Hiatus

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En linguistique, l'hiatus (du latin « ouverture de la bouche = parole prononcée, parole » : le h initial est muet et, en dépit d'un emploi souvent fautif, ne doit donc pas être aspiré) est la succession de deux voyelles appartenant à des syllabes différentes, soit à l'intérieur d'un mot (comme dans aorte), soit à la frontière de deux mots (il va à...). Il prend ainsi le sens figuré de décalage, de coupure : "Il y a un hiatus entre ce qui était écrit et la réalité".

L'hiatus est réputé cacophonique dans quelques langues, à commencer par les langues grecques et celles qui en ont hérité leurs vues grammaticales et linguistiques (les langues d'Europe occidentale, principalement), ce qui explique qu'en poésie (pour laquelle les conceptions esthétiques ont longtemps voulu qu'elle représentât la « belle langue ») on cherche fréquemment à l'éviter, ce qui se constate aisément dans la lecture du vers français, où l'on élide ou prononce des e caducs, selon, afin de ne pas « heurter » l'oreille, c'est de là que l'étymologie du mot puise son sens.

Sans aller si loin dans l'élimination automatique des hiatus, il est notable que de nombreuses langues d'Europe ont trouvé divers moyens grammaticalisés de se débarrasser des hiatus :

  • insertion d'un phonème éphelcystique : en français : va-yvas-y ; en anglais, un r de liaison (en:Linking and intrusive R) peut se faire entendre : law and order sera prononcé law-r and order. Son emploi est considéré fautif ;
  • réapparition d'un phonème de liaison : les[z] enfants ;
  • aphérèse : en grec ancien ὦ ἄναξ ỗ ánaks « ô roi ! » → ὦ ῎ναξ ỗ ’naks ;
  • coalescence : en sanskrit Gaṇa + iśa « troupe » + « seigneur » → Gaṇeśa « Seigneur des troupes » (mot composé) ;
  • élision : la âmel'âme ; si ils'il ;
  • utilisation d'une forme d'un mot autre que celle que l'on attend : ma âmemon âme (alors que mon est normalement réservé aux masculins), castillan la alma, « l'âme » → el alma (même procédé), etc.

Toutes ces modifications appartiennent aux règles de sandhi de chaque langue et visent à favoriser l'euphonie.

Grec ancien[modifier | modifier le code]

En grec ancien, la consonne nasale ν (nu) était parfois ajoutée en dernière position d'une forme verbale ou nominale (beaucoup plus rare) pour éviter un tel hiatus jugé incommode en langue grecque. Il en est par exemple ainsi de la troisième personne du pluriel du verbe être (εἶναι) lorsque celui-ci précédait, dans sa forme conjuguée, un autre mot débutant par une voyelle. On note par exemple εἰσι, ils sont devant une consonne (εἰσι κακοί, ils sont mauvais), et εἰσιν devant une voyelle (εἰσιν ἐλεύθεροι, ils sont libres), de sorte que la consonne nasale ν puisse faciliter l'enchaînement de la diction.

Dans cette situation, la consonne ν est appelée consonne euphonique ou éphelcystique.

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