Agroscope

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Agroscope, centre de compétence de la Confédération pour la recherche agricole, est rattaché à l'Office fédéral de l'agriculture, lui-même rattaché au Département fédéral de l'économie, de la formation et de la recherche. Agroscope apporte une contribution importante à une filière agroalimentaire durable et à un environnement intact, partant, à une meilleure qualité de vie pour tous.

Les quatre instituts d'Agroscope:

  • Institut des sciences en production végétale IPV: Les travaux de recherche de l’IPV se concentrent sur une production végétale diversifiée, avec des variétés végétales adaptées et des systèmes culturaux résilients. Il s’agit de protéger les cultures des nouveaux agents pathogènes et des influences climatiques négatives. Les denrées alimentaires produites ne peuvent être contaminées par des substances néfastes à la santé.
  • Institut des sciences en production animale IPA: La production durable et compétitive de lait, de viande et de produits apicoles - bases de denrées alimentaires saines, sûres et de première qualité - est au coeur des recherches de l’IPA. Les activités du Haras national, intégré à l’IPA, visent à encourager un élevage et une détention des chevaux dans le respect des principes du développement durable. Des études sont réalisées en vue d’une détention convenable des ruminants et des porcs.
  • Institut des sciences en denrées alimentaires IDA: L’IDA étudie les bénéfices pour la santé de denrées alimentaires naturelles et de certains composants spécifiques; pour ce faire, les méthodes les plus récentes sont utilisées, et les denrées sont testées dans le cadre d’études cliniques. L‘IDA contribue aussi grandement à préserver et entretenir la biodiversité naturelle des microorganismes nécessaires à la fabrication des denrées alimentaires fermentées.
  • Institut des sciences en durabilité agronomique IDU: La recherche de l’IDU met l’accent sur le développement et l’évaluation de systèmes de production agricole durables, respectueux du climat et permettant une exploitation efficace des ressources. Elle s’attache aussi à développer un espace rural diversifié en région de plaine et de montagne. L’Institut coordonne en outre la recherche en agriculture biologique et encourage une agriculture multifonctionnelle et compétitive, respectueuse de l’environnement.

Objectifs[modifier | modifier le code]

L‘activité de recherche d'Agroscope s'étend à toute la chaîne de création de valeur de la filière agroalimentaire et vise une agriculture compétitive et multifonctionnelle, des aliments de qualité pour une alimentation saine ainsi qu'un environnement intact. La station de recherche axe son travail sur les besoins des bénéficiaires de ses prestations.

Recherche[modifier | modifier le code]

  • Domaine: grandes cultures et systèmes pastoraux

En grandes cultures, le but principal est de produire de façon efficace et rentable des végétaux de haute qualité pour l'alimentation humaine ou l'affouragement du bétail, tout en préservant durablement la fertilité des sols et l'environnement. L'entretien du paysage rural, en particulier la protection de sa diversité biologique et paysagère, constitue une autre tâche de première importance[1].

  • Domaine: viticulture et œnologie

En viticulture et en œnologie, les priorités de la recherche sont la rationalisation et l’adaptation de la production au marché, la qualité des produits et la production durable.

À ces axes s'ajoutent des tâches légales liées aux listes variétales, à la certification du matériel végétal et à l'analyse des vins à l'exportation[2].

  • Domaine: baies, plantes médicinales et cultures sous serre

L'influence des procédés culturaux et post-récolte sur la qualité gustative est analysée, ainsi que la teneur en composants bio-actifs des produits. Des programmes de domestication et de sélection des plantes alpines sont conduits pour les plantes aromatiques et médicinales, de même que pour les plantes ornementales, afin de proposer de nouvelles espèces intéressantes pour la production agricole et l'industrie suisse. De plus, des aspects spécifiques à l’agriculture de montagne sont pris en compte pour diverses cultures spéciales[3].

  • Domaine: protection des végétaux dans les grandes cultures, la vigne et l'horticulture

Pour défendre les plantes cultivées contre leurs nombreux ennemis, les méthodes de prévision, de prévention, de diagnostic doivent être développées et optimisées, ainsi que les stratégies et les moyens de lutte. Les activités de protection des végétaux s'étendent à l'ensemble des pathogènes, ravageurs et adventices menaçant les grandes cultures, la viticulture et l'horticulture, pour l'ensemble du territoire national, y compris le sud des Alpes[4].

