Liste Bernhard

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La liste Bernhard est la première liste établie, dès 1940, par les autorités d'occupation allemande en France pour éliminer des librairies et bibliothèques françaises les livres jugés indésirables par les Nazis.

Mise en œuvre[modifier | modifier le code]

Sur la base de cette liste, préparée par la Propaganda Abteilung et répertoriant 143 ouvrages, un peu plus de 20 000 livres furent confisqués lors d'un raid effectué dans les librairies de Paris à partir du 27 août 1940[1]. D'après le journaliste américain Edgar Ansel Mowrer (en)[2], les agents allemands, agissant par deux accompagnés d'un policier français, donnaient une demi-heure à chaque libraire pour leur produire les livres désignés sur une liste reproduite au stencil et soigneusement récupérée après.

Contenu[modifier | modifier le code]

La liste Bernhard comportait principalement des titres d'auteurs allemands antinazis, comme Thomas et Heinrich Mann, mais aussi des titres d'auteurs français jugés anti-allemands, comme Louis Aragon, André Malraux[3], Charles Andler, Wladimir d'Ormesson, Georges Duhamel[2], Georges Blondel[4] et le général Mordacq. Trois livres des éditions Denoël figuraient sur la liste Bernhard : Les dictateurs de Jacques Bainville (1935), La croisade gammée de Louis Roubaud (1939) et La victoire des vaincus d'André Fribourg (1938)[5]. Les livres saisis à la NRF le 30 août[6] comprenaient L'Allemagne, essai d'explication d'Edmond Vermeil, Le temps du mépris de Malraux, La C.G.T. ce qu'elle est ce qu'elle veut de Léon Jouhaux et, bizarrement, Nous autres Français alors que cet essai de Georges Bernanos ne semble avoir figuré ni sur la liste Bernhard[4], ni même sur la première liste Otto. Cinq Américains figurent également sur la liste Bernhard : Franz Boas pour Race et milieu (Sorlot, Coll. Races et racisme)[7], Louis Fischer, H.R. Knickerbocker, le professeur Calvin B. Hoover et Leon G. Turrou[2]. Fernand Sorlot, comme éditeur d'Andler, de Boas, mais aussi de Robert de Beauplan, Maximilian Beck, G. Bloch & P. Tilho, Jules Brutzkus[4]... est particulièrement touché.

Il aurait existé une deuxième version de la liste, comportant vingt titres supplémentaires[2].

Devenir[modifier | modifier le code]

La liste Bernhard fut, fin septembre 1940, englobée dans la liste Otto, qui porta à plus de mille le nombre de livres prohibés.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Anton Ridderstad, « L'édition française sous l'Occupation (1940-1944) », XV Skandinaviske romanistkongress, (consulté le 27 novembre 2013)
  2. a, b, c et d (en) Edgar Ansel Mowrer, « Germans slowly strangling France's culture; Libraries 'purified', catholicism suppressed », The Pitssburgh Press, sur Google News, (consulté le 28 novembre 2013)
  3. (en) Jonathan M. Weiss, « Irène Némirovsky: Her Life and Works », Stanford University Press, (consulté le 27 novembre 2013)
  4. a, b et c « Liste Bernhard », sur Internet Archive (consulté le 29 novembre 2013)
  5. « Robert Denoël, éditeur » (consulté le 27 novembre 2013)
  6. « Bordereau des Messageries de journaux Hachette indiquant le titre des premiers livres interdits à la vente par les autorités allemandes », sur BNF (consulté le 29 novembre 2013)
  7. Jean Ferrette, « La sociologie sous Vichy : rupture ou continuité ? Retour sur un impensé historique », Anamnèse, sur Google Books, (consulté le 29 novembre 2013), p. 21

Voir aussi[modifier | modifier le code]