Les 36 stratagèmes

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Les 36 stratagèmes (ou stratégies) est un traité chinois de stratégie déclinant méthodes et ruses utilisables pour l'emporter sur un adversaire, probablement écrit au cours de la dynastie Ming vers 1366 à 1610.[réf. nécessaire]

Ces stratagèmes sont applicables à une action militaire comme à un conflit de vie quotidienne.

Histoire du traité[modifier | modifier le code]

En 1939, sur un marché de Chine du nord, un officiel du Guomindang découvre un livre de recettes d'immortalité. À la fin de l'ouvrage se trouve un court traité de stratégie militaire intitulé Les 36 stratagèmes. Ce recueil secret datant probablement de l'époque de la dynastie Qi du Sud, dont l'auteur est le général d'armée chinois Tan Daoqi (? - 436), offre un tableau exhaustif de toutes les ruses et stratagèmes militaires de l'époque. Ce petit traité, inspiré du livre des mutations et de la philosophie des légistes, propose des solutions pour faire face à toutes les batailles même les plus critiques[1].

Le texte classique des 36 stratagèmes révèle l'influence profonde d'autres ouvrages de premier plan de la littérature chinoise comme les fables de Han Fei Zi, l'Histoire des Trois Royaumes ou encore les proverbes Chengyu qui servent de titres aux chapitres dudit traité.

Découpage du texte[modifier | modifier le code]

Le traité est introduit par une courte préface intitulée « Six par six : trente-six » qui révèle les influences de la numérologie chinoise dans le choix du découpage en chapitres du texte qui suit. Ainsi le corps du document est décliné en six chapitres eux-mêmes subdivisés en six sous-chapitres. Chaque sous-chapitre est introduit par une courte maxime suivie d'un commentaire interprétatif :


  • 0. 六六三十六 (Six par six = trente-six).


  • I. 勝戰計 (Plans pour les batailles déjà gagnées) :

1. 瞞 天 過 海 / « traverser la mer sans que le ciel le sache » (ce qui est familier n’attire pas l’attention).
Plutôt que de se protéger, user des représentations des autres pour mettre un projet en sécurité (une application de ce principe est à noter dans La Lettre volée d'Edgar Allan Poe).


2. 圍魏救趙 / « assiéger Wei pour secourir Zhao » (construire la victoire en se réglant sur les mouvements de l’ennemi, en référence à ces deux royaumes chinois antiques pré-impériaux).

L’offensive de Wei sur Zhao crée l’occasion d’une attaque de la défense allégée de sa capitale[2].

Plutôt que de se soumettre aux passions et initiatives de l’autre, être en réaction, observation, profiter de ses vides, qui appellent des pleins, dans le système de ses forces.



3. 借 刀 殺 人 / « assassiner avec une épée d'emprunt » (si tu veux réaliser quelque chose, fais en sorte que d’autres le fassent pour toi).

Plutôt que de faire le travail en s’exposant à des contres de la part des adversaires voire autres, user de logiques d’autres acteurs et les orienter (les composer) pour qu’ils travaillent pour soi sans nécessairement le savoir.



4. 以逸待勞 / « attendre en se reposant que l'ennemi s'épuise » (le stratège attire l’ennemi, il ne se fait pas attirer par lui).

Plutôt que de se hâter dans une confrontation pleine d’ardeurs, de dispositifs offensifs (…), attendre la décrue des attaques pour s’avancer en terrain connu et dégagé (avec moins de surprise).

Exemple contemporain possible transposé dans un système politique électif : un(e) président(e) sortant(e) candidat(e) à sa réélection attend que les prétendants concurrents épuisent leurs stocks de cartouches, avant de se déclarer en connaissance de cause voire de l’emporter.


5. 趁火打劫 / « profiter de l'incendie pour piller et voler » (la première tâche consiste à se rendre invincible, les occasions de victoire sont fournies par les erreurs adverses).