  • Domaine: protection des végétaux et extension «Fruits et légumes»

Une culture qui ménage les ressources naturelles et une protection phytosanitaire durable sont les conditions nécessaires pour obtenir des fruits et légumes commercialisables de grande qualité. À l’aide des technologies les plus pointues, ACW développe des méthodes de diagnostic, de pronostic et de surveillance des insectes, des nématodes ou des maladies fongiques et bactériennes. ACW teste les variétés et élabore des stratégies culturales et phytosanitaires qui intègrent les besoins économiques des producteurs, les exigences des consommateurs et la protection de l'environnement[5].

  • Domaine: amélioration des plantes de grandes cultures et ressources génétiques

ACW se consacre à la création de variétés plus faciles à cultiver et plus favorables à l'environnement (avec moins de fertilisants et moins de traitements pesticides)[6].

  • Domaine: qualité et sécurité des produits, alimentation et santé

La recherche appliquée d'ACW répond aux besoins des consommateurs. Ses connaissances continuellement mises à jour ont pour but d’offrir à la population une alimentation saine, sûre et riche en saveur, avec des produits végétaux frais ou transformés d'origine suisse[7].

  • Domaine: production de lait et de viande

Cette activité de recherche d’ALP concerne les producteurs de lait et de viande, la vulgarisation agricole et les écoles d'agriculture, l'industrie de l'alimentation animale et les consommateurs[8].

  • Domaine: transformation de lait et de viande

ALP soutient la fabrication du fromage en acquérant de nouvelles connaissances pour développer la qualité, en développant et produisant des cultures, ainsi que des concepts pour établir l'authenticité des produits. Les solutions nées de la recherche sont transmises directement à la pratique. Pour la transformation du lait, la recherche vise à générer une plus-value par l’utilisation ciblée des principaux composants fonctionnels et nutritionnels du lait soit dans les produits laitiers eux-mêmes, soit dans l'industrie agro-alimentaire en général[9].

  • Domaine: qualité et sécurité

La santé de l'homme, de l'animal et de l'environnement est protégée et garantie contre les fraudes par l’inspection régulière des exploitations et des entreprises commerciales, et par l'analyse et le contrôle des produits fabriqués et distribués[10].

  • Domaine: Haras national suisse HNS

Activité 1: biodiversité et formation Fidèle aux objectifs de la politique agricole, le haras promeut et encourage la détention durable, compétitive et respectueuse des chevaux. Centre de compétences national pour le cheval, le haras soutient tous les acteurs de la filière en élaborant des solutions à leurs problèmes actuels et futurs et en mettant à leur disposition son infrastructure, ses animaux reproducteurs et son savoir-faire[11].

Activité 2: recherche équine et reproduction Conformément aux objectifs de la politique agricole, le haras favorise la détention et l’élevage respectueux de l'espèce, durables et compétitifs des chevaux en Suisse. Ses spécialistes (éthologues, vétérinaires, agronomes, etc.) mènent de nombreux projets de recherche dans les domaines suivants: bien-être et comportement, prévention sanitaire, reproduction et génétique. Ils travaillent en étroite association avec la filière cheval et d’autres instituts de recherche suisses et étrangers[12].

  • Domaine: ressources environnementales et agriculture

Le sol, l'eau, la biodiversité et l'air sont les ressources naturelles de base pour l’agriculture. Elles génèrent non seulement de la nourriture, mais aussi de l'eau potable, une énergie renouvelable et contribuent au recyclage des éléments fertilisants contenus dans les déchets organiques. Il devient de plus en plus important de ménager ces ressources, avec une population mondiale qui ne cesse de s’accroître. Agroscope étudie l'état des ressources environnementales et évalue l'impact de l'exploitation des sols sur elles et les limites de charge supportables. Des recommandations peuvent alors être émises pour une agriculture multifonctionnelle et durable[13].

  • Domaine: herbages et grandes cultures

En grandes cultures, le but principal est de produire de façon efficace et rentable des végétaux de haute qualité pour l'alimentation humaine ou l'affouragement du bétail, tout en préservant durablement la fertilité des sols et l'environnement. L'entretien du paysage rural, en particulier la protection de sa diversité biologique et paysagère, constitue une autre tâche de première importance[1].

  • Domaine: biodiversité et gestion de l’environnement

Les bilans écologiques étudient l'impact des denrées alimentaires sur l’environnement, de la ferme à la vente en magasin, pour dégager les possibilités d'optimisation[14].

