École pythagoricienne
L’école pythagoricienne est une école philosophique de l’Antiquité fondée par Pythagore(580 - 490 avant J.-C.). Elle dure neuf ou dix générations. Les derniers pythagoriciens sont Xénophile, Phanton de Phlionte, Échécrate, Dioclès et Polymnastoss.
Sommaire |
[modifier] Règles de l’enseignement
L’enseignement pythagoricien est divisé en deux parties : une partie pour les « acousmaticiens », les non encore initiés, et une pour les initiés, les « mathématiciens ». L'enseignement est oral et secret. La transmission du savoir entre disciples est indissociable du respect des règles morales de l'amitié fraternelle (en grec, philia) dans son ensemble : règle du silence, respect du grade d’initiation des disciples.
L’école pythagoricienne est ainsi une confrérie tant religieuse que scientifique.
[modifier] Doctrine
[modifier] Principes
- Le limité et l’illimité
- Nature des nombres
- Les opposés
Le calcul pythagoricien est avant tout une symbolique numérique. Chaque nombre est associé à une figure, d’où la restriction à l’étude des nombres entiers positifs :
- 1 représentait la divinité,
- 2 la femme,
- 3 l’homme,
- 10 la fraternité pythagoricienne...
Cette association nombre-figure est le support d’une abstraction mathématique, car le nombre ne découle plus de résultats d’applications mathématiques - financières, agricoles... - mais se trouve dès lors posé comme principe (en grec, Arkhê) de connaissance. Il s’agit pour les pythagoriciens d’aller au plus près de la mystique des nombres, par l’établissement de lois entre arithmétiques.
Il est notable que les ensembles arithmétiques connus par les pythagoriciens l’aient été par constructions itératives : cela découle en fait de la figuration des nombres. En partant d’une figure simple, tel le triangle formé de trois points, on peut agrandir l’ensemble en conservant sa forme mais en augmentant ses parties, pour arriver, par exemple, à un triangle formé de six points. Cette figuration non-figée est une abstraction importante pour l’Antiquité, d’autant qu’elle concernait également certains volumes (pyramides à bases triangulaire, carrée, cylindre...). La comparaison des suites ainsi construites aboutit à la découverte de relations structurelles et générales entre des ensembles particuliers de nombres.
Ces lois naturelles sont le noyau dur de la conception pythagoricienne des mathématiques, considérée comme ésotérique et sectaire, où les nombres entiers sont censés représenter la nature tout entière. Cette catégorie de nombre devient une fin en soi, un principe immuable qui a vocation à expliquer toutes choses. Aristote rapporte que Pythagore fait sienne la devise « Toute chose est nombre ». Il indique par cette formule que ce qui importe aux pythagoriciens n’est plus l’expérimentation, mais la théorie des nombres.
[modifier] Astronomie
- Le ciel et les nombres, l'astronomie
- L’anti-Terre
[modifier] Éthique
- Voir aussi Acousmates (dans l’article Pythagore)
[modifier] Politique
L’activité politique des pythagoriciens est -semble t-il- très intense. Le modèle social de la fraternité pythagoricienne implique une nette prise de parti en faveur du régime démocratique où traditionnellement, une aristocratie détient le pouvoir, et en l’occurrence, les savoirs. Néanmoins, cet engagement démocratique est contestable, puisque l’exemple d’Archytas de Tarente montre que l’équilibre politique recherché par les pythagoriciens n’impliquait pas nécessairement un régime démocratique.
Les pythagoriciens se dotent au Ve siècle d'un mode de vie qui les séparent de la collectivité : interdits alimentaires complexes et pratique d'une existence communautaire débutant par une règle de cinq années de silence. Ils exercent durant un temps le pouvoir à Crotone, mais leurs concitoyens finissent par se révolter en incendiant leurs maisons et en massacrant les membres de leur secte.
Cette émeute populaire est à l’origine de la disparition de l’école pythagoricienne, mais les disciples, puis bientôt les néo-pythagoriciens, continuent d'entretenir pendant longtemps la doctrine de leurs maîtres.
[modifier] Les pythagoriciens
On peut citer les pythagoriciens connus :
[modifier] Pythagore
[modifier] Les pythagoriciens anciens
Ce que nous savons des pythagoriciens anciens est très succinct. Ce n'est seulement à partir d’Alcméon de Crotone que les témoignages disponibles sont plus fournis.
