Alun

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Cristaux d'alun
Monocristal d'alun
Structure rhomboédrique

L'alun ordinaire (du grec als, alos, « le sel »), alun de potassium ou encore sulfate double d'aluminium et de potassium, est un sel double de formule chimique KAl(SO4)2•12 H2O. C'est un minéral présent naturellement dans diverses régions du monde, telles la Syrie et le Maroc autrefois. Il peut également être synthétisé.

Histoire[modifier | modifier le code]

Au IVe siècle av. J.-C., le philosophe Théophraste, élève d’Aristote, a écrit un ouvrage intitulé Sur le Sel, le Nitre et l’Alun[1]. Strabon rapporte quelques propriétés de l’alun[2]. On attribue à Geber la découverte de l'acide nitrique, obtenu en chauffant du salpêtre[3] en présence d’alun, de sulfate de cuivre[4] et d'acide sulfurique (le vitriol).

À la fin du XVe siècle, d'importants gisements d'alun sont découverts dans les monts de la Tolfa, une région d'Italie appartenant aux États pontificaux. Compte tenu du rôle joué à cette époque par l'alun dans l'industrie textile, l'exploitation de ces gisements sera une source de revenus pour les États pontificaux.

L'utilisation de l’alun était connue des Romains, Pline en parle dans ses écrits. Buffon, dans ses œuvres complètes, détaille son utilisation dans la teinture des matériaux :

« Ce sel a en effet, des propriétés utiles, tant pour la médecine que pour les arts et surtout pour la teinture et la peinture. La plupart des pastels ne sont que des terres d’alun, teintes de différentes couleurs. Il sert à la teinture en ce qu’il a la propriété d'ouvrir les pores et d’entamer la surface des laines et des soies qu’on veut teindre et de fixer les couleurs dans leurs substances. Il sert aussi à la préparation des cuirs, à lisser le papier… On frotte d’alun calciné les formes qui servent à imprimer les toiles et papiers pour y faire adhérer les couleurs… »

Propriétés[modifier | modifier le code]

L'alun est astringent, émétique et hémostatique[5]. Sa température de fusion est de 92,5 °C[6]

Sa solubilité est de l'ordre de 114 g/l à 20 °C[7].

Utilisations[modifier | modifier le code]

Cuir et textile[modifier | modifier le code]

L'alun favorisant la coagulation des protéines (propriété hémostatique), il fut utilisé pour traiter le cuir[8] par les hongroyeurs, qui l'utilisaient mélangé au chlorure de sodium[9].

On l'emploie comme mordant pour la teinture du tissu[9].

Cosmétique[modifier | modifier le code]

La pierre d'alun (potassium alum) régule la sudation sans boucher les pores de la peau (propriété astringente)[8]. Elle combat les bactéries qui causent les mauvaises odeurs (propriété bactéricide[réf. nécessaire]). Elle peut être utilisée comme après-rasage afin de stopper les saignements dus aux micro-coupures (propriété hémostatique). La pierre d'alun s'utilise humidifiée à l'eau froide en la passant lentement sur la peau. Ce type de pierre se trouve en pharmacies et parapharmacies. Le côté « naturel » du produit contribue à un regain d'intérêt[8].

Alimentation[modifier | modifier le code]

Dans les années 1800, en France, en Allemagne et en Angleterre certains boulangers introduisaient de l'alun de potassium dans la farine comme substitut du bitartrate de potassium dans la levure de boulanger[10]. Des morts par accident ou par empoisonnement volontaire liées à l'alun ont été rapportées à cette époque. Seule une partie de l'alun utilisé dans la manufacture du pain est décomposée par les phosphates présents dans la farine, son utilisation dans les produits alimentaires fut interdite et punie d'une peine d'emprisonnement à la fin des années 1870. Des expériences menées par Devergie et Orfila sur des animaux vivants fournirent la preuve qu'il s'agit d'un poison dont l'action corrosive attaque les membranes muqueuses. Les symptômes observés sont le vomissement, la constipation, une asthénie extrême, et une perte d'appétit[10]. D'autres expériences menées sur des chiens en bonne santé par Henry A.MOTT conduisirent au même constat, l'autopsie de ces derniers décela la présence d'une grande quantité d'aluminium dans le cœur, le foie, les reins et le sang[10].

Autres[modifier | modifier le code]

Il est d'autre part utilisé comme coagulant dans le traitement de l'eau potable[11].

Il a aussi été utilisé comme adjuvant immunologique[12].

Il est aussi utilisé dans la fabrication de la plasticine. Il fait partie des ingrédients de certaines recettes de pâte à modeler maison non toxiques.

