Épave de Kyrénia
| Épave de Kyrénia | |||
L'épave exposée au musée du château de Kyrenia. | |||
| Coordonnées | 35° 21′ 41″ nord, 33° 20′ 15″ est | ||
|---|---|---|---|
| Pays | |||
| Région | Kyrenia | ||
| Date du naufrage | ca 300 av. J.-C. | ||
| Découverte | |||
| Découvreur(s) | Andreas Cariolou | ||
| Géolocalisation sur la carte : Chypre
Géolocalisation sur la carte : mer Méditerranée
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L’épave de Kyrenia est une épave de navire grec marchand du IVe siècle av. J.-C. découverte au large de Kyrenia, à Chypre. Les recherches effectuées ont permis de déterminer que le navire avait eu une longue durée d'utilisation, d'environ 80 ans, avant un naufrage dû sans doute à une attaque de pirates mais aussi à un mauvais état général.
Particulièrement bien conservé, le navire permet d'appréhender les méthodes de construction navale de l'Antiquité. Il est exposé désormais dans un musée situé au château de Kyrenia.
Histoire
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Le navire a été découvert en novembre 1965 par Andreas Cariolou, qui a contacté Michael et Susan Katzev en 1967 pour les guider jusqu'à l'épave[1]. Les fouilles ont été dirigées par Michael Katzev.
Le navire a navigué sous les règnes d'Alexandre le Grand et ses successeurs. Le navire a sombré du fait de son âge mais aussi peut-être à la suite d'une attaque de pirates à la fin du IVe siècle av. J.-C., vers 300 av. J.-C. Des épées ont été retrouvées sous la coque par les archéologues. Une monnaie de bronze de Démétrios Poliorcète a été trouvée lors des fouilles qui ont duré de 1968-1969 à 1974.
Les travaux de conservation, débutés en 1970, ont été interrompus par l'occupation turque de la partie septentrionale de Chypre en 1974.
Navire
[modifier | modifier le code]Le navire est relativement bien connu du fait du caractère remarquablement préservé de la coque et de nombreuses parties de bois du navire (environ 75 % d'éléments conservés)[2]. Le navire mesurait 14,50 m de longueur et environ 4 m de largeur, et avait une voile carrée. Il était surtout fait de bois de pin d'Alep. L'équipage, selon les ustensiles découverts sur le navire, était constitué de 4 hommes au moins. Quatre cuillères en bois, quatre cruches, quatre plats et quatre coupes récupérés dans les fouilles suggèrent en effet que l'équipage lors du dernier voyage consistait en quatre marins. Les repas étaient probablement préparés à terre, en utilisant un grand pot et un chaudron de bronze.[réf. nécessaire]
Le bateau naviguait vers le sud le long de la côte anatolienne, passant par Samos, Kos et Rhodes avant de continuer vers l'est, jusqu'à sa destruction à Chypre.[réf. nécessaire]
Le navire était relativement âgé au moment du naufrage et fut réparé. La datation par le carbone 14 des planches du bateau donne une date approximative de 389 av. J.-C. (plus ou moins 44 ans).[réf. nécessaire] Il semble que le navire avait été utilisé pendant 80 ans avant de couler[3].

La quille a été réparée.[réf. nécessaire] La carène était doublée en plomb de 3 mm d'épaisseur, fixé avec des clous en cuivre[3] ou en bronze[1] ; et sa coque était elle aussi fixée avec des attaches en cuivre (ce qui évite le problème de corrosion galvanique — effet de pile électrochimique — qui intervient lorsque deux métaux de nature différente sont mis en contact ou simplement étroitement rapprochés l'un de l'autre). Il transportait deux rouleaux de plomb pour réparation[3].
Le but de ce revêtement métallique n'est pas d'imperméabiliser la coque mais de lutter contre les redoutables tarets xylophages - et, accessoirement mais non négligeable, de faire office d'antifouling (voir l'article Doublage en cuivre). En l'an 2000, c'est le plus ancien navire de ce type connu[3].
Cargaison
[modifier | modifier le code]La capacité de charge du navire était de 20 tonnes.
- 375 amphores (dont 319 originaires de Rhodes, les autres probablement de Samos).
