugène Sue dans le roman-feuilleton[236].

L’œuvre est indissociable de sa vie, dont les avatars font comprendre ce qui a nourri son « monde[237] ». Balzac a multiplié déménagements, faillites, dettes, spéculations ruineuses[n 30], amours simultanées, emprunts de faux noms, lieux de résidences secrets, séjours dans des châteaux, que ce soit à Saché, à Frapesle. Il a fréquenté tous les milieux sociaux. Il s’est intéressé aux inventions nouvelles, tel le daguerréotype[n 31]. Il a conçu des entreprises qui lui auraient rapporté de l'argent s'il avait été plus discret dans ses propos et avait mis moins d'imagination dans ses projections[238].

Il a presque toujours plusieurs ouvrages en chantier, étant à même de puiser dans sa galerie de personnages pour les intégrer à une intrigue et répondre à la demande d'un éditeur qui lui demande une nouvelle. Décrivant la méthode de travail de Balzac, André Maurois imagine que des centaines de romans flottent sur ses pensées « comme des truites dans un vivier, le besoin venu, il en saisit un. Quelquefois, il n'y réussit pas tout de suite. [...] Si un livre vient mal, Balzac le rejette au vivier. Il passe à autre chose[239]. »

L’auteur de La Comédie humaine est le plus balzacien de tous ses personnages. Il vit lui-même leur propre vie jusqu’à épuisement. Comme Raphaël dans La Peau de chagrin, chacune de ses œuvres lui demande un effort si considérable qu’elle rétrécit inexorablement son existence. Dans Facino Cane, le narrateur fait une confidence qui pourrait bien être celle de Balzac lui-même : 

« Quitter ses habitudes, devenir un autre que soi par l’ivresse des facultés morales, et jouer ce jeu à volonté, telle était ma distraction. À quoi dois-je ce don ? Est-ce une seconde vue ? est-ce une de ces qualités dont l’abus mènerait à la folie ? Je n’ai jamais recherché les causes de cette puissance ; je la possède et m’en sers, voilà tout[240]. »

Fasciné par la puissance explicative de la physiognomonie et de la phrénologie, alors très en vogue, Balzac s'en sert pour donner un effet de vérité à ses personnages, en faisant coïncider le physique et le moral : 

« Les lois de la physionomie sont exactes, non seulement dans leur application au caractère, mais encore relativement à la fatalité de l’existence. Il y a des physionomies prophétiques. S’il était possible, et cette statistique vivante importe à la Société, d’avoir un dessin exact de ceux qui périssent sur l’échafaud, la science de Lavater et celle de Gall prouveraient invinciblement qu’il y avait dans la tête de tous ces gens, même chez les innocents, des signes étranges[241]. »

Ce récit se poursuit en présentant un personnage au destin surdéterminé. Très souvent, le portrait se révèle ainsi prophétique et concentre des éléments clés du récit[242].

Grâce à l'épaisseur physique et psychologique qu'il donne à ses personnages et à l'empathie qu'il témoigne à leur égard, Balzac a réussi à créer des personnages mémorables, auxquels le lecteur va facilement s'attacher. Ainsi, à la question « Le plus grand chagrin de votre vie ? », Oscar Wilde aurait donné cette réponse : « La mort de Lucien de Rubempré »[243].

Le retour des personnages[modifier | modifier le code]

Dans son Avant-propos, Balzac écrit : « Ce n’était pas une petite tâche que de peindre les deux ou trois mille figures saillantes d’une époque, car telle est, en définitif, la somme des types que présente chaque génération et que La Comédie Humaine comportera. » De fait, au total, la Comédie humaine compte quelque 4 000 personnages[n 13], dont 573 reparaissent dans plusieurs ouvrages, les records en la matière étant détenus par le financier Nucingen (31 ouvrages), le médecin Bianchon (29), le dandy de Marsay (27) et l'ambitieux au cœur sec Rastignac (25)[244]. Certains changent de nom à la suite d'un mariage ou se cachent sous divers pseudonymes, tel Jacques Collin, alias Vautrin ou l'abbé Carlos Herrera.

Le principe de ces « personnages reparaissants » a été vivement critiqué par Sainte-Beuve :

« Les acteurs qui reviennent dans ces nouvelles ont déjà figuré, et trop d'une fois pour la plupart, dans des romans précédents de M. de Balzac. Quand ce seraient des personnages intéressants et vrais, je crois que les reproduire ainsi est une idée fausse et contraire au mystère qui s'attache toujours au roman. Un peu de fuite en perspective fait bien. (...) Presque autant vaudrait, dans un drame, nous donner la biographie détaillée, passée et future, de chacun des comparses. Grâce à cette multitude de biographies secondaires qui se prolongent, reviennent et s'entrecroisent sans cesse, la série des Études de mœurs de M. de Balzac finit par ressembler à l'inextricable lacis des corridors de certaines mines ou catacombes. On s'y perd et l'on n'en revient plus, ou, si l'on en revient, on n'en rapporte rien de distinct[245]. »

Gravure représentant deux hommes qui discutent en marchant dans une cour sous un arbre.
Rastignac et Vautrin dans la cour de la pension Vauquer (Le Père Goriot).

Ce n'était pas l'avis de Félix Davin qui avait prévu l'importance de ce principe dès 1835, dans son introduction aux Études de mœurs : « l'une des plus hardies inventions de l'auteur (est) de donner la vie et le mouvement à tout un monde fictif dont les personnages subsisteront peut-être encore, alors que la plus grande partie des modèles seront morts et oubliés[246] ». Marcel Proust y verra également une touche sublime, qui donne à l'œuvre une profonde unité[247].

De fait, la réapparition des personnages constitue un élément capital de La Comédie humaine, même si, la plupart du temps, un personnage ne joue un rôle important que dans un seul roman — tels Rastignac dans Le Père Goriot ou De Marsay dans La Fille aux yeux d'or —, et que certains personnages sont toujours secondaires, quoique apparaissant souvent, tel le docteur Bianchon. Cela n'enlève rien à l'efficacité du procédé, car « un personnage reparaissant (...) apparaît moins comme personnage que comme signe ou comme indice (étant) pris dans un réseau avec d'autres personnages[248]. » En raison de sa forte caractérisation, le personnage représente en effet presque toujours un ensemble social : Rastignac évolue dans la sphère du pouvoir et des salons aristocratiques, Nucingen est associé au milieu de la banque et Bianchon évoque la maladie et son traitement.

Pour assurer l'unité de son œuvre, Balzac n'hésite pas à remanier des romans antérieurs, faisant disparaître d'anciens personnages ou donnant un nom à un personnage jusqu'alors resté anonyme, afin d'assurer le plus de cohérence et de vérité possible à La Comédie humaine, qu'il voyait comme un tout. Ses retouches maniaques et ses inspirations du moment lui font changer titres et noms des protagonistes à mesure que paraissent les œuvres[n 32]. L’auteur trouve des cousinages spontanés à ses personnages et revient en arrière selon sa technique de l’« éclairage rétrospectif ». Ainsi, le Comte de Montcornet apparaît pour la première fois en 1809 dans La Paix du ménage paru en 1830. Mais un an plus tôt, en 1808, il était déjà présent dans La Muse du département (paru 7 ans plus tard, en 1837), où il participait à la Guerre d'indépendance espagnole[249]. En dépit de l'extraordinaire maîtrise de l'auteur sur sa création, manier une telle quantité de personnages en les faisant reparaître dans des romans situés à différentes époques, a engendré des dizaines de fautes de chronologie, des cas de morts qui ressuscitent, d'enfants posthumes, de changements dans la psychologie, de contradictions physiognomoniques ou de modifications d'état-civil[250].

Balzac avait prévu que des lecteurs pourraient souhaiter disposer d'une fiche synthétique représentant le parcours biographique des personnages afin « de se retrouver dans cet immense labyrinthe ». Ainsi, bien avant l'apparition d'un dictionnaire ou index de ses personnages[n 13], avait-il établi un modèle de fiche au sujet de Rastignac[251].

Des types[modifier | modifier le code]

Dessin d'une jeune fille aux cheveux noirs, l'air pensif, regardant par une fenêtre ouverte et auprès de laquelle grimpe une plante en fleur
Couverture de l'édition illustrée de 1851. (Source : Gallica)

La Comédie humaine ne fait pas seulement « concurrence à l’état civil » comme le prétendait l’auteur, car Balzac, théoriquement partisan d’une société divisée en classes immuables, n’aime que les personnages qui ont un destin. L’être balzacien par excellence est celui de l’excès. Tous ceux auxquels l’auteur s’est visiblement attaché sont des révoltés, —tels Calyste du Guénic dans Béatrix, Lucien de Rubempré dans Illusions perdues[n 33]—, des hors-la-loi, —tels Vautrin et Henri de Marsay dans Histoire des Treize—, ou des bolides humains qui traversent avec violence les étages de la hiérarchie sociale, —tels Eugène de Rastignac, Coralie ou Esther Gobseck dans Illusions perdues et Splendeurs et misères des courtisanes, Birotteau dans César Birotteau, le musicien extravagant Gambara, la femme « emmurée » dans La Grande Bretèche[252].

