Économie de communion

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L'Économie de Communion est un courant économique lancé en 1991 par le mouvement des Focolari. Elle s'inscrit dans la lignée de la Doctrine sociale de l'Église Catholique et proche du courant de l'économie sociale et solidaire. L'économie de communion privilégie la relation interpersonnelle et vise à mettre en œuvre le don dans les relations économiques. C'est à la fois une philosophie que peuvent suivre les dirigeants d'une entreprise et un projet de société.

Origine[modifier | modifier le code]

En 1991, Chiara Lubich, la fondatrice du Mouvement des Focolari, en visite au Brésil, constate que les pratiques de partage des membres du mouvement ne suffisent pas aux immenses besoins des personnes animées par leur esprit de fraternité[1] ; elle propose de créer ou de développer des entreprises qui partageront une part de leurs bénéfices, et donneront la priorité à la relation, tendant à la réciprocité et à la communion.

Le 31 mai 1999, Chiara Lubich prononce un discours au Conseil de l'Europe à Strasbourg sur le thème : Entre société marchande et société solidaire, vers quelle économie socialement responsable ? pour « y exposer une nouvelle praxis en économie, connue sous le nom d'économie de communion. »[2]

Évolution[modifier | modifier le code]

En 2014, plus de 800 entreprises, principalement des PME et TPE, participent à ce projet dans le monde.

En France, surtout après un colloque à l'Unesco en 2001, des chefs d’entreprises de diverses sensibilités ont rejoint cette initiative. L’Unesco a également inscrit dans son programme Most (initiatives sociales) le colloque du 2 février 2008 Du microcrédit à l’économie de communion, des valeurs pour l’économie[3].

Au plan universitaire, l'Économie de communion a fait l'objet de nombreux travaux universitaires, notamment à l'Institut Universitaire Sophia dirigé par le recteur Piero Coda. Plus de 300 mémoires et thèses ont été soutenus à ce sujet[4].

Les entreprises qui choisissent expressément de reverser une partie de leurs bénéfices pour aider les plus démunis ont permis à une ONG internationale basée en Italie de redistribuer en 2014 plus de 1 300 000 euros[5].

Du 27 au 31 mai 2015, un congrès international Disons Oui à une Économie de Communion s'est déroulé à Nairobi, au Kenya, en collaboration avec l'Université catholique de l'Afrique de l'Est.

L'économie de communion dans l'économie de marché[modifier | modifier le code]

L’économie de communion s’inscrit, de fait, dans la tradition italienne de « l’économie civile » qui commença à être pratiquée dans les communes italiennes au Moyen Âge, qui reçut ses fondements théoriques à Naples au XVIIIe siècle par le Père Antonio Genovesi, et qui représente toujours un courant au sein des économistes italiens[6]. L'économie civile promeut un marché qui met la personne au centre de l’économie. Sur ce marché, les interactions des agents doivent conduire à des avantages mutuels dans l’intérêt du bien commun[7].

Comme l’économie civile, l’économie de communion est une économie de marché : liberté d’entreprendre, liberté de commercer, liberté de consommer, liberté d’épargner et d’investir, liberté de circulation pour les personnes, les biens, les services et les informations. Mais elle se veut un « antidote à la société de marché »[8]. Néanmoins, l'économie de communion est fondée sur des principes anthropologiques différents de ceux de l’économie libérale donnés par Adam Smith dans la même période[9]. Elle se base sur une anthropologie chrétienne dont les principales sources sont le réalisme philosophique aristotélicien et la doctrine sociale de l’Église Catholique.

Les principes de l'économie de communion[modifier | modifier le code]

La relation au cœur de l'entreprise[modifier | modifier le code]

L’Économie de Communion est un courant économique international qui privilégie la relation interpersonnelle. La relation entre les acteurs économiques, de ce fait, prime sur les intérêts mercantiles et la recherche du profit n'apparaît plus centrale. L'économie de communion inclut dans la relation jusqu'aux plus démunis, même non directement concernés par l'échange, et œuvre pour une juste répartition de la valeur ajoutée : ce courant reconnait et met en œuvre le don dans les relations économiques. Cette attitude qui la caractérise s'appelle "le risque de la confiance" et vise à transformer l’actuelle économie d’exclusion en une économie d’inclusion, dans laquelle l’acte marchand est une relation humaine qui peut voir dans l’autre un frère en humanité.

