Architecture de l'information

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L'architecture de l'information (abréviée AI ou archinfo) est l'art d'exprimer un modèle ou un concept d'information utilisé dans des activités exigeant des détails explicites dans des systèmes complexes. Parmi ces activités, on retrouve notamment les systèmes de gestion de bibliothèque, les systèmes de gestion de contenu, la programmation Web, les bases de données, le développement, la programmation, l'architecture entreprise et l'ingénierie logicielle de systèmes critiques. L'architecture de l'information a plusieurs définitions qui, en divergeant et se recoupant à la fois, montrent la difficulté de cerner la discipline. De plus, sa signification est quelque peu différente selon les branches de l'informatique et des technologies de l'information qui l'emploient. Les points habituellement communs de ces définitions sont une conception structurelle des environnements partagés, des méthodes d'organisation et d'étiquetage des site Internet, intranet et des communautés en ligne ainsi que des moyens d'amener les principes de design et d'architecture dans l'univers numérique. Une des préoccupations centrales de l' architecture de l'information est l'expérience utilisateur. En effet, au centre de son raisonnement se trouve la « findability » : la possibilité pour un usager de trouver facilement l'information qui lui est nécessaire. L'architecte de l'information est en ce sens un cartographe[1].

L'architecture de l'information relève de la création de dispositifs informationnels par une équipe pluridisciplinaire qui nécessite l'orchestration d'un manager. L'architecte de l'information peut être ce manager[2].

Historiquement le terme « architecture de l'information » est attribué à Richard Saul Wurman (en). Wurman voit l'architecture comme « used in the words architect of foreign policy. I mean architect as in the creating of systemic, structural, and orderly principles to make something work--the thoughtful making of either artifact, or idea, or policy that informs because it is clear[3]. »

Aujourd'hui encore l'architecture de l'information n'est pas un champ scientifique reconnu par la recherche. Le concept a émergé des pratiques et lui est encore fortement lié. L'AI intègre des dimensions scientifiques propres aux sciences de l'information et de la communication (dimension spatiale de l'information, question de l'accès à l'information électronique, organisation des connaissances), cependant, elle ne les renouvelle pas, tant au point de vue méthodologique qu'au point de vue conceptuel[4].

Définitions[modifier | modifier le code]

Selon le site web de l'Information Architecture Institute, un organisme sans but lucratif qui cherche à rendre l'information mondiale plus claire et accessible[5], l'architecture de l'information « consiste [simplement] à décider comment arranger les parties de quelque chose de manière à le rendre compréhensible [6].» Elle provient, dans une certaine mesure, des Sciences de l'information et des bibliothèques.

Richard Saul Wurman (en), créateur du terme, perçoit « l'architecture de l'information [comme] un processus de construction de sens et de l'espace dans le monde numérique et physique, où le caractère des artefacts et leur flux permanent créent des états d'incertitude qui doivent être neutralisés pour éviter une dégradation de l'expérience utilisateur[7].» Ces deux définitions, bien qu'elles simplifient l'AI ou en ouvrent les possibilités et l'étendue, demeurent lacunaires.

Dans son Glossaire de l'Architecture de l'Information publié en mars 2000, Kate Hagedorn accole le terme d'architecture de l'information à ceux d' « architecture d'information ascendante (bottom-up) », « architecture d'information descendante (top-down) » et « enquête d'utilisateur » et apporte une définition de quelques lignes: « L'art et la science d'organiser l'information pour aider les gens à répondre efficacement à leurs besoins d'information. L'architecture de l'information implique l'étude, l'analyse, la conception et la mise en œuvre. Top-down et bottom-up sont les deux principales approches pour le développement d'architectures d'information; ces approches s'informent mutuellement et sont souvent développées simultanément[8]

Plus récemment, elle est définie par Louis Rosenfeld, Peter Morville et Jorge Arango dans le manuel Information Architecture for the World Wide Web and Beyond en quatre temps, ce qui illustre la complexité de cette pratique qui avait été évacuée par l'IA Institute. Pour ces auteurs, il s'agit de: « 

  1. La conception structurale des environnements d'information partagés;
  2. La synthèse des systèmes d'organisation, d'étiquetage, de recherche et de navigation dans les écosystèmes numériques, physiques et transversaux;
  3. L'art et la science de façonner les produits et les expériences d'information pour soutenir la facilité d'utilisation, de trouvailles et de compréhension;
  4. Une discipline émergente et une communauté de pratique axée sur l'introduction de principes de conception et d'architecture dans le paysage numérique[9].

