Grotte des pigeons

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Grotte de Taforalt
Localisation
Pays Drapeau du Maroc Maroc
Coordonnées 34° 48′ 38″ nord, 2° 24′ 30″ ouest

Géolocalisation sur la carte : Maroc

(Voir situation sur carte : Maroc)
Grotte de Taforalt
Grotte de Taforalt

La grotte des pigeons ou la grotte de Taforalt est un site archéologique situé au Maroc près du village de Tafoughalt. Elle a été signalée pour la première fois en 1908, mais elle n'a connu des fouilles importantes qu'à une époque plus tardive : par Armand Ruhlmann (1944–1947), ensuite par l'abbé Jean Roche (1950–1955, 1969–1977, en 1980 en collaboration avec Jean-Paul Raynal) et enfin depuis 2003 par Abdeljalil Bouzouggar (Institut National des Sciences de l'Archéologie et du Patrimoine, Rabat-Maroc) et Nick Barton (Oxford University, UK).

Les fouilles n'ont pas révélé de présence néolithique. Si la grotte fut occupée au néolithique, les restes de cette habitation auraient été enlevés par l'armée française au début des années 1940 pour faire place à de l'artillerie. Seules les occupations paléolithiques ont été reportées aussi bien par les anciens travaux[1] que les nouvelles recherches[2].

Paléolithique moyen[modifier | modifier le code]

D'après les fouilles de l'abbé Jean Roche[3], l'Atérien est précédé par le Moustérien. Mais peu d'indications sont disponibles sur leur date (environ 30 000 ans B.P.) et sur leur localisation dans le gisement.

Les nouvelles fouilles ont plus mis l'accent sur la précision du cadre stratigraphique, chronologique et paléoenvironnemental. Compte tenu de la complexité de la stratigraphie du remplissage, la cavité a été subdivisée dans un premier lieu en plusieurs secteurs puis dans un second lieu une interprétation de l'ensemble du site a été proposée[4]. Le Paléolithique moyen est principalement identifié dans les secteurs 1 et 2. La plus importante caractéristique de cette période correspond à plusieurs niveaux atériens dont la base date au moins de 82 500 ans B.P. et le sommet de la séquence est encore difficile à interpréter malgré l'obtention de plusieurs dates, car les objets archéologiques trouvés dans des niveaux sûrs, présentent des caractères à la fois du Paléolithique moyen et du Paléolithique supérieur.

D'après les auteurs des nouvelles recherches dans la grotte des Pigeons à Taforalt, elle a révélé le plus ancien niveau atérien au Maroc contenant des objets de parure (Nassarius gibbosulus) ocrés considérés comme parmi les plus anciens au monde et qui ont été datés par quatre méthodes différentes qui ont fourni un âge de 82 500 ans[4].

Paléolithique supérieur[modifier | modifier le code]

D'après l'abbé Jean Roche, le Paléolithique supérieur représenté dans la grotte par l'Ibéromaurusien date de 21 900 ans B.P., ce qui fait de ce site, avec le gisement de Tamar Hat en Algérie[5], le plus ancien témoin du Paléolithique supérieur en Afrique du Nord, qui a perduré jusqu'à environ 10 800 ans B.P.

La grotte des Pigeons a également fonctionné au cours d'une période du Paléolithique supérieur, comme une nécropole. Les fouilles de l'abbé Jean Roche ont mis au jour plus de 180 squelettes[6] qui ont été étudiés en détail par Denise Ferembach[7]. Dans le niveau de la nécropole a été également exhumé un squelette dont le crâne présente les traces d'une trépanation considérée comme la plus ancienne au monde. Les radiographies[8] ont démontré la présence d'un processus de cicatrisation ce qui impliquerait que l'individu a survécu à cette opération.

Si les phases récentes du Paléolithique supérieur dans la grotte sont claires et ne diffèrent guère de ce qui a été décrit par l'abbé Jean Roche[6], les phases anciennes sont très difficiles à interpréter et correspondraient à l'un des plus anciens faciès de l'Ibéromaurusien en Afrique du Nord[9].

L'identification des charbons de bois (anthracologie), montre la présence du cèdre à la base de l'Ibéromaurusien et au sommet de la séquence dans cette grotte[10].

Plusieurs questions concernant le Moustérien, sa relation avec l'Atérien et la fin de celui-ci restent encore sans réponse. Seules les recherches qui se poursuivent dans la grotte peuvent fournir de nouveaux éléments.

Génétique[modifier | modifier le code]

Une étude génétique de Kéfi et al. en 2005, ayant analysé l'ADN mitochondrial (lignée maternelle) extrait de 23 squelettes de Tafoghalt a permis d'écarter une origine sub-soudanaise des Ibéromaurusiens et a montré une origine eurasienne de la population de Tafoghalt, impliquant une continuité génétique d'Homo sapiens en Afrique du Nord[11]. Par la suite, une autre étude de Kéfi et al. en 2016 a mis à jour les résultats de la précédente analyse de 2005 portant sur 38 squelettes des sites de Tafoghalt et d'Afalou en Algérie et a confirmé ces résultats[12],[13].

