Enseignement du fait religieux

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L’enseignement du fait religieux constitue l’une des modalités possibles d’un enseignement concernant le religieux.

Il résulte de la sécularisation progressive (et inégalement aboutie selon les pays) d'un enseignement religieux qui, au départ, était souvent de type confessionnel en fonction du statut reconnu à une religion donnée dans un État. Il met l'accent sur l'acquisition de connaissances objectives et vérifiées sur le religieux et non pas sur l'intériorisation d'une vision croyante au sein d'un système religieux particulier. La plupart des États européens incluent un cours d'éducation religieuse obligatoire dans les écoles publiques (mais généralement associé à une possibilité de dispense). La France se distingue par l'absence de discipline spécifique, l'enseignement du fait religieux étant dispensé à travers les disciplines existantes par un enrichissement des programmes.

Description[modifier | modifier le code]

L’expression "enseignement du fait religieux" s’est imposée dans le contexte français à la suite du rapport de Régis Debray sur « L’enseignement du fait religieux dans l’école laïque » (2002) pour signifier qu’il ne s’agit pas d’un enseignement religieux, c’est-à-dire confessionnel, mais d’un enseignement de type scientifique qui porte sur des faits de civilisation, au même titre que les faits économiques, sociaux, culturels. Même si la dénomination porte la marque du contexte français, un tel enseignement existe également dans beaucoup d’autres pays, en Europe et en Amérique du Nord, mais comme résultat d’une évolution progressive vers la neutralité et l’objectivité scientifiques d’un cours de religion à l’école primaire ou secondaire qui était au départ de type confessionnel. L’enseignement du fait religieux constitue dans ce cas un point d’aboutissement qui témoigne de la sécularisation de l’étude des religions dans l’enseignement primaire et secondaire.

Quelques exemples en Europe[modifier | modifier le code]

En essayant de classer les pays en niveau de séparation Église/État croissant[non neutre] :

Irlande[modifier | modifier le code]

La religion chrétienne est inscrite dans la Constitution, qui rend hommage à la Sainte Trinité. L’enseignement est de type confessionnel et obligatoire.

Grèce[modifier | modifier le code]

L’Église orthodoxe autocéphale est Église d’État. L’enseignement est de type confessionnel et obligatoire en vertu de l'article 16, paragraphe 2 de la Constitution grecque de 1975 qui stipule que « l'instruction (…) a pour but l'éducation morale, culturelle, professionnelle et physique des Hellènes, ainsi que le développement de leur conscience nationale et religieuse et leur formation comme citoyens libres et responsables ». Jusqu’en 2002, seuls des instituteurs de confession orthodoxe pouvaient dispenser le cours de religion orthodoxe. Depuis cette date, tous les enseignants le peuvent quelle que soit leur confession, ce qui est le signe d'une amorce de sécularisation de cet enseignement. Autre signe allant dans le même sens : depuis 2002 aussi, n’importe quel élève peut être dispensé de ce cours au nom des convictions religieuses ou philosophiques exprimées par ses parents, alors que cette faculté de dispense était antérieurement réservée aux élèves qui déclaraient une autre appartenance religieuse que l'Orthodoxie.

Espagne[modifier | modifier le code]

Depuis mai 2006, l’instruction « religieuse » est une matière facultative proposée aux élèves. Ceux-ci peuvent opter pour une version confessionnelle de l'option (catholique, évangélique, islamique ou juive) ou pour une version aconfessionnelle ; ils peuvent aussi simplement renoncer à cette option.

Portugal[modifier | modifier le code]

L’enseignement est assuré dans les écoles publiques par l’Église catholique, mais avec un principe affiché de neutralité.

Angleterre[modifier | modifier le code]

En Angleterre où l’État et l’Église anglicane sont des institutions partenaires et non rivales dans l’éducation, il existe un enseignement de religion (Religious education) en tant que matière obligatoire dans l’enseignement public. Ce cours a été organisé par la loi sur l’éducation de 1944, texte modifié en 1988. Le contenu du cours porte sur l’étude des différentes religions, des grandes figures religieuses et des questions morales et religieuses. Le contenu doit accorder une place prédominante au christianisme mais n’est pas lié à une confession particulière. En outre, toutes les écoles sont tenues par la loi de mettre en place un moment quotidien de prière qui doit se référer pour moitié au moins à la religion chrétienne. Cependant, cette activité censée être multireligieuse (multifaith) est souvent contestée par des parents d’élèves d’autres religions, en particulier musulmans, ainsi que par des syndicats d’enseignants qui ont demandé sa révision. Dans les faits, seul un quart des établissements du second degré met en place une prière quotidienne, selon l’OFSTED, organisme public d’inspection scolaire. La particularité de l’enseignement anglais est que les programmes des cours sont en partie définis à l’échelle locale, ce qui est valable également pour le cours de religion. Les contenus sont choisis principalement par des spécialistes de l’éducation scolaire, même si les autorités religieuses sont consultées, ce qui fait qu'à partir d’une même matrice - un cours de religion obligatoire offert à tous les élèves quelles que soient leur religion ou leur non religion -, les pratiques sont diverses. L’Angleterre apparaît ainsi comme un laboratoire où s’expérimentent différentes façons de concevoir les objectifs d’un enseignement religieux dans une société de plus en plus marquée par la sécularisation et le pluralisme culturel et religieux.

