Wuchereria bancrofti

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La filaire de Bancroft (Wuchereria bancrofti) est un ver filiforme, appartenant aux nématodes parasites, spécifique de l'homme, et dont la présence dans les lymphatiques entraine la filariose de Bancroft, la plus répandue et la plus importante des filarioses lymphatiques.

Les formes larvaires sont appelées microfilaires, et les formes adultes macrofilaires.

Morphologie[modifier | modifier le code]

Petits vers blancs, translucides, ayant l'aspect de catguts fins ; le mâle mesure 4 cm et a l'extrémité postérieure enroulée, la femelle atteint 10 cm, leur diamètre est le 1/400 de leur longueur.

Les larves font 300 μm de long et 8 μm de diamètre, l'espace céphalique est court 4 μm, l'extrémité caudale est effilée sans renflements. La coloration au Giemsa se fait en une seule masse[1].

Biologie[modifier | modifier le code]

Cycle biologique de Wuchereria bancrofti

Les adultes vivent dans le système lymphatique de l'homme pendant 15 ans[2].

Cycle de développement[modifier | modifier le code]

Le cycle évolutif, à deux hôtes, exige un moustique (Culex surtout) comme hôte intermédiaire.

Les filaires mâles et femelles forment des couples étroitement pelotonnés dans les gros troncs chylifères profonds et les ganglions lymphatiques qui les bloquent. Pendant 5 ans et plus, les femelles fécondées, ovovivipares, vont émettre des larves qui aboutissent dans la circulation sanguine, mais n'apparaissent dans les vaisseaux superficiels que vers minuit, d'où leur nom microfilaria nocturna.

Elles y sont aspirées, à travers le repas de sang, par des moustiques à mœurs nocturnes (Culex quinquefasciatus (synonyme = "fatigans"), certains anophèles). Dans l'estomac du moustique, les microfilaires, par leur stylet céphalique, perforent la paroi pour passer dans la cavité générale, puis dans les muscles du thorax où elles évoluent[3].

Devenues larves infectantes en 8 à 10 jours, elles finissent par se loger dans la gaine de la trompe du moustique. L'inoculation n'est pas directe. Quand le moustique pique, la gaine ne pénètre pas dans la plaie. Elle se plie, s'ouvre et les larves sont libérées sur les téguments du sujet neuf ; celles-ci le pénètrent alors activement, soit par l'orifice de la piqûre, soit le long des follicules pileux, pour gagner son système lymphatique profond, et après deux mues, donner des adultes au bout de 3 mois[1].

Périodicité[modifier | modifier le code]

Les microphilaires se présentent dans la circulation sanguine périphérique humaine avec une périodicité nocturne, c'est-à-dire qu'elles sont près de 400 fois plus nombreuses dans le sang périphérique la nuit que le jour. Dans la journée, elles se réfugient dans le système artériel profond (capillaires pulmonaire, artère pulmonaire, aorte)[1].

Cette périodicité serait réglée par l'alternance veille/sommeil de l'hôte. Elle peut s'inverser selon le mode de vie (travailleurs de nuit). Il existe aussi l'hypothèse que cette périodicité nocturne en périphérie est le résultat d'une adaptation évolutive, entre la période de circulation périphérique des microphilaires et la période d'activité du moustique[4]. W. Bancrofti est ainsi transmis par des moustiques tous nocturnes.

Dans les îles du Pacifique, il existe une variété locale W. bancrofti pacifica (variété locale) ayant une forme apériodique, avec microfilaires à toute heure dans le sang périphérique. La transmission se fait par un moustique semi-diurne, piquant de jour comme de nuit, Aedes polynesiensis.

Répartition géographique et importance[modifier | modifier le code]

Cette filaire, répandue très généralement dans toutes les zones intertropicales du globe, fut longtemps considérée comme seul agent de l'éléphantiasis, et, partant, comme la plus importante pour l'homme ; on sait actuellement que l'on rencontre également des éléphantiasis chez les porteurs de Brugia malayi (uniquement en Asie) ou, moins répandu, de Brugia timori (uniquement dans la régions de Timor et des îles de la Sonde)[3] et dans quelques autres maladies.

Clinique[modifier | modifier le code]

Les tableaux cliniques traduisent, à la fois, les effets directs de la filaire (obstruction mécanique, actions inflammatoire et allergisante) et ses effets indirects (porte ouverte aux infections streptococciques, réactions secondaires scléro-fibreuses des tissus).

Dans les zones d'endémie, de nombreux sujets sont porteurs de microfilaires dans leur sang, sans manifestations cliniques (cas asymptomatiques ou porteurs sains). Ils restent infectants pour les moustiques en contribuant à la persistance de l'endémie[4].

La période d'incubation, entre l'envahissement par des larves infectieuses et leur arrivée au stade adulte, dure de 3 à 15 mois ; elle est muette, asymptomatique. Elle dépend aussi de réinfestations successives.

