Scandale Ejima-Ikushima

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Le scandale Ejima-Ikushima (江島生島事件, Ejima Ikushima jiken?) fut, en 1714, le plus grave scandale de l'Ōoku, le sérail du shogunat Tokugawa, pendant l'époque d'Edo de l'histoire du Japon.

Point de départ[modifier | modifier le code]

Le douzième jour du premier mois de la quatrième année de l'ère Shōtoku (le 26 février 1714, selon notre calendrier), Ejima, une noble dame de l'Ōoku, se rendit sur la tombe du shogun défunt Tokugawa Ienobu, au nom de sa supérieure, Gekkō-in, qui avait été dame d'honneur du défunt shogun et était la mère du shogun en place, Tokugawa Ietsugu. Avant de retourner au château, elle accepta une invitation d'assister à un spectacle de kabuki où jouait un acteur alors très populaire, Ikushima Shingorō. Après ce spectacle, elle invita à son tour l'acteur et quelques autres à une réception dans une maison de thé.

La réception se termina fort tard et Ejima ne put rentrer avant la fermeture des portes de l'Ōoku. Pendant qu'elle essayait d'entrer, allant d'une porte à une autre, la situation parvint à la connaissance des officiels du palais et Ejima devint l'enjeu d'une lutte d'influence entre sa supérieure, Gekkō-in, et la rivale de celle-ci, Ten'ei-in, la femme du défunt Ienobu. Les deux rivales furent elles-mêmes alors impliquées dans une lutte de pouvoir plus importante, entre deux factions.

Luttes de pouvoirs et conclusion[modifier | modifier le code]

L'une des factions rivales était conduite par Arai Hakuseki et Manabe Akifusa, les deux plus proches conseillers des shogun Ienobu et Ietsugu. L'autre faction était menée par des fudai daimyos et par des membres du Conseil des Anciens.

Ten'ei-in profita de l'occasion pour lancer une enquête sur l'Ōoku. De nombreuses infractions furent découvertes, qui impliquèrent 1 300 personnes, qui furent sanctionnées.

Ejima elle-même fut condamnée à mort, pour être finalement graciée et emprisonnée dans le fief des Takatō. Son frère fut condamné à faire seppuku. Ikushima, lui, fut banni sur l'île de Miyakejima.

À la suite du scandale, les théâtres de kabuki furent déplacés pour être réinstallés plus loin du château. Le Yamamura-za, le grand théâtre de kabuki auquel appartenait Ikushima, fut démantelé.

À l'intérieur de l'Ōoku, Ten'ei-in sortit victorieuse de la lutte. L'année suivante, à la mort de Ietsugu, elle prit parti pour Tokugawa Yoshimune, qui devint de fait le nouveau shogun.

Au delà de la Cour et du monde du kabuki, l'affaire eut également un grave retentissement sur l'ukiyo-e, qui perdit à cette occasion un de ses représentants majeurs : parmi les personnes impliquées et sanctionnées se trouvait en effet Okazawa Genshichi, envoyé en exil à Oshima. Or, Okazawa Genshichi était en fait le nom véritable de Kaigetsudo Ando, dont la carrière s'arrêta à cette date, même si des œuvres très postérieures laissent penser qu'il finit par revenir bien des années plus tard[1].

Le scandale Ejima-Ikushima dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Le scandale Ejima-Ikushima a été mis en scène dans des drames du kabuki et a fait l'objet de chants nagauta, la musique japonaise traditionnelle qui accompagne les représentations de kabuki. De nombreux films et mises en scène télévisées ont décrit l'évènement. Le film de 2006, Oh! Oku, met en scène Yukie Nakama dans le rôle d'Ejima et Hidetoshi Nishijima dans le rôle d'Ikushima Shingorō. Une série télévisuelle de 1971 montrait Ineko Arima dans le rôle d'Ejima, et l'acteur de kabuki Takao Kataoka (aujourd'hui Kataoka Nizaemon XV) dans celui d'Ikushima.

Sources d'information[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Richard Lane, L'Estampe japonaise, 1962, page 65

Sources initiales[modifier | modifier le code]

  • 新井政義(編集者)『日本史事典』。東京:旺文社1987(p. 50)
  • 竹内理三(編)『日本史小辞典』。東京:角川書店1985(p. 314)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Richard Lane, L'Estampe japonaise, Éditions Aimery Somogy, Paris, 1962

Articles connexes[modifier | modifier le code]