Trois volets de l'AI[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

Le contexte regroupe les besoins et les visées d'une entreprise ou d'un organisme qui recourt à l'architecture d'information. Celle-ci doit s'adapter à sa « mission, ses buts, sa stratégie, ses employés, ses processus et procédures, ses infrastructures physiques et technologiques, son budget et sa culture[10]. » En ce sens, le contexte rend l'AI unique. Toutefois, dans une optique de publicité ou de promotion de produits, elle doit également plus ou moins correspondre avec celle de ses compétiteurs. Ceux-ci ont, objectivement, souvent des contextes similaires et s'adressent au même public.

Contenu[modifier | modifier le code]

Le contenu correspond à l'ensemble des « documents, applications, services, schémas et métadonnées que les utilisateurs ont besoin d'exploiter ou de retrouver[11] sur le site. Le contenu en lui-même va influencer l'organisation du site web, de la même manière qu'il conditionne l'organisation d'un livre, par exemple. Quel est le volume du livre? Faut-il une table des matières? Des chapitres? Un division en parties? etc.

Utilisateurs[modifier | modifier le code]

Bien que les trois composantes soient essentielles, les utilisateurs, leurs préoccupations et leurs besoins sont à placer au centre de l'architecture d'information, puisque, sans atteindre le public cible, le travail effectué ne sert strictement à rien. Leurs préférences et leurs comportements peuvent être étudiés via des données récoltées en ligne ou en sollicitant leur avis. Il est important de connaître son destinataire avant toute chose.

Quatre composantes principales[modifier | modifier le code]

Système d'organisation[modifier | modifier le code]

Le système d'organisation repose sur la façon dont l'information est organisée et catégorisée. Il se divise en deux niveaux de rigueur et de précision, soit les schémas d'organisation, correspondant aux caractéristiques communes des éléments formant des regroupements, et les structures d'organisation, qui renvoient aux relations entre les groupes. Trois types de structures sont observables: la structure hiérarchique, basée sur une relation de type parent-enfant comme l'arbre généalogique, la classification des espèces ou le code Dewey, la structure en base de données, où les informations sont stockées, puis générées dynamiquement à partir d'une requête comme c'est le cas pour des fiches de produits ou des bottins téléphoniques et la structure hypertextuelle, qui fait appel à des liens entre plusieurs pages[12].

Le système peut être exact ou ambigu, dépendamment si l'utilisateur prévu lors de la création de l'architecture d'information sait ce qu'il cherche ou non. Les systèmes alphabétique, chronologique et géographique sont des systèmes exacts. Des systèmes d'organisation par sujet, par tâches ou activités, selon l'auditoire ou basé sur une métaphore sont des systèmes ambigus. Généralement, le système d'organisation préconisé par les développeurs de sites web est une hybridation de plusieurs systèmes, ce qui donne un meilleur rendu[13].

Système d'étiquetage[modifier | modifier le code]

Le système d'étiquetage consiste à identifier et nommer correctement les éléments d'information. Les étiquettes sont importantes dans la mesure où elles permettent à l'utilisateur de trouver rapidement (ou non) ce qu'il cherche, étant admis que le temps passé à fouiller en vain est l'un des éléments qui nuit grandement à une bonne expérience utilisateur. Parmi les différents types d'étiquettes, on retrouve les liens contextuels, sous forme de mots intégrés dans une phrase qui font un lien avec une autre page ou une autre section de la même page (Note: Ces liens sont omniprésents sur Wikipédia), les titres de section et sous-titres, qui décrivent le contenu qui suit, les options de navigation, dont le nom est on ne peut plus clair, les termes d'indexation, c'est-à-dire les mots-clés qui représentent du contenu à rechercher, et les icônes, qui représentent l'élément par une image[14].

