Analyse des pratiques professionnelles

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La notion d'analyse des pratiques désigne une méthode de formation ou de perfectionnement fondée sur l'analyse d'expériences professionnelles, récentes ou en cours, présentées par leurs auteurs dans le cadre d'un groupe composé de personnes exerçant la même profession."[1]. Elle est utilisée le plus souvent des métiers comportant une composante relationnelle prédominante, tels que médecins, enseignants ou travailleurs sociaux, et postule que l'expérience est source de contruction de savoirs[2].


Historique de l'analyse des pratiques professionnelles[modifier | modifier le code]

L'analyse des pratiques comme démarche de formation se développe depuis les années 1940. Elle a été initiée par le psychanalyste anglais Michael Balint qui en a fait alors un outil de développement des pratiques relationnelles des médecins.

L'ouvrage « Le médecin, son malade et la maladie » de Michael Balint, postule l'importance déterminante de la relation patient/médecin dans le processus de guérison[3]. Il convoque la théorie psychanalytique et les notions de transfert et de contre-transfert pour tenter d'éclairer ce qui est en jeu dans cette pratique relationnelle. Toutefois plutôt qu'un enseignement de ces notions aux praticiens, il estime plus pertinent de les faire travailler sur la compréhension du contre-transfert à partir de situations réelles, de cas leur ayant posé problème. Par la suite, les métiers du champ sanitaire et social, équipes soignantes et équipes éducatives travaillant dans diverses institutions vont avoir recours à ce type de dispositif, appelés Groupes Balint[2].

Un second courant appelé pratique réflexive voit le jour à partir des travaux de Schön et Argyris. Basé sur l'idée que les apprentissages académiques sont peu opérants pour résoudre des problèmes rencontrés dans le cadre d'une pratique professionnelle, il propose aux praticiens de « construire des modèles d’action qui sont responsables de l’organisation subjective des éléments de la situation et donc du cadre » à partir d'une réflexion sur leurs propres actions, cette réflexion sur l'action étant productive d'un savoir[2].

Analyse des pratiques professionnelles[modifier | modifier le code]

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La notion de pratique professionnelle désigne :

  • ce qu'on fait et dont on ne parle pas parce que ça ne correspond pas forcément à ce qui est prescrit (différence entre travail prescrit et travail réel) ;
  • ce qu'on souhaiterait faire et qu'on n'arrive pas à faire ( "empêchements d'agir" et "idéal professionnel) ;
  • ce qu'on fait et qu'on aimerait ne pas faire ou,
  • ce qu'on fait sans vraiment avoir conscience qu'on le fait, soit qu'il est plus confortable de ne pas le savoir, soit que cet agir est tellement "incorporé" qu'on ne le voit plus du tout comme modalité de notre action.

Le travail d'analyse de pratique relève de la prise de conscience de ses actions. En quoi le sujet s'y livre-t-il à une analyse ?

Le travail effectué par les participants après avoir énoncé les "vécus de l'action" consiste à trouver des pistes explicatives et compréhensives en le questionnant. Diverses approches issues des sciences humaines peuvent être convoquées pour réaliser ce "travail sur les énoncés". Mais le plus souvent il s'agit de construire l'expérience en la verbalisant et en la confrontant aux regards croisés du groupe. Construire l'expérience, c'est en dégager les composantes subjectives et objectives, en donner à voir la dynamique émotionnelle et affective, faire apparaître l'imaginaire en valeurs, histoire et identifications.

