L'Écologiste sceptique

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L'Écologiste sceptique
Auteur Bjørn Lomborg
Pays Danemark
Version originale
Langue Danois
Titre Verdens Sande Tilstand
Éditeur Centrum
Date de parution 1998
ISBN 8758311149
Version française
Traducteur Anne Terre
Éditeur Le Cherche midi
Collection Documents
Lieu de parution Paris
Date de parution 2004
Nombre de pages 742
ISBN 9782749101842

L'Écologiste sceptique (titre original en danois : Verdens Sande Tilstand ; littéralement L'état véritable du monde) est un ouvrage polémique de Bjørn Lomborg, un professeur de sciences politiques danois. L'auteur y défend une thèse selon laquelle un certain nombre d'affirmations sur le réchauffement climatique, la surpopulation, la raréfaction des ressources énergétiques, la déforestation, l'extinction des espèces, le manque d'eau, et d'autres questions liées à l'environnement, ne reposent pas sur une analyse pertinente des données disponibles. D'abord publié en danois en 1998, ce livre a ensuite été traduit en anglais en 2001[1], puis en français en 2004.

En raison de l'étendue du projet, de la grande diversité des sujets traités ainsi que de la variété de ses sources, conclusions et commentaires, cet ouvrage entre difficilement dans le cadre strict d’une discipline ou d'une méthodologie scientifique. La classification de ce livre comme essai de sciences environnementales est à l'origine des controverses et débats qu'il a suscités.

L'auteur[modifier | modifier le code]

Avant de devenir directeur du Copenhagen Consensus Center et professeur assistant au Copenhagen Business School, Bjørn Lomborg était professeur assistant de statistique appliquée aux sciences politiques à l’Université d'Aarhus. Ses détracteurs ont souligné son manque de formation et d’expérience professionnelle dans le domaine des sciences environnementales et de l’économie. Ses défenseurs ont jugé, au contraire, que ses recherches étaient une application tout à fait appropriée de son expertise en analyse coûts-avantages, un outil standard dans l’évaluation des politiques de décision. Ils soulignent également que nombre des scientifiques et environnementalistes ayant critiqué le livre ne sont, eux, pas des experts en politique de l’environnement ou de l’analyse des coûts-avantages.

Dans plusieurs interviews, Lomborg affirme que son désir d’écrire L'Écologiste sceptique est né de ses convictions personnelles. Il y décrit son passé de protecteur de l’environnement et son soutien de sympathisant à Greenpeace (sans avoir cependant été un « membre », contrairement à ce qui avait été parfois annoncé, puisque Greenpeace n’offre pas de carte d’adhérent). Il défend également le fait que ses recherches visaient, au départ, à contrer ce qu’il percevait comme des arguments anti-écologiques au sein de l’article de Julian Lincoln Simon publié dans Wired, avant de changer tout à fait de point de vue en commençant à analyser les données. Lomborg désigne les thèses qu’il attribue aux activistes environnementaux par le terme « litanie », un ensemble d'interprétations qu’il affirme avoir lui-même soutenues et que son livre prétend maintenant corriger.

L'état véritable du monde[modifier | modifier le code]

Le titre du livre en danois fait allusion au rapport annuel The state of the world publié depuis 1984 par le Worldwatch Institute. Lomborg juge ce rapport comme « une des publications les plus ambitieuses sur la politique environnementale et la mieux fournie en recherches ». Mais il l'a également critiqué pour son utilisation des tendances à court terme pour prédire des conséquences catastrophiques dans des cas de figure où les tendances à long terme n'auraient pas conduit aux mêmes conclusions.

Afin de fonder ses arguments, l’ouvrage étudie une grande variété de sujets dans le domaine des études sur l’environnement, incluant l’économie et les sciences environnementales. Il en arrive ainsi à offrir un ensemble exhaustif de conclusions et de propositions (lesquelles pourraient, dans de nombreux cas, être appelées des recommandations). Il s’attaque directement à des exemples de problèmes environnementaux bien connus en regroupant et réinterprétant les données à partir d’un grand nombre de sources et suggérant qu’avec des affirmations erronées les environnementalistes ont détourné des ressources qui auraient été mieux utilisées ailleurs.
La méthode et l’intégrité de Lomborg ont été les cibles de critiques qui l’accusent d’avoir manipulé les domaines de recherche que couvre son livre.

