La Pierre et le Sabre

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Musashi
Image illustrative de l'article La Pierre et le Sabre

Auteur Eiji Yoshikawa
Pays Japon
Genre Roman historique
Version originale
Langue Japonais
Titre Miyamoto Musashi
Date de parution 1935
Version française
Date de parution 1983
Chronologie

La Pierre et le Sabre est le nom du premier tome du roman japonais Musashi, d'Eiji Yoshikawa, relatant d'une façon largement romancée la vie du samouraï Miyamoto Musashi, un célèbre escrimeur.

Les différentes éditions[modifier | modifier le code]

Le roman est paru initialement sous forme de feuilleton entre 1935 et 1939 dans l'Asahi Shimbun, l'un des quotidiens au plus haut tirage du Japon.

Depuis, de nombreuses éditions sous forme de livre ont été publiées. L'intégralité de la série est parue sous la forme de sept livres nommés Terre, Eau, Feu, Vent, Ciel, Soleil et Lune, la parfaite lumière.

La Pierre et le Sabre est le nom du premier tome de l'édition francophone regroupant les quatre premiers livres, le second étant publié sous le titre La Parfaite Lumière[1]. Chaque tome compte environ 700 pages et est édité chez Balland, puis réédité chez J'ai lu.

L'histoire[modifier | modifier le code]

« Miyamoto Musashi était un personnage réel mais grâce au roman de Yoshikawa, lui et les autres personnages principaux du livre sont devenus partie intégrante du folklore japonais vivant[2]. »

Cette figure, image au-delà du samouraï qui vécut réellement au XVIIe siècle, est un véritable mythe. « Une histoire dont on a oublié le sens », voilà en substance la définition que donne du mythe l'un des personnages d’Ilium, roman de Dan Simmons. Pour simple qu'elle soit, elle est authentique et riche. À son aune, la figure de Musashi se colore d'un intérêt tout particulier.

De la figure historique, on peut retenir la trame donnée par la préface d'Edwin O. Reischauer : « Le Miyamoto Musashi historique, né peut-être en 1584 et mort en 1645, était comme son père une fine lame, et dut sa célébrité au fait qu'il se servait de deux sabres. Il pratiquait avec ardeur l'autodiscipline en tant que clé des arts martiaux, et il est l'auteur d'un célèbre ouvrage sur l'escrime japonaise, le Gorin no sho. Adolescent, il a sans doute pris part à la bataille de Sekigahara, et ses heurts avec l'école Yoshioka de Kyōto, les moines guerriers du Hozoin à Nara, et le fameux escrimeur Kojirō Sasaki […] ont véritablement eu lieu. Yoshikawa nous conte l'histoire de Musashi jusqu'en 1612, année où il n'était encore qu'un jeune homme de vingt-huit ans. » Le roman reprend des éléments importants de cette trame historique et fait régulièrement référence à un des livres fondateurs du bushido, L'Art de la guerre.

À l'inverse d'un mythe comme celui de Troie, qui est si loin de nous que nous peinons à nous faire une idée exacte de ce que fut la guerre de Troie, Musashi est une figure récente. Et il est encore aisé de percer le sens qui s'attache aux histoires qui se façonnent à partir de sa figure. Car le roman n'a pas une vocation historique ou biographique. La figure de Musashi est prétexte avant tout, et c'est en cela qu'elle devient image, polysémique ; elle comporte plusieurs niveaux de résonances, tant dans l'intellect que dans l'imaginaire du lecteur.

L'essence du roman est concentrée dans cette phrase, lumineuse, qui conclut la préface de Reischauer : « L'accent qu'il met sur la recherche de la maîtrise de soi et de la force intérieure personnelle grâce à une austère autodiscipline de type zen constitue un trait majeur du caractère japonais. Il en va de même pour la suprématie de l'amour de la nature, et du sentiment d'intimité avec elle. La Pierre et le Sabre est plus qu'un grand roman d'aventures. Il donne en outre un aperçu sur l'histoire japonaise, et sur l'image idéalisée que se font d'eux-mêmes les Japonais contemporains. »

À l'instar de l’Iliade, dont la rédaction est fortement influencée par le contexte politique et religieux, et nullement par les préoccupations contemporaines du conflit lui-même, le roman de Yoshikawa constitue donc une histoire dont la visée est au-delà de la simple restitution idéalisée de Musashi. Il utilise l'image du samouraï pour proposer, et défendre, une certaine idée de ce que doit être un Japonais. Le cours de la narration est ainsi émaillé d'une suite d'épisodes à portée hautement moralisatrice, qui explicitent ce qu'est bien agir en telle ou telle circonstance. Leur conclusion est d'ailleurs invariable : toute conduite conforme à l'ordre est couronnée de succès, mais qui suit le chaos finit toujours par chuter. Car c'est l'apologie d'un ordre immuable, voulu par la nature et les dieux, que propose La Pierre et le Sabre. Ainsi, à l'agitateur politique qui veut s'en prendre au shogun, et dont les projets sont déjoués, on préfère la figure de Musashi qui, avant de s'occuper de réformer l'État, songe tout d'abord à réformer, critiquer, et élever à une dimension supérieure sa propre personne.