Principes fondateurs[modifier | modifier le code]

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Ce qui fonde un groupe d'analyse des pratiques, c'est la demande des professionnels qui souhaitent y participer. Cette question est cruciale et dans le cas où l'institution prescrit une participation obligatoire à de telles rencontres, les résistances des participants sont telles qu'elles peuvent aboutir à un échec du dispositif ou bien à le reconsidérer sur la base d'un engagement volontaire. A la fois pour permettre des temps de parole suffisant et pour créer une ambiance d'intimité qui autorise la parole sur soi, un nombre de douze personne est un maximum, sept ou huit étant sans doute préférable. Pour permettre de travailler cette question de la demande lorsque le dispositif est surtout issu de la commande institutionnelle, la pratique de l'intervenant est de proposer un nombre de séances déterminées à l'issue desquelles participants et intervenant pourront se prononcer quant à leur désir de s'inscrire dans la continuité d'un travail. Cette question de la demande qui est fondatrice de la légitimité du lieu doit être régulièrement retravaillée avec le groupe.


Le deuxième principe concerne celui de l'extériorité du lieu. L'idéal étant de disposer d'un local se situant en dehors du lieu de travail habituel afin d'éviter les interférences avec les tâches quotidiennes. Un des objectifs de ce type de travail étant la mise à distance du vécu professionnel, la configuration spatiale du lieu y participe de manière importante.

L'animateur d'un groupe d'analyse des pratiques doit être extérieur à l'institution qui fait appel à ses services. Il ne peut ni être connu personnellement, ni avoir de relation hiérarchique avec les participants du groupe.

  • Rythme et durée des séances

En général les séances se déroulent une fois par mois sur une durée de deux à trois heures.

  • Le respect de la confidentialité des échanges

Pour pouvoir parler de la réalité de leurs pratiques, de ce qui peut faire problème pour eux, les participants doivent avoir confiance dans la capacité de l'animateur et des autres participants à ne pas rendre publique les paroles qu'ils confient au groupe. Certains praticiens appliquent une règle de silence totale à l'égard de la direction de l'institution sur ce qui se dit dans les groupes. D'autres, considérant qu'il pourrait y avoir un risque "d'enfermement" dans une vision exclusivement centrée sur la parole du groupe se risquent[non neutre] à des retours ponctuels et impersonnels sur l'avancée du travail dans les groupes, avec le commanditaire. Cette position est toujours délicate car elle exige de canaliser le désir du commanditaire d'en savoir plus et elle peut faire courir le risque d'une perte d'extériorité du lieu. La question est de trouver un équilibre entre un "ne rien dire" et laisser s'installer une peur possible de la direction du genre "Est-ce que ce groupe et cet animateur ne complotent pas contre nous ?" et un "en dire un peu" et risquer que la direction se saisisse de ce "peu" et le traduise par des interventions sur l'équipe qui pourraient être vite interprétées par cette dernière comme émanant d'une "trahison" de l'animateur. Dans tous les cas ce "dire un peu" doit préserver la confidentialité de la parole confiée.[travail inédit ?]

  • Le positionnement de l'animateur

Pour autoriser une parole sur l'expérience des participants, l'animateur de ces ateliers ne doit pas se positionner en expert, en celui qui détient les réponses. Son rôle consiste à accompagner les professionnels dans l'élaboration des questions qu'ils se posent (ou qu'ils ne se posent pas) sur leurs pratiques. Il peut également les aider à se dire avec un minimum de conflictualité ce qu'ils ne parvenaient pas à se dire jusque là. L'animateur est le garant du cadre des échanges ; respect des échanges, des silences etc. Sa pratique à cet égard peut être plus ou moins non-directive, il peut attendre que le groupe s'autorégule lui même mais il doit avoir conscience des limites à ne pas franchir sans risquer de mettre en danger la pérennité du groupe. En fonction de la maturité des professionnels et de l'évolution du groupe, ses attitudes peuvent varier entre des moments ponctuels de "position haute" dans le savoir et des moments de "position basse" dans le non-savoir. Mais il ne peut user de position dans le savoir que très ponctuellement, sans quoi il risque d'invalider la dimension clinique du dispositif : il s'agit de travailler avec la singularité du vécu et de conférer à ce vécu un statut de "savoir" pour le sujet. Il doit aider le groupe à opérer ce que Christophe Niewiadomski nomme : "un retournement des modalités habituelles de production de savoir".[réf. insuffisante] Ce sont les professionnels qui sont les experts… de leur expérience.[travail inédit ?]

