Épidémie de fou rire du Tanganyika

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L'épidémie de fou rire du Tanganyika de 1962 a été un phénomène d'hystérie collective, lors de laquelle des adolescents ont alterné crises de rires et de pleurs.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'épidémie de rire a commencé le 30 janvier 1962 dans un pensionnat pour filles dans le village de Kashasha. Le fou rire a d'abord débuté chez 3 filles avant de se propager au reste de l'école, touchant jusqu'à 95 des 159 élèves[1], toutes âgées de 12 à 18 ans. Les symptômes ont duré de quelques heures jusqu'à 16 jours chez certaines personnes. Les enseignants n'ont pas été touchés mais ont indiqué que les élèves étaient incapables de se concentrer. L'école a été contrainte de fermer le 18 mars 1962.

Après que l'école a été fermée et les élèves retournés chez eux, l’épidémie s'est propagée jusqu'au village de Nshamba, village d'origine de plusieurs filles touchées par le fou rire. En avril et mai, 217 personnes ont eu des crises de rire dans le village, la plupart d'entre elles étant des enfants se rendant à l'école ou bien de jeunes adultes. L'école de Kashasha a été rouverte le 21 mai, avant d'être fermée à nouveau à la fin du mois de juin. En juin, l'épidémie de rire se répand jusqu'à l'école primaire pour filles de Ramashenye, près de Bukoba, touchant 48 filles. Une nouvelle vague a débuté à Kanyangereka et deux écoles pour garçons ont été fermées[2],[3].

Véracité[modifier | modifier le code]

L'histoire a suscité des doutes. Un professeur de sociologie, Peter McGraw et un journaliste, Joël Warner, ont mené une enquête sur le terrain sur ce phénomène appelé omuneepo en swahili. Ils n'ont retrouvé qu'une seule personne susceptible de faire partie des victimes, et celle-ci a indiqué ne plus se souvenir des détails de sa maladie, qui lui était arrivé il y a plus de 60 ans. Ils attribuent cette perte de mémoire à une possible confusion avec la sorcellerie, socialement condamnable. Les auteurs font aussi part des réticences initiales de Christian Hempelmann, un professeur de linguistique, à la lecture d'un livre de Provine[4] rapportant ce cas. Toutefois, il arrive à la même conclusion que celle avancée par Rugeiyamu, un psychiatre consulté par McGraw et Warner : cette épidémie est provoquée par le stress[5],[3].

McGraw et Warner indiquent avoir été confronté un cas similaire, dans une école Tanzanienne : de jeunes filles récemment scolarisées dans l'établissement, et présentant des signes tels que que cris, rires et soif inextinguible[3].

Explications[modifier | modifier le code]

Selon une revue de la littérature, le rire serait la manifestation physique la plus répandue dans les cas d'hystérie collective. Pour Kroeber Rugeiyamu, les cas, répétés en Tanzanie, sont dus au stress intense provoqué par le contraste entre une enfance vécue en liberté, et la scolarisation dans des lieux étouffants[3]. Pour Christian F. Hempelmann, le contexte politique pourrait aussi avoir une influence, les évènements liés à la récente indépendance du pays ayant apporté du stress supplémentaire[6].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le Monde 30/07/2014 Le fou rire qui a secoué la Tanzanie pendant six mois
  2. RANKIN AM, PHILIP PJ. An epidemic of laughing in the Bukoba district of Tanganyika, Central African Medical Journal, référencé sur le site NCBI (ncbi.nlm.nih.gov), 9 mai 1963, contenu reproduit sur un blog
  3. a, b, c et d McGraw et Warner 2014, Ch. Tanzania - Why do we laugh?
  4. résumé dans Provine, Robert R., « Laughter », American Scientist, vol. 84, no 1,‎ January–February 1996, p. 38–47 (lire en ligne)
  5. Christian F. Hempelmann, The Laughter of the 1962 « Tanganyika Laughter Epidemic », Humor: International Journal of Humor, Research (2007) p. 49–71
  6. Interview du Chicago Tribune pour les 40 ans de l'évènement