La méthode[modifier | modifier le code]

L’approche analytique générale est fondée sur l’analyse des coûts-avantages telle qu’elle est utilisée en économie ainsi qu’en science sociale et dans l’évaluation et la formulation des politiques gouvernementales. L’étude de la « litanie » est fondée sur l’analyse des données statistiques et pourrait cataloguer ce livre comme un ouvrage de science statistique. Par le fait qu’il examine les coûts-avantages de nombreux sujets, il pourrait aussi être étiqueté comme un livre d’économie (ce qui est d’ailleurs la présentation officielle de l’éditeur). L'écologiste sceptique est cependant plus éclectique encore parce qu'il sollicite et croise des disciplines différentes, combinant des interprétations de données avec des évaluations de comportements humains et médiatiques, des théories scientifiques et de nombreuses autres approches afin de parvenir à ses diverses conclusions.

Lomborg a utilisé une méthode de travail qui va du général au spécifique, en abordant un vaste problème, comme la pollution ou l'énergie, qu'il a divisé ensuite en chapitres (comme la pollution atmosphérique ou les énergies fossiles), puis il a identifié une ou plusieurs peurs répandues à leur sujet ainsi que leurs sources (par exemple « l'air est de plus en plus pollué » selon X). À partir de là, il a sélectionné les données disponibles qui lui semblaient les plus fiables et les plus raisonnables. Et il les a utilisées pour rejeter ou confirmer les affirmations de X ... la « litanie » de X. Dans tous les cas, il a jugé que les affirmations de X n'étaient pas confirmées par ses propres évaluations et qu'elles étaient en fait soit mal présentées - et cela de manière significative -, soit elles parvenaient à des conclusions contraires (par exemple une situation décrite comme s'aggravant, selon ses calculs allait en s'améliorant). Ayant ainsi établi ce qu'il appelle « l'état véritable du monde » pour chaque chapitre, Lomborg a alors examiné une variété de théories, de technologies, de coûts et stratégies d'application, afin de suggérer des méthodes alternatives pour améliorer des situations qu'il ne juge pas si terribles, ou d'autres qui n'ont même pas, actuellement, selon lui, de caractère d'urgence.

La litanie et les découvertes de Lomborg[modifier | modifier le code]

La litanie couvre plusieurs domaines au sujet desquels Lomborg prétend que des affirmations excessivement pessimistes ont été produites et, comme résultat d'une mauvaise politique, ont même mené à des mesures inappropriées. Il cite pour cela des sources officielles comme le gouvernement des États-Unis ou l'ONU. Sa préférence va vers les données globales à long terme plutôt que vers les données régionales à court terme.

Le livre est construit en quatre parties principales :

  • la prospérité de l'humanité d'un point de vue économique et démographique ;
  • la prospérité de l’humanité d’un point de vue écologique ;
  • la pollution en tant que menace pour la prospérité de l’humanité ;
  • les menaces à venir pour la prospérité de l’humanité.

L’argument principal de Lomborg est que les problèmes environnementaux, tels que la pollution, la pénurie d’eau, la déforestation et l’extinction des espèces, ainsi que la croissance de la population mondiale, la famine, le SIDA, sont en grande majorité des problèmes localisés et liés à la question de la pauvreté. Par conséquent, de son point de vue, le problème est principalement une question de logistique et pourrait être résolu par le développement économique et social. Au sujet de problématiques plus urgentes, et qui, elles, se posent à un niveau global, telles que celles des énergies fossiles et du réchauffement climatique, il prétend que ces problèmes sont exagérés et que « la litanie » (la politique préconisée pour les résoudre), est inappropriée quand on la compare à d’autres politiques envisageables.