  • Domaine: économie et technologie agricoles

L'agriculture coûte cher. Pour réussir, les agriculteurs doivent investir dans les machines, les animaux et les bâtiments. Mais il n'est pas toujours évident de choisir le type de machine, de bâtiment, ou le montant de l’investissement. Agroscope élabore des bases de décision à l'intention des exploitant(e)s pour les aider à choisir parmi la multitude de possibilités qui s'offrent à eux[15].


Programmes de recherche Agroscope

  • AgriMontana

Le programme de recherche Agroscope AgriMontana porte sur le développement durable des zones de montagne et sur la contribution que l'agriculture peut y apporter. Le but du programme est de développer et de mettre en pratique des stratégies de développement agricole dans ces régions, ainsi que pour les branches situées en amont et en aval[16].

  • NutriScope

Le programme de recherche Agroscope NutriScope vise à offrir aux consommateurs de produits agricoles un maximum de valeur ajoutée. Pour cela, les partenaires du programme optimisent les paramètres déterminants pour la qualité, la sécurité et la santé des aliments produits en Suisse, tout au long de la chaîne de production - de la culture au produit fini[17].

  • ProfiCrops

L'objectif de ProfiCrops est de mettre au point, développer, évaluer et transmettre les connaissances susceptibles de garantir un avenir à la production végétale suisse dans le marché largement libéralisé et de renforcer la confiance des consommateurs dans les produits locaux[18].

Histoire[modifier | modifier le code]

Des origines jusqu'à 1850[modifier | modifier le code]

Dans de nombreuses régions du plateau suisse, la forme principale d’exploitation a été pendant des siècles l'assolement triennal. Cette rotation triennale était composée de la manière suivante:

  1. année: céréales d'hiver
  2. année: céréales d'été (le plus souvent de l'avoine ou de l'orge)
  3. année: jachère

Plusieurs paysans possédaient des champs dans chaque sole. Il ne s'agissait pas d'une association de paysans, mais d'une communauté villageoise. L'assolement triennal ne permettait pas l'élevage intensif du bétail. Le pâturage commun dans la jachère, les biens communaux non fertilisés, les chaumes et l’alimentation hivernale lacunaire ne fournissaient qu’un maigre fourrage. Pendant des siècles, les arbres en forêt ont été ébranchés, les haies «taillées au pied» et le feuillage des branches suspendu et séché pour servir de fourrage d'hiver. Ces pratiques ont été qualifiées plus tard, à juste titre, de destruction, de mauvais traitements et de torture pour la forêt. Les forêts de haute futaie telles qu'on les connaît aujourd'hui étaient rares, les buissons prédominants. L'agriculture stagnait dans l'assolement triennal.

Le XVIIIe siècle a été l'aube d'une nouvelle époque, moins difficile, pour l'agriculture. Des jeunes nobles campagnards ont pris en main l'exploitation de leurs domaines et ont cherché à donner un nouveau souffle à l'agriculture, et à l'élevage en particulier. L'assolement triennal a été détrôné. On a commencé à nourrir les animaux à l'étable, à stocker soigneusement le fumier et le lisier et à cultiver des pommes de terre et du trèfle sur l'ancienne sole en jachère. Les biens communaux ont été répartis en parcelles entre les paysans. Le nouvel objectif prioritaire était d'élever assez de bétail pour apporter suffisamment d'engrais de ferme à ses propres terres. La Révolution française éclatant au beau milieu de ces changements, les mentalités étaient ouvertes à la nouveauté[19].

Fondation des premières stations de contrôle et de formation (1850 à 1880)[modifier | modifier le code]

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les hommes doivent apprendre à s'adapter aux exigences de la société industrielle. Des technologies entièrement nouvelles ont modifié leur vie quotidienne et les sciences naturelles leur offrent des explications totalement différentes de celles qui prévalaient jusqu'alors sur les processus biologiques et la production agricole.

Du XIXe siècle datent les premières tentatives de mise sur pied des écoles cantonales d'agriculture en Suisse. La nouvelle Constitution fédérale de 1848 amorce la mise en place de l’État social moderne en Suisse. Sur les comptes de l'État des années cinquante apparaissent les premières subventions agricoles, très modestes encore, il est vrai[20].

