Intension et extension

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d’aide sur l’homonymie Pour l’article homophone, voir Intention.

L’intension (ou compréhension chez les auteurs les plus anciens) et l’extension sont des concepts logiques qui ont été utilisés par la philosophie ancienne et médiévale, et reprise aujourd'hui, par la philosophie du langage. L'usage moderne de cette distinction correspond à la distinction fregéenne entre sens et dénotation. Selon la logique aristotélicienne, l'extension se réfère à l'ensemble des objets auxquels s'appliquent ces caractères (objets de la classe) et l'intension (ou compréhension) désigne l'ensemble des prédicats qui appartiennent à un concept (prédicats du sujet).

La distinction sens et dénotation[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Sens et dénotation.

Dans son célèbre article Über Sinn und Bedeutung Frege distingue la dénotation (Bedeutung) l'objet du monde auquel réfère la proposition et le sens (sinn), qu'il définit comme « le mode de donation » de la dénotation, c'est-à-dire l'ensemble des règles permettant d'établir la dénotation de la proposition.

Les deux notions sont liées mais bien distinctes, une proposition peut ne pas avoir de dénotation et être doué de sens, par exemple La petite-fille du Père Noël est charmante. Des descriptions définies comme la petite-fille du Père Noël ou l'empereur de Suisse ont un sens mais pas de dénotation ; dans le vocabulaire moderne de la logique on dit qu'elles ont une intension mais pas d'extension (ou une extension vide).

La distinction intension/extension[modifier | modifier le code]

Toute classe d'éléments peut être définie en extension (en nommant ou en désignant chaque individu qui en fait partie) ou en intension, par une description (spécification d'un certain nombre de prédicats) qui définit la classe. L'intension s'identifie ainsi au concept.

Par exemple, la classe des rois de France peut être désignée extensionnellement en donnant une liste de noms, ou intensionnellement par le concept « roi de France » (c'est-à-dire le prédicat, la propriété « être un roi de France »).

Deux termes peuvent dès lors avoir une intension différente, c'est-à-dire être des concepts distincts, tout en ayant la même extension, c'est-à-dire s'attribuer au même groupe d'objets (par exemple le terme de « créature avec un foie » et « créature avec un rein »)[1]. La réciproque n'est pas vraie : deux termes ne peuvent avoir la même intension mais avoir une extension différente[1]. L'identité d'intension détermine donc l'identité d'extension ; ou encore, la signification d'un terme (son intension) détermine son extension[1].

Selon la théorie médiévale, « le concept correspondant à un terme n'était rien d'autre qu'une conjonction de prédicats » (Putnam, 1975[1]). Dès lors, « le concept correspondant à un terme devait toujours fournir des conditions nécessaires et suffisantes d'appartenance à l'extension du terme »[1]. Les discussions médiévales étaient de nature à la fois logique et théologique : il y avait en effet un paradoxe théologique qui se présenta aux théologiens juifs, arabes et chrétiens, concernant la définition du terme « Dieu »[1]. Le concept de Dieu était en effet déterminé par la conjonction de différents termes, les « perfections divines » : « Souverainement Bon », « Tout-Puissant », « Omniscient », etc.[1] Mais l'unité divine empêchait l'essence divine d'être complexe : « « Dieu » était défini à l'aide d'une conjonction de termes, mais Dieu (sans guillemets) ne pouvait pas être le produit logique des propriétés correspondantes »[1].

Intension, concept et état psychologique[modifier | modifier le code]

Une théorie dominante affirmait ainsi que la signification d'un terme ou d'un énoncé, au sens d'intension, était un concept. Selon Hilary Putnam, cette théorie débouchait sur la conclusion selon laquelle un concept était une entité mentale[1]. Frege et Carnap, qui partageaient cette théorie du concept, mais refusaient le « psychologisme », assimilaient le concept non pas à une entité mentale, mais à une entité abstraite[1]. Toutefois, la saisie de ces entités abstraites demeuraient un « acte psychologique » : comprendre un mot, ou connaître son intension, c'était selon eux être dans un certain état psychologique.

C'est cela qu'a mis en cause Hilary Putnam dans son expérience de pensée dite de la Terre jumelle[1]. Putnam s'attaque à en effet à cette théorie descriptiviste de la signification, qui repose selon lui sur deux hypothèses :

  • connaître la signification d'un terme revient à être dans un certain état psychologique[1] ;
  • la signification d'un terme (au sens d'intension) détermine son extension (au sens où l'identité d'intension implique l'identité d'extension)[1].

Notes et référence[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m (en) Hilary Putnam, « The meaning of "meaning" », in Mind, Language and Reality, Cambridge University Press, 1975, p. 218 à 227 (traduit par Pascal Ludwig dans Le langage, Flammarion (GF Corpus), 1997).

Voir aussi[modifier | modifier le code]