« J’aime les êtres exceptionnels, écrit Balzac à George Sand, j’en suis un. Il m’en faut d’ailleurs pour faire ressortir mes êtres vulgaires et je ne les sacrifie jamais sans nécessité. Mais ces êtres vulgaires m’intéressent plus qu’ils ne vous intéressent. Je les grandis, je les idéalise, en sens inverse, dans leur laideur ou leur bêtise. Je donne à leurs difformités des proportions effrayantes ou grotesques[253]. »

Ces portraits sont d'autant plus frappants qu'ils font largement appel à des métaphores animales : le redoutable comte Maxime de Trailles a des yeux de faucon, maître Roguin, des yeux de lynx, Vautrin, des yeux de tigre, tandis que le crétin Chautard a des yeux « semblables à ceux d'un poisson cuit ». Balzac a aussi recours à une onomastique imprégnée de cratylisme animal pour surdéterminer le destin de certains personnages, comme le faisait déjà Sterne dans Tristram Shandy, un roman qu'il admirait[254].

La création du personnage balzacien se fait en trois étapes. D’abord, Balzac part de personnes connues ou de personnages livresques, puis il enrichit le personnage fictionnel d’éléments empruntés à d’autres. Marie d'Agoult sert ainsi de base à Béatrix de Rochefide[239]. Dans la seconde étape, « il est guidé non plus par un désir de transposition littéraire, mais par les exigences intrinsèques à l’œuvre[255]. » Comme un peintre prend du recul pour mieux voir son tableau, il ajoute une touche pour donner plus de relief à l’œuvre. Dans la troisième étape, il « déforme le personnage comme dans une hallucination[239] » pour en faire l’incarnation d’une idée : Jean-Esther van Gobseck incarne la Puissance de l’Or, Jean-Joachim Goriot, l’Amour Paternel (« le christ de la paternité »), César Birotteau, la Probité (« le martyr de la probité commerciale »).

Les modèles vivants[modifier | modifier le code]

Comme « peintre de son temps[256] », Balzac a produit, avec La Comédie humaine, une galerie de portraits que l’on a beaucoup cherché à comparer avec les originaux. En effet, son entourage entier a servi de modèle à ses personnages et il s'est lui-même représenté dans de nombreux ouvrages. On le devine sous les traits de Félix de Vandenesse[257], et encore davantage dans le personnage de Louis Lambert[258] et dans celui d'Albert Savarus[259]. Le grand écrivain Daniel d'Arthez, dans Illusions perdues, tout en ayant des traits du saint-simonien Philippe Buchez[260], il représente son « moi idéalisé, joignant ce que lui-même désespère de joindre : génie et sagesse, création et longévité »[261]. Les avatars de sa propre existence se retrouvent chez certains de ses personnages préférés : ceux qui arrivent de la province à Paris avec une ambition démesurée (Rastignac), qui passent d’une mansarde à un hôtel particulier (Lucien de Rubempré dans Illusions perdues), habitent des demeures secrètes (La Fille aux yeux d'or)[175], passent de la ruine à la richesse (Raphaël de Valentin dans La Peau de chagrin), ou sont grevés de dettes, comme lui (Anastasie de Restaud dans Le Père Goriot).

Portrait peint d'un homme à face rubiconde portant un nœud papillon et veste sombre
Le baron de Rothschild a prêté de l'argent à Balzac et lui a déconseillé des investissements malencontreux.
Portrait peint d'un homme moustachu portant une veste sombre et gilet vert
Autoportrait au gilet vert, Eugène Delacroix (1837).

La plupart de ses liaisons féminines sont reconnaissables, de façon transposée, dans des personnages de La Comédie humaine. Le personnage de Dinah de La Baudraye dans La Muse du département est inspiré de Caroline Marbouty, qui s'était déguisée en « page » pour voyager avec lui en Italie ; vexée par la vision que l’écrivain donnait d’elle — une pâle imitation de George Sand —, Caroline a publié sous le pseudonyme de Claire Brunne un roman vengeur donnant un portrait peu flatteur de Balzac[262].

Béatrix met en scène un épisode de la vie de Marie d'Agoult (le personnage de Béatrix de Rochefide), qui se mit à haïr Balzac après la parution du roman. Dans le même roman, Franz Liszt a servi de modèle au musicien Conti, amant de la marquise de Rochefide. Cette liaison entre Mme d'Agoult et Liszt avait été révélée à Balzac par une indiscrétion de George Sand[263].

Signe de l'importance qu'il accorde à l'économie, Balzac décrit les agissements des milieux d'affaires, de la spéculation et de la Haute-banque, un monde qu'il assimile, dans La Fille aux yeux d'or, au troisième cercle de l'enfer de La Dante[264]. Certes, un banquier peut être honnête, tel le baron d'Aldrigger, qui finira ruiné, mais la plupart sont peu recommandables, comme le rusé baron de Nucingen, qui a donné son nom à un roman, ou Du Tillet, qui après avoir été victime de Nucingen devient un des plus riches banquiers de Paris, ou les frères Keller, qui se répartissent les rôles de l'amabilité charmante et de l'homme dur qui annonce sèchement les refus[265]. Balzac a pris ses modèles dans les milieux de la finance de l'époque, qu'il retrouvait dans les salons, notamment le baron de Rothschild, qui lui prête parfois de l'argent[266], Georges Humann, ministre et financier, originaire d'Alsace comme Nucingen[267], et le banquier Beer Léon Fould, dont la richesse provenait de faillites frauduleuses à répétition et qui faisait partie du cercle très fermé de la Haute-Banque, comprenant les huit banquiers les plus puissants de France[268].

Balzac a emprunté son modèle de parfumeur Birotteau à d'illustres prédécesseurs comme Jean Marie Farina[269], mais il s'est aussi inspiré d'un fait divers de l'époque concernant un certain Bully[270]. Quant à Rastignac, il présente bien des ressemblances avec Adolphe Thiers, mais « en plus petit[271]

On a cru voir Lamartine dans le grand poète Canalis[272] de Modeste Mignon, ou encore Victor Hugo dans le poète Nathan, qui apparaît dans de nombreux ouvrages : Illusions perdues, Béatrix, La Rabouilleuse, Splendeurs et misères des courtisanes, Modeste Mignon, La Peau de chagrin. Hugo est aussi peut-être dans La Cousine Bette, le couple Hulot pouvant être une transposition du ménage de Victor Hugo (Hector Hulot) et d’Adèle Foucher (Adeline Fischer)[n 34].

Eugène Delacroix a inspiré le personnage de Joseph Bridau, le peintre débutant de La Rabouilleuse, sans doute à cause de la description physique du garçon, car Delacroix était petit et avait une grosse tête. Ce personnage de Bridau est même prénommé Eugène dans Entre savants[273]. Mais le Bridau de La Rabouilleuse est aussi un reflet de Balzac, enfant mal aimé par sa mère[274].

Même si ses personnages sont inventés, Balzac était toujours désireux de rencontrer des personnes célèbres pour nourrir ses portraits de ses observations. Ainsi, la duchesse de Dino, chez qui se trouvait un jour le prince de Talleyrand, ayant reçu l'écrivain bien malgré elle, note avec humeur que ce dernier « nous a tous examinés et observés de la manière la plus minutieuse. M. de Talleyrand surtout »[275].

En dépit de ressemblances avec des personnes réelles, les personnages de Balzac sont composites et visent à mettre en scène des types. L'auteur réunit les éléments dans un ordre très personnel, et s’il s'inspire de faits réels, comme dans César Birotteau, ou de faits divers dont il a été témoin[n 35], mais l’ensemble est toujours habilement reconstruit, de sorte que chaque figure devient un puzzle.

Les doubles[modifier | modifier le code]

e jeune berger Endymion, plongé dans un sommeil éternel, reçoit la visite nocturne de la déesse de la Lune (Diane ou Séléné) qui s'est éprise de sa beauté. La déesse est figurée sous la forme d'un rayon de lune dont la lumière — Zéphyr aidant à écarter l'ombrage des buissons — inonde le corps nu et alangui du berger reposant dans une grotte du mont Latmos.
Dans Sarrasine, Zambinella aurait servi de modèle au Sommeil d'Endymion, par Girodet, 1791. Musée du Louvre

Comme l'a noté Gaétan Picon : « Chaque personnage balzacien est le double de son créateur : il triomphe ou il échoue ; il succombe pour détourner le sort[276]. » Les critiques notent la présence dans cette œuvre de nombreuses figures contradictoires et étroitement associées, dont chacune révèle un aspect de l'auteur. Dans Séraphîta, Balzac est à la fois Minna et Wilfrid, l'une étant sa part féminine et l'autre sa part virile, tandis que les figures de Séraphîtus et Séraphîta incarnent « le rêve de ces deux êtres comblés et enfin réunis[277] ». Ce mythe de l'androgyne se retrouve dans La Fille aux yeux d'or, où de Marsay représente la part dominatrice, séductrice et cynique de Balzac, tandis que Margarita est « sa part féminine, son aptitude à se laisser brûler par la passion[277] ». Le couple formé par Louise et Renée, dans les Mémoires de deux jeunes mariées reflète la même dualité, l'une incarnant la folie et l'imagination, tandis que l'autre représente la raison.

Quant à Lucien de Rubempré, il exprime tantôt un aspect de cette dualité, tantôt l'autre, se dédoublant selon les circonstances, son association avec Vautrin permettant une nouvelle union romanesque entre le corps de l'un et l'âme du second[277].

Le féminin et le masculin peuvent aussi se combiner en s'abolissant de façon inquiétante et contagieuse dans la figure de l'hermaphrodite représentée dans Sarrasine, dont les deux personnages principaux, le sculpteur Sarrasine et la prima donna Zambinella, offrent une lecture en miroir de leurs initiales S et Z[278],[n 36].

Un fantastique philosophique[modifier | modifier le code]

gravure représentant un ange sombre tombant d'un ciel étoilé vers les nuages en-dessous de lui
Un ange déchu du Paradis, par Gustave Doré.

