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Le déclubage est une série de mesures entreprises par le gouvernement du Québec visant l'abolition des droits exclusifs de chasse et de pêche détenus par des associations fermées de chasseurs et de pêcheurs, ou clubs privés, sur les terres du domaine de l'État.

Sous la pression populaire, le gouvernement mène deux séries de mesures, appelées Opération « Accessibilité » et Opération « Gestion faune », qui visent à décloîtrer, voire souvent étatiser la gestion et l'exploitation de la faune ainsi que l'amélioration de son milieu.

Privatisation de la gestion faunique[modifier | modifier le code]

À la fin du xixe siècle, l'urbanisation de l'arrière-pays entraîne une pression sur le gibier et la ressource halieutique. Le gouvernement du Québec, gestionnaire des terres de la Couronne, est préoccupé par le braconnage et la surexploitation de la faune sur les terres publiques à la frange des territoires colonisés. Le territoire étant immense, il est irréaliste à l'époque de mettre sur pied un système de gardes-faune relevant de l'État avec les ressources limitées dont il dispose[1]. Afin de remédier à ce problème, il met en place un système permettant d'assurer la protection de la faune en délégant à des tiers la gestion et l'exploitation de la faune. À partir de 1887[Note 1], le gouvernement du Québec loue des droits exclusifs de chasse et de pêche sur des territoires définis en octroyant des baux d'occupation des terres publiques[2]. Le fait de sous-contracter à une grande échelle à des « mercenaires en matière de protection environnementale »[3] la gestion et l'exploitation des ressources faunique sous forme de droits exclusifs sur les terres publique est inédit. Le modèle est imité par le Nouveau-Brunswick qui l'applique à ses rivières à saumon[2].

Le développement des clubs privés se sont déroule alors en trois phases distinctes. La première est un développement lent jusqu'à la Seconde Guerre mondiale où le nombre de clubs est augmente graduellement jusqu'à 615. La création de nouveaux clubs s’accélère ensuite pour atteindre 2 200 clubs au milieu des années 1960, pour diminuer par la suite. En 1965, les clubs privés contrôlent la chasse ou la pêche sur 30 000 milles carrés (78 000 km2) de territoire public. En 1977, Il existe encore 1 164 baux de clubs privés et 222 baux de pourvoiries commerciales avec des droits exclusifs de chasse et de pêche. Les régions ayant les plus grandes superficies sous baux sont le Saguenay–Lac-Saint-Jean avec 3 900 milles carrés (10 100 km2), la région de Trois-Rivières avec 4 000 milles carrés (10 400 km2) et l'Outaouais avec 3 900 milles carrés (10 100 km2)[4].

Remise en question du modèle[modifier | modifier le code]

Point de vue institutionnel[modifier | modifier le code]

Le modèle de privatisation est remis en question dans la décennie 1960 au sein de la sphère politique. Le rapport commandé à Wilfred M. Carter par le Ministère du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche (MTCP) affirme, à propos de la gestion du saumon de l'Atlantique que « l'exploitation des ressources récréatives par un ou des groupes exclusifs est indéfendable »[5].

En revanche, ses défenseurs invoquent des arguments d'efficacité et d'économie. En effet, le même rapport reconnaît des raisons économiques et environnementales au recours aux clubs privés, et recommande même leur maintien, mais dans certains cas seulement[6]. La rhétorique d'efficacité du système est véhiculée à l'Assemblée nationale dans les années 1960 et 1970[7], alors que de nombreux rapports sur le braconnage dans les années 1960 pointent du doigt les lacunes de l'État comme gestionnaire faunique[8]. Le recours aux clubs privés est perçu comme avantageusement économiquement : ils sont une source de revenu, rapportant 800 à 1 000 $ par saumon pêché[9], tandis que le MTCP est sous-financé[6].

On assiste à un effritement des appuis au modèle au sein de la classe politique, alors que du patronage systématique est révélé, et que des accusations d'annuler des baux de supporter d'opposants politiques sont lancées de part et d'autre du Salon bleu[10].

