Loi de Baumol

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La loi de Baumol, ou loi de la fatalité des coûts croissants, sous-tend la théorie économique formulée par les chercheurs américains William Baumol et William Bowen.

La théorie se propose de dénouer le problème du financement public dans l'industrie du spectacle vivant.

En 1965, les deux auteurs sont mandatés par la Fondation Ford de produire un diagnostic sur la santé et le fonctionnement économiques des théâtres de New York. Perfoming Arts : The Economic Dilemma (1966)

Ils souhaitent déterminer les raisons pour lesquelles les salles de spectacles de Broadway enregistrent une augmentation croissante de leurs coûts d'exploitation, de leur non-profitabilité chronique et d'une raréfaction de leur public.

Selon cette loi, l'économie en concurrence pure et parfaite est modélisée en deux secteurs :

  1. le secteur progressif qui se caractérise par une forte progression des gains de productivité, une forte intensité capitalistique ainsi qu'un haut niveau des salaires.
  2. le secteur archaïque qui se caractérise a contrario, par une faible progression voire une stagnation des gains de productivité, une faible intensité capitalistique ainsi qu'un bas niveau des salaires.

Baumol et Bowen constatent un écart important de productivité entre ces deux secteurs.

Le bien culturel spectacle se développe dans le secteur archaïque caractérisé par la stagnation de l'innovation technologique. Dès lors, les gains de productivité sont quasi-inexistants (productivity lag). Le facteur travail prédomine alors et reste incompressible (on ne peut par exemple retirer les ténors dans un opéra). De plus, la rémunération dans l'industrie du spectacle tend à s'aligner sur les autres secteurs. Les coûts de production s'élèvent dans les mêmes proportions. Les recettes quant à elles croissent moins rapidement (earnings gap), engendrant des tensions inflationnistes. Cette caractéristique est connue sous le nom de maladie des coûts croissants (Cost disease).

L'endiguement de cette dynamique est préoccupant car les économies d'échelle y sont difficiles à réaliser. Dans un concert classique par exemple, il n'est pas considéré comme équivalent de remplacer une section de violons par son évolution technologique, un synthétiseur unique. Le nombre de représentations est limité. Le prix de la place de spectacle est fixé avant le lancement. La fréquentation (demande) est inélastique à la marge, la qualité étant prépondérante dans une fourchette de prix raisonnable dans le choix. L'unique marge de manœuvre reste l'augmentation qualitative.

Le public recherche toujours des spectacles plus audacieux, donc coûteux. Les prix des billets sont toujours de plus en plus élevés, ne permettant pas de séduire de nouveaux clients et risquant dans le pire des cas d'essouffler la demande existante. Les producteurs du marché spectacle vivant sont alors confrontés à un manque chronique de liquidités (fonds propres).

Pour les pouvoirs publics se pose un dilemme : soit ils financent des spectacles toujours plus coûteux, soit ils laissent de nombreux acteurs sortir du marché en paupérisant l'offre. Baumol conclut au besoin de financements externes, mécénat, fonds publics, prélevés auprès des secteurs modernes.

Selon la loi de Baumol, le secteur public utilise davantage de travail (effectif) que le secteur privé. Le privé remplace l'emploi par le capital et la digitalisation. Il y a dont très peu de gain de productivité dans le secteur public. De plus, les salaires dans le secteur public doivent demeurer similaires aux salaires dans le secteur privé, sinon on observera un trop grand transfert vers le secteur privé. D'ailleurs, comme dans le secteur privé les gains de productivité sont plus grands le salaire augmente naturellement davantage dans ce secteur. La hausse de salaire du secteur privé entraîne donc une hausse du salaire du secteur public, et ce, sans que le secteur public ait enregistré des gains de productivité.

Eléments bibliographiques[modifier | modifier le code]

(fr) Isabelle Barbéris et Martial Poirson, L'Economie du spectacle vivant, Que sais-je, Presses universitaires de France, 2013.

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