Balzac est fortement influencé par Hoffmann qu’il est le premier à faire paraître dans la Revue de Paris en 1829[279]. Il rend hommage à l’écrivain allemand qu’il admire « parce qu’il refuse le classicisme bourgeois et la littérature roucoulante des ex-censeurs de l’Empire[280] ». La trace d’Hoffmann est d’ailleurs décelable dans plusieurs de ses contes philosophiques. Ainsi Maître Cornélius, publié en 1831 dans la Revue de Paris, doit quelque chose à Mademoiselle de Scudéry qu’Henri de Latouche avait traduit en se l'appropriant sous le titre Olivier Brusson dès 1824[281]. Mais bientôt, la publication massive de traductions des contes d’Hoffmann et la mode qui en découle détournent Balzac d'un genre qu’il estime galvaudé[282]. Dans un article paru dans La Caricature le , il sait gré aux auteurs des Contes bruns (Philarète Chasles et Charles Rabou), de n’avoir pas utilisé le mot « fantastique » : « programme malsain d’un genre qu’on a déjà trop usé par l’abus du nom seulement »[n 37].

Il a d'abord repris des thèmes classiques : L'Élixir de longue vie (1830) est une variation sur le mythe de Don Juan, tandis que Melmoth réconcilié reprend le mythe de Faust.

Avec La Peau de chagrin, Balzac invente un fantastique nouveau. Le récit prend soin de maintenir l'ambiguïté sur l'origine des événements qui surviennent au héros, en les faisant coïncider avec des causes naturelles. Ils semblent ainsi l'effet d'un hasard plutôt que de l'action d'une peau de chagrin véritablement magique. Ainsi, à peine Raphaël a-t-il formulé le désir d'une orgie qu'il croise des amis qui l'entraînent chez un banquier désireux de fonder une revue et de régaler ses futurs rédacteurs. Le lien avec la peau existe cependant et est suggéré avec habileté, son rétrécissement étant bien réel. Le fantastique échappe ainsi à l'action directe d'un objet magique, il se nourrit du réel et tient à la nature des situations, des lieux et des personnages. Avec son fantastique, Balzac dessille les yeux du lecteur et l’oblige à regarder mieux ce qui est. C’est par le fantastique que son réalisme atteint au « surréel » philosophique[283].

Mysticisme et ésotérisme[modifier | modifier le code]

Le mysticisme qui imprègne les Études philosophiques — Louis Lambert, Les Proscrits, Jésus-Christ en Flandre, Séraphîta, La Recherche de l'absolu, Ursule Mirouët — mêle les influences du voyant suédois Swedenborg, du théologien danois luthérien Hans Lassen Martensen[284], et du médecin allemand Franz-Anton Mesmer, théoricien du magnétisme animal[285].

Convaincu de la profonde unité de la nature, Balzac cherche constamment à relier le monde spirituel et le matériel, car ce ne sont que deux aspects d'une même réalité. Il trouve dans les ouvrages du mystique suédois ample confirmation d'une philosophie unitaire qu'il avait déjà développée au contact des théories de Cuvier et de Geoffroy Saint-Hilaire[286]. Tout comme la physiognomonie lui a appris que l'apparence extérieure révèle la personnalité cachée, de même est-il persuadé que des êtres exceptionnels peuvent atteindre un niveau de voyance qui leur permet de « voir les choses du monde matériel aussi bien que celles du monde spirituel dans leurs ramifications originelles et conséquentielles[287] », ainsi que l'affirme Louis Lambert. De même, Séraphitus « possède cette vue intérieure qui pénètre tout ».

Il est possible d'accéder à cet état de voyance grâce au rêve et au somnambulisme magnétique. Dans Séraphîta, l'héroïne impose les mains sur le front de Wilfrid pour « provoquer en lui le rêve qui la révélera telle qu'elle est et fera comprendre au jeune homme la destinée de l'humanité[288] ». Grâce au rêve, l'esprit peut s'élever aux réalités les plus hautes et apercevoir « la sphère où la Méditation entraîne le savant, où la Prière transporte l’âme religieuse, où la Vision emmène un artiste[289] ». L'esprit peut alors « s'isoler complètement du milieu dans lequel il réside » et franchir des distances infinies à la vitesse de l'éclair[290].

À la différence du mystique, toutefois, qui veut disparaître dans la contemplation de Dieu, Balzac cherche plutôt à posséder le monde, à acquérir la puissance et « ravir à Dieu son secret[291] ». C'était là le propre de Prométhée, comme l'a vu Maurois, qui a choisi cette figure mythique comme titre de sa biographie de Balzac[292].

Le style[modifier | modifier le code]

Photographie d'une page imprimé portant des corrections manuelles sur le texte et annoté à la main dans les marges.
Page corrigée de la main de Balzac[n 38].

On a souvent critiqué le style de Balzac. Dans ses premiers écrits et ses premières lettres, on peut en effet relever nombre de métaphores inadéquates, de tournures ampoulées et de fautes de goût. Le jeune écrivain n'avait pas une aisance naturelle de grand prosateur. Il se forme à l'école du journalisme, de la critique, du compte-rendu. Ce n'est qu'à force de travail et d'innombrables corrections que son style commencera à s'élever[293].

Très tôt, pourtant, on trouve dans son œuvre « de remarquables pastiches des grands écrivains », tels Rabelais, qu'il imite dans Les Cent Contes drolatiques, Chateaubriand, Diderot, ou Voltaire. Arrivé à la maturité, il connaît toutes les ressources de la prose et du style et sème son discours d'aphorismes « dignes de La Rochefoucauld ou de Chamfort[294]». Quand il est porté par son sujet, Balzac dénote en effet un grand art pour imiter une voix et un style particuliers. Ainsi, il n'hésite pas, par exemple, à pasticher nommément Sainte-Beuve, qui ne l'aimait pas, dans Un prince de la bohème[n 39]. Maîtrisant l'art de « la littérature à plusieurs voix », il sait faire entendre le ton particulier à des personnages de divers milieux[295]. Il reproduit occasionnellement les particularités dialectales, tels le patois de Schmucke ou de Nucingen[n 40] ou des expressions argotiques, mais il s'agit là de « tentatives superficielles et intermittentes » et « les voix du dialogue s'effacent devant la grande voix du récit [...] du narrateur omniscient[296] ».

Il recourt volontiers à des procédés susceptibles de donner à son récit un ton de vérité indiscutable, en recourant à la généralisation : « ainsi commencent toutes les passions ; toutes les femmes savent que ; il n'y a qu'à Paris que... » De même, il ponctue souvent son récit d'une formule d'explication péremptoire du genre « voici pourquoi »[297].

Il apporte aussi beaucoup de soin à la précision des termes : « qu'il s'agisse d'un tonnelier ou d'un parfumeur, des coulisses d'un théâtre ou du laboratoire d'un chimiste, son vocabulaire technique est impeccable[294]. » Enfin, il soigne la texture des phrases, la configuration du mot, passe beaucoup de temps à la correction des épreuves que lui retourne son éditeur et corrige encore son texte, même quand il est imprimé[298].

Chronologie des œuvres[modifier | modifier le code]

Œuvres de jeunesse[modifier | modifier le code]

Balzac a forgé son talent en publiant sous divers pseudonymes des romans de « littérature marchande » (voir section « Les œuvres de jeunesse »). Les principaux titres sont : Sténie (1819), Falthurne (1822), Le Vicaire des Ardennes (1822), L'Héritière de Birague (1822), Jean-Louis ou La fille trouvée (1822), Clotilde de Lusignan (1822), Le Centenaire ou les Deux Beringheld (1822), L'Anonyme, ou, Ni père ni mère (1823), La dernière fée (1823), Annette et le Criminel (1824), Du Droit d'aînesse (1824), Histoire impartiale des jésuites (1824), Wann-Chlore (1825) et L'Excommunié[n 41].

La Comédie humaine[modifier | modifier le code]

Les romans et nouvelles qui composent La Comédie humaine sont regroupés en trois grands ensembles : les Études de mœurs, les Études philosophiques et les Études analytiques. L'ensemble des Études de mœurs est lui-même divisé en Scènes de la vie privée, Scènes de la vie de province, Scènes de la vie parisienne, Scènes de la vie politique, Scènes de la vie militaire et Scènes de la vie de campagne.

Nombre d'ouvrages ont été refondus à plusieurs reprises pour mieux s'insérer dans ce vaste plan d'ensemble, qui est allé en se précisant et au moyen duquel Balzac voulait peindre une vaste fresque de la société de son époque. Plusieurs œuvres sont parues dans des journaux en prépublication[n 42], mais l'auteur a sans cesse remanié ses textes, comme on peut le voir notamment avec La Femme de trente ans[299].

Le tableau ci-dessous regroupe les composantes en ordre chronologique[n 43], selon la première date de publication, même si c'est dans une revue et si l'ouvrage est ensuite remanié. Les titres sont ceux de l'édition de La Pléiade[300].