Danemark[modifier | modifier le code]

L’Église nationale est l’Église luthérienne. La, il ne s’agit plus de catéchèse mais à chaque degré de l’« école du peuple » il existe un cours non obligatoire de « connaissance du christianisme ».

Belgique[modifier | modifier le code]

Les établissements publics permettent un choix entre, d’une part, un cours de religion organisé par l’un des six cultes reconnus (catholique, protestant, anglican, orthodoxe, juif et islamique) et, d’autre part, un cours dit de « morale non confessionnelle »[1]. Le contenu de ces cours et le recrutement des enseignants sont du ressort des instances religieuses. Cependant, le fédéralisme belge complexifie la situation : ainsi, dans la communauté flamande, le cours de morale non confessionnelle est assuré par une association laïque de libres penseurs et n’est donc pas considéré comme neutre, alors que dans les communautés francophones et germanophones, c’est le gouvernement qui organise le cours de morale non confessionnelle, qui dès lors peut juridiquement être considéré comme un cours « neutre » ce qui implique l'impossibilité de demander une dispense.[réf. nécessaire]

Suisse[modifier | modifier le code]

En Suisse, l'enseignement sur le religieux est en pleine évolution : au départ, chacun des cantons mettait en œuvre un cours de religion confessionnel catholique ou protestant, puis on est passé à un cours œcuménique de culture biblique, pour aboutir actuellement (en particulier dans les cantons romans) à un cours de culture religieuse obligatoire pour tous les élèves sous la responsabilité des États cantonaux.

Allemagne[modifier | modifier le code]

L’éducation varie selon les länder. L’enseignement religieux chrétien fait partie des programmes officiels, souvent sous contrôle des Églises, et les notes obtenues en religion comptent pour le passage dans la classe supérieure.

France[modifier | modifier le code]

Vers une convergence des évolutions européennes[modifier | modifier le code]

A partir de situations de départ différentes dans l'enseignement religieux, les pays européens connaissent une évolution qui tend à transformer le cours de religion en enseignement de culture religieuse, donc un enseignement du fait religieux au sens strict. Cet enseignement correspond à une approche des faits religieux s’adressant à tous les élèves d’une même classe et dans le cadre d’un enseignement inscrit dans le cadre déontologique de neutralité et d'égalité propre à l’école publique. Les différents modèles européens d'enseignement religieux sont confrontés à des défis similaires en raison de développements comparables, notamment une extension ou une transformation du pluralisme religieux et un déclin de l'appartenance religieuse dans la population.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Pour la Belgique[modifier | modifier le code]

  • Henri Derroitte, Donner cours de religion catholique. Comprendre le Programme du secondaire, Bruxelles, Lumen Vitae / De Boeck, 2009, 222 p. ISBN 978-2-87324-376-0.
  • Herman Lombaerts, Didier Pollefeyt, Pensées neuves sur le cours de religion, coll. Haubans, no 3, Bruxelles, Lumen Vitae, 2009, 112 p., ISBN 978-2-87324-351-7.
  • Arnaud Join-Lambert, Enseignement de le religion et expérience spirituelle, coll. Haubans, no 2, Bruxelles, Lumen Vitae, 2007, 132 p., ISBN 978-2-87324-306-7.
  • Jean-Marie Vandermeer (Dir.), Pour "une nouvelle présence" de l'enseignement catholique au sein de la laïcité, coll. Haubans, no 1, Bruxelles/Paris, Lumen Vitae/Éd. de l'Atelier, 2007, 198 p., ISBN 978-2-87324-286-2.
  • Jean-Marie Steffens, Un enseignement "libre et autonome". Essai sur l'identité de l'enseignement catholique en Belgique francophone, coll. Théologies pratiques, Bruxelles, Lumen Vitae, 2002, 198 p., ISBN 2-87324-176-4.
  • Groupe Martin V, Religions, morales et philosophie à l'école. Comment penser ensemble ?, coll. Regards croisés, no 4, Presses universitaires de Louvain, 2004, 101 pp., ISBN 978-2-93034-435-5

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Morale belge, Le Monde,