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Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre, et finit par perdre les deux

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Portrait de Benjamin Franklin par Joseph Duplessis, 1778

« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre, et finit par perdre les deux » est une citation apocryphe attribuée à Benjamin Franklin, homme politique, scientifique et père fondateur des États-Unis[1].

Citation originale[modifier | modifier le code]

La citation originale est issue d'une lettre que Benjamin Franklin aurait contribué à écrire en 1755 au nom de l'Assemblée de Pennsylvanie, à l'attention du gouverneur de cette colonie américaine[1]'[2] :

« Those who would give up essential liberty, to purchase a little temporary safety, deserve neither liberty nor safety[3]. »

Qui peut se traduire par :

« Ceux qui peuvent renoncer à la liberté essentielle pour acheter un peu de sécurité temporaire, ne méritent ni la liberté ni la sécurité. »

Cette lettre est une charge contre la famille de William Penn (qui donne son nom à la Pennsylvanie), qui refusait que ses terres soient taxées pour financer la défense contre les Français et des Amérindiens pendant la guerre de la Conquête, théâtre nord-américain de la guerre de Sept Ans[4].

Postérité et interprétations[modifier | modifier le code]

La popularité de cette phrase s'explique en partie par son utilisation par le président américain Franklin Roosevelt dans son discours des Quatre libertés[5],[6] en janvier 1941, puis par le philosophe et économiste Friedrich Hayek en 1944 dans son manifeste intitulé La Route de la servitude, où il dénonce l'interventionnisme comme une forme de totalitarisme[1],[5].

De fait, la compréhension et l'utilisation contemporaines de cette citation sont erronées et approximatives, à plusieurs titres :

  • Si Benjamin Franklin a participé à la rédaction de la lettre qui contient cette phrase au nom de l'Assemblée de Pennsylvanie, rien n'atteste qu'il soit personnellement l'auteur de cet extrait en particulier[4],[1].
  • Sa traduction est approximative, l'exacte étant : « Ceux qui peuvent renoncer à la liberté essentielle pour acheter un peu de sécurité temporaire, ne méritent ni la liberté, ni la sécurité »[5]. Le mot « acheter » qui disparaît dans la formulation couramment diffusée a son importance, car il n'est pas utilisé dans un sens métaphorique, mais pour dénoncer la cupidité de ceux qui refusent de contribuer à une fonction régalienne pour privilégier leur « sécurité » financière temporaire[2].
  • Cette phrase est considérée comme énonçant un principe intemporel, alors qu'elle a été prononcée dans une situation d'urgence, lorsque les villes frontalières de la Pennsylvanie subissaient des attaques régulières[4]. Benjamin Franklin considérait alors la capacité d'une communauté à se défendre comme une liberté essentielle sur laquelle il était méprisable de transiger[4].
  • Son sens est mal compris, cette phrase est fréquemment utilisée pour dénoncer des lois jugées liberticides au service d'objectifs sécuritaires[7] alors que les auteurs défendaient au contraire le prélèvement d'un taxe pour financer une politique de défense[4].

Au début du XXIe siècle, cette citation est à nouveau très utilisée (à tort) pour dénoncer les technologies de surveillance de masse[8]'[9], et les mesures sanitaires caractérisées par des restrictions des libertés de circuler pendant la pandémie de Covid-19 en 2020[10]'[11]'[12].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d « "Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité..." : Benjamin Franklin a-t-il vraiment dit ça? », sur Les Inrockuptibles, (consulté le 9 septembre 2020)
  2. a et b Benjamin Wittes, « What Ben Franklin Really Said », sur lawfareblog.com,
  3. (en) Eugene Volokh, « Liberty, safety, and Benjamin Franklin », sur The Washington Post, (consulté le 17 octobre 2020)
  4. a b c d et e (en) « Ben Franklin's Famous 'Liberty, Safety' Quote Lost Its Context In 21st Century », sur NPR.org (consulté le 9 septembre 2020)
  5. a b et c « Etat d'urgence, liberté et sécurité : arrêtons de citer Benjamin Franklin », sur Télérama (consulté le 9 septembre 2020)
  6. (en) Franklin D. Roosevelt, 1941 State of the Union Adress “The Four Freedoms” (6 janvier 1941), alinéa 18, sur voicesofdemocracy.umd.edu (consulté le 17 octobre 2020)
  7. (en-US) Benjamin Wittes, « Would Ben Franklin Trade Liberty for Wiretapping? », sur Brookings, (consulté le 9 septembre 2020)
  8. Nathalie Devillier, « Juste un mot », Journal international de bioéthique et d'éthique des sciences,‎ , p. 1 (lire en ligne)
  9. « Google nous flique ! », Le Temps,‎ (ISSN 1423-3967, lire en ligne, consulté le 9 septembre 2020)
  10. « Le coronavirus a-t-il aussi contaminé notre État de droit ? », sur Contrepoints, (consulté le 9 septembre 2020)
  11. « États d’urgence : quand l’exception devient toujours la règle… », sur Contrepoints, (consulté le 9 septembre 2020)
  12. « Le confinement d'Eric Dupond-Moretti : "Est-ce qu'on va redécouvrir ce qu'est la liberté ?" », sur Europe 1 (consulté le 9 septembre 2020)