Concert Spirituel

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Concert spirituel (homonymie).

Le Concert Spirituel est le nom d'une organisation de concerts inaugurée à Paris le . L'institution perdurera jusqu'en 1791, au début de la Révolution française et marquera le monde musical par ses innovations et la qualité de ses productions.

Les organisateurs du Concert Spirituel[modifier | modifier le code]

Les concerts spirituels sont de tradition ancienne. Le nouveau Concert Spirituel a été fondé par Anne Danican Philidor, (1681-1728), hautboïste à la Chapelle royale, qui a négocié à cette fin avec l'Académie royale de Musique. Auparavant, il était difficile d'organiser des concerts publics à Paris à cause du privilège accordé à l'Académie royale de Musique, nom donné à l'Opéra de Paris.

Les concerts devaient avoir lieu les jours où l'Opéra ne jouait pas en raison des fêtes catholiques[a 1], soit une trentaine de jours par an. En outre, Concert Spirituel devait payer une forte indemnité à l'Académie royale de Musique.

Philidor était associé à Michel Delannoy dans l'organisation des concerts. À partir de 1728, le privilège du Concert Spirituel a été accordé à Pierre Simart et Jean-Joseph Mouret. En 1731, ils passent un nouvel accord avec l'Académie royale de Musique. Toutefois, le Concert spirituel connaît alors de nombreuses difficultés, notamment financières.

Devant ces difficultés, le Concert Spirituel est repris directement, le , par l'Académie royale de Musique. Il restera géré par cette institution jusqu'en 1741, et même, d'après l'hypothèse la plus vraisemblable, jusqu'en 1748.

En 1748, le Concert Spirituel se retrouve de nouveau concédé, cette fois à Joseph Nicolas Pancrace Royer, associé à Gabriel Capperan. En 1761, le privilège de Royer et Capperan est révoqué, au profit d'une nouvelle association regroupant Antoine Dauvergne, Capperan et Joliveau.

Le Concert Spirituel est confié en 1771 à la ville de Paris, qui le concède à son tour à Dauvergne et Pierre Montan-Berton. Cependant, dès 1773, il est transféré à Simon Le Duc et François-Joseph Gossec. Enfin, en 1777, c'est le chanteur Joseph Legros qui a repris le Concert Spirituel.

La Révolution, avec la fin du privilège, plus de facto que de jure, voit la fin du Concert Spirituel. Le dernier concert a sans doute eu lieu le , mais aucun document ne mentionne la fin officielle de l'institution.

Cependant, la réputation du Concert Spirituel était si forte que d'autres organisateurs ont prétendu donner des concerts spirituels. L'expression est alors devenue plus abstraite et générique. Elle a relancé ainsi l'idée de concert spirituel comme forme particulière de concert. Cette tradition a été particulièrement vigoureuse dans la première moitié du XIXe siècle. D'ailleurs, inspirées par cette association, plusieurs académies ont été organisées. Il s'agit de celles de Marseille, Lyon, Bordeaux, Nantes, Lille, Strasbourg, et même de celle de Vienne en 1772, Tonkünstler[a 2].

Répertoire et artistes du Concert Spirituel[modifier | modifier le code]

En vertu de l'accord passé avec l'Académie royale de musique, le Concert Spirituel ne pouvait donner ni œuvres vocales en français ni surtout des opéras du répertoire[b 1]. Le Concert Spirituel faisait donc entendre d'une part de la musique sacrée en latin[a 3], justifiée en outre par les périodes où il se déroulait, d'autre part de la musique italienne. Toutefois, à la suite d'un nouvel accord avec l'Académie royale de musique, Philidor a obtenu dès 1727 d'organiser des concerts comprenant aussi des pièces en français, notamment des Divertissements[a 4].

Si l'objectif de Philidor était modeste, il est assez étonnant que les exécutions du Concert Spirituel aient provoqué le déclin de la musique à la Chapelle du château de Versailles[b 2], et même celui de l'église[a 5]. En effet, cette association était aussi l'enceinte de prédilection pour le grand motet, auquel l'école française de composition doit une bonne partie de sa réputation. Dans les programmes, on trouve tous les meilleurs musiciens de l'époque et leurs prédécesseurs[a 6],[b 3] : Nicolas Bernier, André Campra, Louis-Nicolas Clérambault, François Couperin, François Colin de Blamont, Henry Desmarest, Charles-Hubert Gervais, Philidor lui-même ainsi que Jean-Baptiste Lully, Jean Gilles[b 4], Michel-Richard de Lalande. Néanmoins, il est vrai que certains n'ont pas pu profiter du Concert. Ainsi, le motet de Jean-Philippe Rameau In convertendo, difficile à comprendre, n'y a été exécuté que trois fois[b 5]. L'association a accueilli Jean-Jacques Rousseau avec son motet Salve Regina en 1753. Mais dès 1767, ce philosophe et musicien cherchait ailleurs pour ses œuvres[b 6].

Pour ses dernières années, les oratorios avaient tendance à remplacer les grands motets. Ainsi, La Nativité de François-Joseph Gossec y a connu un succès considérable[a 7].