- Cercops .Il aurait été le rival d’Hésiode[1]. Selon une tradition rapportée par Cicéron[2], Cercops serait l’auteur du Poème orphique, d'une Descente aux Enfers et d'un Traité sacré[3].
- Pétron.Il soutient la pluralité des mondes disposés de manière triangulaire et aurait écrit un livre sur le nombre des mondes qui est selon lui égal à 183. Principale source : Plutarque, Pourquoi la prophétesse Pythie ne rend plus ses oracles en vers, 22 et 23.
- Brontin. Originaire de Métaponte, il semble avoir été le père[4] de Théanô, femme de Pythagore. Selon certaines traditions mises en doute dès l’Antiquité[5]), il aurait eu Empédocle pour disciple. On lui attribue Le Péplos, Le Filet et Les Éléments de la nature (selon la Souda), et un traité De l’intellect et de l’entendement[6].
- Théano ou Déinono
- Ces deux noms désignent peut-être la même personne. Selon Jamblique[7], elle était la fille de Brontin et l’épouse de Pythagore, et était considérée comme une femme remarquable tant par sa sagesse que par sa personnalité :
- « La femme doit offrir un sacrifice à l’instant même où elle quitte le lit de son époux. »
- Elle se fait le porte-parole des femmes de Crotone qui demandent à Pythagore « d’entretenir leurs maris du respect dû à l’épouse. » [8]. Les règles de vie pythagoriciennes interdisent aux maris de battre leur femme, et imposent aux maris lobservation d'une fidélité absolue[9].
- Hippase de Métaponte
- Calliphon.Médecin pythagoricien, prêtre d'Asclépios originaire de Crotone et père de Démocédès
- Démocédès
- Parméniscos ou Parmicos. Riche citoyen de Métaponte, on rapporte qu’il perd la faculté de rire après être descendu dans l’antre de Trophonios, et qu’il cherche à la retrouver en consultant la Pythie. Il aurait vendu, avec Orestadas, le philosophe Xénophane comme esclave.
[modifier] Période moyenne
- Alcméon de Crotone
- Iccos de Tarente
Iccos de Tarente, fils de Nicolaïodas, médecin, athlète vainqueur du pentathlon aux Jeux olympiques et maître de gymnastique. Son acmé est datée de la 77e olympiade[10]. Platon rapporte que son mode de vie pendant sa carrière est très strict[11], en particulier en ce qui concerne le commerce avec les femmes et les adolescents. Le régime alimentaire (désigné par l’expression repas d’Iccos) devient proverbial pour désigner un régime parfait qui ne comprend rien de superflu, ce qui semble bien correspondre aux mœurs et au mode de vie pythagoricien. Mais il était peut-être en réalité un sophiste[12].
- Paron
Il reste peu d'information sur ce philosophe, si ce n’est qu’il considére, en s’opposant à Simonide, le temps comme un lieu d’oubli, tout-ignorant[13].
Autre source : Simplicios de Cilicie, Commentaire sur la Physique d’Aristote[14].
- Aminias
Fils de Diochètas et ami de Parménide à qui il inspire le gout de l’étude ; honnête homme, il vit dans la pauvreté, et Parménide lui fait bâtir un tombeau après sa mort[15]
Un Athénien porte également ce nom. Il fut archonte vers -438/-435 avt. J.C., ainsi qu'un Lacédémonien[16] Il n'est actuellement pas possible de savoir si Aminias le pythagoricien peut être identifié à l’un de ces deux homonymes.
[modifier] Pythagoriciens récents
- Ménestor
Originaire de Sybaris et l'un des fondateurs de la botanique. Ses théories sont connues grâce à Théophraste (Des causes des plantes).
- Xouthos ou Bouthos
Originaire de Crotone, il soutient que les principes sont le « rare » et le « dense », hypothèse qui conduit à l’affirmation de l’existence du vide, car, sans ces principes et le vide, il n’y aurait pas de mouvement [17]. Selon lui, le monde ondule, en s’enflant et en diminuant comme la mer [18]
Il est possible que ce pythagoricien soit en fait Ion de Chio, puisque ce dernier est surnommé Xouthos.
