Fontaine Saint-Pardoux à Bugeat

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Fontaine Saint-Pardoux à Bugeat
Fontaine Saint Pardoux Bugeat Bassin Fontaine Vue Face.jpg
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La fontaine Saint-Pardoux à Bugeat est une fontaine située dans le quartier dit « Quartier du Moulin », en contrebas de la rue du Pont des Rochers, à Bugeat, dans le département français de la Corrèze.

Quelques données historiques[modifier | modifier le code]

Une petite construction marque l’emplacement de la fontaine ; on y voit un bloc de pierre, taillé en forme de stèle avec deux pans coupés, agrémenté de moulures, gravé de deux inscriptions, l’une à l’avant du bloc taillé : S PARDOUX, l’autre à l’arrière : 1891 ; le bloc est surmonté d’une petite croix latine taillée dans une pierre, une croix dont la partie supérieure est manquante ; en dessous du bloc de pierre se trouve un petit bassin où arrive l’eau de la source. La fontaine Saint-Pardoux à Bugeat porte le nom du saint patron de la paroisse de Bugeat, saint Pardoux, qui a donné son nom à l’église de la paroisse, qui se tient sur la place principale du bourg. La fontaine Saint-Pardoux, près du moulin de Bugeat, est un site répertorié dans les ouvrages traitant du tourisme et du patrimoine ; les visiteurs sont informés que cette fontaine était autrefois réputée pour la guérison des maux d’yeux, et qu’on s’y rendait en pèlerinage, le jour de la fête du saint, le 6 octobre[1].

La date gravée sur le bloc de pierre situé à l’emplacement de la fontaine, 1891, indique l’année où a été mise en place la petite construction mettant en valeur la fontaine. Plus d’un siècle plus tard, en 2016, à l'initiative de l'association Les Amis du Pays de Bugeat, l'accès à la fontaine Saint-Pardoux a été aménagé ; grâce aux travaux entrepris et avec l’aimable autorisation des propriétaires du terrain où se trouve la fontaine, le chemin de la fontaine Saint-Pardoux a été à nouveau ouvert ; ce chemin mène à cette fontaine, réputée guérir les maladies des yeux. Un peu plus haut que la fontaine, dans la pente, se trouve un lavoir, qui a été longtemps fréquenté par les femmes de Bugeat qui venaient y laver et y rincer le linge qu’elles avaient lessivé à la maison. Un peu plus bas que la fontaine, là où coule le Ruisseau des Rochers, se trouve un pont, de type « pont planche », fait de dalles de granite soutenues par des piliers constituées de grosses pierres entassés, un type de pont que l’on trouve en plusieurs endroits du Plateau de Millevaches[2].

Fragment d’une croix décorant la fontaine[modifier | modifier le code]

Un des éléments décorant la fontaine retient l’attention, et il s’agit du fragment d’une croix de granite reposant sur la partie supérieure du socle, qui est taillé en forme de stèle, et qui est installé en bordure du bassin recueillant l’eau de la source. Ce fragment sculpté est la partie sommitale d’une de ces croix, dites « croix monumentales », qui sont au nombre de plus de 1300 en Haute-Corrèze. A Bugeat, il a été conservé la partie supérieure du fût d’une croix de granite ; l’extrémité du fût n’est pas pattée, mais elle est échancrée en deux lobes ; cette forme se retrouve dans d’autres croix de la région ; à Bugeat, il a été également conservé, sur le même fragment de pierre, la représentation sculptée du visage du Christ. Les morceaux manquants sont les bras de la croix, ainsi que la partie inférieure du fût. Le fragment sculpté conservé a été fixé par un joint de ciment sur le socle où est gravé le nom de saint Pardoux : S PARDOUX. Ces éléments stylistiques suggèrent que ce fragment d’une croix de granite a été trouvé en dehors du site de la fontaine, et remployé en cet endroit ; cette pratique a été observé dans la région où des croix ont été remployées sur un puits ou une fontaine[3].

