Épave d'Uluburun

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Uluburun
Image illustrative de l’article Épave d'Uluburun
Maquette en bois du bateau naufragé à Uluburun.
Localisation
Pays Drapeau de la Turquie Turquie
Province Antalya
District Kaş
Coordonnées 36° 07′ 43″ nord, 29° 41′ 09″ est
Géolocalisation sur la carte : Turquie
(Voir situation sur carte : Turquie)
Uluburun
Uluburun

Uluburun (en turc : grand cap) est un site archéologique sous-marin, situé au sud de Kaş, en Turquie, dans la Mer Méditerranée, où a été retrouvée une épave d'un navire marchand de l'Âge du bronze récent (XIVe – XIIIe siècle av. J.-C.). L'épave, longue de 15 m et avec un mat haut de 5 m[1], repose à plus de 40 mètres de profondeur[1]. Elle a été fouillée de 1984 à 1994[1]. Il s'agit de la plus vieille épave fouillée au monde[2].

Historique[modifier | modifier le code]

En 1982, lors d'une plongée, un jeune pêcheur turc repéra des objets que le capitaine du navire reconnut pour être des lingots de cuivre en forme de peau de bœuf datant de l'Âge du bronze. Ce dernier en informa George Bass, qui dirigeait les fouilles de l'Institute of Nautical Archaeology (INA) de l'Université A&M au Texas. Dans les années 1960, Bass avait découvert une épave datant de l'Âge du bronze datant des environs de au cap Chélidonia. De nombreux experts mettaient en doute sa théorie d'un commerce entre la Grèce mycénienne et le Proche-Orient à cette époque. L'épave d'Uluburun en apportait la confirmation.

Les fouilles durèrent de 1984 à 1994 et se révélèrent délicates pour plusieurs raisons. Comme le navire reposait à 42 m et 61 m de profondeur, le travail des plongeurs était pénible. De plus, de nombreux lingots de cuivre avaient souffert de leur séjour prolongé dans la mer et leur fragilité nécessita l'emploi d'une technique spéciale pour pouvoir les remonter à la surface : on injecta dans les restes une colle qui durcissait après un an sous l'eau.

Contenu de l'épave[modifier | modifier le code]

Lingots de cuivre découverts dans l'épave.

Parmi les objets mis au jour dans l'épave, on peut noter[1], :

  • 354 lingots de cuivre (10 t[3]), dont on connaît l'importance de la diffusion par les trouvailles archéologiques et les archives contemporaines ;
  • des lingots d'étain (1 t[3]), étain et cuivre étant les constituants du bronze ;
  • des lingots en verre de cobalt bleu turquoise et lavande, parmi les plus anciens connus dans cette matière ;
  • de l'ivoire d'éléphant, des dents d'hippopotame, divers coquillages ;
  • des céramiques chypriotes de diverses qualités ;
  • de la vaisselle en faïence, en bronze et cuivre ;
  • divers bijoux riches, provenant pour beaucoup du Levant, ainsi qu'un scarabée au nom de la reine égyptienne Néfertiti ;
  • des outils et armes en bronze ;
  • de l'ambre d'Europe du Nord ;
  • deux tablettes en bois à l'origine recouvertes d'une surface de cire sur laquelle on écrivait.

Circuits commerciaux[modifier | modifier le code]

L'épave est une source d'information précieuse sur les échanges maritimes en Méditerranée orientale, documentés par ailleurs dans les archives contemporaines d'Ougarit et d'el-Amarna.

Le navire était impliqué dans les circuits d'échanges du bassin oriental de la Méditerranée. On y a trouvé une grande quantité d'objets de provenances diverses : Levant, Chypre, Crète, Grèce continentale, Égypte. La richesse de la cargaison a fait penser qu'il pouvait s'agir d'un bateau affrété par un pouvoir royal. Vu la quantité de cuivre transportée, il est probable que le bateau venait d'Alashiya (l'actuelle Chypre). L'origine de l'équipage reste indéterminée du fait des provenances diverses des objets personnels retrouvés dans l'épave.

Le cuivre et l'étain étaient certainement destinés à la fabrication de bronze. Connaissant la composition du bronze des armes de l'époque mycénienne, les onze tonnes de métal de l'épave auraient permis de forger l'équipement d'environ 5 000 soldats. L'origine chypriote du cuivre est connue depuis longtemps (en raison de la composition isotopique de son plomb), mais celle de l'étain était restée mystérieuse. En 2022, sa composition chimique (notamment la teneur en tellure et en plomb) et isotopique (isotopes de l'étain et du plomb) a été comparée à celles de toutes les sources d'étain connues depuis les îles Britanniques jusqu'à l'Asie centrale. Environ 65 % de l'étain proviennent des gisements de Kestel (en), situés dans le Taurus à environ une semaine de marche du port de Mersin (où le navire avait dû faire escale). Environ 30 % proviennent du gisement de Mušiston (Ouzbékistan) ou du centre du Tadjikistan[3],[4].

Musée[modifier | modifier le code]

Le musée d'archéologie sous-marine de Bodrum, dans le château Saint-Pierre, expose les objets trouvés au cours des fouilles ainsi qu'une réplique du navire.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d Bertrand Lafont, Aline Tenu, Philippe Clancier et Francis Joannès, Mésopotamie : De Gilgamesh à Artaban (3300-120 av. J.-C.), Paris, Belin, coll. « Mondes anciens », , 1040 p. (ISBN 978-2-7011-6490-8), chap. 12 (« Guerre et paix au Proche-Orient : l'Âge d'El Amarna »), p. 434-438.
  2. Frances Linzee Gordon 2007, p. 267
  3. a b et c François Savatier, « La surprenante provenance du bronze mycénien », Pour la science, no 544,‎ , p. 8.
  4. (en) Wayne Powell, Michael Frachetti, Cemal Pulak, H. Arthur Bankoff, Gojko Barjamovic et al., « Tin from Uluburun shipwreck shows small-scale commodity exchange fueled continental tin supply across Late Bronze Age Eurasia », Science Advances, vol. 8, no 48,‎ (DOI 10.1126/sciadv.abq3766 Accès libre).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Frances Linzee Gordon (trad. de l'anglais), Turquie, Paris, Lonely Planet, , 700 p. (ISBN 978-2-84070-651-9) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Cemal Pulak, « The Uluburun Shipwreck and Late Bronze Age Trade », dans Joan Aruz, Kim Benzel et Jean M. Evans (dir.), Beyond Babylon. Art, Trade, and Diplomacy in the Second Millenium B.C., New York, New Haven et Londres, (lire en ligne), p. 289-310

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]