La prospérité de l’humanité d’un point de vue économique et démographique[modifier | modifier le code]

Lomborg analyse trois thèmes d'importance : L'espérance de vie, la famine, et la prospérité économique. Il dit découvrir, en opposition aux thèses souvent défendues, que l'espérance de vie et le niveau de santé se sont grandement améliorés ces derniers siècles, même si certaines régions du monde restent menacées, en particulier par le SIDA. Il rejette également la théorie de Thomas Malthus selon laquelle la surpopulation dans le monde pourrait aggraver la famine. Lomborg affirme, lui, que la nourriture est bien répandue et que la consommation quotidienne de calories augmente constamment. Selon lui, l'amélioration des technologies agricoles en Afrique pourrait même éliminer la famine. Il note cependant que l'Afrique ne produit pas encore assez de nourriture, un problème qu'il attribue aux systèmes économiques et politiques catastrophiques de ce continent. Au sujet de l'économie, Lomborg affirme que la richesse, telle qu'elle est mesurée à partir du produit domestique brut de chaque pays, ne devrait pas être le seul critère pour évaluer la prospérité. Il désigne l'éducation, la sécurité, les loisirs et un accès grandissant des consommateurs aux biens de consommation comme des signes d'une prospérité croissante dans le monde.

La prospérité de l’humanité d’un point de vue écologique[modifier | modifier le code]

Dans cette section, Lomborg considère les ressources naturelles du monde et tire une conclusion opposée à celle du rapport Halte à la croissance ? (1972). Il analyse d'abord, et à nouveau, la question de la nourriture mais cette fois d'un point de vue écologique. Et à nouveau, il en conclut que la plupart des productions de nourriture dans le monde ne sont pas menacées par la prospérité. À l'exception du poisson dont il reconnaît cependant la pénurie. Comme solution à ce problème, Lomborg propose des « fermes à poissons » (élevage de poissons) qui réduiront l'impact sur la population des océans. Lomborg ne trouve pas non plus de signes de déforestation étendue et note que même l'Amazonie a conservé 80 % de sa surface de 1978. Lomborg réaffirme que la déforestation est liée à la pauvreté et à des conditions économiques médiocres dans les pays concernés et suggèrent la croissance économique pour résoudre les problèmes.

Au sujet du pétrole, Lomborg soutient que la diminution de cette ressource n'est pas aussi importante qu'on le dit et qu'une amélioration des technologies nous fournira du pétrole pendant longtemps. Il souligne également que de nombreuses alternatives existent déjà et qu'elles seront adoptées progressivement avec le temps. À propos des métaux, Lomborg considère qu'il n'en manque pas. L'eau est un autre sujet controversé, sur lequel il affirme qu'il n'y aura pas de guerre à cause de la pénurie d'eau parce que les guerres coûtent cher (une semaine de guerre avec les Palestiniens coûte à Israël l'équivalent de cinq usines de dessalement, selon un expert israélien cité). Il termine en soulignant à nouveau la nécessité d'améliorer la logistique et en particulier de gérer l'eau de manière plus uniforme puisque sa répartition est inégale dans le monde.

La pollution en tant que menace pour la prospérité de l’humanité[modifier | modifier le code]

Lomborg analyse la question de la pollution à partir d’angles différents. Au sujet de la pollution atmosphérique, il note qu’elle a diminué de façon constante dans les pays développés qui polluent le plus. À nouveau, Lomborg affirme qu’une croissance plus grande dans les pays en voie de développement réduirait la pollution atmosphérique. Il suggère que le fait de consacrer des ressources à la réduction des polluants apporterait les plus grands bénéfices sur le plan de la santé et épargnerait un grand nombre de vies, bien qu’il y ait déjà une amélioration d’une décennie de la qualité de l’air dans les pays les plus développés. Au sujet de la pollution des eaux, Lomborg fait encore le lien avec le développement économique, soulignant que la qualité des eaux dans les rivières en Occident s'est beaucoup améliorée depuis l'arrivée des systèmes d'égouts. Concernant les ordures ménagères, l'auteur déclare à nouveau que le problème a été exagéré, puisque la totalité des ordures qui seront produites par les États-Unis au XXIe siècle pourrait tenir dans un carré de 28 km de côté (soit 0,009 % de la surface des États-Unis)

Les menaces à venir pour la prospérité de l’humanité[modifier | modifier le code]

Les chapitres précédents du livre étaient les moins controversés. Dans cette section, il formule sa recommandation principale et son évaluation des menaces environnementales pour l’humanité, répétant que ces dernières sont exagérées et que la plupart des politiques mises en place en conséquence erronées.