En 2018, une étude génétique[14],[15] réalisée en collaboration avec des chercheurs de l’Université Mohammed Ier (Oujda), de l’Université d'Oxford, du Musée d'histoire naturelle de Londres et de l’Institut Max-Planck d'anthropologie évolutionniste à Leipzig (Allemagne) a analysé l'ADN extrait de plusieurs squelettes de Tafoghalt datant d'environ 15 000 ans. Les résultats suivants ont été obtenus concernant les haplogroupes des lignées maternelles (ADN mt) et paternelles (Y-ADN) :

Exemplaire ADN mt Y-ADN
TAF009 U6a6b E1b1b1a1b1
TAF010 U6a7b E1b1b1a1
TAF011 U6a7 E1b1b1a1
TAF012 U6a7 N/A
TAF013 U6a7b E1b1b1a1
TAF014 M1b E1b1b1a1
TAF015 U6a1b E1b1b

L'haplogroupe maternel U6, peu fréquent aujourd'hui, se retrouve surtout en Afrique du Nord (notamment 28% chez les Mozabites, 9% au Maroc, 5-6% en Algérie et en Tunisie) et aux Îles Canaries (16%) alors que l'haplogroupe paternel E1b1b1a (E-M78) se retrouve principalement en Afrique du Nord et de l'Est. Il faut noter que les Maghrébins modernes appartiennent toutefois très majoritairement à l'haplogroupe E-M183 (environ 60% en moyenne) et plus rarement à E-M78 (0-10%)

Les scientifiques ont également analysé l'adn autosomal (tous les chromosomes et pas seulement les lignées paternelles et maternelles) et trouvé que la composante génétique la plus importante (2/3) était similaire à celle des Natoufiens du Levant avec une composante subsaharienne (1/3) similaire aux Africains de l'ouest et de l'est. Cette contribution subsaharienne est plus importante que chez les Africains du Nord actuels. Les Ibéromaurusiens et les Natoufiens auraient hérité leur ADN commun d'une population qui aurait vécu en Afrique du Nord ou au Proche-Orient il y a plus de 15 000 ans.

Selon les auteurs, une connexion génétique entre l'Afrique du Nord et le Proche-Orient existait déjà au moins 4000 ans avant le Néolithique. L'Afrique du Nord et le Proche-Orient formaient alors une seule région sans vraiment de barrière génétique. Par contre les auteurs ont rejeté le fait qu'il y ait eu des flux de gènes au cours de l'Épigravettien en provenance d'Europe du Sud vers l'Afrique du Nord.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Roche 1953, 1963, 1967, 1969, 1976
  2. Bouzouggar et al., 2005 ; Bouzouggar et Barton, 2006 ; Barton et al., 2007 ; Bouzouggar et al., 2007
  3. Roche, 1953, 1967 et 1969
  4. a et b Bouzouggar et al., 2007
  5. Saxon et al., 1974
  6. a et b Roche, 1963
  7. Ferembach et al., 1963
  8. Ferembach, 1962
  9. Barton et al., 2007
  10. Ward, 2007
  11. R. Kéfi, A. Stevanovitch, E. Bouzaid, E. Béraud-Colomb, « Diversité mitochondriale de la population de Taforalt (12.000 ans bp - Maroc): une approche génétique à l'étude du peuplement de l'Afrique du Nord », Anthropologie, Volume 43/1, 2005, pp. 1-11 (résumé)
  12. R.N.E. Barton, A. Bouzouggar, J.T. Hogue, S. Lee, S.N. Collcutt, P. Ditchfield, Origins of the Iberomaurusian in NW Africa: New AMS radiocarbon dating of the Middle and Later Stone Age deposits at Taforalt Cave, Morocco, Journal of Human Evolution, Available online 24 July 2013, ISSN 0047-2484, https://dx.doi.org/10.1016/j.jhevol.2013.06.003.
  13. (en) « On the origin of Iberomaurusians: new data based on ancient mitochondrial DNA and phylogenetic analysis of Afalou and Taforalt populations », ISABS (consulté le 17 janvier 2016)
  14. Scientists discover genomic ancestry of Stone Age North Africans from Morocco, Science Daily, 15 mars 2016
  15. Génomes Ibéromaurusiens du Maroc, blog de Bernard Sécher, 16 mars 2018

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Barton, R.N.E., Bouzouggar, A., Bronk-Ramsey, C., Collcutt, S.N., Higham, T.F.G., Humphrey, L.T., Parfitt, S., Rhodes, E.J., Schwenninger, J.L., Stringer, C.B., Turner, E. and Ward, S. (2007). Abrupt climatic change and chronology of the Upper Palaeolithic in northern and eastern Morocco. In Bar-Yosef, O., Mellars, P., Stringer, C., & Boyle, K (eds). Rethinking the Human Revolution: New Behavioural & Biological Perspectives on the Origins and Dispersal of Modern Humans. Research Monographs of the Macdonald Institute, Cambridge, pp. 177-186.
  • Belcastro M-G, S. Condemi & V. Mariotti, 2010. "Funerary practices of the Iberomaurusian population of Taforalt (Tafoughalt; Morocco, 11-12,000 BP): the case of grave XII." Journal of Human Evolution, 58/6, 522-532
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  • Roche, J. (1967). L'Aterian de la grotte de Taforalt (Maroc oriental). Bulletin d’Archéologie Marocaine 7: 11-56.
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Liens externes[modifier | modifier le code]