Système de navigation[modifier | modifier le code]

Il existe trois catégories de systèmes de navigation, soit le système de navigation incorporé, le système de navigation supplémentaire et les autres systèmes de navigation. Le système de navigation incorporé est composé de la navigation globale, qui correspond généralement au bandeau en haut de la page et qui demeure présent et identique sur tout le site, de la navigation locale, qui détaille les options d'une section précise et est souvent horizontale et situé à gauche de l'écran, et de la navigation contextuelle, qui correspond aux liens dans ou après le texte, tel que la mention «Voir aussi...». Le système de navigation supplémentaire correspond au plan du site, à l'index et/ou au guide qui montre comment utiliser le site. Le fil d'Ariane, l'indicateur de progrès et les onglets sont aussi des éléments relatifs au système de navigation[15].

Système de recherche[modifier | modifier le code]

La pertinence de l'ajout d'un système de recherche à l'intérieur du site web doit être évaluée en fonction de la quantité de contenu, l'efficacité des autres systèmes déjà en place, le temps et le savoir-faire requis pour développer un bon système de recherche, l'exploration des autres options et les préférences de l'usager. Le système de recherche n'apporte du support à l'utilisateur que si le site web est fragmenté ou très dynamique, si le système devient un outil d'apprentissage ou si l'utilisateur s'attend à en trouver un et à s'en servir. C'est pourquoi c'est la composante que l'on retrouve le moins fréquemment en architecture de l'information[16].

Dénomination professionnelle[modifier | modifier le code]

En France, les professionnels de l'architecture de l'information ont interdiction de se parer du nom d' « architecte », le métier d'architecte y étant une profession à titre réglementé, au même titre que les médecins ou les notaires.

Un Master Architecture de l'information s'articulant sur un volet master professionnel et un volet master recherche a ouvert à l'École Normale Supérieure de Lyon[17].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Benoit Habert, Jean-Michel Salaün, Jean-Philippe Magué, « Architecte de l’Information : Un Métier », sur hal.archives-ouvertes.fr, (consulté le 6 décembre 2015)
  2. Evelyne Broudoux, Ghislaine Chartron, Stéphane Chaudiron, « L'architecture de l'information : quelle réalité conceptuelle ? », sur archivesic.ccsd.cnrs.fr, (consulté le 6 décembre 2015)
  3. R.S. Wurman : "Information Architects"
  4. Evelyne Broudoux, Ghislaine Chartron, Stéphane Chaudiron, « L’architecture de l’information : quelle réalité conceptuelle ? », sur archivesic.ccsd.cnrs.fr, (consulté le 6 décembre 2015)
  5. (en) IAinstitute.org
  6. (en) IAinstitute.org
  7. Andrea Resmini, « Les architectures de l'information », sur edc.revues.org, (consulté le 6 décembre 2015)
  8. (en)‘THE INFORMATION ARCHITECTURE GLOSSARY’ Angus Center for Information Architecture. Angus-ACIA.com
  9. Rosenfeld, Morville et Arango 2015, p. 24.
  10. Rosenfeld, Morville et Arango 2015, p. 34-35.
  11. Rosenfeld, Morville et Arango 2015, p. 35.
  12. Rosenfeld, Morville et Arango 2015, p. 116-127.
  13. Rosenfeld, Morville et Arango 2015, p. 104-115.
  14. Rosenfeld, Morville et Arango 2015, p. 140-152.
  15. Rosenfeld, Morville et Arango 2015, p. 175-199.
  16. Rosenfeld, Morville et Arango 2015, p. 212-215.
  17. en 2012« Master Architecture de l'information », sur ens-lyon.eu, m.à.j. : 17 mais 2013 (consulté en consulté le 06 décembre 2015)

Ouvrages cités[modifier | modifier le code]

  • (en) Louis Rosenfeld, Peter Morville et Jorge Arango, Information Architecture for the World Wide Web and Beyond, O'Reilly, , 461 p. (ISBN 1491911689)