Amy Bakaloff Courvoisier

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Amy Bakaloff Courvoisier
Amy Bakaloff Courvoisier 1958.jpg
Amy Bakaloff Courvoisier en 1958
Biographie
Naissance
Décès
Activités
Conjoint

Amy Bakaloff Courvoisier (1907-1984), d'origine bulgare et de nationalité française et vénézuélienne, a vécu en France, au Venezuela, puis au Brésil où il a exercé ses talents de journaliste, poète, d'écrivain et critique de cinéma. Il a contribué à l'essor du cinéma français à l'étranger en tant que représentant pour Unifrance du cinéma français en Amérique Latine[1].

Pendant ses années de jeunesse à Paris, il s'est engagé activement dans la résistance intérieure française contre l'occupation allemande.

Amy Bakaloff Courvoisier a légué ses livres et ses archives personnelles traitant de cinéma à la Cinémathèque nationale du Vénézuela (es)[2].

Enfance, jeunesse et études[modifier | modifier le code]

Amy Bakaloff Courvoisier naît le 29 juin 1907 à Kyoustendil en Bulgarie. Son père, Georgi Bakaloff, est un écrivain bulgare et un activiste politique communiste[3]. Sa mère, Aimée Jaquet, est française. Son père s'étant exilé à Paris entre 1925 et 1932, Amy y entreprend des études de droit, de littérature et d'histoire de l'art à la Sorbonne[réf. souhaitée].

Il se lie d'amitié avec le groupe des surréalistes et plus particulièrement avec les écrivains et poètes Paul Éluard, André Breton, Robert Desnos, Georges Hugnet, ainsi qu'avec les peintres Pablo Picasso, Victor Brauner, Óscar Domínguez, Oswaldo Vigas et Salvador Dalí[4].

Dans la période de l'entre-deux-guerres, il fait la connaissance de sa future épouse allemande Ruth Bessoudo Courvoisier lors d'un échange d'étudiants entre la France et l'Allemagne[réf. souhaitée].

À Paris sous l'occupation allemande[modifier | modifier le code]

Entre 1940 et 1944, Amy Bakaloff Courvoisier entre dans les réseaux clandestins de la Résistance. Refusant d'exercer son métier de journaliste pour l'occupant, il commence par être rédacteur pour la Radio nationale (appelée Radio Vichy), puis il entre dans le réseau résistant « Pavillons noirs » sous le pseudonyme de Jean Jaquet. Il aide comme interprète car il parle parfaitement le russe et le bulgare, il cache des évadés et du matériel et il fournit des renseignements aux Alliés[5].

En 1945, il publie son tout premier recueil de poèmes traitant de l'occupation de Paris par les troupes allemandes Sombre est noir dédicacé à Paul Éluard et illustré par une eau-forte et deux dessins originaux du peintre Oscar Dominguez. Dans l'un des textes de ces poèmes, il évoque l'hôtel Continental, situé à l'époque au 3 rue de Castiglione à paris, réquisitionné par les nazis, et lieu tragique où est installé le tribunal d'exception[6] :

« l'hôtel Continental est dans la rue Castiglione, L'hôtel Continental est un cimetière, A midi la relève joue le clairon, Voyons Messieurs il faut que l'ordre règne, A l'hôtel Continental on ne fusille pas, on signe simplement l'arrêt de mort, Le baron ne se sert plus de monocle, Il a une bonne vue pénétrante, Il découvre les mobiles avant l'acte, Médité il juge l'acte qu'il dit prémédité, Qu'il dit crime, Il est sentimental, A midi la relève joue le clairon, L'arbre de Noël s'épanouit à l'entrée de l'hôtel Continental, Voyons Messieurs il faut que l'ordre règne, L'ordre des assassins. »

Au Venezuela[modifier | modifier le code]

Entre 1947 et 1959, Amy Bakaloff Courvoisier s'installe à Caracas au Venezuela où sa fiancée Ruth Bessoudo le rejoindra en 1952. Passionné par le cinéma, il devient critique pour plusieurs journaux périodiques locaux comme La Tarde, Ultimas Noticias, Elite. Il crée à Caracas le premier ciné-club du Venezuela[7]. Il initie également la première revue entièrement consacrée au cinéma Cine Venezuela ainsi que le premier festival du film au Venezuela, en collaboration avec le français Gaston Diehl, attaché culturel auprès de l'ambassade du Venezuela dans les années 1950[8],[9].

En 1955, il est engagé par la société Unifrance pour promouvoir le cinéma français à l'étranger et en devient le délégué pour l'Amérique Latine[a]. Dans ce contexte, il fait la connaissance du réalisateur Luis Buñuel à Mexico avec lequel il noue une grande amitié.