Sous forme de solution, il est utilisé pour faire bleuir les hortensias, comme tout autre acide.

Synthèse[modifier | modifier le code]

Il est aussi possible de l'obtenir en mélangeant des solutions concentrées de sulfates de potassium K2SO4 et de sulfate d'aluminium Al2(SO4)3 que l'on laisse s'évaporer : {\displaystyle \cfrac{1}{2} ~ \hbox{K}_{2}\hbox{SO}_{4(s)} + \cfrac{1}{2}~ \hbox{Al}_{2}\hbox{(SO}_{4}\hbox{)}_{3(s)} \to  \hbox{KAl}\hbox{(SO}_{4}\hbox{)}_{2(s)}}

Impact sur la santé[modifier | modifier le code]

Au contact de l'eau, la pierre d'alun libère des oxydes et des hydroxydes d'aluminium (forme stable d'aluminium)[13] qui sont réputés inertes[réf. nécessaire]. Aucun renseignement toxicologique officiel ni restriction d'utilisation ne concernent actuellement l'alun naturel. Ces composés sont même autorisés en cosmétologie naturelle et biologique à la différence du chlorhydrate d'aluminium[14] ou du chlorure d'aluminium fabriqués industriellement et dont l'innocuité a été remise en cause fin 2011 par l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé[15],[16] en tant que composants de déodorants ou d'antitranspirants.

Fabrication artisanale[modifier | modifier le code]

Il existe dans le monde de moins en moins de fabricants[réf. nécessaire] travaillant la pierre d'alun de façon artisanale selon une méthode de taille et de polissage à la main.

La méthode artisanale nécessite un travail à partir du vrai cristal d'alun non reconstitué. Les pierres d'alun fabriquées selon cette méthode sont de plus en plus rares.[réf. nécessaire]

On retrouve aujourd'hui de nombreuses pierres moulées reconnaissables à leur aspect opaque et poudreux. Le véritable cristal d'alun est quant à lui reconnaissable à sa légère transparence et la non homogénéité du produit.

À ce jour, il existe encore un fabricant en France[17].

Produit de synthèse industrielle[modifier | modifier le code]

Un produit de synthèse industrielle, l'Ammonium alun ou Ammonium alum, fabriqué à partir de sulfate d'ammonium, sous produit de l'industrie du caprolactame, d'acide sulfurique et d'alumine est vendu comme déodorant naturel. Pourtant de nombreux marchands de produits naturels affirment que les produits de synthèse seraient intrinsèquement nocifs, n'étant pas d'origine naturelle, notamment par la présumée migration des molécules d'aluminium sous la peau. (Voir Controverse sur l'innocuité des déodorants).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Diogène Laërce, Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres [détail des éditions] [lire en ligne] (Livre V, 42 - 50)
  2. Strabon, Géographie [détail des éditions] [lire en ligne] (Livre XXXIII, 30)
  3. KNO3
  4. CuSO4⋅5H2O
  5. « Alun de potassium - Identification de la substance », sur biam2.org (consulté le 26 juillet 2010)
  6. Mathey Jérome, « Synthèse des cristaux d’Alun de Potassium »,‎ 2008
  7. « Alun de potassium », sur cristallographie.free.fr (consulté le 27 août 2012)
  8. a, b et c Marie-Claude Martini, BTS esthétique-cosmétique, vol. 2, Cosmétologie, 2008, p. 49
  9. a et b Frédéric Georges Cuvier, Dictionnaire des sciences naturelles, vol. 51,  éd. F. G. Levrault, 1827, p. 293
  10. a, b et c The effects of alumina salts on the gastric juice in the process of digestion by Henry A. MOTT, Jr, Ph.D. (Journal of American Chemical Society 1897, vol 2, p13-23)
  11. Fiche de l'alun liquide
  12. [PDF] « Exemple d'utilisation de l'alun pour dé-sensibiliser l'allergie aux graminée. », sur cytos.com (consulté le 26 juillet 2010)
  13. [1]
  14. [PDF] « Les sels d'aluminium des déodorants sont-ils dangereux ? »
  15. [PDF] « Évaluation du risque lié à l’utilisation de l’aluminium dans les produits cosmétiques (oct 2011) »
  16. [PDF] « CR de la Commission de cosmétologie (28/01/2011), portant en p13 sur l'évaluation du risque lié à l'aluminium dans le domaine »
  17. [2]
  • Paul Pascal, « Nouveau traité de chimie minérale », Masson Éditeurs, 1961.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Delumeau, L'Alun de Rome, Paris, SEVPEN, 1962.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]