Madame de La Guette

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Madame de La Guette (1613-1676), née Catherine Meurdrac à Mandres-les-roses est l'auteur de Mémoires publiés en 1681.


Famille[modifier | modifier le code]

Madame de La Guette (1613-1676), née Catherine Meurdrac, est la fille de Vincent « Meurdrac » ou « Meurdrat » notaire (profession roturière) et greffier à Mandres de 1595 à 1650 (mort à Mandres le 24 septembre 1650) et de Elisabeth Dovet (morte à Mandres en octobre 1636)[1].

Moreau, éditeur des Mémoires de Madame de La Guette écrit en 1859 : « Le nom patronymique du père de Madame de La Guette n'est presque jamais écrit « Meurdrac » Le nom de la famille du Cotentin à laquelle se rattache avec orgueil Madame de La Guette est bien « Meurdrac » au contraire[1].

Elle est la sœur de Marie Meurdrac (1610-1680), chimiste française qui appartenait à la bourgeoisie aisée[2]

Biographie issue de la Revue des Deux Mondes (Paul de Musset), 1841[modifier | modifier le code]

« Il y avait en 1612 un gentilhomme d’un âge déjà mûr, qui était une vraie figure de ce temps-là : barbe rousse, moustaches longues, visage maigre, la peau comme du parchemin, l’œil rond, petit et flamboyant, le justaucorps de buffle, les bottes en toute saison, et la rapière à l’ancienne mode. Il avait vu plus de vingt batailles, et son corps s’était desséché, en plein vent, au service du roi, il était dur et violent, il se serait fait hacher plutôt que de changer d’opinion sur quoi que ce fût, et levait à tout propos la canne sur ses valets ; il se nommait Meurdrac. À quarante-cinq ans, sa constitution était ruinée par les rhumatismes, il quitta l’armée, et se retira en Brie, près de Gros-Bois, où demeurait le vieux duc d’Angoulême, à qui il avait longtemps appartenu.

Meurdrac se fit bâtir à Mandres, près de Gros-Bois, une bicoque avec tourelles et grenouillères, qu’il appela son château, et quand il y eut mis des meubles, il voulut aussi avoir une femme ; on lui trouva une demoiselle de Paris, âgée de vingt-cinq ans, jolie, bonne et douce. Ils se marièrent, et, dès le mois de février 1613, le ciel leur accorda une petite fille qui eut le bon esprit de prendre pour elle la beauté de sa mère mais qui hérita aussi dû caractère endiablé de M. son père, ce qui en fit une de ces personnes comme on n’en voit plus, et appelait alors femmes vaillantes.

Mlle Jacqueline (prénommé ainsi par Paul de Musset, au lieu de Catherine) de Meurdrac montra dans sa petite jeunesse ce elle serait un jour, car elle nageait intrépidement dans la rivière d’Yères, montait à cheval comme un lansquenet, et se moquait des filles de M. de Varannes, qui avaient peur des armes à feu, et n’osaient pas tirer au mousqueton avec elle. Son père lui ayant demandé ce qu’elle voulait apprendre en arts d’agrément, elle le pria bien fort de lui donner un maître d’escrime. Il y consentit, et, au bout d’un an, elle était déjà si habile, que les gentilshommes du voisinage venaient joûter au fleuret avec elle, et ne s’en allaient point sans avoir reçu quelque botte dans le corps.

À dix-huit ans, comme elle était d’une beauté remarquable, et qu’au milieu de ses lutineries elle conservait toutes les graces de son sexe, beaucoup de jeunes gens qui entendirent parler d’elle dans le pays, vinrent rôder à Gros-Bois, pour la rencontrer. Lorsqu’elle allait à la messe, on voyait sur la place de l’église plus de chevaux de selle et de chapeaux à plumes qu’il n’y en avait à deux lieues à la ronde, ce qui prouve qu’on venait de fort loin exprès pour elle. »

Biographie est issu de la Revue des Deux Mondes, 4e série, tome 26, 1841 , de Paul de Musset.

Les Mémoires[modifier | modifier le code]

Dans ses Mémoires, Madame de La Guette raconte sa vie de femme mariée, contre la volonté de son père, à un officier des armées royales, très souvent absent de leur domaine de Sucy-en-Brie en raison des guerres étrangères, et dont elle a dix enfants. Les troubles de la Fronde et le ralliement de son mari au camp des frondeurs compliquent encore sa vie. Ils lui valent une traversée romanesque de la France pour tenter de rallier au Roi les Frondeurs de Bordeaux, où se trouve son mari. L'échec final de cette tentative, par l'effet d'un double jeu de Mazarin, puis la défaite de La Fronde donnent beaucoup d'amertume à ce guerrier, qui meurt en 1665.

