Genjō kōan

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Le Genjō kōan (現成公案) peut se traduire par Réalisation du kōan comme présence[1] ou encore par Actualisation du point fondamental[2]. Le Genjō kōan est le premier chapitre de la compilation originale du Shōbōgenzō ("Le Trésor de l'Œil de la Vraie Loi"), le chef-d'œuvre du Maître zen japonais Dōgen. Le Genjō kōan fut écrit en 1233 ("15 du huitième mois de la première année de Tenpuku") et intégré en 1252 ("dans la quatrième année de Kencho") dans le Shōbōgenzō.

Contenu[modifier | modifier le code]

Le Genjō kōan est l'introduction au Shōbogenzō , mais en même temps, il représente bien plus pour Dôgen. À ses yeux, il est l'essence même du bouddhisme. Pour Eikō Kyōgo, successeur du disciple principal de Dôgen (Eikô Sen'e), bien que tous les chapitres du Shôbôgenzô portent des noms distincts, ils constituent tous des Genjō kōan, des actualisations du kōan, des questionnements continuels de l'Éveil en notre être: « Même si chacun des fascicules expose des aspects multiples et diversifiés, ils ont tous pour principe sous-jacent la non-dualité ou vacuité. À travers tout le Shōbogenzō, du Genjō kōan, le premier fascicule, à Shukke, le dernier des 75 fascicules, est exprimé ce principe fondamental »[3]. La vacuité et la non-dualité sont donc l'essence de ce kōan qui s'actualise ici et maintenant; cette vacuité se réalise comme présence dans le monde des apparences vécues. Et c'est cette présence mystérieuse que Dōgen essaye d'évoquer tout au long de ces textes. Le Genjō kōan donne donc le ton de toute l'œuvre du Shōbogenzō, et en cela il est important. En 1922, le chef de l'école Zen Sōtō, Bokuzan Nishiari disait du Genjō kōan : « Ce fascicule est la peau, la chair, les os et la moelle du Fondateur. Y est exposé l'enseignement fondamental donné de son vivant par le Fondateur. Le Dharma du Bouddha qui régit toute sa vie se trouve révélée dans cette œuvre. Les 95 fascicules du Shōbogenzō n'en sont que les rejetons » [4].

L’illusion[modifier | modifier le code]

« Fondamentalement, la Voie de Bouddha se transcende d'elle-même, et n'a que faire des notions telles que richesse ou pauvreté.[...] Lorsque les Bouddhas ont été certifiés, ils n'ont plus ce besoin de se sentir reconnus et de s'affirmer comme tels. Et pourtant, ils ont tous fait en sorte de réactualiser leur expérience, en poursuivant leur pratique.[...] Par notre corps et notre esprit - s'ils sont en harmonie et s'ils ne font qu'un - nous pouvons appréhender la vraie forme et entendre le vrai son des choses. » [...][réf. à confirmer]

« Il en va de même pour toutes choses de ce monde. Si l'on se réfère à notre point de vue, nous voyons les choses d'une manière sélective. Mais avoir une vue correcte des choses dépend plus de notre pratique que de notre point de vue. »

Ici le Genjō kōan expose le dépassement des concepts, l'enseignement du bouddha transcende les illusions de l'existence et l'enseignement lui-même est illusion. L'éveil n'est pas le but mais la pratique.

Le non-attachement[modifier | modifier le code]

« Étudier la voie du Bouddha, c'est s'étudier soi-même. S'étudier soi-même, c'est s'oublier soi-même. S'oublier soi-même, c'est être éveillé par toutes les existences. Être éveillé par toutes les existences, c'est dépouiller son propre corps et son propre esprit comme le corps et l'esprit de l'autre. »

Ainsi le bouddhisme est l'élimination des attachements à l'ego et à toutes choses. Le bouddhisme, c'est le non-attachement.

L’impermanence[modifier | modifier le code]

« Si nous essayons de comprendre la nature des phénomènes à partir de nos perceptions compliquées, nous pourrions commettre l'erreur de croire que notre nature est permanente. […] Dans l'enseignement de Bouddha, il n'a jamais été dit que la vie se transforme en mort. […] la vie et la mort ont leurs propres existences. […] La vie et la mort ont une existence propre et n'ont entre elles de rapport que celui qu'entretient l'hiver avec le printemps. N'allez surtout pas penser que c'est l'hiver qui se change en printemps ou le printemps en été. »

Pour Dōgen, tout a son moment d’existence, le moment où il est. Tout change mais ne devient pas autre chose pour autant.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1.  Yoko Orimo, « Genjô kôan. Réalisation du kôan comme présence » in Le Shobogenzo de maître Dogen. La Vraie Loi, Trésor de l'Œil, Vannes, Éditions Sully , p. 61-72.
  2. Maître Dōgen, Polir la lune et labourer les nuages, Œuvres présentées et traduites par Jacques Brosse, Paris, Albin Michel, Coll. Spiritualités vivantes, 1998, p. 91-98.
  3. Maître Dōgen, Polir la lune et labourer les nuages, Œuvres présentées et traduites par Jacques Brosse, Paris, Albin Michel, Coll. Spiritualités vivantes, 1998, p. 92.
  4. Maître Dogen, Polir la lune et labourer les nuages, ibid., p. 92. Il y a plusieurs recensement des chapitres du Shôbôgenzô: l'ancienne version comporte 75 fascicules tandis que la plus récente en compte 95. On ne s'étonnera donc pas que Eikô Kyôgo et Bokuzan Nishiari ne s'accordent pas sur le nombre de fascicules. Voir à ce propos: Yoko Orimo, « Histoire de la transmission du Trésor » in Le Shobogenzo de maître Dogen. La Vraie Loi, Trésor de l'Œil, Vannes, Éditions Sully , p. 501-553.

Traductions du Genjō kōan[modifier | modifier le code]

  • « Genjō kōan. L'actualisation du point fondamental » in Maître Dōgen, Polir la lune et labourer les nuages, Œuvres présentées et traduites par Jacques Brosse, Paris, Albin Michel, Coll. Spiritualités vivantes, 1998, p. 91-98.
  • « Genjō kōan. Le kōan actualisé » in La vision immédiate: Nature, éveil et tradition selon le Shôbôgenzô, Traduction et commentaire de Bernard Faure, Paris, Éditions Le Mail, 1987, p. 113-119.
  • « Genjō kōan. Le kōan qui se réalise comme présence » in Maître Dōgen, Shôbôgenzô: La vraie Loi, Trésor de l'Œil, Tome 3, Traduit du japonais et annoté par Yoko Orimo, Vannes, Éditions Sully, 2007, p. 9-24.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Shohaku Okumora, Réaliser Genjôkôan: La clé du Shôbôgenzô de Dôgen, Paris, Éditions Almora, 2016 [2010].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]