Prudence Nobantu Mabele

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Prudence Nobantu Mabele
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Biographie
Naissance
Décès
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Nationalité
Activité

Prudence Nobantu Mabele ( - ) était une activiste sud-africaine qui plaidait pour les droits des femmes et des enfants vivant avec le VIH, engagée dans la lutte contre la violence sexiste.

Débuts et parcours[modifier | modifier le code]

Prudence Nobantu Mabele est née le 21 juillet 1971 dans le township de Wattville, près de Benoni, à l'est de Johannesburg en Afrique du Sud. Elle est élevée par sa grand-mère Nosifako Elizabeth Mabele et son grand-père July Mabele, alors que sa mère est en exil et son père engagé militairement dans le mouvement de lutte contre l'apartheid Umkhonto we Sizwe. L'aînée de quatre sœurs, Prudence quitte Wattville pour Pietermaritzburg pour suivre un enseignement secondaire. Elle poursuit son cursus à l'Institut de Technologie de Witwatersrand, puis à celui de Cape Town en 1990, quand elle est diagnostiquée séropositive. Malgré ce diagnostic et les épreuves conséquentes qu'elle doit traverser, Prudence réussit à obtenir son diplôme en Ingénierie Électrique en 1994. Elle obtient également un diplôme en Psychologie à l'Intec College en 1996, un diplôme en Management à la Wits Business School et un certificat en “Femmes & Management”, “Leadership VIH et SIDA” et “Suivi et Évaluation des Programmes en Santé Sexuelle et Reproductive".

Mabele complète sa formation de sangoma (médecin traditionnel) en 2004.

Participation aux organisations de lutte contre le VIH-SIDA[modifier | modifier le code]

À sa mort, Mabele est Présidente de la Society for Women and AIDS in Africa, Directrice du réseau Positive Women - une organisation qu'elle a fondée, et Vice-Présidente du Civil Society Forum - South African National AIDS Council.

Mabele était aussi co-fondatrice du sommet WomenNOW! sur la Santé Sexuelle et Reproductive et Justice pour les Femmes Pan-Africaines et de la Diaspora Africaine.

Prudence Nobantu Mabele a été leader de différentes organisations, et a notamment été membre fondateur de la Campagne Action Traitement (Treatment Action Campaign - TAC), et de l'Association Nationale des Personnes vivant avec le VIH et le SIDA en 1994. Elle a aussi été membre fondateur et membre du Comité exécutif du Consortium Sida.

Engagement dans la lutte contre le VIH-SIDA[modifier | modifier le code]

Mabele a été diagnostiquée séropositive en 1990. Elle raconte qu'alors qu'elle cherchait des personnes à qui parler de son anxiété, elle n'a trouvé que des services d'hôpitaux pleins de bébés mourants. C'est à ce moment-là qu'elle se rend compte du besoin de créer un groupe spécifique pour les femmes.

En 1992, poussée par le besoin d'agir contre le silence et la stigmatisation liés au VIH, Mabele devient la première femme noire en Afrique du Sud à faire part publiquement de son statut VIH. À cette période, deux ans avant les premières élections démocratiques, le VIH était uniquement associé aux hommes blancs et gays. Alors étudiante en Technologie Médicale, elle est obligée de changer de parcours et démarre des études en Ingénierie Électrique, à cause de risques potentiels pour les futurs patients avec qui elle aurait eu à travailler. Cette décision la prépare déjà à une vie professionnelle mouvementée. Tout au long de sa carrière, elle évolue courageusement en tant que jeune femme vivant avec le VIH, et encourage des politiques et des programmes en faveur des femmes en général. En 1996, Mabele contribue par exemple à introduire le préservatif féminin en Afrique du Sud grâce à son travail avec l'Université de Yale et le Ministère de la Santé d'Afrique du Sud.

Mabele s'est confrontée aux préjugés liés à sa condition, tant auprès de sa communauté que des professionnels de la santé, et a su s'adapter positivement à sa situation. En Afrique du Sud et ailleurs, elle a contribué à valoriser la participation des personnes vivant avec le VIH, à prendre en compte leur expérience et expertise. Elle a été un acteur clé au niveau global, en mettant en lumière la gravité des problèmes rencontrés par les filles et jeunes femmes du continent, dans le contexte de la pandémie VIH-SIDA.

En 1993, elle est conseillère volontaire auprès de mères séropositives à l'Hôpital d'Enfants de la Croix Rouge. Elle fonde le Réseau Femmes Positives en 1996 en s'inspirant de cette expérience, pour répondre aux besoins sociaux et médicaux des femmes diagnostiquées séropositives[1]. C'est avec cinq autres femmes que Mabele fonde ce réseau pour "proposer un espace aux femmes séropositives, pour aborder nos besoins économiques, éducatifs et médicaux, et faire entendre notre voix et nos demandes pour plus de services, de droits et de respect."[2]

En tant que leader, porte-parole et avocate des personnes vivant avec le VIH, Mabele porte la torche olympique à Cape Town dans le cadre du relai international de la torche, pour les Jeux Olympiques de 2004 en Grèce.

Militante des droits des femmes[modifier | modifier le code]

Mabele s'est battue pour mettre fin aux violences faites aux femmes, et était membre de la campagne One in Nine. Cette initiative est née en réponse au procès pour viol de Jacob Zuma, à l'époque vice-président du pays. One in Nine fait référence au fait que seulement une femme sur neuf porte plainte en Afrique du Sud. Cette statistique est emblématique de l'inaccessibilité et de la défiance vis-à-vis de la police et du système judiciaire en Afrique du Sud. Mabele elle-même disait : « Je crois que la qualité du leadership des femmes est plus important encore que le nombre de femmes dans le leadership ». Elle était l'un des membres fondateurs du mouvement Bring Back Our Girls d'Afrique du Sud.