Élephantiasis du scrotum, typique d'une filariosie de Bancroft, satuette en bronze du Nigéria.

Période de début[modifier | modifier le code]

Elle traduit surtout l'action directe des adultes installés dans le système lymphatique. Les malades se plaignent de malaises mal définis, céphalées avec insomnie, engourdissement des membres après l'effort, disparaissant avec le repos. Ces troubles s'exagèrent avec réveils nocturnes dus à des douleurs localisées (aine, aisselle, face interne de la cuisse, région génitale, scrotum ou testicule).

On constate alors un gonflement local avec adénopathie satellite, puis adénopathie généralisée, à petits ganglions durs. L'association avec une éosinophilie sanguine atteignant 70 à 90 %, une dyspnée de type asthme avec infiltrats pulmonaires éosinophiliques, et des épisodes fébriles à 38 - 38,5 °C, constitue un syndrome de Weingarten (ou poumon éosinophile tropical).

Insensiblement l'évolution parvient à la période d'état, avec des poussées de lymphangites à répétition, localisées aux membres, au scrotum, avec funiculite, épididymite et orchite triplant le volume testiculaire. Enfin, urticaire, prurit et douleurs articulaires signent également l'action allergisante.

Période d'état[modifier | modifier le code]

Très longue (au moins deux ans), elle traduit surtout l'obstruction de la circulation lymphatique varices lymphatiques superficielles, très volumineuses, sur la paroi abdominale, les jambes, les bras, les aisselles ; l'adénolymphocèle du triangle de Scarpa (tuméfaction ganglionnaire de l'aine par blocage lymphatique) ; les lymphangites avec infections secondaires[1].

L'obstruction peut céder par phénomène de rupture des varices, entrainant l'écoulement de la lymphe. Celle-ci peut passer dans les urines entrainant une chylurie, avec urines laiteuses, plus rarement dans le thorax (chylothorax), le péritoine (ascite chyleuse) ou les selles (diarrhée chyleuse)[1].

La lymphe peut s'écouler dans les tissus sous-cutanés du scrotum chez l'homme (lymphoscrotum) ou des grandes lèvres chez la femme. Cette localisation génitale est typique de la filariose de Bancroft.

Période tardive ou chronique[modifier | modifier le code]

L'évolution aboutit à deux tableaux classiques :

La lymphangite endémique tropicale, de début brutal, succédant à des lésions cutanées parfois minimes, elle entraine des accès répétées d'infection mixte, filarienne et bactérienne, surtout à streptocoques.

L'éléphantiasis est la manifestation la plus grave des filarioses. D'aspect monstrueux, il réalise une pachydermie par hypertrophie scléro-fibreuse des tissus sous-cutanés, recouvrant un lymphœdème parfois considérable. Cette complication frappe plus souvent l'homme que la femme. Elle se localise, par ordre de fréquence, le plus souvent aux jambes ou au scrotum, puis aux bras, aux grandes lèvres, aux seins, plus rarement à la face.

L'éléphantiasis du scrotum est le plus massif. Il peut peser 50 et même plus de 100 kg, les bourses pouvant toucher le sol lorsque le sujet est debout. Le pénis reste rétracté au fond d'un tunnel. Les testicules restent normaux au fond de cette tuméfaction lymphatique[5].

Diagnostic[modifier | modifier le code]

La symptomatologie, la notion de passage en zone d'endémie, l'éosinophile sanguine (surtout importante dans les primo-infestations), dirigent vers le diagnostic de laboratoire :

  • par recherche des microfilaires dans le sang périphérique recueilli au milieu de la nuit, à partir de 22 h., ou dans les liquides d'épanchements, urine chyleuse, liquide d'hydrocèle, ou de ponction ganglionnaire ;
  • par immuno-électrophorèse, donnant des arcs caractéristiques ;
  • par immunofluorescence surtout.

Traitement[modifier | modifier le code]

  • L'ivermectine est utilisé per os dans le traitement de la filariose à Wuchereria bancrofti, entre autres sous le nom commercial Mectizan des laboratoires MSD ;
  • la chirurgie corrigera les lésions éléphantiasiques ;
  • antibiotique(s) si surinfection(s).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Y-J. Golvan, Eléments de parasitologie médicale, Flammarion, (ISBN 2-257-12589-4), p. 85 et 88-92.
  2. P. Bourée, « Filarioses : quand y penser ? », La Revue du Praticien - médecine générale, vol. 29, no 950,‎ , p. 776-777
  3. a et b F. Rodhain, Précis d'entomologie médicale et vétérinaire, Maloine, (ISBN 2-224-01041-9), p. 130-137.
  4. a et b M. Gentilini, Médecine Tropicale, Flammarion, (ISBN 2-257-14394-9), p. 196-202
  5. Y-J. Golvan 1983, op.cit., p. 94-95.