Premières tentatives de déclubage[modifier | modifier le code]

Réduction des baux exclusifs[modifier | modifier le code]

À partir du printemps 1970, le ministère du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche revoit ses façons de faire en matière de concessions de droits de chasse et de pêche. Il cesse d'abord d'émettre des nouveaux baux à des clubs privés. Avant de renouveler un bail, il tient compte de la localisation et l'utilisation effective du territoire. Ainsi, les territoires de clubs utilisés presque uniquement à des fins de villégiature voient leurs baux transformés en baux de villégiature. Quant aux baux de chasse et de pêche à des fins commerciales, le ministère en émet de nouveaux si la concession de ces derniers peut améliorer la situation faunique[11].

Ensuite, le ministère annule les baux des clubs ne respectant pas leurs obligations de protection de la faune. De cette manière, près de 600 clubs privés sont éliminés[Quand ?]. Cependant, aucune nouvel agent de protection de la faune n'est affecté à ces territoire lors de la libération des droits de chasse, ce qui résulte en une surexploitation la ressource faunique. Cette opération se poursuit dans les parcs et réserves de la province, pour assurer l'intégrité de ces territoires[12].

Le gouvernement tente également de créer des réserves de chasse et pêche dont la gestion est déléguée à une association de bénévole. Une telle association se voit donner les même pouvoir qu'à un pourvoyeur à condition de laisser le territoire libre d'accès. Six réserves sont créées de cette manière. Cependant, l'enthousiasme initial est vite freiné : une réserve (Saint-Maurice) est tombée sous la gestion du gouvernement, deux (Chute Saint-Philippe et Forestville) ne sont plus administrées que par une ou deux personnes, deux (Causapscal et Labrieville) sont devenues des quasi clubs privés et une dernière (Baie-Comeau―Hauterive) s'est retrouvée sans administration[13].

Opération « Accessibilité »[modifier | modifier le code]

Avec le temps, la pression populaire pour l’abolition des clubs privés s'est intensifiée pour culminer en 1969 et 1970 par des actes violents. C'est pour palier à cette pression que le gouvernement met en place l'Opération « Accessibilité » qui doit en trois phases mettre fin aux clubs privés. Seule la première a vu le jour, soit la création de réserves de chasse et pêche gérée cette fois-ci par le gouvernement. 100 clubs privés voient leur baux annulés et être remplacés par les réserves de Papineau-Labelle, Joliette, Mastigouche et Portneuf. Cette opération a été jugé comme étant un succès, l’accessibilité et la gestion de la faune. Cependant les coûts d'opérations ont été jugés élevé avec beaucoup de dépense qui n'avait rien à voir avec la gestion faunique (chalet, camping, location d'embarcations) et peu compatible avec l'activité d'un ministère[14].

Opération « Gestion faune »[modifier | modifier le code]

Postérité[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Quoiqu'un projet pilote avait été mis à l'essai en 1883.

Références[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Antoine Beaulieu-Claveau, Le crépuscule des clubs privés, une histoire de contestation : la prise de parole et l'impact des pressions manifestantes sur l'abolition des clubs privés de chasse et de pêche au Québec (1966-1980), Montréal, Université du Québec à Montréal, , 166 p. (lire en ligne). 
  • Roger Blackburn, « Il y a 40 ans, le déclubage », Le Quotidien (Saguenay),‎ (lire en ligne)
  • (en) Darin Kinsey, Fashioning a freshwater eden : elite anglers, fish culture, and state development of Québec's sport' fishery, Trois-Rivières, Université du Québec à Trois-Rivières, , 320 p. (lire en ligne). 
  • Ministère du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche, Les droits exclusifs de chasse et de pêche : Analyse de la situation et proposition de solution, (lire en ligne). 
  • Sylvain Gingras, Un siècle d'histoire : chasse et pêche au Québec, Saint-Raymond, Rapides blancs, , 351 p. (ISBN 9782980140815)
  • Henri Poupart, Le scandale des clubs privés de chasse et de pêche, Montréal, Éditions Parti pris, , 139 p. (ISBN 9780885120413)