Myriam Antaki

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Myriam Antaki est une écrivaine d'origine syrienne, née à Damas. Elle a grandi dans une famille parfaitement bilingue et a fait des études d'économie et de psychologie. Elle est membre du Pen Club de France, membre correspondant de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon et membre du Comité d'Honneur de l'Alliance Francophone.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Verses of forgiveness (traduction en anglais par Marjolijn de Jager), Other Press, 2002, Prix Hemingway
  • Souviens-toi de Palmyre, Grasset, 2003
  • L'Euphrate, Geuthner, 2007
  • La Rue de l'Ange, Erick Bonnier, 2015
  • Julia fille du Soleil impératrice de Rome, Erick Bonnier, 2019

Distinctions[modifier | modifier le code]

  • Officier des Arts et des Lettres et Chevalier de la Légion d'Honneur

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

La Bien-aimée de Myriame antaki : Réécrire de l'Histoire à travers l’œil littéraire[modifier | modifier le code]

  Nous entendons par le terme Histoire le fait d’écrire un passé révolu, qu’il s’agit des faits heureux ou malheureux, et les rapporter est ce qui compte pour les Historiens/ Historiennes. Tandis que l’écriture de l’Histoire est un faire historique nourri  de  fiction d’un romancier  ou d’une romancière. L’un des objectifs  de cette réécriture semble réunir deux temps (le passé et le présent) par combler  une longue  période  de séparation temporelle, en vue d’en faire une approche  nouvelle  adaptée aux visions et orientations de l’écrivain. Sans déformer, à coup sûr, les faits historiques

1-      Présentation de l’écrivaine :[modifier | modifier le code]

  Les écrivains syriens d’expression  française ne sont pas légion ; Myriam Antaki en est une. Née à Damas, elle grandit dans une famille parfaitement bilingue et fait des études d’Economie et de Psychologie, mais se découvre, très jeune, un désir d’écrire. Elle se sent, surtout, liée à l’Histoire de son pays, pétri de composantes différentes qui surgissent tout au long de son œuvre dans une quête d’harmonisation.  Son  parcours littéraire est intrinsèquement lié à l'Histoire, et surtout aux âges d’or  de la  Syrie dans ses diversités de cultures et de religions.  Attachée à la paix et au dialogue, elle clame la modération et l'espérance. Cette carrière littéraire commence par un roman, « La Bien-aimée », paru en 1985 aux éditions Orban, et qui obtient le prix de « L’Amitié Franco-Arabe ». Episode historique où s’exprime, aux confluents de deux civilisations, le dialogue des cultures et des religions. Ses romans ont été traduits dans plusieurs langues.

Parmi ses œuvres :

1-      Les Caravanes du soleil (Gallimard, 1991).

2-      Les Versets du pardon (Actes sud, 1999).

3-      Souviens-toi de Palmyre  (Grasset, 2003).

4-      La rue de l’Ange, (Erick Bonnier Eds, 2015).

2-      Résumé du roman :[modifier | modifier le code]

  L’histoire se déroule à Alep, la ville millénaire au Xe siècle. La romancière nous entraîne dans l’âge d’or de cette ville. Sayef Al-dawla est  un prince guerrier hors du commun, et  le fondateur de la principauté  d’Alep au nord de la Syrie. Il est célèbre de se battre avec les Byzantins aux frontières arabes et les batailles entre eux étaient par intermittence.  Lors d’une de ses batailles, il capte des prisonniers de guerre  parmi eux  une jeune  fille dont   il sera captif. Lui,  le prince musulman et elle, Yasmina / Irène  une princesse chrétienne de Byzance. Entre eux, un amour exceptionnel naît, grandit et devient une passion partagée. Pour  répondre à  l’appel du  devoir et du désert, Sayef  part guerroyer, Yasmine l’attend dans le somptueux palais d’Alep, anxieuse, tout en sachant que tout  bonheur est éphémère.

