Effet Stroop

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D'après les expériences de Stroop, lorsque le nom d'une couleur est écrit dans une couleur différente (mot incongruent), il est plus difficile de nommer la couleur dans laquelle il est écrit, que de le lire.
Figure 1 de l'expérience 2, extraite de l'article original de Stroop en 1935[1], montrant le temps nécessaire pour nommer la couleur de points (sans interférence, 1) et de mots incongruents (avec interférence, 2). Ce temps augmente en moyenne de 74 % lorsqu'il y a interférence.

En psychologie, l'effet Stroop (aussi connu sous le nom d'effet Jaensch) est l'interférence que produit une information non pertinente au cours de l'exécution d'une tâche cognitive. La difficulté à ignorer, ou « filtrer », l'information non pertinente se traduit par un ralentissement du temps de réaction et une augmentation du pourcentage d'erreurs. Jusqu'à aujourd'hui, la situation expérimentale imaginée par John Ridley Stroop en 1935[1] reste la plus courante pour observer cet effet : elle consiste à faire dénommer la couleur de mots dont certains sont eux-mêmes des noms de couleurs (qu'il s'agit donc d'ignorer). Le test de Stroop utilisé en neuropsychologie existe sous différentes variantes qui visent à évaluer l'attention sélective ou les capacités d'inhibition qui font partie des fonctions exécutives d'un individu dans un contexte clinique ou de recherche. L'article original est un des papiers les plus cités en psychologie expérimentale et cet effet a été répliqué plus de 700 fois[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

L'effet fut découvert en 1935 par John Ridley Stroop[1] lors de l'expérience suivante : les sujets devaient identifier la couleur d'un mot (tâche principale) sans lire le mot lui-même. Ainsi, le temps de réaction — en d'autres termes le temps nécessaire à l'identification de la couleur avec laquelle le mot est écrit — est beaucoup plus long lorsque le mot est incongruent (le mot « bleu » écrit en rouge) que lorsque le mot est congruent (le mot « rouge » écrit en rouge) ou neutre (le mot « lion » écrit en rouge). Le pourcentage d'erreurs (dire bleu lorsque le mot « bleu » est écrit en rouge) est également plus élevé en présence des mots incongruents. Il existe donc un effet d'interférence sémantique, ou effet Stroop, provoqué par la lecture automatique du mot.

Une expérience proche du protocole de Stroop fut menée en 1997 par Besner, Stolz et Boutilier[3]. Ces derniers utilisèrent des mots congruents et incongruents mais introduisirent deux conditions. Dans la première condition, toutes les lettres étaient de la même couleur (condition unicolore). Dans la seconde, seule une lettre était colorée, les autres étant grises (condition bicolore). Les volontaires devaient identifier le plus rapidement la couleur du mot tout en ignorant sa lecture, de même que dans l'expérience menée par Stroop en 1935. L'effet d'interférence sémantique était alors plus faible lorsqu'une seule lettre était colorée que dans la condition unicolore. Ces résultats posèrent un nouveau problème : si les mots sont lus de façon automatique, l'effet Stroop ne devrait-il pas être le même dans les conditions unicolores et bicolores ? Les auteurs suggérèrent que l'atténuation de l'effet Stroop observée dans la condition bicolore était due à un blocage temporaire du traitement sémantique du mot présenté.

Une troisième expérience, menée en 2007, tente d'expliquer ce phénomène. Augustinova et Ferrand[4] placent systématiquement la lettre changeant de couleur au début du mot. Dans une première expérience, la première lettre est écrite d'une couleur et le reste est écrit en gris (rouge). Dans une seconde expérience, la première lettre est écrite d'une couleur et le reste du mot est écrit dans une autre couleur (Vert). Dans les deux expériences, les auteurs demandent aux volontaires de se concentrer sur la première lettre du mot et d'indiquer sa couleur. Ils obtiennent un effet d'interférence de type Stroop dans les deux cas. En d'autres termes, les sujets mettent plus longtemps à identifier la couleur de la première lettre si celle-ci est différente de la couleur désignée par le mot. Les sujets sont donc incapables de bloquer complètement le traitement sémantique du mot. Augustinova et Ferrand suggèrent alors que la diminution de l'effet Stroop (observée par Besner et al.) n'est pas due à un blocage de l'activation sémantique, mais à un contrôle de cette information.

À la suite des expériences de Stroop, des chercheurs ont analysé la couleur des mots liés par leur signification, ce qui les a conduits à la conclusion que le cerveau reconnait les mots sans efforts. Ils ont appelé ce phénomène « l'hypothèse de la reconnaissance automatique des mots » qui induit que le processus de lecture automatique ne peut pas être « désactivé ». La compréhension du sens des mots dans la lecture se fait inconsciemment. Ils ont aussi constaté que le fait de nommer des couleurs requiert plus d’efforts pour le cerveau que la lecture, car c’est une pratique à laquelle les gens sont moins habitués[5].

Le Stroop émotionnel[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Stroop émotionnel.

Des chercheurs ont voulu montrer qu'il y avait un effet de la valence émotionnelle du mot sur la rapidité de lecture du mot[6],[7],[8],[9],[10]. Cependant, il a été montré que ces effets ne sont pas dus à la valence émotionnelle des mots choisis, mais au mauvais contrôle des facteurs linguistiques par rapport aux mots choisis pour le groupe de contrôle (fréquence, voisin orthographique, taille du mot) dans les expériences sur le Stroop émotionnel[11]. L'effet des voisins orthographiques a été plus approfondi par Gobin et Mathey[12].