Lomborg prend un exemple : notre crainte à l’égard des pesticides et leur lien supposé avec le cancer. Il prétend que de telles craintes sont exagérées dans l’opinion publique, puisque l'alcool et le café sont de loin les aliments qui créent le plus grand risque de cancer, contrairement aux légumes qui ont reçu des pesticides. De plus, il souligne que si les pesticides n’étaient pas utilisés sur les fruits et les légumes, leur prix s’envoleraient et leur consommation diminuerait, ce qui causerait de nombreux cancers. Il poursuit sa critique par son analyse de la crainte d’un déclin de la biodiversité, en donnant un chiffre de 0,7 % d’espèces éteintes en 50 ans (comparé aux 50 % que certains biologistes ont avancés). Bien qu’il considère qu'il y ait un problème malgré tout, Lomborg note qu’il ne s’agit pas de la catastrophe qu’on nous a annoncée et que ce problème aura en réalité très peu d’effet sur l’humanité, selon lui.

Mais son affirmation la plus controversée est celle qui concerne le réchauffement climatique. Dès le début, Lomborg « accepte la réalité d’un réchauffement causé par l’homme » bien qu’il note qu’il existe des doutes sur les simulations informatiques du réchauffement et sur certains aspects des données réunies. La critique de Lomborg n’est donc pas dirigée sur la science du réchauffement mais sur la politique menée à partir de ces recherches. Il dit que, compte tenu de la réduction requise des gaz à effet de serre pour combattre le réchauffement, le protocole de Kyoto, tel qu’il se présente actuellement, est très insuffisant.

Il poursuit en argumentant que le coût des restrictions pour renverser le réchauffement climatique ou même le ralentir est trop élevé comparé à la possibilité de coordonner les communautés internationales pour qu’elles s’ajustent au changement climatique. Il ajoute que le coût de la lutte contre le réchauffement climatique pèserait surtout sur les pays en voie de développement. Et puisque la politique mise en place impose des limites irréalistes aux activités économiques, les pays qui souffrent de la pollution et de la pauvreté à cause de leur économie déjà médiocre seraient condamnés à ne pas évoluer sur le plan économique. Il suggère ainsi que l’importance accordée au réchauffement climatique soit diminuée par rapport à des problèmes comme la pauvreté, la santé et l’aide aux pays sous développés, ce qui aurait un impact plus immédiat autant en termes de prospérité que d’environnement. Il demande enfin que soit produite une analyse globale des coûts et avantages avant que la meilleure mesure soit prise.

Le consensus de Copenhague que Lomborg a organisé ensuite est arrivé à la conclusion que le combat du réchauffement climatique avait des avantages mais que sa priorité comparée aux autres problèmes était faible (en 13° position de leur liste) et que les trois projets traitant actuellement du changement climatique (la taxe pour tous les pays sur les émissions de gaz carbonique (optimal carbon tax), le protocole de Kyoto (seuls les pays développés sont taxés) et la taxe value-at-risk (qui cherche à éviter le dommage maximum) sont les propositions les moins adaptées en termes de coûts.

Conclusions[modifier | modifier le code]

Lomborg termine son ouvrage par une nouvelle inspection de la litanie et conclut que l'état du monde est bien meilleur que le prétend la litanie. Selon l'auteur, cette situation inversée pose un problème parce que les affirmations alarmistes amènent l'attention de l'humanité sur des problèmes mineurs et la détourne des questions importantes. Cela pourrait même conduire, de son point de vue, à mettre en place des stratégies inadaptées qui pourraient avoir des effets néfastes pour l'humanité. Les ressources consacrées à cette politique devraient être utilisées pour que les pays pauvres puissent dépasser leurs problèmes économiques et ainsi résoudre les problèmes de la déforestation, de la famine, de la pollution et de la pénurie d'eau. Il ajoute également que le fait d'investir dans des technologies pour produire des énergies renouvelables serait une meilleure utilisation des fonds. Lomborg exhorte les responsables à considérer les vrais problèmes afin de résoudre ceux que souligne la litanie.

