Ar Bobl

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Ar Bobl est un hebdomadaire d'informations générales et bilingue français-breton qui a été publié à Carhaix du 24 septembre 1904 au 2 août 1914. Son titre signifiant "Le Peuple", il a été créé pour diffuser des opinions régionalistes dans le public paysan brittophone de la région autour de Carhaix.

Création du titre[modifier | modifier le code]

C'est par l'association de deux jeunes gens, François Jaffrennou (1879-1955) et Alexandre Le Goaziou (1885-1922) qu'est créée une société d'imprimerie à Carhaix le 19 août 1904. Elle est dénommée Imprimerie du Peuple et est installée rue des Carmes.
Le premier apporte ses connaissances du droit et de la littérature, le second ses compétences de jeune chef d'atelier dans l'imprimerie familiale de Morlaix. Un autre associé, un coiffeur de la ville, Jean-Marie Solu est le spécialiste de la politique locale.
Alexandre Le Goaziou, devant faire son service militaire, quitta la société en novembre 1906 et revendit des parts à Jaffrennou. Plus tard, il retournera à Morlaix pour succéder à son père pour la direction de l'Imprimerie Le Goaziou.

Les années fastes[modifier | modifier le code]

Le journal comptait 4 pages se divisant plus ou moins entre les deux langues, la politique locale étant en page 3. La quatrième page regroupait les encarts publicitaires
Au bout d'un an, l'hebdomadaire comptait 600 abonnés répartis dans 100 communes et était imprimé en tout à 4000 exemplaires pour couvrir le reste de la diffusion qui concernait une zone de 40 kilomètres autour de la ville. Le tirage pouvait monter à 6000 en période électorale.
Les points de vente étaient signalés par une plaque portant Ama ve gwerzet Ar Bobl (Ici est vendu Ar Bobl). L'équipe fut renforcée, d'abord par Léon Le Berre, puis Louis Le Menn et Louis Gourlet.

Le journal dans la politique locale[modifier | modifier le code]

Jaffrennou raconte dans ses mémoires en breton que l'arrivée de deux étrangers à la ville pour éditer un journal suscita l'étonnement et même la méfiance, bien qu'il fût originaire de Carnoët, une petite commune à 15 kilomètres.
Carhaix était une place-forte des républicains du Parti radical où le Cercle radical était un lieu de commandement politique.
Bien que le journal s'afficha comme neutre dans les controverses locales, il était soupçonné d'être un organe masqué de la droite et l'utilisation du breton, pour certains Carhaisiens instruits, en était une preuve.
Poussés par les hommes politiques locaux, 6 mois après la création du journal, les journaux parisiens, L'Aurore (quotidien radical) et La Lanterne demandèrent, sans succès, son interdiction pour la sûreté de l'État.
Un agent d'affaire d'obédience radicale, Louis Lefranc, animateur du Cercle radical, fut le fer de lance des attaques, le plus souvent judiciaires, visant à faire fermer le journal en l'épuisant financièrement.
La moindre expression pouvant être considérée comme diffamatoire était prétexte à un procès.
En 1908, le journal se trouva en mauvaise posture financière et son directeur dut faire appel à 32 actionnaires, qui demandèrent que la ligne politique soit précisée.
Le manifeste en 10 points qui fut rédigé était extrêmement décentralisateur en préconisant que chaque région ou province élise un Conseil local qui délèguerait au Conseil national appelé à remplacer la Chambre des Députés. D'autres propositions avaient un aspect corporatiste au sens strict (création de "corps") et de protection de patrimoine (biens de famille inaliénables).
La neutralité de Jaffrennou-Taldir était devenue alors un souvenir, d'autant qu'aux élections législatives de 1906, il avait soutenu, par le journal et par des tracts, un candidat s'affichant comme régionaliste, inconnu et sans soutiens locaux, contre le sortant radical Louis Dubuisson qui ne l'emporta que de 185 voix.

Les dernières années[modifier | modifier le code]

Les succès d'Ar Bobl ont surtout été visibles dans le domaine de la langue bretonne. En 1911, 154 écoliers furent inscrits à un concours de traduction d'un texte français en breton.
Il est significatif que le secrétaire de rédaction des années 1909-1910, soit Louis-Napoléon Le Roux, âgé seulement de 19 ans, qui écrit dans les deux langues pour un nombre important de publications. Il est l'un des premiers à faire publier des propos ouvertement séparatistes et est l'un des fondateurs du Parti national breton en 1912. Il a aussi des liens étroits avec les nationalistes irlandais.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Lucien Raoul, Un siècle de journalisme breton : de l'Académie celtique à la Glorieuse Bretagne des armées, Le Guilvinec, Le Signor, , 741 p.
  • Jean-Yves Michel, Religion et politique en Bretagne de 1850 à 1960 : le cas du Poher, Gourin, Keltia Graphic éditions, , 225 p. (ISBN 9782913953130)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Site consacré à Ar Bobl, rédigé par Jean-Yves Michel