Cependant, lorsque l'on contrôle les facteurs mentionnés ci-dessus, l'effet de la valence émotionnelle du mot reste présente.[réf. nécessaire]

Exemple[modifier | modifier le code]

Nommer la couleur dans laquelle est écrit chacun de ces mots le plus rapidement possible :

Vert Rouge Bleu Jaune Bleu Jaune

Bleu Jaune Rouge Vert Jaune Vert

D'après l'effet Stroop, la première liste est plus facile que la seconde dans laquelle le mot et la couleur sont incongruents.

Neuroanatomie[modifier | modifier le code]

L'IRM fonctionnelle et la tomographie par émission de positons ont permis d'identifier deux zones impliquées dans cet effet[13] : le cortex cingulaire antérieur impliqué dans le conflit cognitif et le cortex préfrontal dorso-latéral[14].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c (en) John Ridley Stroop, « Studies of interference in serial verbal reactions », Journal of Experimental Psychology, vol. 18, no 6,‎ , p. 643–662 (DOI 10.1037/h0054651, lire en ligne).
  2. (en) Colin MacLeod, « Half a century of research on the Stroop effect: an integrative review », Psychological Bulletin (en), vol. 109, no 2,‎ , p. 163–203 (PMID 2034749, DOI 10.1037/0033-2909.109.2.163).
  3. (en) Derek Besner, Jennifer A. Stolz et Clay Boutilier, « The Stroop effect and the myth of automaticity », Psychonomic Bulletin & Review (en), vol. 4, no 2,‎ , p. 221–225 (PMID 21331828, DOI 10.3758/BF03209396).
  4. Maria Augustinova et Ludovic Ferand, « Influence de la présentation bicolore des mots sur l'effet Stroop », L'Année psychologique, vol. 107, no 2,‎ , p. 163–179 (lire en ligne).
  5. (en) « BACKGROUND ON THE STROOP EFFECT », Rochester Institute of Technology.
  6. (en) Moshe Shay Ben-Haim, Paul Williams, Zachary Howard, Yaniv Mama, Ami Eidels et Daniel Algom, « The Emotional Stroop Task: Assessing Cognitive Performance under Exposure to Emotional Content », Journal of Visualized Experiments (en), no 112,‎ (PMID 27405091, PMCID PMC4993290, DOI 10.3791/53720).
  7. (en) Ian H. Gotlib et C. Douglas McCann, « Construct accessibility and depression: An examination of cognitive and affective factors. », Journal of Personality and Social Psychology, vol. 47, no 2,‎ , p. 427–439 (PMID 6481620, DOI 10.1037/0022-3514.47.2.427).
  8. (en) J. Mark G. Williams, Andrew Mathews et Colin MacLeod, « The emotional Stroop task and psychopathology », Psychological Bulletin (en), vol. 120, no 1,‎ , p. 3–24 (PMID 8711015, DOI 10.1037/0033-2909.120.1.3).
  9. (en) Katja Wingenfeld, Christoph Mensebach, Martin Driessen, Renate Bullig, Wolfgang Hartje et Thomas Beblo, « Attention Bias towards Personally Relevant Stimuli: The Individual Emotional Stroop Task », Psychological Reports (en), vol. 99, no 3,‎ , p. 781–793 (PMID 17305196, DOI 10.2466/PR0.99.3.781-793).
  10. (en) Rebecca J. Compton, Marie T. Banich, Aprajita Mohanty, Michael P. Milham, John Herrington, Gregory A. Miller, Paige E. Scalf, Andrew Webb et Wendy Heller, « Paying attention to emotion: An fMRI investigation of cognitive and emotional Stroop tasks », Cognitive, Affective, & Behavioral Neuroscience (en), vol. 3, no 2,‎ , p. 81–96 (PMID 12943324, DOI 10.3758/CABN.3.2.81).
  11. (en) Randy J. Larsen, Kimberly A. Mercer et David A. Balota, « Lexical characteristics of words used in emotional Stroop experiments. », Emotion (en), vol. 6, no 1,‎ , p. 62–72 (PMID 16637750, DOI 10.1037/1528-3542.6.1.62).
  12. (en) Pamela Gobin et Stéphanie Mathey, « The influence of emotional orthographic neighbourhood in visual word recognition », Current Psychology Letters, vol. 26, no 1,‎ (lire en ligne).
  13. (en) Stephan F. Taylor, Sylvan Kornblum, Erick J. Lauber, Satoshi Minoshima et Robert A. Koeppe, « Isolation Of Specific Interference Processing In The Stroop Task: PET Activation Studies », NeuroImage, vol. 6, no 2,‎ , p. 81–92 (PMID 9299382, DOI 10.1006/nimg.1997.0285).
  14. (en) Michael P. Milham, Marie T. Banich, Eric D. Claus et Neal J. Cohen, « Practice-related Effects Demonstrate Complementary Roles Of Anterior Cingulate And Prefrontal Cortices In Attentional Control », NeuroImage, vol. 18, no 2,‎ , p. 483–493 (PMID 12595201, DOI 10.1016/s1053-8119(02)00050-2).

Liens externes[modifier | modifier le code]