Mabele est aussi apparue dans un film nommé Sunshine Boutique.

Travail et reconnaissance internationale[modifier | modifier le code]

Pendant vingt ans, Prudence Mabele a joué un rôle de leader et de pionnière dans le combat contre le VIH-SIDA et a été reconnue internationalement, nationalement et régionalement pour sa contribution.Mabele commence à évoluer au niveau international à la Conférence des Femmes à Beijing en 1995. À cette date, elle est une jeune femme inconnue en provenance du continent africain, qui conseille tout le monde, y compris les puissants, sur le besoin de trouver des solutions en partant des personnes affectées par l'épidémie.

Au niveau régional et international, elle a travaillé dès 1997 dans différents pays en tant que membre d'un programme du Commonwealth nommé Jeunes  Ambassadeurs d'Espoir, dont l'objectif était d'augmenter la visibilité du VIH parmi les jeunes. Cette expérience lui ouvre des portes, et lui permet de travailler pour le Programme de Développement des Nations Unies (PNUD) en tant que consultante pour l'inclusion des personnes vivant avec le VIH-SIDA. Elle travaille à mieux faire accepter les personnes séropositives dans le monde du travail. Elle travaille aussi avec UNAIDS, le Programme de Développement des Nations Unies, l'UNFPA, la Banque Mondiale, l'Union Africaine, et les gouvernements du Vénézuela, Botswana, Nigéria et États-Unis. Elle a aussi soutenu le travail de nombreuses organisations internationales comme Oxfam, Voluntary Services Overseas, la Fondation Européenne pour les Droits de l'Homme, Amnesty International, le Centre for Development and Population Activities, le Population Council and the International Gay and Lesbian Human Rights Commission et la Society of Women and AIDS in Africa. Une des principales forces de Mabele a été son aptitude à maintenir des liens au niveau local, national, régional et international et de rendre ces différents espaces perméables à son message d'espoir et de résilience.

Lors du Forum social mondial au Brésil, en 2005, Prudence Mabele a donné une présentation sur la défense des connaissances des femmes contre l'accord de libre-échange. Cette information a été partagée avec des femmes indigènes latino-américaines, et a inclus des discussions sur la médecine traditionnelle – et comment cette sagesse séculaire a souvent été volée par des entreprises pharmaceutiques trans-nationale – sans aucune forme de compensation.

Le Fonds pour les Femmes Africaines pour le Développement lui a rendu hommage en 2010 en lui remettant le prix Woman of Substance, pour sa mobilisation,sa vision et son engagement en faveur des femmes avec le VIH et le SIDA, et pour l'espoir qu'elle représente pour les femmes.

En 2010, la Prudence était sur la page de couverture de l'un des Rapports sur les Perspectives de l'ONU-SIDA. La citation qui l'accompagnait était la suivante : « L'une des plus grandes satisfactions que je reçois de mon travail est de voir une femme avancer dans la connaissance d'elle-même, en acceptant son statut VIH, en apprenant à rester en bonne santé et, finalement, en devenant chef de file et agent de changement ».

Position sur la médecine traditionnelle et occidentale[modifier | modifier le code]

Mabele avait suivi une formation de sangoma et a pris des antirétroviraux ou ARV dès qu'ils sont devenus disponibles via le système de santé publique en Afrique du Sud. Elle a soutenu l'utilisation des ARV parce qu'elle avait était un témoin proche de la destruction causée par le SIDA. Mabele a suivi sa vocation de guérisseuse traditionnelle plusieurs années après le début des ARV, et près d'une décennie après la découverte de sa séropositivité.

Mabele a de ce fait été la cible d'une mobilisation contre ses points de vue en 2004. Plus de 500 guérisseurs traditionnels se sont rassemblés pour défiler et remettre une pétition contre la treatment Action Campaign (TAC), au motif que la TAC promouvait uniquement les ARV et non la médecine traditionnelle.

Sa mort[modifier | modifier le code]

Prudence Mabele est morte d'une pneumonie le 10 juillet 2017.

Récompenses[modifier | modifier le code]

Source: voir les Références.[3]

Mabele a reçu de nombreux prix au fil des ans en raison de son inlassable travail sur la santé et les droits de l'homme :

  • La Diva de l'Afrique et de l'Icône de Récompenses pour la Communauté et l'Engagement Social
  • Femmes de Courage Award | SOS Villages d'Enfants
  • Les Premiers ministres de la province de Gauteng women's Award | Gouvernement Provincial de la province de Gauteng
  • Reconnaissance pour leur Implication dans le VIH/SIDA de l'Activisme | Magazine Out
  • Felipa Prix | International Gay and Lesbian Human Rights Commission
  • En milieu de travail de Reconnaissance | d'ESKOM
  • L'Excellence dans l'écriture | La lutte contre le SIDA et les Projets de Prévention (AIDSCAP)
  • Finaliste | Femme de l'Année | 1998

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Ina Skosana, « Remembering Prudence Mabele: The sangoma who lived for science », sur Bhekisisa (consulté le 14 juillet 2017)
  2. (en-US) « Prudence Nobantu Mabele - African Feminist Forum », African Feminist Forum,‎ (lire en ligne)
  3. « Prudence Mabele | Who's Who SA », sur whoswho.co.za (consulté le 14 juillet 2017)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Son histoire, sa voix : vidéos de Mabele