Les réactions[modifier | modifier le code]

Le livre était controversé avant même d'être publié en anglais. Il y eut même des pressions sur Cambridge University Press pour qu'ils ne le publient pas. Une fois distribué, il a provoqué des réactions extrêmes dans les milieux scientifiques et dans les médias. De façon générale, les groupes pour la protection de l'environnement étaient très critiques. Plusieurs sites Internet sont consacrés exclusivement à dénombrer et détailler les erreurs du livre[2]. Sur son site officiel, Bjørn Lomborg répond à la plupart de ces critiques.

Pressions pour empêcher la publication[modifier | modifier le code]

Le Dr Chris Harrison, directeur des publications pour les sciences sociales à Cambridge University Press, prévoyant les polémiques que susciteraient un tel ouvrage, déclare avoir apporté une attention spéciale à son évaluation. Par exemple, plutôt que de le faire lire au comité de lecture habituel pour les sciences sociales, le choix s'est porté sur celui des sciences environnementales. Quatre membres ont été choisis, un expert en climatologie, un autre en biodiversité et développement durable, un spécialiste en économie des changements climatiques et un « pur » économiste. Tous quatre ont jugé que le livre devait être publié. Alors que les critiques étaient évidemment attendues, les éditeurs se dirent surpris des pressions subies pour en empêcher la publication. Certains critiques exigeaient que soit créé un groupe d'experts afin d'identifier les erreurs contenues dans l'ouvrage (et cela malgré le travail du comité de lecture de l'éditeur), d'autres que les droits de Cambridge University Press sur cet ouvrage soient transférés à une maison d'édition non universitaire et d'autres encore que le règlement intérieur de l'université devait prévoir à l'avenir de ne pas publier des ouvrages qui n'étaient que des « tracts politiques ».

Chris Harrison déclara que « la plupart des critiques de l'ouvrage, au lieu de démonter son argumentation, comme cela se passe habituellement, se sont concentrés sur le rôle de l'éditeur dans sa publication. Les boîtes aux lettres des éditeurs ont subi l'assaut d'une campagne concertée pour persuader Cambridge de renoncer à cette publication ». Il décrit dans le même article les plaintes des environnementalistes qui craignaient que le livre ne serve les intérêts de certaines entreprises.

Cambridge University Press publia alors un article afin d'expliquer « les décisions éditoriales qui avaient conduit à la publication du livre mais également à la résistance de Cambridge aux pressions pour le faire retirer du marché ». En réponse à ceux qui prétendaient que le livre manquait du crédit apporté par un comité de lecture scientifique, l'éditeur déclara : « Il n'aurait pas été juste d'abandonner un auteur qui a satisfait à toutes les exigences de notre comité de lecture ». Cambridge lança également un appel à un ou des manuscrits qui offriraient une argumentation opposée à celle de Lomborg, mais l'éditeur constata qu'il n'y eut aucune tentative, à sa connaissance, par les critiques de soumettre quelque chose à l'éditeur. Certains en conclurent que la critique du livre était plus politique que scientifique. Harrison déclara également qu'il fut « surpris et déçu de voir que la lettre des critiques était citée dans Time Magazine du 2 septembre 2002 ... dans lequel les auteurs répétaient leurs attaques au sujet de l'absence de comité de lecture malgré l'assurance qui leur avait été apportée du contraire... cette accusation qui a été reprise dans les médias est sans fondement ».

Cambridge University Press n'a pas cédé à la pression et publia donc le livre.

Les critiques[modifier | modifier le code]

Critiques sur le matériau et la méthode[modifier | modifier le code]

En janvier 2002, le Scientific American a regroupé une série d'articles par plusieurs scientifiques[3] prétendant que Lomborg ne traduit ni le point de vue des scientifiques, ni l'opinion scientifique. Le magazine a autorisé un droit de réponse d'une page dans leur numéro de mai 2002. Une version plus complète de son droit de réponse a été publié sur le site de l'auteur, puis en ligne sur le site du Scientific American.

Le magazine Nature a également publié un article sévère sur le livre de Lomborg. Stuart Pimm du Center for Environmental Research and Conservation à Columbia University et Jeff Harvey de l'Institut de l'écologie de Hollande y écrivent : « Le texte emploie la stratégie de ceux qui, par exemple, veulent faire entendre que les homosexuels ne meurent pas du Sida ou que les juifs n'ont pas été sélectionnés par les nazis pour leur extermination ».