3-      Avoir recours au passé  pour construire  son roman :[modifier | modifier le code]

- Redécouvrir  le monde  par l’œil  de la femme:[modifier | modifier le code]

  Myariam Antaki  se documente du passé- qui n’est plus que des souvenirs- pour reconstruire des faits réels. Elle travaille avec les mots tout en imprégnant son écriture  par  des traits purement féminins. Là, on parle  de la sensibilité féminine  et de  sa perception du monde  ayant poussé l’autrice à fouiller  dans le  passé d’un prince renommé d’être un cavalier têtu, un combattant redoutable, afin de montrer son visage caché dans l’obscurité de l’oubli. Cette sensibilité féminine se traduit dans  une  réécriture de l’Histoire  de ce prince en se focalisant sur sa vie  privée, loin  des guerres, de  la politique et  des actions d’éclats. Pour ce faire, l’écrivaine  a effectué un voyage dans le passé pour habiter  avec  son  héros. Néanmoins, elle  reste fidèle aux règles de la narration, mais  sans  pour autant enfermer ses idées dans une pratique de l’Histoire. La  romancière  est partie d’un aspect d’un passé oublié  ou, peut-être négligé,  à un  présent modulé  à son gré. Le « donné » c’est ce que le passé  peut  abriter pour nourrir l’imagination, celle-ci constitue le « crée ». Celui-ci le génie de l’autrice par lequel elle s’efforce de manier les faits  de  la façon la plus adéquate  possible afin  de peindre  un  nouvel aspect de l’Histoire : « En histoire, tout commence avec le geste de mettre à part, de rassembler, de muer ainsi en “documents” certains objets répartis autrement »[1].   L’écrivaine s’érige  en narratrice et en héroïne du roman en ayant recours à  l’adjectif  de possession ma, qui sous-entends le premier pronom du  singulier. Ainsi, la romancière crée une  perspective  narrative étant née d’une  domination du passé réorientant l’Histoire dans le présent.  Par conséquent, les événements se déroulant sont  relatés  par l’œil transparent d’une femme : « Princesse byzantine, ma naissance fut le théâtre de délicats empressements »[2]. Cette vision féminine  s’attendrit devant les douceurs et  souffre le martyre devant  les grands événements, comme quand Abou Firas[3] est  tombé  sous  le joug des Byzantins. Etant bien documentée et s’armant d’une connaissance profonde du luxe féminin, l’autrice  a mobilisé  tout ce dont la beauté a besoin (description, plaisir, art et soin particulier du portrait de la femme) afin que  cette princesse byzantine  soit digne d’un homme comme Sayf Al-dawla. La romancière a cherché  dans tant de documents  pour  pouvoir redonner vie à ce prince ainsi qu’à son époque.  De ce fait, Soudain nous nous trouvons en Irak, nous rentrons dans la vielle ville de Bagdad, ses califes ; nous  en apprenons  plus sur Byzance et  la vie de ses empereurs. Puis, nous mettons le cap vers Alep, nous  vivons avec le prince, nous entendons les récits de son héroïsme  et nous nous entraînons avec lui aux arts martiaux depuis qu’il  était jeune. En outre, nous examinons sa générosité, sa moralité et sa culture à travers ses relations avec les gens et ses conseils, où se déroulaient jeux et débats littéraires. Tout cela est dans un langage gracieux et un dialogue élégant, dans lesquels Myriam Antaki s’excelle afin de faire revivre l’histoire de la Bien-aimée, la Captive de Sayf Al-dawla ayant conquis sa vie. Les valeurs humaines sont mises en lumière, afin de reproduire l’Histoire  en  l’abordant d’une  facette longtemps  tombée dans l’oubli.

- Le rapport Présent/ Passé au service de la tolérance :[modifier | modifier le code]