- 29 meules à grain utilisées comme lest sur la quille sur trois rangées.
- 9 000 amandes chargées dans des sacs.
- Une partie du contenu du bateau.
- Amphores remises en place.
Analyse
[modifier | modifier le code]La cargaison importante d'amphores de Rhodes fait supposer que cette île était une escale importante.
Des éléments typiques des navires marchands, comme les poids et les monnaies nécessaires aux négociations commerciales, manquaient lors des fouilles. Il faut ajouter qu'une partie importante de la cargaison, environ 1 tonne, manquait également. Cela donne à croire que le navire fut pillé. La conservation presque complète de la coque, ainsi que les mesures de restauration prises, est un élément important de notre connaissance concernant la construction navale dans l'Antiquité.
Postérité
[modifier | modifier le code]Le navire a fait l'objet de reconstitutions dont l'une, le Kyrénia II, au Pirée en 1985. En 1982, Haris Tzalas, président de l’Hellenic Institute for the Protection of Nautical Tradition, suggéra à Michael Katzev de tenter une expérience d'archéologie expérimentale en créant une réplique grandeur nature du navire. Mise en œuvre à Perama (Grèce) sous le contrôle de l'American Institute of Nautical Archaeology (en) et de l'architecte naval Richard Steffy, cette entreprise permit de disposer du navire pour les cérémonies en lien avec la promotion, en 1985, d'Athènes comme capitale européenne de la culture[2]. Cette expérience, qui avait par ailleurs une visée politique évidente[4], permit de tester la vitesse (quatre nœuds de moyenne) et les qualités nautiques de ce type de navire marchand. À cette occasion, on a constaté qu'ils pouvaient naviguer à 70° contre le vent, « vérification empirique de la thèse de Jean Rougé sur la capacité des cargos antiques de remonter au vent[5] »[2].
Le navire apparaît sur les pièces de 0,10 ; 0,20 et 0,50 € chypriotes[6].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- 1 2 (en) « Kyrenia Shipwreck Excavation », sur nauticalarch.org (consulté en ).
- 1 2 3 Alain Guillerm, La marine dans l'Antiquité, PUF, , p. 96.
- 1 2 3 4 (en) John M. Bingeman, John P. Bethel, Peter Goodwin et Arthur T. Mack, « Copper and other sheathing in the Royal Navy », International Journal of Nautical Archaeology, vol. 29, no 2, , p. 218-229 (voir p. 221) (DOI 10.1111/j.1095-9270.2000.tb01453.x, lire en ligne).
- ↑ Étienne Copeaux, « Une épave surchargée de politique », dans S. Müller Celka et J.-C. David (dir), Patrimoines culturels en Méditerranée orientale : recherche scientifique et enjeux identitaires (Rencontres scientifiques en ligne de la Maison de l'Orient et de la Méditerranée), Lyon, 2007. (lire en ligne [PDF] sur mom.fr).
- ↑ Jean Rougé, Recherche sur l'organisation du commerce maritime en Méditerranée sous l'Empire romain, 1966, Paris, p. 61.
- ↑ « Chypre », sur ecb.europa.eu, European Central Bank, (consulté en ).
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- [Casson 1994] (en) Lionel Casson, Ships and Seafaring in Ancient Times, Londres, British Museum, , 160 p. (ISBN 0-7141-1735-8).
- [Katzev 2007] (en) Susan Womer Katzev, « The ancient ship of Kyrenia, beneath Cyprus seas », dans Ed. Pavos Valavanis et David Hardy, Great Moments in Greek Archaeology, Oxford University Press, , p. 286-299.
- [Steffy 1985] (en) Richard J. Steffy, « The Kyrenia Ship: An Interim Report on its Hull Construction », American Journal of Archaeology, vol. 38, no 1 « Centennial Issue », , p. 71-101 (DOI 10.2307/504772).
- [Steffy 1993] (en) Richard J. Steffy, « Ancient Ship Repair », dans Harry Tzalas (coord.), Tropis V: Nauplia (Proceedings of the 5th International Symposium on Ship Construction in Antiquity, 26, 27, 28 August 1993), Athens, (lire en ligne [sur academia.edu]), p. 395-408.