Sécheresse oculaire

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La sécheresse oculaire, ou « syndrome de l'œil sec », ou « kérato-conjonctivite sèche », est un type d'affection touchant le système lacrymal de l'homme, et qui se traduit par la pénible sensation d'yeux secs. Elle est également nommée « xérophtalmie », « kératite sèche » ou « keratitis sicca », « kératoconjonctivite sicca » (KCS), etc.[1].

En mai 2007, le terme « yeux secs » ou sécheresse oculaire a reçu une nouvelle définition de la part des plus grands spécialistes mondiaux, le Dry Eye Workshop :

« L'œil sec est une maladie multifactorielle des larmes et de la surface oculaire qui résulte en des symptômes d'inconfort, de perturbation visuelle et instabilité du film lacrymal avec des dommages potentiels à la surface oculaire. Il est accompagné par une osmolarité accrue du fil lacrymal et inflammation de la surface oculaire[2]. »

Récemment l'osmolarité lacrymale a été reconnue comme étant le biomarqueur le plus fiable pour la détection. C’est la mesure quantitative la plus précise pour les troubles de la surface oculaire.

Cette maladie de l'œil résulte de la sécrétion par les glandes lacrymales de larmes en quantité ou en qualité inadéquates. Les deux yeux sont en général touchés, entraînant beaucoup d'inconfort, des douleurs, des brûlures, des démangeaisons et une vision brouillée. On ressent une fatigue des yeux après une courte période de lecture.

Épidémiologie[modifier | modifier le code]

Il s'agit d'une plainte fréquente, avec une prévalence pouvant atteindre 33% en Extrême-Orient[3].

Symptômes[modifier | modifier le code]

  • Irritations/rougeurs
  • Larmoiements
  • Sensation de brûlure et de corps étranger (grain de sable)
  • Sensibilité à la lumière
  • Démangeaisons
  • Fatigue oculaire

Causes[modifier | modifier le code]

Le vieillissement est la cause la plus courante du syndrome de l'œil sec. Le tabagisme actif et passif et des facteurs environnementaux (exposition au soleil et au vent, atmosphère intérieure trop sèche) le favorisent aussi. Nombre de médicaments, notamment ceux contre le refroidissement et les allergies, dessèchent les membranes muqueuses des yeux. Il est plus fréquent chez la femme, les porteurs de lentilles de contact[4] et les travailleurs sur écran[5].

Le syndrome de sécheresse oculaire peut être dû à des lésions et des troubles affectant le fonctionnement des yeux, ainsi qu'à des maladies auto-immunes (polyarthrite rhumatoïde, lupus érythémateux disséminé) au cours desquelles le système immunitaire attaque les glandes lacrymales.

Mécanismes[modifier | modifier le code]

La sécheresse oculaire peut-être due à une insuffisance de sécrétion de larmes ou à une évaporation trop importante de ces dernières. Ces deux mécanismes peuvent être cumulés (notamment dans le cas du syndrome de Goujerot-Sjögren).

Hyper-évaporation des larmes[modifier | modifier le code]

La sécheresse oculaire liée à une hyper-évaporation des larmes qui sont pourtant produites en quantité suffisante. Ce cas est le plus fréquent. L'hyper-évaporation des larmes peut être due à un dysfonctionnement des glandes de Meibomius ou à une altération de la couche lipidique du film lacrymal qui ne remplit pas son rôle anti-évaporatif.

L'altération de la couche lipidique du film lacrymal peut être due au port de lentilles, au travail sur écrans, à la pollution ou au vieillissement. La prévalence du syndrome de l’œil sec est estimée entre 15 et 20 % de la population âgée de plus de 65 ans. Les formes modérées et sévères (impliquant une kératite ou kératoconjonctivite sèche) représenteraient 25 à 30 % des cas.

Dysfonctionnement des glandes lacrymales[modifier | modifier le code]

La sécheresse oculaire liée à un dysfonctionnement des glandes lacrymales donc à un manque de larmes.

Diagnostic[modifier | modifier le code]

Test de Schirmer[modifier | modifier le code]

Le test de Schirmer consiste à positionner une bandelette de papier filtre sur la paupière inférieur. Après 5 minutes on mesure la longueur de la zone humide. La valeur reconnue comme seuil est discutée. Elle se place de 5 mm à 15 mm. Au-delà de 20 mm la sécrétion est considérée comme normale.

TBUT[modifier | modifier le code]

Le Tear Break Up Time (TBUT) est la mesure du temps de rupture du film lacrymal. C'est-à-dire que l'on observe à la lampe à fente la durée durant laquelle le film lacrymal parvient à recouvrir de manière homogène et cohérente la surface oculaire. La visualisation est facilitée par l'instillation d'une goutte de fluorescéine. Un TBUT normal est considéré comme supérieur ou égal à 15 secondes. C’est le test le plus fréquemment pratiqué par le praticien de par sa rapidité d’exécution et sa simplicité. Il n’est pas rare d’obtenir des résultats contradictoires entre les tests de Schirmer et le TBUT. En effet, un patient peut avoir un Schirmer faible (signe de sécheresse oculaire) et un TBUT normal.