En 1671, année où Madame de Sévigné l'évoque dans une de ses lettres, Madame de La Guette finit par se rendre à Gand avec son fils aîné, qui combat pour le Prince d'Orange, et qui est tué à Maastricht en 1676.

Les Mémoires portent une attention remarquable à la vie quotidienne, et, en particulier, à la charge d'être une mère. On y lit comment une femme du XVIIe siècle a pu affronter, essentiellement toute seule, les difficultés pratiques d'une époque troublée. On y lit surtout comment Madame de la Guette parvient à pratiquer une écriture assez libre pour exprimer une subjectivité active.

Début des Mémoires[modifier | modifier le code]

"Ce n'est pas une chose fort extraordinaire de voir les histoires des hommes qui, par leurs beaux faits ou par leurs vertus éminentes, se sont rendus recommandables à la postérité, ou qui ont été élevés ou abaissés selon les caprices de la fortune ; mais il se trouve peu de femmes qui s'avisent de mettre au jour ce qui leur est arrivé dans leur vie. Je serai de ce petit nombre; et pour commencer l'histoire de ma vie, je dirai que je suis fille d'un homme qui avait l'estime et l'approbation de toute la noblesse de son pays, et même de quelques princes qui lui faisaient l'honneur de le considérer. C'était un des beaux esprits de son temps et beaucoup recherché pour son bon conseil, parce qu'il était universel"...

Peu portée aux poules et aux quenouilles (p. 65, in édition Le Temps retrouvé...)[modifier | modifier le code]

"Je me trouvai fort contente chez mon mari. Nous nous divertissions agréablement; nous montions à cheval tous les jours pour aller à la chasse ou pour voir la noblesse du voisinage, qui me recevait de la manière du monde la plus obligeante. Toutes ces douceurs ne durèrent pas longtemps, parce que mon mari fut obligé de s'en retourner à l'armée. C'était la campagne du siège de Spire en Allemagne. Notre séparation fut rude ; car je puis dire qu'il m'aimait d'une façon tout extraordinaire et que j'en étais idolâtre. J'eus le temps pour cette première fois de verser des larmes à mon aise et de faire la femme au préjudice de ces nobles inclinations, et de cette fermeté d'âme qui m'était si naturelle, et qui me faisait même avoir de l'aversion pour celles de mon sexe qui ont trop de mollesse. En effet, j'ai toujours été d'une humeur plus portée à la guerre qu'aux exercices tranquilles de mettre le poules à couver et de filer la quenouille, quoique l'on dise qu'une femme ne doit savoir que cela".

Notes et références[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Mémoires de Madame de La Guette, avec une préface de Micheline Guérin, Le Temps retrouvé, Mercure de France, 1982.

  • Felix Raymond Freudmann, The Memoirs of Madame de La Guette: a Study (Geneva: Droz, 1957. 104 pp.).
  • Carolyn Chappell Lougee, "Reason for the public to admire her" : why Madame de La Guette published her Memooirs, dans Going Public. Women and publishing in early modern France, éd. Elizabeth C. Goldsmith et Dena Goodman, Cornell University, 1995, p. 13-30.
  • Florence Orwat, «L’Inoubliable dans les Mémoires de Madame de La Guette», in L’Expression de l’inoubliable dans les mémoires d’Ancien Régime, (dir. J. Garapon), C. Defaut, Nantes, 2005, p. 89-107.
  • Laurent Angard, "'Le fleuret et la plume'. Une amazone au XVIIe siècle. Les Mémoires de Madame de la Guette, dans Guyonne LEDUC, Réalité et représentation des amazones, L'Harmattan, 2008.
  • Denis D. Grélé, Les Mémoires de Madame de La Guette ou l'art de se reconstruire une vie, dans Neophilogus, (2011) 95:165-175.
  • Denis D. Grélé , "Entre l’argent et l’honneur : Réflexions sur la mauvaise foi de Madame de La Guette (1613-76) ", dans L’ÉRUDIT FRANCO-ESPAGNOL, VOLUME 1, SPRING 2012, p. 47-57.
  • Nathalie Grande, « L'héroïsme féminin au creuset de la mémoire : Madame de La Guette », Colloque « Héroïsme féminin, héroïnes et femmes illustres, XVI et XVIIe siècles : une représentation sans fiction », Strasbourg, 28-30 janvier 2016 (A paraître).
  • Mise au point de Moreau, éditeur des Mémoires de Madame de La Guette, Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire, Volume 24,Techener, 1859, page 251..

Liens externes[modifier | modifier le code]