1829 Les Chouans, Physiologie du mariage
1830 La Maison du chat-qui-pelote, El Verdugo, La Vendetta, Le Bal de Sceaux, Étude de femme, Une double famille, Gobseck, La Paix du ménage, Une passion dans le désert, Adieu !, Petites misères de la vie conjugale, Traité de la vie élégante, Les Deux Rêves,
1831 La Peau de chagrin, La Grande Bretèche (Autre étude de femme), Sarrasine, Le Chef-d'œuvre inconnu, Les Proscrits, Le Réquisitionnaire, L’Auberge rouge, L'Élixir de longue vie, Jésus-Christ en Flandre, L'Enfant maudit
1832 Madame Firmiani, Le Curé de Tours, Louis Lambert, Maître Cornélius, La Bourse
1833 La Femme abandonnée, La Grenadière, Le Message, Eugénie Grandet, L'Illustre Gaudissart, Le Médecin de campagne, Théorie de la démarche
1834 La Femme de trente ans, Ferragus, La Duchesse de Langeais, La Recherche de l'absolu, Les Marana, Un drame au bord de la mer, Séraphîta
1835 Le Contrat de mariage, Le Père Goriot, La Fille aux yeux d'or, Le Colonel Chabert, Melmoth réconcilié
1836 Le Lys dans la vallée, La Vieille Fille, L'Interdiction
1837 Illusions perdues 1 (Les Deux Poètes), La Messe de l'athée, Facino Cane, César Birotteau, La Confidence des Ruggieri
1838 Une fille d'Ève, La Maison Nucingen, Les Employés ou la Femme supérieure
1839 Autre étude de femme, Béatrix, Illusions perdues 2 (Un grand homme de province à Paris), Massimilla Doni, Gambara, Le Cabinet des Antiques, Pierre Grassou, Les Secrets de la princesse de Cadignan, Traité des excitants modernes
1840 Pierrette, Un prince de la bohème, Z. Marcas
1841 Mémoires de deux jeunes mariées, Ursule Mirouët, Une ténébreuse affaire, Le Curé de village
1842 La Fausse Maîtresse, Albert Savarus, La Rabouilleuse (Un ménage de garçon), Un épisode sous la Terreur, Avant-propos à La Comédie humaine
1843 Honorine, Illusions perdues 3 (Ève et David ou Les Souffrances de l'inventeur), La Muse du département,
1844 Modeste Mignon, Un début dans la vie, Gaudissart II, Sur Catherine de Médicis (Le martyr calviniste), Un homme d'affaires
1846 Les Comédiens sans le savoir, La Cousine Bette, Madame de la Chanterie (L'Envers de l'histoire contemporaine)
1847 Le Cousin Pons
1838-1847 Splendeurs et misères des courtisanes : 1 Comment aiment les filles, 2 À combien l'amour revient aux vieillards, 3 Où mènent les mauvais chemins, 4 La Dernière Incarnation de Vautrin
1848 L'Initié (L'Envers de l'histoire contemporaine)

À ces 96 titres publiés de son vivant s'ajoutent Les Paysans, resté inachevé et publié en 1855 par Évelyne de Balzac, ainsi que Le Député d'Arcis et Les Petits Bourgeois de Paris, tous deux terminés par Charles Rabou, selon la promesse qu’il avait faite à Balzac peu avant sa mort, et publiés respectivement en 1854 et en 1856[219].

Balzac a souvent modifié des titres et envisagé temporairement des regroupements de récits comme autant de chapitres d'un même roman, notamment :

Il a aussi laissé de nombreuses ébauches rattachées à La Comédie humaine, sous la forme de contes, nouvelles, fragments d’histoire ou d'essais. Celles-ci permettent de reconstituer le parcours littéraire d’un auteur prolifique et d’en éclairer les zones d’ombre. En cela, elles ont une valeur historique importante, et parfois, une valeur littéraire inattendue. Mais c’est surtout par ce qu’elles nous apprennent de Balzac et de sa manière d’écrire que ces ébauches sont précieuses[n 44].

Textes divers[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Balzac au théâtre.

Le théâtre n’est pas le moyen d’expression le plus naturel d’Honoré de Balzac, mais il s'y essaie parce que le genre dramatique est, à cette époque, celui qui permet le plus rapidement de se faire de l’argent. Aussi l’endetté perpétuel voit-il dans l’écriture dramatique une source de revenus. Pratiquement toutes ses tentatives seront vaines, ne resteront à l’affiche que quelques jours ou seront interdites. Malgré l'échec de Cromwell (1820), il fait une nouvelle tentative avec Le Nègre (1824), Vautrin (1840), Les Ressources de Quinola (1842), Paméla Giraud (1843) et Mercadet le faiseur (1840).

Les échecs de Balzac au théâtre s'expliquent en grande partie par son manque réel d'intérêt pour le genre. En effet, « Lui qui refaisait dix fois ses romans ne faisait pas du tout ses pièces de théâtre » et les écrivait à la volée[301]. Cependant la comédie Mercadet le faiseur obtient un certain succès lors de sa représentation en 1851. Elle est encore jouée en 2014, adaptée par Emmanuel Demarcy-Mota[n 45].

Historique des éditions[modifier | modifier le code]

Balzac a été publié chez de nombreux éditeurs. Par ordre chronologique, on peut citer les éditions Levasseur et Urbain Canel (1829), Mame-Delaunay (1830), Gosselin (1832), Madame Charles-Béchet (1833), Werdet (1837), Charpentier (1839). Une édition illustrée de Charles Furne (20 vol., in-8°, de 1842 à 1855) a réuni l’intégralité de La Comédie humaine en association avec Houssiaux, puis Hetzel, Dubochet et Paulin[302]. Balzac continue toutefois à apporter des corrections sur cette édition, lesquelles seront incorporés dans « le Furne corrigé », qui a été édité par Lévy en 1865 et a servi de base à l'édition en Pléiade (1976-1981)[n 38].

Réception critique et postérité[modifier | modifier le code]

Critique de l'époque[modifier | modifier le code]

Photographie des tranches de trois livres anciens en rayon
Traduction anglaise (1901) des œuvres d’Honoré de Balzac.

La presse de l'époque n’a pas été tendre avec Balzac qui, dans ses romans, la présentait sous un jour très sombre[303]. Plus le succès de Balzac grandit auprès du public, plus la critique se fait dure et méchante. Avec Physiologie du mariage, puis La Peau de chagrin, Balzac a atteint dès 1831 une « renommée si étendue que les haines littéraires s'éveillaient[304] ». Son œuvre est souvent en butte à des critiques mesquines. Balzac en est blessé, et dit avoir « supporté tout ce que pouvaient les auteurs conte un des leurs[305] ».

L'acharnement de la critique continuera après sa mort. Dès 1856, Léon Gozlan, qui a succédé à Balzac à la présidence de la Société des gens de lettres après Victor Hugo, témoigne de l’acharnement post mortem des critiques littéraires et surtout des universitaires qui finiront par avouer leur erreur quelques années plus tard :

« Les journaux, il y a quelque douze ou quinze ans, se sont beaucoup occupés de Balzac, mais ils l’ont fait comme ils font tout, c’est-à-dire vite et sans réflexion. Ils ne parlèrent que de ses cheveux, de ses bagues et de sa canne. Il fut le lion de la quinzaine, mettons de l’année, puis ils le laissèrent après l’avoir grossi, exagéré et démesurément enflé. Il faut le dire, c’est cette caricature de l’homme extraordinaire qui est restée dans l’esprit de la génération[306]. »

Balzac avait peu d’ennemis parmi les grandes plumes de son époque, même si d’inévitables chamailleries éclataient parfois. Ses seuls véritables ennemis étaient ceux que Boris Vian désignera comme des « pisse-copie », à savoir les critiques littéraires hargneux et impuissants tels Sainte-Beuve[n 46]. D'après ce critique, Balzac « a pour idée fixe de décrire la société dans son entier, telle qu’elle est : avec ses parties vertueuses, honorables, grandes, honteuses, avec le gâchis de ses rangs mêlés, avec sa confusion de principes, ses besoins nouveaux et ses vieilles contradictions. » Il lui reproche de faire de la « littérature commerciale » avec La Comédie humaine[307].

Comme le note André Maurois dans l’épilogue de Prométhée ou la vie de Balzac :

« Tous les grands monuments jettent de l’ombre ; il y a des gens qui ne voient que l’ombre. Les naturalistes reconnurent (à tort) en lui un ancêtre, bien que Zola crut discerner « une fêlure du génie » dans la politique et la mystique de Balzac. Émile Faguet, en 1887, lui reprochait ses idées de clerc de notaire de province et les vulgarités de son style[308]. »

Mise à l'index[modifier | modifier le code]

L’Église catholique a condamné l'œuvre de Balzac en raison de son « immoralité » et des amours illicites qu'il avait mis en scène. Son œuvre est mise à l’Index par divers décrets émis les 16 septembre 1841, 28 janvier et 5 avril 1842. Balzac avait espéré désamorcer les critiques et cette condamnation en faisant une profession de foi religieuse et légitimiste dans l'Avant-propos de La Comédie humaine, dans laquelle il dit écrire « à la lumière de deux vérités éternelles : la Religion et la Monarchie », mais son plaidoyer ne convainc pas ses ennemis. Un nouveau décret émis le 20 juin 1864 condamne tous les écrits de Balzac, qui resteront interdits jusqu'en 1900[309].

Par la suite, Balzac s'est encore défendu des accusations d'immoralité en affirmant que « la littérature a pour mission de peindre la société ». Il ajoute :

« Si, lisant La Comédie humaine, un jeune homme trouve peu blâmables les Lousteau, les Lucien de Rubempré, etc., ce jeune homme est jugé. (...) Celui-là est un homme sur qui les livres les plus moraux ne feront rien[310]. »

Postérité littéraire[modifier | modifier le code]

Buste en bronze d'un homme moustachu épaules nues
Buste d’Honoré de Balzac par Rodin, Victoria and Albert Museum.