Jusqu'à la moitié du XIXe siècle, les Suisses devaient cultiver eux-mêmes leurs céréales panifiables. Les autorités de l’Ancien régime considéraient que la tâche principale de l'agriculture était l'autosuffisance en céréales des seigneureries et des villes-États. C'est seulement vers 1860 que de plus grandes quantités de céréales ont commencé à être importées des pays du Danube et d'outre-mer[21].

Naissance des stations de recherche (1874-1914)[modifier | modifier le code]

Le premier pas de la Confédération vers la création des stations de recherches agronomiques a été le développement de l'École polytechnique fédérale de Zurich, où les deux premières stations fédérales d'essais agronomiques sont fondées en 1878: la Station suisse de contrôle des semences et la Station suisse d'essais agro-chimiques. Les deux ont très rapidement grandi : la Station de contrôle des semences devint notamment un institut de renommée mondiale. Son fondateur, Friedrich Gottlieb Stebler, la géra adroitement et avec succès pendant près de 42 ans. On y étudiait la fumure et les fourrages, les sols, le lait, le vin, les engrais de ferme, etc. Le perfectionnement des méthodes d'analyse était l'une des priorités[22]. Dans un deuxième temps, le site de Reckenholz, l'actuelle station de recherche Agroscope Reckenholz-Tänikon ART, fut fondé sur les mêmes principes. Le deuxième site, Tänikon TG, n’a pour sa part été ouvert qu’en 1970, sous le nom alors de station de recherches en économie et technologie agricoles[23].

Le vignoble romand a été mis en péril à la fin du XIXe siècle par de graves maladies. Cette situation a motivé la création de la Station viticole vaudoise en 1886, puis de la Station fédérale de recherches agronomiques de Changins, issue de la fusion entre la Station fédérale de chimie agricole (fondée en 1886), l'Établissement fédéral d'essais et de contrôle des semences (fondé en 1898) et la Station viticole fédérale (fondée en 1915). La station de recherches en arboriculture, viticulture et horticulture de Wädenswil existait déjà depuis 1890. La Confédération a repris cette station en 1902[23]. Ces deux sites, Changins et Wädenswil, ont fusionné un peu plus de cent ans plus tard pour former la station de recherche Agroscope Changins-Wädenswil ACW.

À la fin du XIXe siècle, la Confédération a fait construire à Liebefeld, Berne, une nouvelle station de recherches avec une halle réservée à la végétation et une fromagerie d'essai, mise en service en 1901. Liebefeld est ainsi devenu le site de la «station de recherches en chimie agricole», la «station fédérale de recherches en économie laitière» et le domaine d’homologation des matières auxiliaires agricoles avec une administration centralisée[23]. La station de recherches en production animale est issue de cette administration centrale des stations fédérales d'essais et de recherches agricoles. Elle a transféré son site à Posieux FR en 1974[24]. Les sites de Liebefeld et Posieux ont fusionné exactement cent ans après leur fondation pour devenir la station de recherche Agroscope Liebefeld-Posieux ALP.

L'arrêté créant le dépôt fédéral de poulains à Thoune a été pris en 1874, dans le but d’élever des étalons reproducteurs de la race des Franches-Montagnes. Dix juments arrivèrent en 1927 et le dépôt de poulains devint le Haras fédéral suisse. Appelé Haras national suisse depuis 1998. il constitue l'unité ALP-Haras avec Agroscope Liebefeld-Posieux ALP depuis 2009[25].

C’est ainsi que les trois stations actuelles de recherches agronomiques d'Agroscope ont été fondées.

Première Guerre mondiale (1914-1918)[modifier | modifier le code]

Lorsque la Première Guerre mondiale est déclarée, le 1er août 1914, la Suisse n'est absolument pas préparée: la production indigène de denrées alimentaires est insuffisante et les filières d’approvisionnement depuis les zones rurales sont rompues. Les récoltes étaient certes imminentes, mais les hommes et les animaux sont mobilisés pour surveiller les frontières. À cette époque, la Suisse importe près de 85 % de ses céréales.

Ces difficultés, notamment de ravitaillement durant la Première Guerre mondiale, ont entraîné de grands changements dans la recherche agronomique. Les priorités se tournent de plus en plus vers les grandes cultures tandis que les préoccupations relatives aux cultures fourragères et à l'élevage passent à l'arrière-plan[26].