- Eurytos
Dans sa "Vie pythagorique", Jamblique précise qu'Eurytos de Crotone est un disciple de Philolaos.
Dans sa "Métaphysique", Aristote explique qu'Eurytos affecte un nombre aux personnes, aux animaux, aux plantes et aux figures géométriques (le triangle et le carré).
Les commentateurs d'Aristote (Alexandre d'Aphrodise) et Théophraste -son successeur à la tête du Lycée- décrivent le goût d'Eurytos pour les cailloux. Ainsi, Eurytos prend le nombre 250 pour mesure de l'homme et recherche à cet effet 250 cailloux de toutes les couleurs ; puis il reconstitue la silhouette de l'homme avec ces cailloux, pour représenter le visage, le corps, les membres, jusqu'à ce que tous les cailloux soient utilisés.
- Archippos
D'après Jamblique, Archippos (de) est le seul pythagoricien avec Lysis de Tarente à avoir échappé à l'incendie allumé par les hommes de Cylon après le bannissement des fraternités pythagoriciennes.
Plutarque dit que les rescapés sont Philolaos et Lysis. Après l'incendie, Archippos retourna à Tarence et Lysis à Thèbes.
- Occelos
Occelos (ou Ocelos) de Lucanie, frère de la pythagoricienne Byndaco, soutient que le genre humain a toujours existé. On lui attribue un De la nature de l’univers, dans le lequel il affirme que le monde est inengendré et incorruptible (Philon d'Alexandrie, De l’éternité du monde). Cet ouvrage aurait inspiré Aristote pour son De la génération et de la corruption. (Syrianos rapporte qu’il l’aurait même plagié[19]
Occelos pense que la triade est l’origine de tout, d’où procèdent les dieux et d’où ils tiennent leur position éternelle : « C’est la triade qui, la première, a fixé commencement, milieu et fin » </ref>Jean de Lydie, Des mois, II, 8</ref> Il pense que l’ensemble des choses est composé de cinq éléments : Aux éléments classiques s'ajoute l’éther dont sont composés le ciel et les corps célestes.[20]. Il aurait également écrit De la loi, De la royauté, De la sainteté, De l’origine de l’univers.
- Hicétas
Hicétas de Syracuse serait l’inventeur de l’hypothèse pythagoricienne de l’anti-Terre [21]. Il soutient que la voûte céleste est fixe, et que seule la Terre est en mouvement et tourne autour de son axe ; ce mouvement explique selon lui l’illusion du mouvement de tous les astres [22].
- Ecphantos
Ecphantos de Syracuse soutient que les principes sont les corps indivisibles et le vide ; Aétius considère qu’il est le premier à avoir dit que les monades pythagoricienne sont corporelles [23]. Le monde est ainsi constitué d’atomes en nombre infini, distingués par la grandeur, la forme et la puissance, et sont la matière des sensibles[24]. Ils sont mus par un principe divin, Intellect et Âme, sorte de providence dont le monde est l’idée. Ce monde est un et a une forme sphérique. Il place la Terre au centre du monde, et pense qu’elle tourne sur elle-même d’ouest en est. L'époque précise à laquelle il vécut n'a pu être identifiée. Il est donc difficile de savoir s'il est un précurseur pythagoricien de l’atomisme, où s’il a adapté au contraire l’atomisme à la pensée pythagoricienne.
- Xénophile
Xénophile, de Chalcis, musicien maître d’Aristoxène, meurt à l’âge de 105 ans à Athènes (sans avoir jamais été malade [25] et fut l’un des derniers pythagoriciens.[26]
- Échécrate
Échécrate de Phlionte est cité dans le Phédon, un dialogue de Platon où ce dernier lui fait soutenir la thèse phytagoricienne de l’harmonie de l’âme :
- « En effet, la théorie selon laquelle notre âme serait une harmonie me captive, chaque fois que je l’entends exposer, comme c’est le cas aujourd’hui ; et à l’entendre, il m’est, pour ainsi dire, revenu en mémoire que telle était ma première opinion, à moi aussi. » [27]
- Lycon
Lycon (ou Lycos) de Tarente, botaniste et auteur d’une Vie de Pythagore[28]. Il semble avoir compilé des anecdotes assez fantaisistes sur certains philosophes [29].