L'entreprise, instrument d'inclusion et de redistribution des richesses[modifier | modifier le code]

L’Économie de Communion considère que l’entreprise doit être avant tout un instrument et un lien d’inclusion et de communion. Dans une entreprise, la phase d'élaboration et de production des biens et/ou des services, entre salariés mais aussi en externe dans les discussions avec les sous-traitants, appartient au champ de la réflexion et "c’est au moment même où elle produit des richesses (et non pas après) qu’elle s’occupe aussi de redistribuer ces richesses, et s’occupe donc de justice"[10].

L’Économie de Communion, en tant que proposition d'action économique[11], cherche à mettre en œuvre les ressources matérielles, humaines et spirituelles que chacun possède, riche ou pauvre, pour que personne ne manque du nécessaire : un projet de société qui engage des entreprises des cinq continents, dans un esprit de fraternité universelle où chacun donne et reçoit.

Les chefs d’entreprise qui adhèrent à cette initiative mettent également en commun une partie de leurs profits pour répondre aux besoins de personnes en difficulté, et pour permettre le développement d’une « culture du don ». Par cohérence avec leur souci d’une économie au service de l’homme, ils s’encouragent à instaurer des rapports respectueux avec leurs employés, leurs clients et leurs concurrents.

Le don est intrinsèque à l'acte marchand[modifier | modifier le code]

Dans l'économie libérale développée par Adam Smith, c’est la « main invisible »[12] qui régule, encadrée par le contrat, entre les parties et par la loi.

Dans l’approche développée par l’économie de communion, l’économie est un lieu de relations qui est propice à la pratique de la vertu, à la recherche du bien commun, et non à celle de l’intérêt général comme somme des intérêts individuels. En intégrant au sein de l’acte marchand une part de don, de gratuité et de réciprocité dans la relation marchande, l'économie de communion manifeste la définition de l'homme du pape Paul VI selon laquelle l'homme ne se trouve pleinement que dans le don désintéressé de lui-même.[13]

« Si la liberté grandit avec le don, c’est une économie d’échange et de réciprocité qui se dessine, dont le marché, avec ses propres règles d’échanges, n’est qu’un cas particulier »[14]. En cela, elle se distingue de l’économie libérale.

Les points de repère[modifier | modifier le code]

Les entreprises qui adhèrent aux principes généraux proposés par le mouvement cherchent à mettre en œuvre aussi bien dans leur fonctionnement interne que vis à vis de leurs différents partenaires des pratiques reflétant leur aspiration philosophique[15] :

  • Relations dans l’entreprise

Les entreprises qui adhèrent à l’Économie de Communion adoptent la communion comme valeur fondamentale en ce sens où la qualité des relations entre toutes les parties prenantes est une priorité. Les fonctions des employés sont définies avec clarté et sont exercées dans un esprit de service et de responsabilité. Le style de management est participatif.

  • Relations avec les clients, les fournisseurs, les financeurs et les tiers

Ceux qui travaillent dans l’entreprise cherchent avec professionnalisme à établir de bonnes relations avec les clients, les fournisseurs et les habitants du territoire, car ils sont convaincus que le maintien et l’amélioration de ces relations font partie intégrante de leur rôle. L’entreprise entretient aussi des relations loyales et cordiales avec ses concurrents et avec l’administration car elle les considère tous comme des partenaires essentiels pour la réalisation du Bien commun.

  • Qualité de vie et bien-être

L'entreprise se fixe pour objectif de devenir une vraie communauté. Elle peut notamment recourir pour y parvenir à divers outils tels que l’entretien personnel périodique entre les employés et leurs responsables, les rencontres organisées pour permettre des échanges d’expériences, les rencontres où les dirigeants écoutent les éventuelles protestations, désaccords ou suggestions, les rencontres pour faciliter les relations interpersonnelles, résoudre les situations de conflit, et pour améliorer l’ambiance générale entre tous les membres de l’entreprise qui expérimentent ainsi la fraternité. Si ces ‘outils de communion’ ne sont pas mis en œuvre, la vie relationnelle entre tous les membres de l’entreprise s’appauvrit, ce qui est aussi au détriment de ses performances économiques.

  • Harmonie du cadre de travail

La beauté et l’harmonie des locaux participent à l’image de l’entreprise qui souhaite vivre l'Économie de Communion. Le cadre de travail reflète l’harmonie des relations, et y contribue. L’hygiène, la propreté, l’ordre font partie de la culture de l’ÉdeC, de sorte que tout le monde se sente à son aise : employés, actionnaires, clients, fournisseurs, ou visiteurs. Un soin particulier est apporté au respect des règles en matière de sécurité, de qualité de l’air, de niveau de bruit, d’éclairage, et à tout ce qui est de nature à faciliter la qualité des relations tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’entreprise. La beauté tient une grande place, même quand l’entreprise entre en contact, direct ou indirect, avec la pauvreté, car le premier remède à toute forme de pauvreté est l’attention à l’autre, et la beauté l’exprime de manière privilégiée.