  • L'écoute de la souffrance psychique

La difficulté des situations que vivent les personnes qu'ils accompagnent, les manques de moyens pour faire face à leurs missions, les doubles contraintes imposées par les institutions, l'écart entre l'idéal professionnel et la réalité des pratiques amènent souvent les professionnels à ressentir une forme de souffrance psychique. Les groupes d'analyse de la pratique constituent un lieu pour élaborer ces difficultés et redonner du sens à ce qui est vécu. Une première phase du travail est donc ce que Jacques Lévine nomme le dit de la blessure narcissique. Elle se situe souvent du côté de ce que l'on n'arrive pas à faire, de ce qui nous renvoie à un sentiment d'incompétence, de nullité, autant de choses qui ne peuvent pas toujours s'avouer en réunion d'équipe, face à un hiérarchique qui est là pour évaluer notre travail. Dans le cadre des relations de travail quotidiennes, la tendance est de donner à voir une image de soi qui corresponde à celle qu'on se fait d'un bon professionnel. Il ne reste alors plus de place pour dire ce que nous éprouvons réellement et bien souvent, le temps nous manque.

  • La recherche de compréhension

C'est le temps des hypothèses, explicatives et compréhensives. Quelles sont les causes possibles à cette situation ? Quel sens lui donnons-nous ? Au nom de quoi agissons-nous ? Les professionnels convoquent leurs références et opèrent un "métissage" théorique qui permet de prendre de la hauteur, de varier les points de vue. Cette phase est importante pour sortir le phénomène évoqué de sa "gangue expérientielle". On rejoint des concepts et cela permet de relier subjectivité et objectivité, singularité et universalité. On se situe à ce moment dans le sens étymologique du mot théorie : observer, méditer, mettre à distance.

  • La recherche des réponses possibles

Interroger l'action c'est aussi se demander comment la rendre efficace. Si "ça rate", si "ça ne marche pas comme ça" comment pouvons nous nous y prendre pour trouver de nouvelles façons de faire satisfaisantes ? Il arrive souvent que ce travail se fasse dans l'après coup des séances. Tel groupe va évoquer ses problèmes de communication avec untel pendant deux séances de suite et lors de la troisième, il réalisera que la plainte a pu se transformer en demande clairement formulée et entendue par la personne concernée. Il n'y aura pas eu là de véritable analyse effectuée pendant la séance mais une simple question de l'animateur : "Tout ce que vous dites là, pouvez vous le lui dire à lui ?

  • L'implication des participants

Un groupe d'analyse des pratiques ne peut remplir ces fonctions que si un réel climat de confiance s'est instauré entre l'animateur et les participants. Cette relation de confiance permet alors une parole impliquée des professionnels. L'animateur rappelle le principe de "l'expression je" et accompagne les verbalisations vers ce que Pierre Vermersch nomme "position de parole incarnée". Mais la parole authentique ne se décrète pas et il faut parfois traverser de longues périodes de résistances avant d'y parvenir. En tant qu'espace de parole libre, le groupe d'analyse des pratiques fait vivre aux participants des phases de régression provoquées par l'angoisse que génère un tel vide.

Ces phases peuvent se manifester par l'expression d'une plainte massive : "Ils nous font vivre ça". L'animateur doit accueillir en lui cette plainte et la laisser se répéter afin qu'elle puisse permettre d'élaborer une pensée. Graduellement, comme on l'a vu dans l'exemple ci-dessus, les participants en viennent à se poser la question de ce qu'ils peuvent y faire.