En France[modifier | modifier le code]

Après l’acharnement contre Balzac de la presse, de la critique, et d’universitaires, dont certains, tel Émile Faguet, poursuivent leur dénigrement après la mort de l’auteur, La Comédie humaine est saluée comme un chef-d’œuvre par les plus grandes plumes. Parmi les premiers à prendre la défense de Balzac, on compte Jules Barbey d'Aurevilly, qui écrit en 1857 en littérature dans Le Pays :

« Pour tout dire en un mot, il restera prouvé qu’en hachant n’importe où, une page de Balzac, en tronquant cet ensemble merveilleux d’une page, on aura, avec des teintes nouvelles et l’originalité la plus profonde, quelque chose comme Les Caractères de La Bruyère, les Maximes de La Rochefoucauld, les Pensées de Vauvenargues et de Joubert, et les Aphorismes de Bacon[311]. »

Ce même auteur a tiré de Autre étude de femme son inspiration pour Les Diaboliques[312]. Balzac a eu une influence sur Flaubert qu'il a précédé dans la notion de bovarysme avec La Femme de trente ans, il l'a aussi inspiré avec Le Lys dans la vallée pour L'Éducation sentimentale :

« À ce tournant-là de son œuvre, (Madame Bovary), une figure de romancier paraît s'être imposée à Flaubert : celle de Balzac. Sans trop forcer les choses, on pourrait dire qu'il s'est choisi là un père. (…) La peinture de la province dans Madame Bovary, de la société parisienne dans L'Éducation sentimentale (…) la thématique du grand prédécesseur se reconnaît là[313]. »

Émile Zola, s'est appuyé sur la notion de cycle romanesque de La Comédie humaine, pour Les Rougon-Macquart sous l'influence d'un article d'Hippolyte Taine[314], tout en précisant bien la différence entre le modèle et lui dans un ouvrage publié en 1869 : Différences entre Balzac et moi[315]. Le , il écrit à un correspondant : « Avez-vous lu tout Balzac ? Quel homme ! Je le relis en ce moment. Il écrase tout le siècle. Victor Hugo et les autres, pour moi, s’effacent devant lui[316] ». Quant à La Comédie humaine, il la définit ainsi : « L’épopée moderne, créée en France, a pour titre La Comédie humaine et pour auteur Balzac[317] ». On trouve le même jugement chez Barbéris : « Ce que les poètes, usant d'instruments traditionnels, auraient bien voulu écrire : l'épopée du XIXe siècle, c'est Balzac qui l'a écrit, avec de la prose, avec des héros qui, avant lui, étaient vulgaires, dans des décors qui, avant lui, n'étaient que pittoresques[318]. »

Marcel Proust reconnaîtra aussi sa filiation, estimant que le principe des personnages réapparaissants est une idée de génie. Toutefois, il critique sévèrement le style balzacien, qu'il ne trouve pas suffisamment homogène[319].

Balzac a toutefois été critiqué par les écrivains du Nouveau roman, notamment Nathalie Sarraute, dont l'œuvre veut « remettre en question le statut du personnage, les règles de la description, et la fonction même du roman[320]. » La romancière nuancera son jugement par la suite : « J'aime beaucoup Balzac, je trouve que c'est un grand créateur. Mais essayer, maintenant, de voir, à travers des formes balzaciennes, une réalité qui se défait, s'épand de tous côtés, me paraît impossible[321] »

À l'étranger[modifier | modifier le code]

Balzac a eu de nombreux lecteurs à l'étranger et a inspiré nombre d'écrivains. Parmi ses admirateurs en Russie : un jeune homme qui se flatte d’avoir lu tout Balzac dès l’âge de seize ans et qui fait ses premiers pas en littérature, en traduisant, en 1841, Eugénie Grandet : Fiodor Dostoïevski, à qui ce roman va inspirer notamment Les Pauvres gens[322]

Aux États-Unis, l'écrivain Henry James lui a consacré plusieurs essais[323]. Roland Barthes, qui a consacré plusieurs essais à Balzac et un livre entier à Sarrasine, compte parmi les critiques enthousiastes de Balzac : « Balzac, c’est le roman fait homme, c’est le roman tendu jusqu’à l’extrême de son possible, de sa vocation, c’est en quelque sorte le roman définitif, le roman absolu[324]. »

Les illustrateurs de ses romans[modifier | modifier le code]

Dessin d'un homme à chapeau chassant des ombres fantastiques, il chevauche une branche ressemblant un épouvantail
Songe drolatique par Henry Monnier.
Gravure du portrait en pied d'un prêtre portant soutane et pèlerine avec chapeau dans une main et parapluie dans l'autre

De nombreux peintres, caricaturistes ou illustrateurs ont enrichi les œuvres d’Honoré de Balzac depuis leur parution, dans des éditions multiples.

Portraits de Balzac[modifier | modifier le code]

Dessin de profil d'un homme moustachu
Balzac par David d'Angers.
Portrait photographique en noir et blanc d'un homme moustachu portant chemise blanche ouverte, main droite sur le cœur.
Balzac en 1842 sur un daguerréotype de Louis-Auguste Bisson : « Je suis ébaubi de la perfection avec laquelle agit la lumière[327]

Dès 1825, Achille Devéria, qui était presque du même âge que Balzac, réalise un portrait de ce dernier au crayon et lavis à la sépia[n 47]. En 1829, Louis Boulanger, alors âgé de 23 ans, réalise également un portrait de lui, dans sa fameuse robe de moine, conservé au château de Saché. Sept ans plus tard, il en fait une réplique destinée à Madame Hańska, qui sera exposée au Salon de 1837[328]. Ce tableau sera repris par Maxime Dastugue (1851-1909). Théophile Gautier a commenté ainsi la fameuse robe :

« Il portait dès lors, en guise de robe de chambre, ce froc de cachemire ou de flanelle blanche retenue à la ceinture par une cordelière, dans lequel, quelque temps plus tard, il se fit peindre par Louis Boulanger. Quelle fantaisie l'avait poussé à choisir, de préférence à un autre, ce costume qu'il ne quitta jamais ? nous l'ignorons, peut-être symbolisait-il à ses yeux la vie claustrale à laquelle le condamnaient ses labeurs, et, bénédictin du roman, en avait-il pris la robe ? Toujours est-il que ce froc blanc lui seyait à merveille. Il se vantait en nous montrant ses manches intactes, de n'en avoir jamais altéré la pureté par la moindre tache d'encre, car, disait-il, le vrai littérateur doit être propre dans son travail[329] »

En 1842, le photographe Louis-Auguste Bisson, tire de Balzac un daguerréotype — procédé alors connu depuis seulement trois ans et auquel Balzac s'intéressait beaucoup[n 31] —. Il en a fait ensuite un portrait en couleur, reproduit en début d'article (voir l'original ci-contre). Un second daguerréotype a été tiré, où Balzac à la main gauche posée sur la droite de sa poitrine. Nadar en a tiré de multiples photos et en a fait deux caricatures[330].

Le 18 août 1850, Pierre François Eugène Giraud a représenté Balzac sur son lit de mort (technique : fusain, sanguine, craie blanche et pastels sur papier). Le tableau se trouve au musée des beaux-arts et d'archéologie de Besançon.

En 1927, le collectionneur et amateur d’art Ambroise Vollard demande à Picasso d’illustrer une réédition de la nouvelle de Balzac, Le Chef-d'œuvre inconnu[331]. Fasciné par cette nouvelle et son auteur, Picasso emménage son atelier dans la maison même où Balzac en situait l’action. Il y peindra Guernica quelques années plus tard. En 1952, Picasso réalise aussi des portraits en lithographie de Balzac[n 48].

Eugène Paul a également réalisé une lithographie de Balzac en 1970[332].

Plus récemment, Cyril de La Patellière a réalisé un portrait de Balzac en terre cuite, à la demande de Gonzague Saint Bris, qui a consacré plusieurs ouvrages au romancier.

Sculptures[modifier | modifier le code]

En 1837, alors qu'il est de passage à Milan, Alessandro Puttinati sculpte de lui une statuette[333]. En 1844, Alexandre Falguière fait un buste de Balzac.

David d'Angers réalise un buste colossal « en Hermès », dont l'exécution en marbre date de 1844. Balzac en est particulièrement satisfait, écrivant à son sujet : « c'est ce que l'artiste a fait de mieux, vu la beauté de l'original sous le rapport de l'expression et des qualités purement symptomatiques relatives à l'écrivain[334]. » Le buste se trouve maintenant à la Maison de Balzac. Le même sculpteur réalise la statue qui orne la tombe de l'écrivain au cimetière du Père-Lachaise. Étant aussi médailleur, David lui a consacré un médaillon.

En 1835, Jean-Pierre Dantan réalise deux statuettes caricaturales de Balzac en plâtre patiné terre cuite. « La plus connue le représente vêtu d'une redingote, tenant d'une main son chapeau et de l'autre sa canne, ventru et joufflu comme sa canne, il porte une abondante chevelure sur le côté droit de la tête[335]. »

Vers la fin du XIXe siècle la Société des gens de lettres passe commande d’une statue de Balzac à Henri Chapu, mais celui-ci meurt en juillet 1891, ne laissant que des esquisses et ébauches du monument. Émile Zola obtient alors que la commande soit confiée à Auguste Rodin le 14 août 1891. Rodin, ne connaissant pas Balzac, se livre à de nombreuses recherches. Il s’immerge dans La Comédie humaine, consulte archives et collections, produit des têtes, des bustes et des nus. Jusqu’au moment où jaillit l’idée finale en observant l’une des figures de ses Bourgeois de Calais. Il s’ensuivra une polémique violente lors de la première présentation de l’œuvre, qui fait scandale. Malgré les articles élogieux d’Émile Zola, le sculpteur est en butte aux pires insultes. La Société des gens de lettres désavoue Rodin et commande alors à Alexandre Falguière un « Balzac sans heurts »[336]. Cette statue, qui montre Balzac dans sa robe de chambre, est érigée au croisement de la rue Balzac et de l'avenue de Friedland à Paris[337].