Par ailleurs, le Concert Spirituel a permis de faire entendre de la musique instrumentale, symphonies[1] et concertos, avec la participation de nombreux virtuoses[a 8]. Entre autres, Pierre Baillot s'est fait connaître au Concert Spirituel.

Il est normal que le compositeur préféré fût Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville, avec 510 exécutions jusqu'à sa mort en 1772, car il était lui-même directeur du Concert spirituel. Puis, les concerts des œuvres de Michel-Richard De Lalande, en dépit de sa mort en 1726, comptent 421 fois en 45 ans[b 7]. Notamment, avant que Mondonville y arrive, « les œuvres de Delalande règnent sans partage »[a 9].

Le Concert Spirituel a permis également à certains compositeurs étrangers de voir leurs œuvres jouées à Paris, en particulier Antonio Rosetti ou Joseph Haydn dont plusieurs symphonies et le Stabat Mater[2] ont connu un fort succès.

Le premier programme de Concert Spirituel en mars 1725[a 10][modifier | modifier le code]

Il était constitué des œuvres en latin de Michel-Richard de Lalande ainsi que des pièces instrumentales, selon le premier accord avec l'Académie.

Michel-Richard de Lalande : Suite d'airs de violon, La Grande pièce royale (deuxième Fantaisie ou Caprice que le Roy demandoit souvent, S.161)[3], motet Confitebor (S.56)[c 1]
Arcangelo Corelli : Concert pour la nuit de Noël (Concerto grosso op.6, n°8 en sol mineur)
Michel-Richard de Lalande : motet Cantate Domino (S.72)[c 2]

Les lieux du Concert Spirituel[modifier | modifier le code]

Les concerts avaient lieu au Palais des Tuileries, dans la grande salle dite Salon des Suisses. En 1748, à l'occasion du renouvellement de la concession, la salle de concerts fait l'objet d'une nouvelle décoration.

À partir d'avril 1784, le Concert Spirituel s'est déplacé dans une autre salle du Palais des Tuileries, appelée salle des machines. À partir de 1788, la salle des machines a été partagée avec le Théâtre italien dit « de Monsieur ».

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Brenet, Les Concerts en France sous l'Ancien Régime, Paris, Fischbacher, 1900 ; réimprimé à New York, Da Capo Press, 1970
  • Joann Élart, Musiciens et répertoires de concert en France à la fin de l'Ancien Régime, thèse de doctorat dir. Patrick Taïeb, université de Rouen, 2005
  • Constant Pierre, Histoire du Concert Spirituel (1725-1790), 2e éd., Paris, Heugel / Société française de Musicologie, 2000 (ISBN 2-85357-007-X)

Références bibliographiques[modifier | modifier le code]

Jean-François Paillard, La musique française classique, Presses Universitaires de France, collection Que sais-je? n°878, Paris 1960, 128p

  1. p.83
  2. p.83
  3. p.83
  4. p.83
  5. p.84
  6. p.84
  7. p.87
  8. p.84
  9. p.83
  10. p.83

Denise Launay, La musique religieuse en France du Concile de Trente à 1804, Société française de musicologie et Éditions Klincksieck, Paris 1993, 583p. (ISBN 2-85357-002-9 et 2-252-02921-8)

  1. p.440, note n°43 ; acte notarié et passé entre Anne Danican Philidor et le notaire (Archives nationales, MC, Et. CXVI, n°245) « sous le bon plaisir du Roy, fut baillé et accordé à Anne Danican Philidor, ordinaire de la Musique du Roy, demeurant à Paris, rue l'Evesque, paroisse Saint Roch, le privilège d'établir et faire des concerts publics de musiques spirituelles dans cette ville de Paris pendant l'espace de trois années [...] le présent bail et traitté fait à la charge par le dit Sr Philidor de ne pouvoir faire chanter aucune musique française (œuvres vocales en français), ny morceaux d'opéras ... »
  2. p.432
  3. p.441-442 ; concernant les œuvres en latin, on compte 112 compositeurs.
  4. p.441 ; quoiqu'il soit mort en 1705, ses motets étaient joués jusqu'en 1771.
  5. p.441
  6. p.442
  7. p.441

Lionel Sawkins, A Thematic Catalogue of the Works of Michel-Richard de Lalande 1657-1726, Oxford University Press, Oxford 2005, 750p. (ISBN 978-0-19-816368-2)

  1. p.14
  2. p.14

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Concernant les œuvres de Lalande, le terme symphonie ne signifiait que ensemble instrumental, et non forme sonate (Catherine Massip, Michel-Richard Delalande, ou le Lully Latin, p.139, Éditions Papillon, Drize en Suisse 2005) ainsi que celle de Lully.
  2. http://www.theatre.caen.fr/20082009/EspacePedago/138/compresseStabatMater.pdf
  3. Centre de musique baroque de Versailles et Lionel Sawkins http://philidor.cmbv.fr/jlbweb/jlbWeb?html=cmbv/BurAff&path=/biblio/bur/03/11/311.pdf p.202

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]