Entre les deux Guerres mondiales (1919-1938)[modifier | modifier le code]

Après la Première Guerre mondiale, la volonté est d’abandonner rapidement l'économie de guerre et de revenir à l'économie de marché, avec de lourdes conséquences pour l'agriculture: le prix des marchandises agricoles, qui a fortement augmenté pendant la guerre, s'effondre alors brutalement.

L'importance de la culture des céréales pour assurer la sécurité alimentaire est reconnue et les dures expériences du début de la Première Guerre mondiale en font foi. Peu après la fin de la guerre, le Conseil fédéral essaie ainsi de soutenir la culture des céréales en Suisse en instaurant un monopole d'importation et en garantissant le prix de rachat des céréales indigènes, pour les protéger des fluctuations du marché mondial[27].

La «station suisse de contrôle des semences et d'essais» et la «station suisse d'essais agro-chimiques» fusionnent le 1er janvier 1920 sous le nom de «station fédérale d'essais agricoles de Zurich-Oerlikon»[28].

Seconde Guerre mondiale (1939-1945)[modifier | modifier le code]

Tirant les leçons des événements passés et cherchant à éviter de répéter ses erreurs, la Suisse réagit assez rapidement lorsque la situation politique commence à s'aggraver en Europe. Les dispositions nécessaires sont prises à temps en prévision de la guerre[29].

Lorsque la guerre éclate, l'adaptation et l’intensification de la production agricole sont au centre des préoccupations.

À la fin du mois de septembre 1943, la Confédération fait l'acquisition du domaine de Reckenholz, au nord de Zurich-Affoltern[30].

Années d'après-guerre et conséquences de la bataille des champs (1946-1960)[modifier | modifier le code]

Grâce au plan Marshall américain, des sommes considérables d'argent affluent vers l'Europe de l'Ouest meurtrie par la guerre, donnant lieu à ce qu'on appellera le «miracle économique de l'après-guerre». Durant deux à trois décennies après la guerre, la modernisation et les nouvelles technologies suscitent une véritable euphorie. Aucun décideur de l’époque, ou presque, n'aurait osé remettre en question la perfection et l'utilité des acquis techniques. L'agriculture subit également une mutation sans pareille et sa physionomie change fondamentalement.

Le contrôle des prix en vigueur pendant la guerre est levé en 1947 et la libre concurrence remplace la politique des prix officiels[31].

À partir de 1960[modifier | modifier le code]

La loi de 1951 sur l'agriculture repose sur l’idée que le soutien généreux des grandes cultures permettrait d'éviter la surproduction de viande et de lait et cette stratégie se révèle illusoire. La situation, notamment de l'économie laitière, domine les débats et l'action de la politique agricole de ces années. La surproduction pose également de gros problèmes dans la Communauté européenne (CE).

Pendant cette période, la recherche se consacre de plus en plus au développement de méthodes de production respectueuses de l'environnement, ainsi qu'à l'amélioration de la qualité des récoltes[32].

La station de recherches en économie et technologie agricoles est ouverte à Tänikon (TG) en 1970.

Nouvelles conceptions de la politique agricole (à partir de 1996)[modifier | modifier le code]

Les problèmes importants causés par l'ancienne politique agricole et l'évolution des valeurs morales de la société en matière de respect de l'environnement et de qualité de la vie exigent de développer d'urgence de nouvelles conceptions de la politique agricole. La nouvelle loi sur l'agriculture dont l'objectif principal est «plus de marché et plus d'écologie» entre en vigueur le 1er janvier 1999. Il devient alors évident que la société ne tolérera à long terme que des modes de production durables, respectueux de l'environnement et des animaux. L'objectif est clair: une exploitation agricole à grande échelle, respectueuse de l'environnement et des ressources qui tienne également compte de l'entretien et de la conservation des paysages ruraux[33].

La production intégrée est une étape-clé de cette prise de conscience. La protection phytosanitaire intégrée, devenue ensuite «production intégrée» (PI), se fonde sur la lutte intégrée contre les ravageurs, fruit de différents travaux de recherche et de développement de la station de recherche Agroscope Changins-Wädenswil ACW, réalisés dans les années soixante et soixante-dix. De nos jours, la PI en Suisse est très souvent synonyme de production conforme aux PER (prestations écologiques requises) ou au label SUISSE GARANTIE.

Face à une population mondiale toujours croissante et à des changements climatiques majeurs, la recherche agronomique doit relever des défis importants. Les recherches d'Agroscope consacrées à l'agriculture, à l'alimentation et à l'environnement constituent donc un investissement capital pour notre avenir.