  La romancière n’a pas commencé à relater les faits de son roman depuis  Alep, comme l’on fait habituellement lorsque l’on évoque Sayf Al-dawla, ses guerres et ses Conseils, mais il a commencé par Byzance. Cet empire  qui  dominait le monde antique, et surtout les deux  vieux continents, riches  en cultures et  en  coutumes. Cet empire dont l’expansion a atteint  les frontières de  la Chine et  dont  les ports sont  parmi les plus importants. Ses forteresses et ses palais sont flanqués  de tours  couronnées de  coupoles qui  reflètent la splendeur et la grandeur. Là, est née Irène/Yasmine, la Bien-aimée. Cette volonté de la romancière  de cerner une nouvelle vision semble surgir du fait que les références constituent l’aspect historique du roman mais pas son intrigue. Celle-ci est assurée par la manière dont l’écrivain manie les faits  afin  de les introduire dans  contexte littéraire, et  cela  ce qui fait la différence entre un Historien et un écrivain de roman historique, entre l’Histoire et l’écriture romanesque de l’Histoire.   De vocation tolérante, la romancière cherche par cette histoire d’amour épanouie dans le passé, à créer des rapprochements qui puissent désamorcer cette situation plus ou moins tendue entre Orient/Occident dans le présent : « Cet homme et cette femme se sont vraiment rencontrés. Il y a plus de dix siècles, au hasard de la vie, de la guerre, de l’amour. Tous deux vécurent intensément leur destin, lui en croyant le braver, elle heureuse de s’y soumettre. Au-delà de leur culture, de leurs traditions et de leurs religions différentes, ils se rencontrèrent pour s’unir et s’aimer »[4]. Cet épisode de l’Histoire saturé d’amour, de sympathie  et tolérance est capable  de  gommer tout ce qui pourrait  perturber le cours normal des relations humaines. La romancière célèbre  ainsi l’Histoire (le passé) et l’amour (un concept hors du temps)  utilisé par l’écrivaine  comme  instrument pour  répandre la  paix et promouvoir  la diversité de cultures et de religions, en les fusionnant dans un creuset  humain. Malgré  le contrôle parfait de l’histoire et de l’Histoire, l’autrice semble vouloir intentionnellement revendiquer une culture plurielle, une tolérance absolue qui puisse  assurer la cohabitation inter-religieuse : « C’est ce thème de la vie inter-communautaire  que j’ai voulu exploité en racontant une grande histoire d'amour entre un prince musulman et une princesse byzantine »[5].   L’Histoire est une source  qui stimule nos imaginaires, qui nous  pousse à voyager dans le passé pour interpréter autrement le présent, d’établir ce lien temporel incontournable : « Bien que ce soit une lapalissade, il faut rappeler qu’une lecture du passé, toute contrôlée qu’elle soit par l’analyse des documents, est conduite par une lecture du présent »[6]. Ce rapport entre le passé et le présent est basé sur le travail d’une mémoire qui représente des analyses des documents historiques pour rapporter des faits précis que la romancière a choisis. Selon ces messages littéraires, l’amour et  la clémence sont nos vecteurs vers un monde plus  en harmonie. Il nous semble que la romancière essaie de détruire le mur idéologique, qui puisse entraver  toute  incompréhension  possible, pour faire passer  la lumière qui éliminerait l’obscurantisme. C’est cette lecture du  présent qui pilote  la lecture  du passé et  le choix  des sujets.   A travers une focalisation interne (le narrateur raconte tout ce qu’il voit, tout ce qu’il sait et tout ce que pense un personnage), la romancière crée une illusion réelle forte ; la narratrice – personnage oriente le récit.  Que ce soit au niveau des pensées, du passé ou du présent, Antaki essaie de restituer l’Histoire/ Passé  afin de nous faire vivre la fascination du vraisemblable (Qui a toutes les apparences du vrai). En d’autres termes, c’est  revivre  le passé dans le présent. L’objectif c’est  de donner à réfléchir en dehors de toute influence externe, dans la mesure où ce piste soit un nouveau départ dans une région déchirée. Cela ce qui fait  la différence  entre le  donné qui  est l’Histoire et le crée (l’inspiration littéraire) qui constitue l’originalité  de l’auteur dans la manière dont il veut présenter cette Histoire à son lectorat.    

   Enfin, le roman d’Antaki est, par excellence, historique, mais sans tomber dans le piège de la rigueur historique. Il  est richement   documenté, tout  un gardant une fiction répondant au goût du lecteur. Antaki est tellement éprise  par  l’Histoire de  la  Syrie qu’elle s’efforce, à  travers l’Histoire, de faire découvrir aux autres les victoires et la magnificence  du passé, espérant ainsi  de rendre curieux son lectorat et l’incite à en savoir plus sur la Syrie et sur l’Orient auparavant étincelants. L’œuvre regorge de faits factuels et historiques, des couleurs et  des  odeurs qui dégagent du passé fastueux et de l’amour de la vie  et  des autres.

Références:[modifier | modifier le code]

[1] -La Bien-aimée, version électronique en ligne, P.179

[2] - Entretien avec Myriam Antaki, disponible sur : http://www.babelmed.net/article/294-amour-de-lhistoire-histoires-damour-rencontre-avec-lecrivaine-syrienne-myriam-antaki/

[3] -Neveu du prince  et  grand poète.

[4] -Michel de Certeau, L’écriture de l’Histoire, Gallimard, 1975, P.31

[5] - Michel de Certeau, L’écriture de l’Histoire, Gallimard, 1975,  P.84

[6] -La Bien-aimée, version électronique en ligne, P.1