Te souviens-tu ?

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Chanson de Pierre-Jean de Béranger sur un air de Joseph-Denis Doche attribué ici à Émile Debraux

Te souviens-tu ? est une des plus fameuses chansons du goguettier Émile Debraux, chantée sur un air de Joseph-Denis Doche. Datant de 1817, elle contribua à la célébrité de son auteur.

Elle évoque de façon poignante les souvenirs d'un ancien officier de la Grande Armée qui rencontre un vétéran, simple soldat qui mendie son pain et qui jadis lui a sauvé la vie au combat.

L'allusion à la mendicité fait aussi référence ici à ce que les anciens grognards obtinrent après la fin du Premier Empire l'autorisation de mendier si besoin est pour subvenir à leurs besoins, la mendicité étant sinon à l'époque un délit réprimé.

Cette chanson est parfois citée sous le nom de T'en souviens-tu ? ou Souvenir d'un vieux militaire[1].

Émile Debraux a parodié Te souviens-tu ? avec une autre chanson : Laripopée. Loin de réserver cette chanson humoristique à quelques proches choisis, il l'a publié dans un gros recueil de ses chansons juste après la chanson caricaturée[2].

Pierre-Jean de Béranger a repris l'air de Te souviens-tu ? pour la chanson qu'il a écrite en hommage posthume à Debraux. Elle s'intitule : Émile Debraux. Chanson-prospectus pour les œuvres de ce chansonnier.[3]

Traductions et adaptations en Belgique[modifier | modifier le code]

À partir de cette chanson, l'air de Joseph-Denis Doche est repris et encore utilisé aujourd'hui pour deux chansons wallonnes très connues en Wallonie dialectale :

L'air est également repris, à partir de Lolote, par les étudiants belges pour des chansons paillardes : Le fusil, L'ancien étudiant et le chant des étudiants de la Faculté des Sciences Agronomiques de Gembloux[4].

Paroles[modifier | modifier le code]

1

Te souviens-tu, disait un capitaine
Au vétéran qui mendiait son pain,
Te souviens-tu qu'autrefois dans la plaine,
Tu détournas un sabre de mon sein ?
Sous les drapeaux d'une mère chérie,
Tous deux jadis nous avons combattu ;
Je m'en souviens, car je te dois la vie :
Mais, toi, soldat, dis-moi, t'en souviens-tu ?


2

Te souviens-tu de ces jours trop rapides,
Où le Français acquit tant de renom !
Te souviens-tu que sur les pyramides,
Chacun de nous osa graver son nom ?
Malgré les vents, malgré la terre et l'onde,
On vit flotter, après l'avoir vaincu,
Nos étendard sur le berceau du monde :
Dis-moi, soldat, dis-moi, t'en souviens-tu ?


3

Te souviens-tu que les preux d'Italie
Ont vainement combattu contre nous ?
Te souviens-tu que les preux d'Ibérie
Devant nos chefs ont plié les genoux ?
Te souviens-tu qu'aux champs de l'Allemagne
Nos bataillons, arrivant impromptu,
En quatre jours ont fait une campagne :
Dis-moi, soldat, dis-moi, t'en souviens-tu ?


4

Te souviens-tu de ces plaines glacées
Que les Français, abordaient en vainqueur,
Et sur leurs fronts les neiges amassées
Glacer leurs corps sans refroidir leurs cœurs ?
Souvent alors, au milieu des alarmes,
Nos pleurs coulaient, mais notre œil abattu
Brillait encore lorsqu'on volait aux armes
Dis-moi, soldat, dis-moi, t'en souviens-tu?


5

Te souviens- tu qu'un jour notre patrie
Vivante encore descendit au cercueil,
Et que l'on vit, dans Lutèce flétrie,
Les étrangers marcher avec orgueil ?
Garde en ton cœur ce jour pour le maudire,
Garde en ton cœur ces voix qui se sont tues,
Qu'un chef jamais n'ait besoin de te dire :
Dis-moi, soldat, dis-moi, t'en souviens-tu ?


6

Te souviens-tu ?... Mais ici ma voix tremble,
Car je n'ai plus de noble souvenir ;
Bientôt, l'ami, nous pleurerons ensemble,
En attendant un meilleur avenir.
Mais si la mort, planant sur nos chaumière,
Me rappelait le repos qui m'est dû,
Tu fermeras doucement ma paupière,
En me disant Soldat, t'en souviens-tu ?

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Elle a été copiée dans le livre de Henri Avenel Chansons et chansonniers publié en 1890, pages 97-99.
  2. Paul Émile Debraux Chansons nationales, nouvelles et autres,, 4e édition, Paris 1826, pages 142-144.
  3. Paul Jarry, Les Chansons de nos grand'mères, Bulletin de la Société archéologique, historique et artistique Le Vieux Papier, tome XII, p. 5, 1913.
  4. Voir le texte de ces chansons sur le site de chansons paillardes de la Chorale de l'Université libre de Bruxelles - ULB.

Source[modifier | modifier le code]

  • Henri Avenel Chansons et chansonniers, C. Marpon et E. Flammarion éditeurs Paris 1890, pages 97-99.