Variété des références théoriques des animateurs[modifier | modifier le code]

  • Approches psychanalytiques
  • Approches psychosociologiques
  • Approches systémiques
  • Approches phénoménologiques axées sur l'explicitation des savoirs d'action
  • Approches issues de la clinique de l'activité professionnelle
  • Approches transdisciplinaires
  • Approche Centrée sur la Personne (Carl Rogers)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Claude Allione, La part du rêve dans les institutions : Régulation, supervision, analyse des pratiques
  • Didier Anzieu (1995) Le Moi-peau, Paris : Dunod.
  • Marie-Claude Baietto, Annie Barthelemy, et Ludovic Gadeau (2003). Pour une clinique de la relation éducative : Recherche sur les dispositifs d'analyse des pratiques professionnelles, collection Savoir et formation, Paris : L'Harmattan.
  • Jacky Beillerot (1996). « L’analyse des pratiques professionnelles : pourquoi cette expression ? » in Cahiers pédagogiques,346, septembre 1996, p.12-13 (réédité in Claudine Blanchard-Laville & Dominique Fablet (dir.)(2000). Analyser les pratiques professionnelles. Paris : L’Harmattan. p. 21-26.
  • Claudine Blanchard-Laville (2013). Au risque d'enseigner, Paris : PUF (Des récits de situations de groupes d'analyse des pratiques professionnelles pour enseignants et formateurs).
  • Claudine Blanchard-Laville (2012). Pour une clinique du travail enseignant, article en accès libre sur le site de la revue Cliopsy (Analyse de pratiques pour des enseignants et des formateurs).
  • Claudine Blanchard-Laville et Dominique Fablet (coord) (2003). Travail social et analyse des pratiques professionnelles. Dispositifs et pratiques de formation, collection Savoir et formation, Paris : L'Harmattan.
  • Mireille Cifali et Florence Giust-Desprairies (éds.)(2008). Formation clinique et travail de la pensée. Bruxelles : De Boeck, 168p.
  • Mireille Cifali (1994, 4e éd. 2005). Le lien éducatif : contre-jour psychanalytique, Paris : PUF.
  • Dominique Fablet (2012) Supervision et analyse des pratiques professionnelles dans le champ des institutions sociales et éducatives, collection Savoir et formation, Paris : L'Harmattan.
  • Jacques Lévine et Jeanne Moll, Je est un autre, pour un dialogue entre pédagogie et psychanalyse.
  • André Levy (collectif)(2002).Vocabulaire de psychosociologie, Toulouse : Erès.
  • Dominique Millet, De l'analyse des pratiques professionnelles en formation : Éducation Santé Travail social.
  • Donald Schön, Jacques Heynemand, et Dolorès Gagnon, Le praticien réflexif
  • Pierre Vermersch (2006). L'entretien d'explicitation, Paris : ESF.


Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Les différentes approches de l'analyse des pratiques par Bernard Gouze, PedagoPsy.eu
  • Fiche synthétique présentant le travail du GFR "analyse de pratiques professionnelles" Jacques Lévine, Altet, Perrenoud, et al., reims.iufm.fr
  • Site de Patrick Robo avec de nombreux écrits sur l'Analyse de Pratiques Professionnelles : probo.free.fr
  • Site de Pierre Vermersch et du GREX (Groupe de recherche sur l'explicitation : [ http://expliciter.fr expliciter.fr]
  • Présentation du master "FIAP" Formation à l'intervention et à l'analyse de pratiques, (fondatrice : Claudine Blanchard-Laville, responsable : Françoise Hatchuel), u-paris10.fr et master-fiap - département de sciences de l'éducation, université Paris Ouest Nanterre La Défense.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. André Lévy, Vocabulaire de psychosociologie (avec J. Barus-Michel et Eugène Enriquez), 2002, Erès, p. 302
  2. a, b et c Anne Marie Lagadec, « L'analyse des pratiques professionnelles comme moyen de développement des compétences: ancrage théorique, processus à l'œuvre et limites de ces dispositifs », Recherche en soins infirmiers 2009/2 (N° 97), Éditeur A.R.S.I. (lire en ligne)
  3. Marguerite Lahalle. « Balint Michael, Le médecin, son malade et la maladie. », Revue française de sociologie, 1961, vol. 2, n° 1, pp. 106-108. [1]