L'Union of Concerned Scientists (UCS), un groupe politique, déclara que le livre de Lomborg était rempli d'erreurs et n'était pas à la hauteur des standards d'analyse scientifique[4]. Ils soulignaient en particulier la volonté de Lomborg d'ignorer que des millions de personnes n'ont pas d'accès à l'eau potable parmi d'autres manipulations des données. Leur appréciation du livre était qu'il était conçu à partir de jugements de valeurs personnels déguisés en affirmations scientifiques.

Critique de la nature irréaliste des conclusions[modifier | modifier le code]

Le correspondant de la BBC pour l'environnement, Alex Kirby, écrivit le 23 août 2001[5] : « Je ne suis ni un statisticien, ni un scientifique, et il me manque la capacité d'évaluer le sort que fait Lomborg à la sagesse conventionnelle. Mais je m'inquiète cependant que pour chacun des sujets qu'il aborde, il parvienne à une conclusion radicalement différente d'à peu près tout le monde. Cela semble indiquer que la plupart des scientifiques ont tort, ont la vue courte, sont naïfs et intéressés uniquement à trouver des fonds pour leurs recherches, et qu'ils ne dansent que sur la musique de ceux qui font campagne pour l'environnement. La plupart de ceux que je connais sont pourtant honnêtes, intelligents et compétents. Il me semble donc qu'il est difficile de croire que le professeur Lomborg soit le seul à être dans le rythme tout le temps. » Il ajoute plus loin : « Dans le monde très rationnel où Lomborg pense que nous habitons tous, nous devrions gérer les problèmes un par un. Mais le vrai monde est beaucoup plus désordonné, imprévisible et impatient ».

Le 5 septembre 2001, l'environnementaliste Mark Lynas jeta une tarte à la crème au visage de Lomborg. Le 9 septembre 2001, il justifia son acte dans son article : « Pourquoi j'ai entarté Lomborg »[6] : « Lomborg s'est spécialisé dans la présentation de faux choix à ses lecteurs, comme l'affirmation que l'argent qui n'est pas dépensé pour empêcher le changement climatique pourrait être utilisé pour apporter de l'eau potable aux pays en voie de développement. Dans le monde réel, nous ne pouvons pas faire de tels choix. Pourquoi ne pas prendre aussi les 60 milliards de la guerre des étoiles du stupide fils de Bush pour sauver des vies en Éthiopie ? Parce que dans un monde où les choix politiques ne sont pas démocratiques sur un plan global, mais faits par un petit nombre de pays riches et d'entreprises, les pauvres et l'environnement ne seront jamais une priorité. »

Accusation de malhonnêteté scientifique[modifier | modifier le code]

Plusieurs scientifiques ont déposé une plainte contre Lomborg devant le Danish Committees on Scientific Dishonesty (Comité Danois contre la malhonnêteté scientifique)(DCSD)[7], un organe du ministère danois des technologies de l'information et de la recherche. Cette requête alimenta la polémique autour de l'ouvrage et servit de point de ralliement pour les supporters et les critiques de Lomborg et de son livre. Le DCSD donna sa conclusion en janvier 2003, et publia également, de manière inhabituelle, le contenu de leurs conversations. La conclusion fut que Lomborg n'était pas coupable de malhonnêteté scientifique, parce qu'il n'avait pas d'expérience dans les domaines concernés par la plainte. Mais, par l'analyse des notes de bas de page du livre, le DCSD déclara publiquement que l'ouvrage était cependant scientifiquement malhonnête. Lomborg se plaignit ensuite auprès de ce ministère qui déclara que la gestion par le DCSD de l'investigation n'avait pas été appropriée et demande au DCSD de reconsidérer le cas. Le DCSD refusa, déclarant que Lomborg avait de toute façon été blanchi en première instance. Puisque cette décision avait cependant été refusée par le ministère, le fait que le DCSD refuse de rouvrir le dossier, les conclusions n'existaient plus officiellement. La décision du DCSD provoqua une pétition parmi des universitaires Danois. 308 scientifiques, la plupart venant des sciences sociales, critiquèrent la méthode du DCSD lors de cette affaire. En réaction à cette pétition « pro Lomborg », un autre groupe de scientifiques réunirent 640 signatures pour soutenir le DCSD, incluant celle d'un prix Nobel de Chimie, Jens Christian Skou.