Personnalités célèbres[modifier | modifier le code]

Jacob Gujer (1716 - 1785)

Ce simple paysan, parvenu à une grande renommée sous le nom de Kleinjogg à la ferme du Katzenrütti, est probablement devenu une des figures les plus célèbres de la paysannerie suisse. Gujer dit «Chlyjogg» a été rendu célèbre par le petit ouvrage du médecin de la ville de Zurich, Hans Caspar Hirzel, publié en 1761 sous le titre du «Socrate rustique». Chlyjogg est né en 1716 à Wermatswil et y a exploite avec beaucoup de succès un domaine dont il avait hérité, grâce à ses méthodes personnelles. Il reprend en 1769 le domaine cantonal du Katzenrütti, à proximité immédiate des anciennes fermes de Reckenholz. Le domaine comporte près de 68 hectares de terres arables et de prairiesun vignoble et une petite forêt de feuillus. Chlyjogg y applique les méthodes qu'il avait mises au point à Wermatswil. Il expérimente l'application de gypse et commence à nourrir les animaux à l'étable afin de produire plus d'engrais de ferme. De nombreux personnages célèbres, comme Goethe ou le duc Charles-Auguste de Weimar, visitent le domaine du Katzenrütti. D'autres contemporains célèbres, tels que Rousseau ou Pestalozzi, rendent également hommage aux fructueux travaux de Kleinjogg[34].


Friedrich Gottlieb Stebler (1842 - 1935)

  • Fondateur et directeur de la première station suisse de contrôle des semences et d'essais

Fils d'agriculteur, Friedrich Gottlieb Stebler naît le 11 août à Safneren dans le Seeland bernois. Il entre en 1870 à l'École d'agriculture du Rütti. Il achève ses études en 1875 avec un titre de docteur en philosophie de l'université de Leipzig. Il fonde ensuite une station privée de contrôle de semences située dans la région du Mattenhof à Berne. Il déménage en 1876 à Zurich, afin de passer son agrégation dans le département d'agronomie de l'École polytechnique. Sous la direction de Stebler, la station de contrôle de semences devient également un institut de premier plan dans le commerce international des semences. Stebler est le premier à donner des cours de production fourragère dans toutes les régions. De 1889 à 1916, il est le rédacteur en chef du journal agricole suisse «Die Grüne». Il devient le 3 juin 1903 membre d'honneur de la «Highland Agricultural Society of Scotland» à Édimbourg. Il consacra la fin de sa vie aux traditions populaires[35].


Ernst August Grete (1848 - 1919)

  • Directeur de la première station suisse d'essais agro-chimiques

Ernst August Grete naît le 29 septembre 1848 à Celle (Hanovre). Il fait des études de lettres classiques à l'université de Göttingen, avant d'intégrer plus tard l'institut d'études pédagogiques. Après ses études de lettres, il passe au domaine scientifique et devient en 1878 directeur de la station d'essais chimiques du département d'agronomie de l'École polytechnique fédérale de Zurich où il travailla pendant plus de 40 ans[36].


Hermann Müller-Thurgau (1850 - 1927)

  • Premier directeur de Wädenswil et obtenteur du premier cépage au monde créé de manière scientifique

Hermann Müller-Thurgau est né à Tägerwilen sur le lac de Constance. Il fait des études de sciences naturelles à l'EPF de Zurich. Il obtient en 1874 son doctorat à Wurtzbourg en Allemagne et dirige ensuite l'institut de physiologie végétale de la station de recherches de Geisenheim en Allemagne. Dès 1890, il devient le premier directeur de Wädenswil, actuellement partie intégrante d’Agroscope ACW, et un pionnier de la sélection des vignes. Il donne son nom au cépage Müller-Thurgau, obtenu d’un croisement en 1882 et qui est le premier cépage au monde créé de manière scientifique. Son triomphe est tel qu'il supplante les anciennes variétés, comme l'Elbling et le Räuschling, et reste jusqu'à aujourd'hui le cépage de sélection ciblée le plus répandu: on en cultive plus de 41 000 ha dans le monde entier, soit environ trois fois la superficie totale du vignoble suisse. C'est en Allemagne qu'il est le plus répandu; aujourd'hui encore, il est le principal cépage blanc en Suisse alémanique. Longtemps considérée comme un croisement ces deux cépages, cette variété a porté le nom de Riesling x Sylvaner. En 1998, une équipe de chercheurs autrichiens découvre cependant par des analyses de génétique moléculaire qu’elle résulte du croisement de Riesling x Madeleine Royale. Les causes de cette «confusion» n’ont jamais pu être établies. Le fait est que cela donne toutefois plus de poids à l'autre appellation du cépage, le Müller-Thurgau.