Des images liées à la fontaine[modifier | modifier le code]

Gaston Vuillier, décédé en Corrèze à Gimel-les-Cascades, en 1915, dessinateur, journaliste, a fait le récit d’un voyage qui l’a conduit, en 1899, en Haute-Corrèze. Il a donné, à la suite de ce voyage, des descriptions et des récits sur les fontaines sacrées du Limousin, dans un texte intitulé « Chez les magiciens et les sorciers de la Corrèze ». Mentionnant son séjour à Bugeat, Gaston Vuillier ne parle que de la fontaine Saint-Pardoux : « Rien à conter sur Bugeat, qui devint notre centre de ralliement sur ces hauteurs. Dans le voisinage, sur une pente, sourd la fontaine sacrée de Saint-Pardoux, réputée pour guérir les maux d’yeux. C’est tout ce que la petite ville semble offrir d’intéressant. » Le journaliste était aussi dessinateur et il a laissé une représentation de la fontaine dans un dessin publié dans la revue Le Tour du monde[4],[5].

Souvenirs des pratiques cultuelles[modifier | modifier le code]

Souvenirs d'une bugeacoise, née en 1915 : « Nous voilà donc un 6 octobre des années 1930, par une journée ensoleillée, hommes, femmes, enfants, et moi, jeune fille, rassemblés devant l'église de Bugeat pour effectuer un trajet, à pied, pleins de ferveur et d'effervescence ! À l'arrivée du prêtre, nous formions le cortège de la procession. Les adultes suivaient les enfants porteurs de la bannière du Saint et parfois de sa représentation, précédés par les enfants de chœur. Le prêtre, vêtu de son étole, ouvrait la marche en arborant le crucifix. Chants religieux, cantiques à la gloire du Saint et prières scandaient le trajet. Une pause s'effectuait à la croix du chemin du moulin. Parvenus à la source, les participants effectuaient un tour complet du lieu, et certaines voix masculines chuchotaient malicieusement : « per l'amadouo », en parlant du Saint, bien sûr. Chacun ayant trouvé sa place autour de la « Font », le prêtre récitait les différentes prières de la liturgie chrétienne, reprises en chœur par les pèlerins. Puis venaient les prières à Saint-Pardoux, suivies par les remerciements pour les bienfaits reçus durant l'année écoulée. C'était ensuite le moment très attendu. Le cercle s'élargissait, certains pouvaient s'asseoir et sortaient leur missel ; d'autres prenaient en leurs mains un objet, un vêtement, un ruban... Le prêtre se plaçait près de l'arrivée de l'eau. Des couples, des hommes, des femmes, des enfants formaient un rang et s'approchaient du prêtre qui procédait à l'application de l'eau sur les yeux : il renversait légèrement la tête du récipiendaire, et, à l'aide d'une fiole consacrée, versait l'eau de Saint-Pardoux sur les yeux ; pour chaque personne, il replongeait la fiole dans la source en disant : « Très Saint-Pardoux, que « X... », qui est venu vers Toi bénéficie de ton Amour, de ton Pardon et que ta Grâce le soigne, le guérisse », et l'assemblée répondait « Amen ». Pour terminer, chacun se rapprochait de la fontaine, les enfants de chœur entouraient le prêtre qui élevait le crucifix et un instant de silence, de recueillement, de prières s'installait. Quand l'officiant ôtait son étole, le pèlerinage était terminé. Ceux qui voulaient lui parler en particulier le faisaient à ce moment. Chacun regagnait à son rythme le bourg en remontant le chemin bordé de chênes et de noisetiers »[6].