Noms auxquels on peut ajouter :
- Amyclas
- Archytas de Tarente
- Arion
- Boïdas
- Clinias
- Damon
- Damon le musicien
- Dioclès
- Euphranor
- Hippocrate de Chio
- Hippon
- Hippodamos
- Ion de Chio
- Lysis de Tarente
- Myonide
- Œnopide de Chios
- Opsimos
- Phaléas
- Phanton
- Philolaos de Crotone
- Phintias
- Polyclète
- Polymnastos
- Proros
- Théodore de Cyrène
- Timée de Locres
- Thrasyclès
[modifier] Liste des pythagoriciens selon Jamblique
Voici un catalogue établi par Jamblique[30], qui comprend des noms de philosophes sur lesquels aucune information n'a été retrouvée.
[modifier] Crotone
[modifier] Métaponte
- Agésarque,
- Agésidamos,
- Alcias,
- Aliochos,
- Alopécos,
- Antimène,
- Aristée,
- Aristomène,
- Astylos,
- Brontin,
- Chilas,
- Dacidas,
- Damarménos,
- Damotagès,
- Énée,
- Épiphron,
- Euphémos,
- Euryphémos,
- Eurytos,
- Évandre,
- Glycinos.
- Iriscos,
- Lacratès,
- Lacritos,
- Laphaon,
- Léocyde,
- Léon,
- Mégistas,
- Mélésias,
- Orestadas,
- Parmicos,
- Proclès,
- Pyrrhon,
- Rhexibios,
- Trasymède,
- Trhaséos,
- Xenocade,
- Xénophante,
[modifier] Agrigente
[modifier] Élée
[modifier] Tarente
[modifier] Les femmes pythagoriciennes
Jamblique donne les noms de 16 femmes qui suivirent la doctrine de Pythagore :
- Autocharidas.
- Boio et Babélyca d’Argos,
- Byndaco,
- Chilonis,
- Cratésicléia,
- Échécratéia,
- Habrotéléia,
- Mya,
- Lasthénéia,
- Nisthéadousa de Sparte,
- Philtys (fille de Théophris de Crotone),
- Pisirrhodè de Tarente,
- Théano,
- Timicha (femme de Myllias de Crotone),
- Tyrrhénis,
[modifier] Notes
- Diogène Laërce, Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres [détail des éditions] [lire en ligne], II, 46.
- De la nature des Dieux [détail des éditions] [lire en ligne], I, XXXVIII, 107.
- Clément d'Alexandrie, Stromates [(en) lire en ligne], I, 131.
- ou, selon certaines sources, le mari
- Diogène Laërce, VIII, 55
- Jamblique, De la science mathématique commune, 8
- Vie pythagorique, 132
- ibid.
- Aristote, Économiques, I, IV 1 344 a 8
- de -472 à - 469
- Les Lois, VIII, 839, e - 840 a
- Platon, Protagoras, 316 d
- Aristote, Physique, IV, XIII, 222 b 17
- 754, 9
- Diogène Laërce, IX, 21)
- selon Thucydide, Histoire de la guerre du Péloponnèse
- Aristote, Physique, IV, IX, 216 b 22
- Simplicios de Cilicie, Commentaire sur la Physique d’Aristote, 683, 24)
- Commentaire sur la Métaphysique d’Aristote, 175, 7.
- Sextus Empiricus, Contre les professeurs, X, 316
- Aétius, Opinions, III, IX, 1 - 2
- Cicéron, Premiers académiques, II, XXXIX, 123
- Opinions, I, III, 19
- Hippolyte de Rome, Réfutation de toutes les hérésies, I, 15
- cf. Macrobe, Saturnales, 18
- Diogène Laërce, VIII, 46)
- 88 c, 57a, 102a
- Athénée, Deipnosophistes [détail des éditions] [lire en ligne], II, 69 E et X, 418 E
- Aristoclès, in Eusèbe de Césarée, Préparation évangélique, XV, II, 8
- Vie pythagorique, 267
[modifier] Bibliographie
- Les Présocratiques, édition établie par J.P. Dumont, 1988
- Le Dossier Pythagore, Pierre Brémaud, Ellipses, 2010
[modifier] Voir aussi
[modifier] Liens externes
- Sobre la doctrina pitagòrica (Simone Weil) (en catalan)