Rodin emporte son œuvre dans sa villa de Meudon et c’est là, que, quelques années plus tard, un jeune photographe allemand en découvrira la beauté, assurant les débuts de sa postérité. Ce n’est toutefois qu’en 1939 qu’un tirage en bronze fut érigé à Paris, boulevard Raspail. Rodin écrivait en 1908 :

« Si la vérité doit mourir, mon Balzac sera mis en pièces par les générations à venir. Si la vérité est impérissable, je vous prédis que ma statue fera du chemin. Cette œuvre dont on a ri, qu’on a pris soin de bafouer parce qu’on ne pouvait la détruire, c’est la résultante de toute ma vie, le pivot même de mon esthétique. Du jour où je l’eus conçue, je fus un autre homme[336]. »

Article détaillé : Monument à Balzac (Rodin).

Des sculptures de Balzac ont aussi été réalisées par Jean-Pierre Dantan et Francesco Putinati. Au XXe siècle, le sculpteur russe Zourab Tsereteli a offert une statue de Balzac à la ville d'Agde.

Balzac s'est lui-même passionnément intéressé à la sculpture et y a consacré une nouvelle, Sarrasine, dans laquelle il montre ce qu'il y a de dangereux, voire de mortel, dans cet art qui recrée l'être humain : « Contournable, pénétrable, en un mot profonde la statue appelle la visite, l'exploration, la pénétration ; elle implique idéalement la plénitude et la vérité de l'intérieur (…) ; la statue parfaite selon Sarrasine, eût été une enveloppe sous laquelle se fût tenue une femme réelle (à supposer qu'elle-même fût un chef-d'œuvre) dont l'essence de réalité aurait vérifié et garanti la peau de marbre qui lui aurait été appliquée[338]. »

Adaptations au cinéma[modifier | modifier le code]

Balzac n’a cessé d’être adapté à l’écran (télévision et cinéma) depuis le début du XXe siècle[339]. Anne-Marie Baron lui reconnaît d’ailleurs un certain talent de metteur en scène dans sa façon minutieuse de planter les décors, de décrire les costumes, et d’agencer les dialogues[340].

Adaptations musicales[modifier | modifier le code]

Photo d'une galerie scintillante sous deux alignements de chandeliers, de chaque côté des colonnes et au fond un autel
Opéra Garnier : Le grand foyer

Hommages[modifier | modifier le code]

  • L'écrivain chinois Dai Sijie lui voue un culte dans Balzac et la Petite Tailleuse chinoise.
  • Honoré de Balzac figure sur une pièce de 10 € en argent émise en 2012 par la Monnaie de Paris pour représenter sa région natale, la Région Centre.
  • Un timbre d'une valeur de 90 c. + 10 c. a été émis par la République française en hommage à La Comédie humaine. Émission en 1939, retrait en novembre 1940. Gravé par A. Delzers[344].

Les contrefaçons[modifier | modifier le code]

Balzac est l’auteur du XIXe siècle qui a été le plus contrefait en Belgique, et c’est seulement après sa mort, en 1853, que fut signée entre la France et la Belgique une convention bilatérale garantissant réciproquement les droits des auteurs sur la protection de leurs œuvres.

D’après Robert Paul, (créateur du Musée du Livre belge), la contrefaçon était née de l’absence de toute entente internationale pour la protection des œuvres de l’esprit. L’industrie qui en découlait et qui se développait en Hollande dès XVIIe siècle consistait à reproduire et à lancer sur le marché européen des ouvrages récemment publiés à Paris. Comme le contrefacteur belge ne rémunérait pas les auteurs, il pouvait facilement concurrencer l’éditeur parisien. Si la France lui demeurait fermée, il était libre d’inonder la Belgique, l’Angleterre, l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie et même la Russie. En 1836, trois contrefacteurs bruxellois, Wahlen, Hauman et Méline ont des dépôts en Allemagne et en Italie, à Kehl et jusqu’en Algérie. Éditeurs et écrivains français protestent. Dès 1834, Honoré de Balzac a pris la tête du mouvement avec sa célèbre Lettre aux écrivains français du XIXe siècle. D’autres auteurs le suivront, jusqu’à ce qu’une convention franco-belge de 1853 vienne mettre un terme à cette pratique[345]. Actuellement, on peut encore trouver ces contrefaçons dans des librairies ou sur des sites de livres anciens de vente par correspondance :

  • Physiologie du mariage, chez Meline, à Bruxelles, en 1834.
  • Les Chouans, 1835 chez Hauman à Bruxelles (sous le titre Le Dernier Chouan ou la Bretagne en 1800). Une autre chez Méline en 1837.
  • Le Père Goriot histoire parisienne par Honoré de Balzac. Bruxelles, Meline, Cams et Compagnie, 1837. Imprimée deux ans après l’édition originale.
  • La Peau de chagrin Bruxelles, Louis Hauman, 1831, paru à la date de l’édition originale.
  • Le Lys dans la vallée[346].
  • Les Employés ou la Femme supérieure paraît en juillet 1837, en quinze feuilletons quotidiens. Et la même année, trois contrefaçons.
  • Un début dans la vie. 1842. Sous le titre Le Danger des mystifications. Plus trois contrefaçons la même année.
  • La dernière incarnation de Vautrin, 1847. Bruxelles, Lebègue et Sacré fils. La contrefaçon paraît un an avant l’édition française.
  • Illusions perdues, Un grand homme de province à Paris. 1839, parue la même année que l’édition originale de Paris.
  • Nouvelles scènes de la vie privée. Bruxelles, Méline, 1832, contenant : Le Conseil, La Bourse, Le Devoir d’une femme, Les Célibataires, Le Rendez-vous, La Femme de trente ans, Le Doigt de Dieu, Les Deux rencontres, L’Expiation.

L’affaire Octave Mirbeau[modifier | modifier le code]

Voir le détail de « L’affaire Octave Mirbeau » sur la page de Ewelina Hańska. Voir aussi la notice sur La Mort de Balzac.

Octave Mirbeau, écrivain et journaliste français, inséra dans son récit de voyage La 628-E8 trois sous-chapitres intitulés La Mort de Balzac, qui firent scandale par le comportement prêté à Ewelina Hańska pendant l'agonie de Balzac. Sur la prière de la fille de Mme Hańska, il consentit à les faire retirer in extremis, alors que le volume était déjà imprimé.

L’affaire Radziwill[modifier | modifier le code]

La princesse Catherine Radziwill, née Rzewuska le à Saint-Pétersbourg, épouse du prince prussien Guillaume Radziwill, était la fille du frère cadet de Mme Hańska, le comte Adam Rzewuski. Après avoir quitté son mari en 1899 pour une vie aventureuse qui la conduisit successivement en Angleterre, puis en Afrique du Sud où elle imita la signature de Cecil Rhodes, fondateur de la compagnie de diamants De Beers, elle se réfugia aux États-Unis[n 49].

Se réclamant de ses origines et de sa parenté avec Mme Hańska, qui fait d'elle une nièce de Balzac, elle tente de monnayer dix-sept lettres de Mme Hańska à son frère cadet, dans lesquelles la comtesse aurait fait des confidences très précises sur Balzac. Réfugiée aux États-Unis, elle traduit la thèse de doctorat d’une jeune Américaine, Juanita Helm Floyd, intitulée Les Femmes dans la vie de Balzac, à laquelle elle joint en appendice les dix-sept lettres fabriquées de toute pièce. La publication du livre à Paris, en 1926, suscite un vif intérêt chez les balzaciens[347].