Cette période au Venezuela est entrecoupée de nombreux voyages en Europe et dans le monde entier, séjours pendant lesquels Amy et Ruth (devenue son attachée de presse) rencontrent des acteurs, des réalisateurs et des producteurs de films ainsi que des personnalités du monde de la littérature et des arts. Ils fréquentent le festival de Cannes ainsi que le festival de Berlin chaque année. Ruth et Amy reçoivent, en 1957, la visite de Wifredo Lam, peintre surréaliste et ami de Pablo Picasso. Pendant ce séjour, ils visitent le Parque nacional Canaïma au Venezuela où Wifredo Lam découvre sur site le lieu qui l'avait déjà inspiré grâce à un roman du vénézuélien Romulo Gallegos pour sa série de peintures intitulées Canaïma datant de 1946 et 1947.

Il fait la connaissance du peintre Oswaldo Vigas et publie un long article sur cet artiste devenu son ami dans la revue Elite daté du 2 novembre 1957[2],[10].

Au Brésil[modifier | modifier le code]

Le travail d'Amy Bakaloff Courvoisier pour Unifrance est la cause de son départ pour Rio de Janeiro au Brésil en 1960, nouveau port d'attache d'où il va poursuivre ses nombreux voyages à travers le monde[11].

Il épouse Ruth Bessoudo à l'occasion d'un voyage à Caracas le 13 décembre 1961.

Son travail pour Unifrance à Rio de Janeiro, l'amène dans ces années 60 à présenter les films français de la nouvelle vague au public brésilien[12]. Il reçoit à Rio de nombreux acteurs et réalisateurs comme les acteurs Claude Jade[13], Jean-Paul Belmondo[14], le réalisateur François Truffaut[15].

Il publie ses deux premiers livres rédigés en espagnol : Dialogando por el mundo De Chaplin a Hemingway édition EDIME collection Cantaclaro - 1961 où il retranscrit les interviews qu'il a obtenu d'acteurs, de réalisateurs et d'écrivains, et Cinema 7° cielo hoy y hayer éditions EDIME collection Cantaclaro - 1960 où il s'exprime sur ses films et acteurs préférés. Il publie cinq autres recueils de poésies en français : Je ne parle pas javanais éditions Saint Germain des Prés - Paris 1971 illustré par deux gravures de son épouse Ruth, Quelques tableaux de ma chambre racontent éditions Saint Germain des Prés - Paris 1973, Terre fumée Patagonie éditions Saint Germain des Prés - Paris 1974, La flûte de cet indien Cochabamba éditions Saint Germain des Prés - Paris 1976, Jacaré solitaire éditions Saint Germain des Prés, collection Haute - Paris 1979 illustré par 4 gravures originales de son épouse Ruth. Il publie également des poèmes dans des ouvrages collectifs : La poésie, anthologie éditions Saint Germain des Prés - Paris 1975, Vagabondages, adolescence éditions atelier Marcel Jullian 1978.

Le 2 mars 1978, il est nommé chevalier de l'ordre des arts et des Lettres par le ministre français de la Culture Michel d'Ornano[16],[17].[réf. souhaitée]

Retour final à Paris[modifier | modifier le code]

Au début des années 1980, sa santé décline et, avec son épouse, ils décident de revenir à Paris.

Le 11 avril 1984, il décède à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à l'âge de 76 ans. En mémoire d'un évènement marquant de sa vie de résistant, alors qu'il était poursuivi par une patrouille allemande au pont des Arts à Paris, ses cendres y sont jetées à la Seine par ses proches comme il l'avait souhaité[18].

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • (bg) Terre ronde, Sofia, P. Glouchkoff, , 77 p.
  • L'Honneur des poètes II Europe, Paris, éditions de Minuit, ouvrage collectif publié clandestinement, un poème d'Amy Bakaloff Partisans, section d'assaut rubrique Bulgarie, mai 1944.
  • L'Éternelle revue, no 2 de Paul Eluard, un poème de Jean Jaquet (pseudo), ouvrage collectif paru clandestinement, éditions de la Jeune Parque, Paris, juillet 1944.
  • Sombre est noir, Paris, in-4° en feuilles, papeteries de la Hulpe (numérotés de I à XIII), papeteries Ruysscher (numérotés de A à S), Vélin du Marais (numérotés de 1 à 200), 1945, orné d’une gravure à l’eau-forte et de deux dessins de Óscar Domínguez, (« présentation en ligne » (en)) [b].
  • (es) Dialogando por el mundo de Chaplin a Hemingway, Caracas, imprimé en Espagne (Madrid), Edime, coll. « Cantaclaro », .
  • (es) Cinema 7° cielo hoy y hayer, Caracas, imprimé en Espagne, Edime, coll. « Cantaclaro », .
  • Je ne parle pas javanais, Paris, éditions Saint Germain des Prés, 1971
  • Quelques tableaux de ma chambre racontent, Paris, Éditions Saint-Germain-des-Pré, .
  • Terre fumée Patagonie, Paris, éditions Saint Germain des Prés,
  • La poésie aujourd'hui, anthologie (ouvrage collectif), Paris, éditions Saint Germain des Prés, .
  • La flûte de cet indien Cochabamba, Paris, éditions Saint Germain des Prés, 1976.
  • Vagabondages no 1 « Adolescence » (ouvrage collectif), Paris, Atelier Marcel Jullian, (présentation en ligne).
  • Jacaré solitaire, Paris, éditions Saint Germain des Prés, coll. « Collection haute », (ISBN 2-243-00720-7).