Albert Volkart (1873 - 1951)

  • Premier directeur de la station suisse d'essais agronomiques de Zurich-Oerlikon
  • Le grand pionnier des cultures assolées en Suisse

Albert Volkart naît en 1873 à Zurich et commence ses études en 1891 au département d'agronomie de l'École polytechnique. Son diplôme en poche, il devient en 1894 l'assistant de Friedrich Gottlieb Stebler dans cet institut, où il travaille pendant 35 ans en tant qu'adjoint et directeur. Volkart s'est consacré de manière intensive aux questions de la protection phytosanitaire. En 1917, Volkart est nommé directeur de la station de contrôle des semences et d'essais à la place de Friedrich Gottlieb Stebler et, trois ans plus tard, assume la direction de la station suisse d'essais agronomiques de Zurich-Oerlikon. Il accepte en 1925 la chaire de production végétale de l'EPF[37].


Friedrich Traugott Wahlen (1899 - 1985)

  • Directeur de la station fédérale d'essais agronomiques de Zurich-Oerlikon
  • Responsable de la bataille des champs, puis conseiller fédéral

Friedrich Traugott Wahlen est né en 1899 à Gmeis près de Mirchel dans l'Emmental. Dès son plus jeune âge, il veut devenir agriculteur. Il commence en 1917 ses études d'agronomie à l'École polytechnique de Zurich et exercera différentes fonctions par la suite:

    • 1929-1943: directeur de la station fédérale d'essais agronomiques de Zurich-Oerlikon
    • 1938-1945: collaborateur à l'Office fédéral de guerre pour l'alimentation
    • 1942-1949: conseiller aux États du canton de Zurich
    • 1943-1949: professeur de production végétale du département d'agronomie de l'EPF

Il est nommé en 1949 à la FAO (Food and Agricultural Organization), d'abord à Washington, puis en 1951 à Rome, où il dirige la division chargée de l'agriculture, avant d'être nommé chef du programme d'assistance technique de 1950 à 1952. Il devient en 1958 directeur général adjoint de la FAO. Élu le 11 décembre 1958 au Conseil fédéral par l'Assemblée fédérale, il dirige d'abord le département de Justice et Police, puis celui de l'Économie publique et devient finalement ministre des Affaires étrangères du département politique. Wahlen restera conseiller fédéral jusqu'en 1965[38].


Rudolf Koblet (1904 - 1983)

  • Directeur de la station fédérale d'essais agronomiques de Zurich-Oerlikon
  • Esprit universel en agronomie

Rudolf Koblet est né le 13 février 1904 au moulin de Heiterthal, près de Kollbrunn dans la vallée de la Töss. Il fréquente l'école industrielle de Winterthour et commence ses études en 1923 au département d'agronomie de l'EPF et obtient son diplôme d'ingénieur agronome en 1926. Après avoir séjourné en France, il se rend au Canada où il travaille comme «farm help» dans différentes fermes. Volontaire de la Seed Branch à Ottawa, il acquiert également des connaissances spécifiques dans le domaine du contrôle des semences. En 1929, il intègre la direction du contrôle des semences à Oerlikon. Il obtient le grade de docteur ès sciences techniques de l'EPF en 1932 avec sa thèse «De la germination du Pinus Strobus en tenant particulièrement compte de l'origine des graines». La responsabilité de toute la station d'essais lui est confiée en 1943. Il accepte en 1949 la direction de l'institut de production végétale de l'EPF[39].