Les soutiens[modifier | modifier le code]

Malgré les intenses critiques que reçut le livre avant, pendant et après sa diffusion, l'écologiste sceptique a reçu un accueil positif et parfois enthousiaste de la part de certains médias spécialisés. Le livre ayant été publié au cours du mois d'août 2001, et compte tenu des attentats du 11 septembre, certains ont supposé que l'affaire n'avait pas eu l'ampleur qu'elle aurait pu avoir. L'Economist, un magazine important du Royaume-Uni écrivit « Voici un des meilleurs ouvrages existants depuis une dizaine d'années sur la politique à suivre en matière d'environnement, écrit pour un public intelligent (...) ce livre est un triomphe ».

Le New York Times : « la cible principale de ce livre, un ouvrage substantiel d'analyses avec près de 3000 notes, sont les affirmations des organisations environnementales comme le Worldwatch Institute, le World Wildlife Fund et Greenpeace. »

Le Wall Street Journal : « Un livre très bien documenté et très lisible. »

Le Washington Post : « La bonne nouvelle de Bjørn Lomborg est une mauvaise nouvelle pour les idéologues verts. Son livre lucide et très instructif est maintenant le point de départ de toutes les discussions au sujet de la politique environnementale. Ce livre est le travail le plus significatif sur l'environnement depuis celui, diamétralement opposé, de Rachel Carson, « Silent Spring » (Le printemps silencieux) en 1962. C'est un magnifique accomplissement. »

Rolling Stone : « Lomborg a réussi l'exploit d'associer le techno-optimisme de l'âge de l'Internet aux soucis du peuple de gauche pour le destin de la planète ».

En mars 2003 la New York Law School Law Review publia une étude des critiques de L'écologiste sceptique. Les auteurs la présentèrent sous la forme d'un procès dans lequel il y aurait une opposition à l'audition d'un témoin. La question étant de déterminer si le témoin sur le sujet en question était crédible en fonction de son expertise dans le domaine. Ils classèrent chacune des critiques et les réponses apportées par Lomborg puis évaluèrent les raisons données pour disqualifier Lomborg. Leur conclusion fut que la « cour » devait accepter Lomborg comme un expert et un témoin crédible sur les statistiques et que son témoignage, dans le cadre strict de son domaine d'expertise, était valide. Ils ajoutèrent que les conclusions de Lomborg pouvaient ne pas être correctes et ses propositions mauvaises mais que son travail devait être discuté et non pas rejeté d'un bloc.

Dans l'article « Vert avec une idéologie, le projet caché derrière les attaques « scientifiques » du livre controversé de Lomborg », Ronald Bailey dit : « L'âpre campagne contre Lomborg met en lumière la crise cachée de ce que nous pourrions appeler l'environnementalisme idéologique ».

Impact à long terme de l'ouvrage[modifier | modifier le code]

L'écologiste sceptique est devenu un livre à succès international en 2001 et 2002. Il a été dans la liste des lectures obligatoires dans le cursus de plusieurs universités. Dans les années qui suivirent, l'impact de Lomborg sur la politique de l'environnement s'est prolongé via son association avec le Copenhagen Consensus.

Le second livre de Lomborg, Global Crises, Global Solutions[8] est basé sur un projet qu'il a initié et qu'il préside, appelé le consensus de Copenhague, et comprenant huit économistes, incluant trois prix Nobel en économie (prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel), et traitant de problèmes globaux, par l'utilisation de l'analyse des données.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Lomborg, Bjørn. The Skeptical Environmentalist: Measuring the Real State of the World, Cambridge University Press 2001
  2. Lomborg Errors
  3. ScientificAmerican+BL for SA.PDF
  4. UCS examines The Skeptical Environmentalist by Bjørn Lomborg http://www.ucsusa.org
  5. BBC News | UK | Bjorn Lomborg's wonderful world
  6. Mark Lynas, Schema-Root news
  7. http://fi.dk/site/english/councils-commissions-committees/the-danish-committees-on-scientific-dishonesty
  8. October 2004; Cambridge University Press