Geneviève Sellier

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Geneviève Sellier est une historienne du cinéma et professeur des universités française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Ancienne élève de l'ENS de Fontenay, agrégée de lettres modernes, titulaire d’un doctorat de 3e cycle en cinéma portant sur Jean Grémillon (sous la direction de Michel Marie), Geneviève Sellier est professeure en études cinématographiques à l'Université de Caen, puis à l'Université Michel de Montaigne Bordeaux 3, et membre de l'Institut Universitaire de France.

Elle anime de 1995 à 2004 le séminaire de recherches sur les rapports sociaux de sexe dans le champ culturel au sein du Centre d’Histoire culturelle des sociétés contemporaines de l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. Elle est également membre de l'Institut Universitaire de France[1].

Travaux[modifier | modifier le code]

Geneviève Sellier est spécialiste de l'étude des représentations des rapports sociaux de sexe et des identités de sexe au cinéma et à la télévision. Son travail peut donc être rapproché des cultural studies ou des gender studies anglo-américaines - domaine d'études peu représenté au sein de l'université française[2]. Cette orientation lui est venue de sa rencontre avec Noël Burch à la sortie de son ouvrage sur Grémillon, alors que l'historien d'origine américaine s'était détourné d'une approche formaliste du cinéma vers une approche proche des "gender studies". Interrogée sur le manque d'intérêt, voire le mépris, de l'université française face à ces questions, Sellier déclare :

« Les personnes qui ont le pouvoir dans les départements de cinéma sont des héritiers de la cinéphilie des Cahiers du cinéma. La vision qui s'y est développée est celle d'une création échappant totalement aux déterminations sociales et se rapportant à un auteur masculin universel. Comme l'approche de genre est la prise en compte de déterminations sociales, elle est perçue comme sacrilège. La figure de l'auteur reste centrale dans toute la pratique des universitaires français. (...) L'enjeu [des études de genre] est social et politique. C'est la remise en cause d'une vision de l'art idéaliste et réactionnaire : l'art serait le fait d'un homme œuvrant seul dans sa tour d'ivoire. Or au cinéma, on sait très bien que l'on ne peut pas faire de films sans équipe. Une série de compromis est nécessaire pour financer un film car faire un film coûte très cher. Le cinéma d'auteur est donc un mythe et un fantasme. Une approche genrée remet en question non seulement la domination masculine mais désigne comme réactionnaire cette conception de la création qui reste au cœur de la cinéphilie[3]. »

G. Sellier et N. Burch ont donc cherché à appliquer au cinéma français des interrogations propres aux gender studies, en évacuant l'approche psychanalytique propre à certaines chercheuses anglo-américaines pour privilégier une approche historique et socioculturelle (analyse des représentations dans leur contexte de production et de réception).

« Il s'agit de s'intéresser à ce dont parlent les films et comment ils en parlent. L'idée est d'abandonner la posture formaliste qui est la tendance dominante de la cinéphilie et de prendre en compte la raison pour laquelle le public ordinaire va au cinéma : pour qu'on lui raconte des histoires qui l'émeuvent, le font rire ou le dynamisent.(...) Il faut s'intéresser à la complexité des productions culturelles qui s'adressant à des publics variés. Les films mettent en scène des lieux communs conservateurs mais aussi des conflits d'intérêts et des contradictions sociales. On va au cinéma pour qu'on nous parle du monde dans lequel nous sommes et des préoccupations que nous avons. Le chercheur ou la chercheuse doit avoir avec la culture de masse un rapport de compréhension et non pas un rapport surplombant. Le deuxième aspect est de s'intéresser à tous les films et de considérer que les fictions audiovisuelles sont l'expression de l'imaginaire collectif d'une société et non pas le reflet d'une société. Si on veut comprendre ce qui se passe dans la tête de nos contemporains, ce ne sont pas les films d'avant-garde qu'il faut regarder mais les films que la majorité des publics vont voir, sans avoir une posture méprisante à l'égard de ces films[3]. »