Dans une étude savante, « Contribution à l'étude du culte de saint Pardoux de Guéret - Les ostensions d'Arnac-Pompadour en 1659 », Louis de Nussac signale le pouvoir curatif de « lo foun de sent Perdous », en français « la fontaine de Saint Pardoux », de Bugeat : « Saint Pardoux avait notamment le pouvoir de rendre la vue aux aveugles, l'abbé l'ayant été (note : Las founs de sent Perdous – Perdous, forme romane d'oc de Pardoux - d'Affieux, connue déjà en 1565, et de Bugeat, en Corrèze, guérissent encore des maux d'yeux). Ses restes, transportés à Limoges pour des ostensions et déposés aux portes de la ville en 1094 ayant opéré alors pareil miracle, comme le rapporte aussi Geoffroy de Vigeois. »[7].

Galerie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Martine Chavent, « Le Plateau de Millevaches » dans La Corrèze. Plateau de Millevaches. Massif des Monédières, Martel, Éditions du Laquet, 2000
  2. Journal municipal trimestriel, Le Bugeacois, n° 84, 2e trimestre 2016, Bugeat, Mairie, 2016
  3. Martine Chavent, chapitre « Architecture religieuse. Croix monumentales », dans l’ouvrage collectif, « Millevaches en Limousin. Architectures du plateau et de ses abords », Limoges, Patrimoine-Inventaire-Limousin, 1987
  4. Gaston Vuillier, « Chez les magiciens et les sorciers de la Corrèze », revue Le Tour du monde, n° 45, 11 novembre 1899, Paris, 1899
  5. https://geoculture.fr/la-fontaine-sacree-de-saint-pardoux-a-bugeat
  6. Collectif, « Quelques bugeacois se souviennent... La Fontaine Saint-Pardoux », Bugeat, Les Amis du Pays de Bugeat, tapuscrit, sans date
  7. Louis de Nussac, « Contribution à l'étude du culte de saint Pardoux de Guéret - Les ostensions d'Arnac-Pompadour en 1659 », Mémoires de la société des sciences naturelles et archéologiques de la Creuse, Guéret, Société des sciences naturelles de la Creuse, 1928, Tome 24, 1928-1930

Pour approfondir[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Martine Chavent, « Le Plateau de Millevaches » dans « La Corrèze. Plateau de Millevaches. Massif des Monédières », Martel, Éditions du Laquet, 2000.
  • Georges-Michel Coissac, « La Légende de Saint Pardoux », dans « Mon Limousin », Paris, A. Lahure, 1913.
  • Louis Duval, « Esquisses marchoises. Superstitions et légendes », Marseille, Laffitte Reprints, 1980.
  • Pierre Louty, « Limousin ensorcelé », Châteauneuf-la-Forêt, Éditions de La Veytizou, 1990.
  • Paul-Édouard Robinne et Martine Chavent, « Les architectures de l’eau », dans « Millevaches en Limousin. Architectures du plateau et de ses abords », Limoges, Patrimoine-Inventaire-Limousin, 1987.
  • Paul-Édouard Robinne (sous la direction de), « Légende dorée du Limousin, les saints de la Haute-Vienne », Limoges, Culture et Patrimoine, 1993.
  • François Vincent, « Les miracles de saint Pardoux », dans Jacques Chauvin et Jean-Pierre Baldit, « Contes populaires du Limousin : la Haute-Marche », Revue Lemouzi, n° 118, avril 1991, Tulle, Lemouzi, 1991.
  • Gaston Vuillier, « Chez les magiciens et les sorciers de la Corrèze », revue Le Tour du monde, n° 45, 11 novembre 1899, Paris, 1899.
  • Collectif, Le Bugeacois, journal municipal trimestriel, n° 84, 2e trimestre 2016, Bugeat, Mairie, 2016.
  • Collectif, « Quelques bugeacois se souviennent... La Fontaine Saint-Pardoux », Bugeat, Les Amis du Pays de Bugeat, tapuscrit, sans date.

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • [1] site GeoCulture, le Limousin vu par les artistes, sur lequel est publié le dessin de Gaston Vuillier, datant de 1899, « La fontaine sacrée de Saint-Pardoux à Bugeat ».
  • [2] site du Ministère de la Culture montrant une image de la statue de saint Pardoux qui se trouve dans l'église paroissiale de Bugeat.