  • Éthique de l'entreprise

L’entreprise considère le travail comme une possibilité, pour la personne, de développement sur le plan professionnel comme sur le plan éthique et spirituel.

L’entreprise s’engage à respecter la législation, et elle agit pour la faire évoluer. Elle s’engage aussi à un comportement loyal à l’égard du fisc, des organes de contrôle, des syndicats et des institutions. La qualité de la vie professionnelle est considérée comme une dimension essentielle de l’épanouissement de toute personne humaine, pour la réalisation de sa vocation de travailleur et d’être humain.

  • Formation et culture

L’entreprise favorise entre ses membres l’émergence d’un climat de confiance réciproque, ce qui pousse l'employé(e) à proposer ses talents, ses idées et ses compétences pour en faire bénéficier les collègues et l’entreprise. Le premier lieu de formation est toujours la communauté de l’entreprise, dans toutes ses articulations. La direction adopte des critères de sélection du personnel et de gestion des ressources humaines de façon à faciliter l’instauration de ce climat de confiance.

  • Communication au sein de l'entreprise et vers l'extérieur

Les entrepreneurs s’efforcent en permanence de créer un style de communication ouvert et sincère, propice aux échanges d’idées et d’informations entre tous les niveaux hiérarchiques. Pour cela, ils utilisent les outils de communication appropriés pour rendre compte régulièrement, tant à l’intérieur de l’entreprise que vers l’extérieur. Cette communication fait apparaître concrètement la création de valeur issue des différentes parties prenantes de l’entreprise. En utilisant les moyens de communication les plus modernes afin de se relier entre elles au niveau local et au niveau international, il peut en résulter des relations économiques. Ainsi, les entreprises entretiennent un esprit de soutien réciproque et de solidarité, tant au niveau local qu’au niveau international.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Économie de communion : vers plus de solidarité et de responsabilité dans les entreprises. | Centre Avec », sur www.centreavec.be (consulté le 25 juin 2015)
  2. Actes de la Conférence du cinquantième anniversaire du Conseil de l'Europe "Société de marché, démocratie, citoyenneté et solidarité: un espace de confrontation ?", Strasbourg, Conseils de l'Europe, (ISBN 9287141339, lire en ligne), Pages 38-39
  3. « Actes du colloque à l'UNESCO sur l'Economie de Communion », sur economie-de-communion.fr,‎ (consulté le 21 août 2015)
  4. (it) « Liste des mémoires et thèses universitaires produits sur le sujet de l'Economie de communion » (consulté le 24 août 2015)
  5. Guilhem Dargnies, « Comment réconcilier l'économie et l'Evangile ? », Famille chrétienne, no 1946,‎ (ISSN 0154-6821, lire en ligne)
  6. (it) « L'economista Zamagni : «E' tempo di economia civile» », sur avvenire.it,‎ (consulté le 30 septembre 2015)
  7. « De l’économie libérale de marché à l’économie civile de marché - Observatoire Sociopolitique de Fréjus-Toulon », sur osp.frejustoulon.fr (consulté le 30 septembre 2015)
  8. Gérard Thoris, « L’économie de communion, dans la philosophie économique et politique actuelle », Actes du colloque IPLH L’économie de communion : enjeux et développements,‎ , p. 22-27 (lire en ligne)
  9. Luigino Bruni, La blessure de la rencontre ou l'économie au risque de la relation,
  10. Luigino Bruni, « Regards sur l’économie de communion : six points spécifiques », Actes du colloque "L'Economie de communion : enjeux et développement",‎ , p. 32-35 (lire en ligne)
  11. (en) Bruni, Luigino et Uelmen, Amelia J, « The Economy of Communion Project », Forham Journal of Corporate and Financial Law, no Volume 11, Issue 3,‎ , p. 645-680
  12. Adam Smith, De la richesse des nations,
  13. Paul VI, Vatican II, Constitution pastorale Gaudium et spes, , n°24, §3
  14. Pierre-Yves Gomez, Préface de La blessure de la rencontre,
  15. Antonella Ferrucci, « Points de repère pour les entreprises ÉdeC », sur www.edc-online.org (consulté le 26 juin 2015)

Liens externes[modifier | modifier le code]