Dans cette perspective, Geneviève Sellier publie en collaboration avec Noël Burch La drôle de guerre des sexes du cinéma français (1930-1956), qui lui vaudra le Prix du syndicat de la critique de cinéma en 1997. Les deux auteurs présenteront différents aspects de leur champ de recherche dans l'ouvrage Le cinéma au prisme des rapports de sexe, en 2009[4]. Sa période de prédilection est le cinéma français populaire des années 1930 jusqu'à la Nouvelle Vague.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Noël Burch et Geneviève Sellier, La drôle de guerre des sexes du cinéma français, Paris, Nathan, 1996
  • Les enfants du paradis, analyse critique, Paris, Nathan, 1992
  • Jean Grémillon, le cinéma est à vous, Paris, Klincksieck, 1989, rééd. 2012
  • La Nouvelle Vague, un cinéma au masculin singulier, CNRS éditions, 2005
  • Noël Burch et Geneviève Sellier, Le cinéma au prisme des rapports de sexe, Paris, Vrin, 2009 (ISBN 978-2-7116-2222-1)

Collectifs :

  • Femmes de pouvoir - Mythes et fantasmes, avec Odile Krakovitch et Eliane Viennot, L'Harmattan, 2001
  • Culture d'élite, culture de masse et différence des sexes (sous la direction de Geneviève Sellier et Eliane Viennot), L'Harmattan, 2004
  • Les Séries policières (sous la direction de Pierre Beylot et Geneviève Sellier), L'Harmattan, 2004
  • La Fiction éclatée, Volume 1, Études socioculturelles (sous la direction de Jean-Pierre Bertin-Maghit et Geneviève Sellier, L'Harmattan/INA, 2007
  • La Fiction éclatée, Volume 2, Petits et grands écrans français et francophones - De l'esthétique à l'économie (sous la direction de Jean-Pierre Bertin-Maghit et Geneviève Sellier), L'Harmattan/INA, 2007

Articles :

  • « Les séries policières françaises: de nouveaux rapports hommes/femmes? », dans Les séries télé, hors-série MédiaMorphoses, Éric Maigret & Guillaume Soulez (dir.), Paris, Ina-Armand Colin, 2007.
  • « Gender studies et études filmiques », Cahiers du Genre no 38 (« Politiques de la représentation et de l’identité »), Paris, L’Harmattan, 2005.
  • « Les films “Belle Époque” dans le cinéma français d’après-guerre. Invisibilité d’un genre “féminin” », dans Le cinéma français face aux genres, Raphaëlle Moine (dir.), Paris, AFRHC (Association Française de Recherche sur l’Histoire du Cinéma), 2005.
  • « Genre, modernisme et culture de masse dans la Nouvelle Vague », Nouvelles Questions Féministes, vol.22, no 1, Lausanne, éditions Antipodes, 2003.
  • « French Women making Films in the 1990s », dans Beyond French Feminisms: Debates on Women, Politics and Culture in France 1981-2001, Roger Celestin et alii (ed.), New York (États-Unis), Palgrave Macmillan, 2003.
  • « Saint-Cyr, le film historique renouvelé par le cinéma d’auteur-e », Sites, The Journal of 20th-Century / Contemporary French Studies vol. 6, Issue 2, Fall 2002, Oxford (G.B.), Routledge.
  • « Jeanne Moreau et la Nouvelle Vague : femme moderne ou éternel féminin? », L’Esprit créateur, Spring 2002, vol.XLII, no 1 (« Gender in French Film since the New Wave », dir. Dalton Krauss, Steven Ungar & Lynn Higgins), Lexington (KY, USA), University of Kentucky.
  • « Films de femme dans la Nouvelle Vague: une alternative au cinéma d’auteur? », dans Au Théâtre, au cinéma, au féminin, Mireille Calle-Gruber & Hélène Cixous (dir.), Paris, L’Harmattan, 2002.
  • « Images de femmes dans le cinéma de la Nouvelle Vague: À bout de souffle, Les Bonnes Femmes, Cléo de 5 à 7, Hiroshima mon amour ». Clio, Histoire, Femmes et Sociétés no 10, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 1999.
  • « Le cinéma français des années trente » ; « L’antiféminisme dans le cinéma des années cinquante », dans L'Antiféminisme au XXe siècle, Christine Bard (dir.), Paris, Fayard, 1999.

Notes et références[modifier | modifier le code]