Très vite, la Revue politique et littéraire, plus connue sous le nom de Revue Bleue, trouve cette correspondance suspecte et Sophie de Korwin-Piotrowska, qui connaissait bien la famille Rzewuski, fait savoir que Mme Hańska n’avait aucune relation avec son frère cadet et qu’elle n’aurait eu aucune raison de lui parler d'un littérateur français qu’il désapprouvait. Les nombreux mensonges habilement fabriqués par la princesse sont mis au jour et la supercherie est définitivement éventée[348].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Dega 1998. Voir Dieudonné 1999, p. 27-32 ; Arnaud 1923, p. 75 ; ICC, 1958, 523 ; France Généalogique 1969.
  2. Le voyage en coucou de Laure deviendra avec Balzac Un début dans la vie selon Gérard Macé, Un début dans la vie, Folio classique,‎ 1976, p. 13.
  3. Maurois 1965, p. 18 : « Les oratoriens de Vendôme passaient pour des libéraux. Les deux hommes qui dirigeaient le collège au temps de Balzac (Mareschal et Dessaignes) avaient accepté de prêter serment à la nation. Tous deux s’étaient mariés tout en conservant leur foi catholique et ils maintenaient dans le collège une discipline presque conventuelle. »
  4. Maurois 1965, p. 26. Le héros de Louis Lambert présente beaucoup de points communs avec le jeune collégien : Pierrot 1994, p. 26-29.
  5. Jeune clerc de notaire ou d’avoué chargé de faire les courses. Voir la « définition du CNRTL ».
  6. Maurois 1965, p. 45. Balzac rappellera plus tard, dans Facino Cane, cette période de sa vie, rue Lesdiguières.
  7. Dans une lettre à Laure, le jeune Balzac espère ainsi parvenir à la richesse : « Dans peu, Lord R'hoone sera l'homme à la mode, l'auteur le plus fécond, le plus aimable, et les dames l'aimeront comme la prunelle de leurs yeux, et le reste ; et alors, le petit brisquet d'Honoré arrivera en équipage, la tête haute, le regard fier et le gousset plein. » Cité par Picon 1956, p. 14.
  8. Certains critiques pensent que ces deux derniers écrits étaient « peut-être des textes provocateurs destinés à faire crier contre les projets prêtés au ministère », Barbéris 1973, p. 149.
  9. Lire l'avant-dernier paragraphe de l'Avant-propos de La Comédie humaine.
  10. Voir notamment Teruo Mitimune, « Exorde aux études des œuvres de jeunesse de Balzac » [PDF].
  11. Ces textes sont réunis dans Pléiade 1996.
  12. En 1843, pour les Scènes de la vie militaire, il dit vouloir visiter les champs de bataille napoléoniens. Inversement, il puise dans ses voyages en Italie et en Sardaigne des matériaux pour de nouveaux romans. (Pierrot 1994, p. 396).
  13. a, b et c Le nombre des personnages de la Comédie humaine varie selon les sources et le mode de calcul. Selon le Dictionnaire biographique des Personnages fictifs de la Comédie humaine publié par Fernand Lotte en 1952, celle-ci compterait 2 472 personnages, dont 573 reparaissent, ne fût-ce que furtivement, dans plusieurs romans (Marceau 1955, p. 26). Pierre Citron et Anne-Marie Meininger ont repris et développé ce dictionnaire pour constituer un « Index des personnages fictifs de La Comédie humaine », inséré dans le volume XII de Pléiade 1981, p. 1143-1580. Cet index compte environ 4 000 personnages dûment nommés, un nombre qui monte à 6 000 quand on inclut les individus désignés de façon générique (« un abbé », « un jeune homme »). Anne-Marie Meininger a également réalisé un dépliant de présentation des tableaux généalogiques des personnages de la Comédie humaine, publié par la maison de Balzac en 1994 (ISBN 2-87900-194-3).
  14. Sophie Koslowska, qui l'a connu en 1836, le décrit ainsi : « M. de Balzac ne peut être appelé un bel homme parce qu'il est petit, gras, rond, trapu ; de larges épaules, bien carrées ; une grosse tête ; un nez comme de la gomme élastique, carré du bout ; une très jolie bouche, mais presque sans dents ; les cheveux noirs de jais, raides et mêlés de blanc. Mais il y a dans ses yeux bruns, un feu, une expression si forte que, sans le vouloir, vous êtes obligé de convenir qu'il y a peu de têtes aussi belles. » Cité par Maurois 1965, p. 323.
  15. Un voyageur russe : « Il est petit, un peu gros et a beaucoup de feu dans les yeux » ; un journaliste italien : « un œil de dompteur de fauves » ; la comtesse de Bocarmé : « deux yeux à la fois merveilleusement doux et spirituels » (Pierrot 1994, p. 305, 371 et 386)
  16. « Portrait de Laure de Berny » [JPG].
  17. En fait, Balzac n'aimait pas le tabac. Il n'aimait pas non plus les drogues qui obligeraient à abdiquer sa volonté et se serait abstenu de goûter au haschisch lors d'une séance de démonstration en 1835, à laquelle Baudelaire assistait (Pierrot 1994, p. 319-321 et 422).
  18. Elle a alors une liaison publique avec le prince Victor de Metternich. Stendhal, à propos de son roman Armance, écrit « Mme d'Aumale, c'est Mme de Castries que j'ai faite sage. » Pierrot 1994, p. 196.
  19. Marie Caroline Du Fresnay, fille supposée de Balzac, est née à Sartrouville le 4 juin 1834. Elle est décédée en 1930 Pierrot 1994, p. 235-240.
  20. Lettres 1899, t. I, années 1833-1842. Pierrot 1990 compte 414 lettres de Balzac à Madame Hańska, deux lettres de Madame Hańska à Balzac, divers autres courriers adressés à son entourage.
  21. Lettres 1899, t. I (1833-1842) ; t. II (1842-1844) ; t. III (1844-1846) ; t. IV (1846-1847).
  22. « Libéral avant 1830 mais favorable au droit d'aînesse, il devient royaliste en 1831. En 1829, (...) dans Les Chouans, il mettait en scène des royalistes aveuglés (...), dans l'Avant-propos de La Comédie humaine (1842), il dit écrire à la lumière de deux vérités éternelles : la Religion et la Monarchie. (...) Dans L'Envers de l'histoire contemporaine, un enfant du siècle s'intègre à un cercle de croyants (...). Retour à Dieu, seconde vie consacrée à l'amour du prochain, à contre-courant du mouvement général de l'histoire. » Extrait de Gérard Gengembre, Dictionnaire de la Contre-Révolution, Perrin,‎ 2011 (lire en ligne), p. 78.
  23. George Sand nuance toutefois cette position : « Un jour il revenait de Russie, et pendant un dîner où il était placé près de moi, il ne tarissait pas d'admiration sur les prodiges de l'autorité absolue. Son idéal était là, dans ce moment-là. Il raconta un trait féroce dont il avait été témoin et fut pris d'un rire qui avait quelque chose de convulsif. Je lui dis à l'oreille : Ça vous donne envie de pleurer, n'est-ce pas ? Il ne répondit rien, cessa de rire, comme si un ressort se fût brisé en lui, fut très sérieux tout le reste de la soirée et ne dit plus un mot sur la Russie ». Cité dans Pierrot 1994, p. 403.
  24. Voir « Comme il se trouve une différence de huit cents francs par an entre la pension que payait feu...» dans Le Curé de Tours, p. 42. Autre exemple : « Je soussigné, me portant fort pour monsieur Pons, reconnais avoir reçu de monsieur Élie Magus...» dans Le Cousin Pons, p. 572. Discussion dans Dissaux 2012, p. 221-222.
  25. Bien qu'Alexandre Deberny ait abandonné sa particule, Balzac la lui rétablit dans sa dédicace des Secrets de la princesse de Cadignan : « À mon cher Alexandre de Berny ». (Samuel S. de Sacy, Les Secrets de la princesse de Cadignan, Folio classique, 1993, p. 400).
  26. La rumeur prête à Jean de Margonne et à la mère de Balzac une liaison dont serait né un enfant adultérin : Henry, demi-frère d’Honoré. Mais on n’a aucune preuve formelle sur ce point (Maurois 1965, p. 15 et 645).
  27. Louise, dépitée et jalouse, aurait volé 22 lettres intimes à Balzac afin de faire du chantage auprès de Mme Hańska, mais les spécialistes soupçonnent que Balzac ne dit pas toute la vérité dans cette affaire. À la suite de cela, Éveline exige la destruction de toutes ses lettres. (Pierrot 1994, p. 364 et 456-458).
  28. La Société existe toujours et est actuellement sise en l’hôtel de Massa, rue Saint-Jacques à Paris.
  29. « En apprenant que je suis le mari de la petite nièce de Marie Leszczyńska ; que je deviens le beau-frère d'un aide de camp général de S.M. l'empereur de toutes les Russies, le comte A. Rzewuski, beau-père du comte Orloff, le neveu de la comtesse Rosalie Rzewuska, 1re dame d'honneur de S.M. l'impératrice ; le beau-frère du comte Henri Rzewuski, le Walter Scott de la Pologne... » Cité par Pierrot 1994, p. 489.
  30. Balzac avait englouti dans l'achat d'actions de la Compagnie du chemin de fer du Nord une somme de 130 000 francs que lui avait envoyée Mme Hańska en 1845, investissement qui s'est révélé ruineux lorsque le cours a baissé. Voir Pierrot 1994, p. 459.
  31. a et b « Je reviens de chez le daguerréotypeur, et je suis ébaubi par la perfection avec laquelle agit la lumière (…) » (Lettres 1899, t. II). Il ne cache pas son admiration pour Louis Daguerre qu’il cite plusieurs fois dans La Comédie humaine (Voir l’article Balzac et le daguerréotype). Il est le premier à utiliser le verbe « daguerréotyper », selon le « Dictionnaire du CNRTL ».
  32. Un exemple : Guillaume Dupuytren cité sous son nom véritable dans : Béatrix, Illusions perdues et César Birotteau, devient le chirurgien Desplein dans La Messe de l'athée. La Pléiade, 1981, t. XII, p. 1272.
  33. Nathalie Cazauran voit une similitude entre Balzac et ses difficultés à publier Le Martyr calviniste (première partie de son étude philosophique Sur Catherine de Médicis) et Lucien de Rubempré, qui n’arrive pas à publier L’Archer de Charles IX, sur le même sujet. (La Pléiade, 1980, t. XI, p. 140).
  34. Hugo en effet « avait été surpris en flagrant délit avec Léonie Biard, comme Hulot avec Valérie Marneffe. Il est vrai que l'attitude de Balzac à l'égard de Hugo fut toujours ambiguë ; Hugo l'admirait et, à l'Académie, le protégeait ; Balzac louait le poète et dénigrait l'homme, assez injustement. » (Maurois 1965, p. 538).
  35. À titre d'exemple, l'épisode de Splendeurs et misères des courtisanes, où Mme de Sérizy trouve Lucien pendu dans sa cellule est similaire à un fait divers qui impliqua Mme de Girardin et son amant. Voir Marceau 1955, p. 40-41.
  36. Analysant le rapport entre la droite et la gauche dans cette opposition en miroir ainsi que dans la topographie du récit, le philosophe Michel Serres émet l'hypothèse que Balzac était né gaucher, même s'il écrivait de la main droite, et qu'il était donc un « gaucher contrarié ». Serres 1989, p. 74.
  37. Texte sur Gallica. L'attribution de cet article à Balzac est aujourd'hui contestée, car il avait cessé de collaborer à ce journal depuis près de deux ans. Voir Pléiade 1996, p. 1605.
  38. a et b Balzac reprenait constamment ses textes. À titre d'exemple, cette page se trouve au volume 8, p. 148 de l'édition « Furne de 1843 », corrigée de la main de Balzac et publiée par les Bibliophiles de l'originale. On peut lire cette version du texte, sans les corrections manuscrites, dans wikisource. Pour apprécier le travail de révision de Balzac, on comparera avec l'édition « antérieure de 1837 » et avec l'édition ultérieure, publiée par « Lévy en 1865 ».
  39. « Tout cela, si vous me permettez d’user du style employé par monsieur Sainte-Beuve pour ses biographies d’inconnus... » Texte sur Wikisource, § 102.
  40. « Che ne sais bas au chiste, dit le baron de Nucingen, mais il a keke chausse. » Texte sur Wikisource, § 30.
  41. Ce roman « qui a servi de transition entre l'imitation de Walter Scott et l'évocation de la société moderne » n'a été publié qu'en 1837, même si la première ébauche date de 1824. Il a été terminé par le comte de Belloy, avec l'aide probable du comte de Grammont. (Chollet, vol. XXXVII, p. 11-12).
  42. On trouve une histoire des publications et remaniements dans l’introduction à la La Comédie humaine, Bibliothèque de la Pléiade, sous la direction de Pierre-Georges Castex, 12 vol., 1970-1981. Voir aussi « historique des publications de l'édition Furne » (consulté le 2 mars 2014).
  43. La chronologie des composantes de La Comédie humaine pose des problèmes complexes, car Balzac a constamment retravaillé son œuvre. Toute tentative de chronologie est donc obligée de faire des choix. Nous nous sommes basés sur l'ouvrage de Vachon 1992.
  44. L’ensemble de ces manuscrits, d'abord éparpillés à la mort de l’auteur, a pu être réuni grâce au patient travail de collectionneur du vicomte Charles de Spoelberch de Lovenjoul, et par les « archéologues littéraires » qui lui ont succédé et ont travaillé à remettre en ordre et à interpréter le sens de ces textes en cherchant ce qui les rattachait à La Comédie humaine (Pléiade 1981, p. 331). Ils ont d’abord été rassemblés en 1937 par Marcel Bouteron (huit textes), puis par Roger Pierrot en 1959 (dix textes) et Maurice Bardèche. Beaucoup de ces textes étaient restés inédits du vivant de l’auteur. En 1950, lors du centenaire de la mort de Balzac, deux textes furent édités séparément : La Femme auteur et Mademoiselle du Vissard (Pléiade 1981, p. 332). Et de nouveau La Femme auteur et d’autres fragments de La Comédie humaine ont été publiés dans un tome complémentaire de la Pléiade. Pratiquement toutes les ébauches mises au jour ont été successivement publiées par Maurice Bardèche dans les Œuvres complètes de Balzac (Club de l’honnête homme, 28 vol. de 1955 à 1963) puis en 1968 par Roger Pierrot et J. A. Ducourneau, en respectant les divisions de La Comédie humaine que Balzac avait données aux vingt-cinq textes et que l'édition de La Pléiade 1981 a également respectées.
  45. La troupe du Théâtre de la Ville la présente à partir du mois de mars 2014 au Théâtre des Abbesses. Les représentations sont annoncées dans La Terrasse. Voir « annonce par le journal La Terrasse ».
  46. Michel Polac lui attribue « la petite aigreur de l’écrivain raté qui le rend plus proche d’un critique de la NRF des années 1920-40, que de ses contemporains, L’Événement du jeudi, 9 février 1989. Angelo Rinaldi l'attaque aussi avec humour : « (…) victime de son look, au lieu de laisser à la postérité la photo d’un homme de lettres propret, il a posé, avec sa calotte et ses bajoues, pour le portrait d’un notaire de province qui a sur les bras une ennuyeuse affaire de mœurs. Sainte-Beuve a une tête de non-lieu au bénéfice du doute, et de faux-jeton pour certains. (…) », L'Express, . Par ailleurs, Balzac a pris plaisir à pasticher le style de Sainte-Beuve dans Un prince de la bohème texte sur Wikisource.
  47. Conservé et exposé au Louvre (Inv. 20028). Le tableau de Tours serait une esquisse ou une réplique réduite, selon Pierrot 1994, p. 302.
  48. Une de ces lithographies se trouve au « MOMA », une autre a été utilisée pour une « édition de luxe du Père Goriot ».
  49. On peut lire un compte rendu détaillé de cette supercherie dans Maurois 1965, p. 617-622.