Notes et Références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Oswaldo Vigas raconte : « à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le cinéma européen, notamment français, avait disparu des écrans à travers l'Amérique latine. « Unifrance Films » est créé à Paris et Amy Courvoisier est chargé de l'ouverture des premiers bureaux de cette compagnie à Caracas, celles de Rio de Janeiro, Lima et Buenos Aires suivront plus tard (...) Face à la fermeture de la dictature, l'activisme culturel de Courvoisier a été d'une importance fondamentale pour le développement du cinéma au Venezuela […] Au Brésil, il fut un grand promoteur du Cinema Novo, soutenant son entrée dans le circuit européen […][2]. »
  2. L'exemplaire de Sombre est noir de la bibliothèque de l'Université de Cambridge est dédicacé par l'auteur (en référence à la libération de Paris) : « A mon cher Parrot en souvenir des barricades rue du Louvre. Pour sa confiance. Amicalement. Amy Bakaloff »[6].

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Le tour du monde du cinéma français: histoire du cinéma français à l'étranger de Robert Cravenne »
  2. a b et c (es) Michael Martinez, « Festival de Cine Francés en Caracas », sur www.kalathos.com, .
  3. « BAKALOV Georgi Ivanov (1873-1939), social-démocrate bulgare », sur www.collectif-smolny.org (consulté le 20 novembre 2019)
  4. « Robert Desnos - deuil pour deuil - dédicace à Amy Bakaloff », sur vialibri.net
  5. Fiche de renseignement sur Amy Bakaloff Courvoisier du Comité secret militaire 1949
  6. a et b (en) Irène Fabri-Tehranchi, « Sombre est noir by Amy bakaloff and Oscar Dominguez ( 1945 ): war poetry, from anthologies to illustrated collections », sur europeancollections.wordpress.com
  7. (es) « Haciendo cineclubes: manuel de organizacion de cineclubes - Carelia Rivas Perez »
  8. (es) « Festival de Cine Francés en homenaje a Amy Courvoisier », sur Analitica.com, (consulté le 22 novembre 2019)
  9. « Gaston Diehl biographie »
  10. (en) « Photo Oswaldo Vigas and Amy courvoisier in Paris in the 60' », sur www.oswaldovigas.com
  11. « Mon ami Amy, le poète voyageur qui adorait le cinéma… : Amy, le « Carioca » », sur ruthbess.art, (consulté le 29 décembre 2019)
  12. (br) Amy courvoisier, « Um cinema vital que se renova », Jornal do Brasil,‎ (lire en ligne)
  13. (de) « Mémoire de Claude Jade », sur claudejade.com,
  14. (br) « telegrafo visual: critica amavel do cinema »
  15. (br) « Telegrafo visual: critica amavel de cinema »
  16. Michel d'Ornano, Français : Mr Michel d'Ornano, ministre de la Culture et de l'Environnement, nomme Mr Amy Courvoisier au rang de Chevalier des Arts et des Lettres - 1978, (lire en ligne)
  17. Ministère de la Culture et de l'Environnement, « Nomination Amy Courvoisier chevalier des Arts et des Lettres 1978 », sur commons.wikimedia.org,
  18. (es) Alberto Valero, « A un ano de su muerte Amy Courvoisier », Encuadre, Venezuela, no 4,‎ (lire en ligne, consulté le 29 décembre 2019).
    « Sur la Seine, Courvoisier naviguera encore sur les mers de la planète, à travers les bars de Colón et ses cinémas luxueux, par Manaos avec son goût de feuilles pourries : avec les voleurs de l'avenue Juarez, les musiciens aveugles de la rue des Orphelins et les trésors de la capitale mexicaine ».