L'itinéraire de Musashi est riche de sens. Si Yoshikawa s'appuie sur les évènements historiques, et des figures qui ont existé à l'époque, il n'en demeure pas moins qu'il leur insuffle une portée symbolique. Ainsi, Musashi entame son parcours dans le camp des perdants à Sekigahara, car il s'est précipité vers cette bataille sans rien connaître du monde. Puis il fuit et commet nombre d'erreurs, guidé par son seul instinct. Cependant, la providence place sur son chemin une autre figure historique du Japon du XVIIe siècle, le moine Takuan : « Ainsi Takuan, qui tient lieu de phare et de mentor au jeune Musashi était-il un célèbre moine zen, calligraphe, peintre, poète et maître du thé de l'époque[2]. » Par sa grande sagesse, il fait prendre conscience à Musashi de l'animalité de ses actes et de ses réactions, et le guide vers la prise de conscience de la valeur à accorder à la vie. C'est alors que Musashi va renaître, lors d'un long enfermement au château de Himeiji, au terme duquel il prend le nom de Miyamoto Musashi en lieu et place de Shimen Takezo. Et c'est sous cette nouvelle identité qu'il va traverser plusieurs fois le Japon, faisant nombre de rencontres intéressantes, mais n'ayant surtout de cesse de progresser sur la Voie du samouraï.

En contrepoint de Musashi, on rencontre deux figures, qui tiennent le rôle de doubles dégradés du héros. Tout d'abord Matahachi, ami d'enfance qui le suit à Sekigahara. Lui et Musashi ne sont pas véritablement différents, sinon que Musashi se montre plus volontaire, courageux et fort d'emblée. Tandis que Matahachi se révèle un suiveur de peu d'ambition, qui ne fait que tomber de déchéance en déchéance tout au long des épisodes, Musashi croît en grâce et en renommée. Ensuite vient Sasaki Kojirô, le rival de Musashi, qui s'oppose à lui dans un terrible duel qui clôt le roman. Pareillement doué que Musashi pour la Voie du samouraï, il suscite le respect et s'attire les honneurs. Mais il poursuit avant tout la gloire, et cherche à se placer et à faire connaître son style d'escrime, le Ganryû. Il finit donc par être terrassé, car il « avait placé sa confiance dans le sabre de la Force et de l'Adresse. Musashi dans le sabre de l'Esprit. C'était toute la différence entre eux[3] ». Symbole du chemin vers la domination de soi, et la réalisation de son potentiel, telle est la figure de Musashi dans l'œuvre de Yoshikawa.

Commentaires[modifier | modifier le code]

La Pierre et le Sabre est un grand classique de la littérature populaire japonaise. Il est ainsi caractérisé par Reischauer « La Pierre et le Sabre diffère beaucoup des romans très psychologiques et souvent névrosés qui ont formé l'essentiel des traductions de littérature japonaise moderne. Il ne s'en trouve pas moins en plein dans le courant principal du roman japonais traditionnel et de la pensée populaire japonaise. » Et si, en effet, le style de Yoshikawa est radicalement différent de ceux d'auteurs tels que Kawabata ou Mishima, il n'en demeure pas moins qu'entre ces œuvres, il est possible de lancer des ponts. La nostalgie profonde qui hante Le Maître[4] ou La Mer de la fertilité s'explique sans nul doute par la confrontation de l'image de Musashi, idéalisation de l'âme japonaise, avec les compromissions que demandaient la modernisation et de l'occidentalisation, et qui ne lui permettaient plus de se réaliser en tant que telles.

Adaptations[modifier | modifier le code]

Le roman a donné lieu à différentes adaptations pour la télévision, le cinéma et en bandes dessinées, notamment Vagabond , un manga de Takehiko Inoue. Une adaptation cinématographique très libre[5] de Luc Besson a donné Nikita puis Léon.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pour des raisons de commodité, on désignera le roman dans son ensemble sous le titre La Pierre et le Sabre.
  2. a et b Extrait de la préface d'Edwin O. Reischauer de La Pierre et le Sabre.
  3. Dernier chapitre de La Parfaite Lumière.
  4. Le Maître ou le Tournoi de go, de Yasunari Kawabata.
  5. Cette approche est discutée dans un article de Nguyen Thanh Thiên [1].

Lien externe[modifier | modifier le code]