Rudolf Salzmann (1912 - 1992)

  • Directeur de la station fédérale de recherches agronomiques de Zurich-Reckenholz
  • Concepteur et fondateur de la station de recherche de Reckenholz

Rudolf Salzmann est né le 2 janvier 1912 à Berne. Il accomplit ses études d'agronomie à l'EPF de 1930 à 1933. Il est chargé de l'acquisition des semences à l'Office fédéral de guerre pour l'alimentation sous la direction de Friedrich Traugott Wahlen et occupe un peu plus tard un poste à la station fédérale d'essais agro-chimiques de Liebefeld, où il se consacre aux problèmes liés à la production végétale. En 1944, il se trouve à la tête de la section «Culture des pommes de terre» à la station d'essais agricoles d'Oerlikon. Élu le 1er novembre 1951 comme successeur du directeur Rudolf Koblet, il assume alors à la fois la responsabilité des activités scientifiques, des tâches administratives et d'organisation[40].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Agroscope: Grasland und Ackerbausysteme
  2. Agroscope: Rebbau und Önologie
  3. Agroscope: Beeren, Medizinalpflanzen und Gewächshauskulturen
  4. Agroscope: Pflanzenschutz in Ackerkulturen, Reben und Hortikultur
  5. Agroscope: Pflanzenschutz und Extension Obst und Gemüse
  6. Agroscope: Ackerpflanzenzüchtung und genetische Ressourcen
  7. Agroscope: Pflanzliche Produkte, Qualität, Sicherheit und Ernährung
  8. Agroscope: Milch- und Fleischproduktion
  9. Agroscope: Milch- und Fleischverarbeitung
  10. [vgl. Agroscope Jahresbericht 2009:19]
  11. Agroscope: Das Schweizerische Nationalgestüt
  12. Agroscope: Das Schweizerische Nationalgestüt
  13. Agroscope: Umweltressourcen und Landwirtschaft
  14. Agroscope: Biodiversität und Umweltmanagement
  15. Agroscope: Agrarökonomie und Agrartechnik
  16. Agroscope Agrimontana
  17. Agroscope NutriScope
  18. http://www.agroscope.admin.ch/proficrops/index.html?lang=de Agroscope ProfiCrops]
  19. [vgl. Lehmann, Josef 2003:13-15]
  20. [vgl. Lehmann, Josef 2003:19-23]
  21. [vgl. Lehmann, Josef 2003:27]
  22. [vgl. Lehmann, Josef 2003:29]
  23. a, b et c [vgl. Popp, Hans 2001:4-5]
  24. [vgl. Sieber, Robert; Rüegg, Max 2002:5]
  25. [vgl. Website Agroscope: Gestüt]
  26. [vgl. Lehmann, Josef 2003:37-38]
  27. [vgl. Lehmann, Josef 2003:51-52]
  28. [vgl. Lehmann, Josef 2003:53]
  29. [vgl. Lehmann, Josef 2003:65-66]
  30. [vgl. Lehmann, Josef 2003:70-71]
  31. [vgl. Lehmann, Josef 2003:83-85]
  32. [vgl. Lehmann, Josef 2003:101-102]
  33. [vgl. Lehmann, Josef 2003:137-138]
  34. [vgl. Lehmann, Josef 2003:16-17]
  35. [vgl. Lehmann, Josef 2003:24-25]
  36. [vgl. Lehmann, Josef 2003:35]
  37. [vgl. Lehmann, Josef 2003:48-49]
  38. [vgl. Lehmann, Josef 2003:62-63]
  39. [vgl. Lehmann, Josef 2003:80-81]
  40. [vgl. Lehmann, Josef 2003:98-99]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Popp, Hans (2001): Entstehung und Entwicklung der landwirtschaftlichen Forschungsanstalten, Berne (www.agroscope.admin.ch/org/00274/01412/index.html?lang=de).
  • Sieber, Robert; Rüegg, Max (2002): 100 Jahre Eidgenössische Forschungsanstalt für Milchwirtschaft. FAM-Information 441, 48 p.
  • Lehmann, Josef (2003): Von der Kontrollstation zum nationalen Zentrum für Agrarökologie: Zur Geschichte der landwirtschaftlichen Forschungsanstalt Zürich-Reckenholz 1878-2003, Zürich.
  • Site Web d'Agroscope: Gestüt, Vom Hengstendepot zum Schweizerischen Nationalgestüt, www.agroscope.admin.ch/haras/00403/02167/index.html?lang=de
  • Flyer Agroscope: www.agroscope.admin.ch/org/index.html?lang=de&download=NHzLpZeg7t,lnp6I0NTU042l2Z6ln1acy4Zn4Z2qZpnO2Yuq2Z6gpJCEfX18e2ym162epYbg2c_JjKbNoKSn6A--
  • Office fédéral de l'agriculture, Agroscope (éd.) (2009): rapport annuel d'Agroscope 2009, Zurich.

Liens externes[modifier | modifier le code]