Un politique ambitieux s’engage dans le camp défait (vide), plus porteur à terme que celui de la victoire (plein). Plutôt que de s’exposer et se risquer dans l’attaque d’acteurs installés, profiter de moments de faiblesse pour s’emparer de valeurs.


6. 聲東擊西 / « bruit à l'est ; attaque à l'ouest » (celui qui sait quand et où s’engager fait en sorte que l’autre ignore où et quand se défendre).

La cité assiégée impatiente, qui attend depuis longtemps de connaître la direction d'une offensive adverse, n’est plus critique sur les signaux qu’elle reçoit enfin.

Plutôt que de se soumettre aux attentes des autres en leur envoyant les signaux qu’ils attendent, exacerber leurs conditions d'attente de sorte qu’ils ne soient plus à même d’être critiques lorsqu’une information leur est livrée.


  • II. 敵戰計 (Plans pour les batailles indécises) :

7. 無中生有 (« créer quelque chose ex nihilo ») ;
8. 暗渡陳倉 (« avancée secrète vers Chencang ») ;
9. 隔岸觀火 (« regarder le feu depuis l'autre rive ») ;
10. 笑裡藏刀 (« dissimuler une épée dans un sourire ») ;
11. 李代桃僵 (« la prune remplace la pêche dans l'impasse ») ;
12. 順手牽羊 (« emmener la chèvre en passant »).


  • III. 攻戰計 (Plans pour les batailles offensives) :

13. 打草驚蛇 (« battre l'herbe pour effrayer le serpent ») ;
14. 借屍還魂 (« faire revivre un corps mort ») ;
15. 調虎離山 (« attirer le tigre hors de la montagne ») ;
16. 欲擒故縱 (« laisser s'éloigner pour mieux piéger ») ;
17. 拋磚引玉 (« se défaire d'une brique pour attirer le jade ») ;
18. 擒賊擒王 (« pour prendre des bandits, d'abord prendre leur chef »).


  • IV. 混戰計 (Plans pour les batailles à partis multiples) :

19. 釜底抽薪 (« retirer le feu sous le chaudron ») ;
20. 混水摸魚 (« troubler l'eau pour prendre le poisson ») ;
21. 金蟬脫殼 (« le scarabée d'or opère sa mue ») ;
22. 關門捉賊 (« verrouiller la porte pour capturer les voleurs ») ;
23. 遠交近攻 (« s'allier avec les pays lointains et attaquer son voisin ») ;
24. 假途伐虢 (« demander passage pour attaquer Guo »).


  • V. 併戰計 (Plans pour les batailles d'union et d'annexion) :

25. 偷樑換柱 (« voler les poutres, échanger les piliers ») ;
26. 指桑罵槐 (« injurier l'acacia en désignant le mûrier ») ;
27. 假癡不癲 (« jouer l'idiot sans être fou ») ;
28. 上屋抽梯 (« monter sur le toit et retirer l'échelle ») ;
29. 樹上開花 (« sur l'arbre les fleurs s'épanouissent ») ;
30. 反客為主 (« changer la position de l'invité et de l'hôte »).


  • VI. 敗戰計 (Plans pour les batailles presque perdues) :

31. 美人計 (« le piège de la belle ») ;
32. 空城計 (« le piège de la ville vide ») ;
33. 反間計 (« le piège de l'agent double ») ;
34. 苦肉計 (« faire souffrir la chair ») ;
35. 連環計 (« les stratagèmes entrelacés ») ;
36. 走為上計 (« courir [voire fuir] est le meilleur choix »).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Institute for Defence Studies and Analyses (en), « Comparative Study between Arthasastra and San Shi Liu Ji (The Thirty Six Strategies) - », sur idsa.in (consulté le ).
  2. Assiégé par Wei à l'époque des royaumes combattants, Zhao demanda l'aide de Qi qui assiégea Wei à son tour.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]