Références[modifier | modifier le code]

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  2. Sipriot 1992, p. 41.
  3. Pierrot 1994, p. 18.
  4. Surville 1858.
  5. Maurois 1965, p. 25.
  6. Maurois 1965, p. 36.
  7. Maurois 1965, p. 38.
  8. Picon 1956, p. 43.
  9. Pierrot 1994, p. 53.
  10. Pierrot 1994, p. 71.
  11. Barbéris 1973, p. 27.
  12. Pierrot 1994, p. 88-92.
  13. , Pierrot 1969, t. I.
  14. Chollet, vol. XXX.
  15. Maurois 1965, p. 99.
  16. Chollet, vol. XXXVI, p. 14-15.
  17. Pierrot 1994, p. 133.
  18. a et b Maurois 1965, p. 98.
  19. Chollet.
  20. Maurois 1965, p. 107.
  21. Maurois 1965, p. 102-104.
  22. Maurois 1965, p. 101.
  23. « Préface, Annette et le Criminel, p.12 ».
  24. D'Arthez à Lucien de Rubempré, dans Un grand homme de province à Paris, Wikisource, § 173.
  25. Physiologie du Mariage, § 469.
  26. Chollet, vol. XXXVII, p. 11.
  27. Chollet vol. XXXVII, p. 9.
  28. Maurois 1965, p. 90.
  29. Samuel S. de Sacy, appendice « La vie de Balzac » dans Abellio 1980.
  30. Chollet, vol. XXXV, p. 22.
  31. Diethelm 2001, p. 221-246.
  32. Sipriot 1992, p. 131.
  33. Sipriot 1992, p. 132-133.
  34. Bouvier 1938, p. 217-239. Samuel Sylvestre de Sacy évalue la dette à 60 000 francs dont 50 000 dus à sa famille, dans « La Vie de Balzac », appendice à Abellio 1980, p. 254.
  35. Pierrot 1994, p. 156-157.
  36. Pierrot 1994, p. 165.
  37. Maurois 1965, p. 157.
  38. Maurois 1965, p. 158.
  39. Pierrot 1994, p. 160-161.
  40. Anne-Marie Meininger, Introduction à L'Auberge rouge. La Pléiade, 1980, t. XI, p. 84-85 (ISBN 2070108767)
  41. Pierre Barbéris, appendice à César Birotteau, Le livre de poche Hachette, 1984, p. 363.
  42. 3 mai 1832, Pierrot 1969, t. I.
  43. Correspondance. Cité par Maurois 1965, p. 176.
  44. La Peau de Chagrin, § 7. Cité dans Maurois 1965, p. 181.
  45. Propos rapportés dans Vannier 1984, p. 127.
  46. Laure de Berny, Pierrot 1994, p. 208.
  47. Maurois 1965, p. 184.
  48. La Comédie humaine, dans Vannier 1984, p. 127.
  49. a et b Maurois 1965, p. 160.
  50. Félix Davin, Introduction aux études philosophiques, Pléiade, 1979, t. X, p. 1202-1220. Texte sur « Gallica ».
  51. Balzac, lettre à Zulma Carraud, janvier 1845. Lotte 1961, p. 231.
  52. Lettres 1899, t. I.
  53. Marceau 1986, p. 23.
  54. Picon 1956, p. 120.
  55. Marceau 1955, p. 24
  56. Préface de Balzac à Une fille d'Ève, citée par Lotte 1961, p. 229.
  57. a et b Pierrot 1994, p. 345.
  58. Barbéris 1973, p. 64.
  59. Barbéris 1973, p. 65
  60. Préface à La Peau de chagrin. Citée par Picon 1956, p. 26.
  61. a et b Maurois 1965, p. 427.
  62. a et b Avant-Propos de La Comédie humaine § 22.
  63. Françoise Gaillard, dans Cerisy 1982, p. 68.
  64. Lettres 1899, t.2, 6 février 1844.
  65. a et b Pierrot 1994, p. 408 et 430-436.
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  71. Balzac, Traité des excitants modernes, cité par Maurois 1965, p. 231.
  72. Gozlan 1886, [lire en ligne].
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  74. Voir le récit de Gautier 1859, p. 89-92, [lire en ligne].
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  133. Lettre du 10 février 1840. Pierrot 1994, p. 253.
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  147. Lettre de Balzac à Zulma, Pierrot 1994, p. 205.
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  149. Maurois 1965, p. 432.
  150. Marceau 1955, p. 413-414.
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Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Éditions de référence[modifier | modifier le code]

Études et biographies[modifier | modifier le code]

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