Test à la fluorescéine[modifier | modifier le code]

Il s'agit d'instiller une faible quantité de fluorescéine dans le cul de sac de l'œil. Cette dernière se fixera sur les cellules abimées de l’épithélium. Plus la coloration est importante, plus le syndrome sec est important.

Test TearLab[modifier | modifier le code]

Le test d'osmolarité TearLab est le dernier né des tests pour la détection de la sécheresse oculaire. Il est basé sur la mesure de l’osmolarité qui est la concentration en salinité des larmes[6]. Il permet de déterminer avec plus de précision que les tests « habituels » la présence ou non de la sécheresse oculaire et d’en déterminer la sévérité, notamment pour les cas précoces et asymptomatiques. Le praticien vient collecter 50 µL de larmes dans le cul de sac à l’aide une tête de prélèvement. La mesure se fait en 1 à 5 secondes. La mesure de l'osmolarité du film lacrymal pourrait bien être le test objectif le plus important pour le diagnostic de l'œil sec[6].

Traitements[modifier | modifier le code]

La prise en charge de syndrome a fait l'objet de la publication de plusieurs recommandation. Celles, anglaises, datent de 2012[7], celles, canadiennes, de 2015[8].

Collyres[modifier | modifier le code]

Il existe des collyres qui sont des substituts de larmes (« larmes artificielles »), de types larmes à viscosité accrue, sans conservateur (tout conservateur aggraverait la sécheresse). Il existe plusieurs types de substituts lacrymaux selon leur composition : polymères, celluloses, carbomères ou acide hyaluronique. Ces collyres augmentent légèrement le TBUT[9].

Pour les formes résistantes, un collyre anti-inflammatoire peut être proposé[10]. Les collyres contenant de la cyclosporine peuvent être une alternative[5].

Autres[modifier | modifier le code]

  • bouchons de silicone : si le collyre ne soulage pas, on peut fermer les canaux lacrymaux et empêcher l'écoulement de larmes grâce à de minuscules bouchons de silicone amovibles[11] ;
  • l'huile d'argousier per os, riche en oméga 7 (en), permet de lutter contre la sécheresse des yeux[12] ;

Un régime riche en oméga-3 et en oméga-6 n'améliore guère les différents tests ophtalmologiques mais permet de soulager les symptômes[13].


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Keratos - Lachrymal Dysfunctions and Corneal Diseases
  2. (en) « Report of the International Dry Eye Workshop (DEWS) », Ocul Surf, vol. 5, no 2,‎ , p. 65-199
  3. Gayton JL, Etiology, prevalence, and treatment of dry eye disease, Clin Ophthalmol, 2009;3:405-12
  4. Kaštelan S, Tomić M, Salopek-Rabatić J, Novak B, Diagnostic procedures and management of dry eye, Biomed Res Int, 2013;2013:309723
  5. a et b Drug and Therapeutics Bulletin, The management of dry eye, BMJ, 2016;353:i2333
  6. a et b http://www.tearfilm.org/dewsreport_french/pdfs/methodologies%20du%20diagnostic%20et%20de%20la%20surveillance%20de%20l'oeil%20sec.pdf
  7. National Institute for Health and Care Excellence, Clinical Knowledge Summaries: Dry eye syndrome, 2012
  8. Prokopich LC, Bitton E, Caffery B et al. Screening, diagnosis and management of dry eye disease: practical guidelines for Canadian optometrists, Can J Optometry, 2015;76(suppl 1):4-26
  9. Doughty MJ, Fluorescein-tear breakup time as an assessment of efficacy of tear replacement therapy in dry eye patients: a systematic review and meta-analysis, Ocul Surf, 2014;12:100-11
  10. McCabe E, Narayanan S, Advancements in anti-inflammatory therapy for dry eye syndrome, Optometry, 2009;80:555-66
  11. Tost FH, Geerling G, Plugs for occlusion of the lacrimal drainage system, Dev Ophthalmol, 2008;41:193-212
  12. (en) Järvinen RL, Larmo PS, Setälä NL, Yang B, Engblom JR, Viitanen MH, Kallio HP, « Effects of oral sea buckthorn oil on tear film Fatty acids in individuals with dry eye », Cornea, vol. 30, no 9,‎ , p. 1013-9 (PMID 21832964, DOI 10.1097/ICO.0b013e3182035ad9)
  13. Zhu W, Wu Y, Li G, Wang J, Li X, Efficacy of polyunsaturated fatty acids for dry eye syndrome: a meta-analysis of randomized controlled trials, Nutr Rev, 2014;72:662-71