Wilde Sau (aviation)

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Wilde Sau (« sanglier » en allemand) était le nom que la Luftwaffe avait donné, pendant la Seconde Guerre mondiale, à la tactique qui consistait à faire attaquer les bombardiers de nuit britanniques par des chasseurs de jour monoplaces qui repéraient leur cible visuellement sans guidage depuis le sol.

Origines[modifier | modifier le code]

L'initiateur de cette tactique est le colonel de la Luftwaffe Hajo Herrmann. C'est un pilote de bombardier reconnu et décoré qui a servi dans l'état-major de la Luftwaffe et a étudié différentes pratiques opérationnelles dont les contremesures pouvant être mises en œuvre pour s'opposer aux offensives de bombardement alliées très préoccupantes à cette époque.

Mise en œuvre[modifier | modifier le code]

Au printemps 1943 Hermann propose d'évaluer expérimentalement une tactique qui engagerait des chasseurs de jour pour des attaques nocturnes (et dans une moindre proportion des chasseurs de nuit) tout en leur laissant une certaine liberté d'action. Ces essais ont pour but de contrecarrer les attaques nocturnes de la RAF de plus en plus destructrices. Dans cette configuration les chasseurs ne sont plus dirigés par une station radar au sol comme dans le cas de la ligne Kammhuber mais l'interception se fait à vue (après un guidage radio pour amener le chasseur à proximité des bombardiers ennemis) et grâce au jugement propre du pilote. La tactique du Wilde Sau (sanglier) s'oppose donc à la technique Zahme Sau (truie domestique) dans laquelle l'intercepteur est guidé depuis le sol.

De cette façon — sans radiodétecteur aéroporté d'interception — les chasseurs naviguent à vue pour identifier et intercepter les bombardiers. Pour que ce soit possible Hermann propose, contrairement au principe du black–out, que la ville bombardée produise le plus de lumière possible pour que les chasseurs puissent se guider aisément. Cette technique allant totalement à l'encontre de « l'orthodoxie » en matière de défense contre les bombardements les gauleiters des villes s'y opposent et la méthode n'est pas utilisée. En remplacement, on utilise des projecteurs pour illuminer le ciel.

Les premiers essais basés sur l'enseignement d'instructeurs connaissant bien les techniques du vol sans visibilité suggèrent que les conditions météorologiques idéales sont réunies lorsqu'une couche nuageuse basse pas trop épaisse et un peu lumineuse fait se découper la silhouette des bombardiers et les rendent ainsi facilement repérables par les chasseurs volant à haute altitude.

Étant donné que la technique du Wilde Sau ne fonctionne que si on dispose de suffisamment de lumière on ne peut l'utiliser que pour des grosses villes qui sont les seuls endroits où la concentration de projecteurs est suffisante pour illuminer le ciel. Il faut également que la cible choisie par la RAF soit déterminée rapidement ce qui est souvent très difficile car le Bomber stream vole le plus souvent en zigzag jusqu'à son objectif.

Pour éviter de menacer leur propre flotte, les avions allemands volent dans des bandes d'altitude prédéterminées. Cette tactique a été initialement utilisée uniquement dans l'espace aérien de Berlin et montra que la coordination des différents tirs était d'une grande complexité. Étant donné que les aides à la navigation des chasseurs de jour étaient rudimentaires, il fallut mettre en œuvre un système de navigation à vue assez élaboré comprenant des balises lumineuses, des réseaux de projecteurs, des envois de fusées lumineuses de différentes couleurs à travers les nuages et des fusées éclairantes pendues à des parachutes[réf. nécessaire].

La tempête de feu du bombardement de Hambourg se révéla désastreuse pour la Luftwaffe après que les Alliés aient utilisé pour la première fois des paillettes pour tromper les radars et aient détruit le système de défense radar de la Ligne Kammhuber. À la suite de cet épisode, les Allemands ont encouragé tout projet qui permettrait d'éviter que pareille chose ne se reproduise.

L'unité expérimentale d'Hermann du début se transforme rapidement en un véritable escadron de chasse, le Jagdgeschwader 300, qui utilise la tactique du Wilde Sau pour la première fois dans la nuit du 3 au 4 juillet 1943 au moment où 653 avions de la RAF attaquent Cologne. Les chasseurs allemands en s'appuyant sur la clarté des projecteurs, des fusées éclairantes et de feux au sol revendiquent 12 avions abattus, mais ils doivent partager ce succès avec les batteries anti-aériennes qui revendiquent elles aussi ces victoires.

Comme convenu, pour éviter des tirs amis, les batteries anti-aériennes limitent leurs tirs en hauteur pour que leurs chasseurs puissent opérer en sécurité à une altitude supérieure au plafond prédéterminé[1].

L'utilisation de cette procédure est un succès lors de l'attaque de Berlin dans la nuit du 23 au 24 août 1943. La flotte Wilde Sau, sous le commandement du Wing Commander Hajo Herrmann revendique 57 avions ennemis abattus. En récompense de cette action Hermann se voit remettre les Feuilles de chêne dans l'ordre de la Croix de fer[réf. nécessaire].

Limites de cette stratégie[modifier | modifier le code]

Si le plafond nuageux au moment de l'attaque est trop haut, l'effet d'illumination de la couche nuageuse devient très faible et les conditions de visibilité sont alors trop réduites pour pouvoir utiliser la tactique du Wilde Sau. La méthode a également été prise en défaut avec l'apparition du mauvais temps d'hiver à la fin de l'automne 1943 lorsque les pertes dues aux accidents ou au gel sont montées en flèche. De plus, les pilotes allemands couraient toujours le risque d'être touchés par leur propre défense anti-aérienne.
Même si le Wilde Sau mettait en œuvre quelques chasseurs de nuit bimoteurs, le gros de l'action était mené par des chasseurs de jour empruntés aux Jagdgeschwader. Pour ces derniers les opérations de jour et de nuit se succèdent ce qui conduit à des temps de maintenance de plus en plus réduits et difficiles à planifier ; très rapidement le nombre d'appareils opérationnels chute dramatiquement.

Différentes unités participantes[modifier | modifier le code]

La 30. Jagddivision mise sur pieds spécialement pour utiliser cette tactique était composée des Jagdgeschwader 300, 301 et 302, toutes nommées indifféremment Wilde Sau. On avait aussi attaché à l'opération le III./KG 3 (3e escadron de bombardiers) qui était chargé de voler au-dessus du Bomber Stream pour l'illuminer à l'aide de fusées éclairantes.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]