Rose bleue (groupe d'artistes)

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La « Rose bleue » est une exposition de peinture qui eut lieu en 1907 à Moscou, à laquelle prirent part les peintres : Pavel Kouznetsov, Nikolaï Sapounov, Sergueï Soudeïkine, Nikolaï Krimov, Martiros Sarian, le sculpteur А. Matvéev et d'autres artistes. Le même nom de « Rose bleue » fut donné au groupe de peintres et d'artistes russes, de même tendance symboliste, qui avaient participé à l'exposition.

Couverture du catalogue de l'exposition de la Rose bleue en 1907 par Vasily Millioti

Le symbolisme russe[modifier | modifier le code]

Le Symbolisme russe est un mouvement littéraire et artistique qui s'est développé en Russie, comme l'ensemble du mouvemente symboliste dans la plupart des pays d'Europe, après être apparu en France et en Belgique durant la dernière partie du XIXe siècle. Après la France, c'est surtout en Russie que le symbolisme se réalise de la manière la plus originale et significative comme mouvement culturel. Il y est plus tardif, mais s'y développe plus rapidement et avec plus d'énergie. La situation politique et économique y était plus tendue que dans n'importe quel autre pays d'Europe. La société avait soif de changements. Les artistes russes sentent qu'il sont une des forces principales de la vie et se chargent de transformer la réalité par la beauté et l'esprit[1]. Beaucoup de représentants du symbolisme russe apportent du nouveau à ce mouvement qui n'a, pour partie, rien à voir avec l'apport des précurseurs français. Le symbolisme devint le premier mouvement significatif moderne en Russie. À la même époque, où il débute en Russie, la littérature y connaît son âge d'argent (en russe : Серебряный век - Sieriébriany vek) ; c'est à cette époque que naissent plusieurs nouvelles écoles poétiques et qu'apparaissent des novateurs en littérature qui, pour partie, sont des représentants du symbolisme ou sous son influence. Toutefois, dans le symbolisme russe, il n'y avait pas d'unité de conception, pas d'unité de style ni d'école unique. En tout cas pas dans la première vague de ce mouvement. La seconde vague à partir du mouvement de la « Rose bleue » et de l'exposition du même nom en 1907 tenta d'unifier davantage les principes communs qui rassemblaient les artistes.


Le symbolisme se développa non seulement en littérature, mais en musique, au théâtre et dans les arts plastiques. Les motifs essentiels de ce courant se révèlent entr'autre, pour la musique, dans les œuvres de compositeurs tels que Alexandre Scriabine, Igor Stravinsky.

Le monde du théâtre occupe une place importante dans le symbolisme russe. Il représente un des chemins les plus naturels pour surmonter la banalité de l'art réaliste et l'ennui qu'il engendre. Les décors offrent la possibilité d'aborder des toiles de très grande dimension et de libérer l'artiste de l'étroitesse du tableau de chevalet[2].

La revue Mir Iskousstva (le « monde des arts »), sous la conduite de Serge de Diaghilev, devint, non seulement la revue des arts en Russie, mais un puissant communicateur de diffusion de la culture russe en Europe grâce à l'organisation d'expositions dont il se fait le relais et par la diffusion de reproductions de l'art russe dans la presse européenne[3]. Cette revue est fondée par un groupe de jeunes artistes parmi lesquels : Alexandre Nikolaïevitch Benois, Léon Bakst, Mstislav Doboujinski. Outre ces fondateurs Victor Borissov-Moussatov(décédé en 1905), Mikhaïl Vroubel, collaboraient à cette revue. C'est un mouvement qui est comparable en France à celui des Nabis[4]. L'école française était représentée dans cette revue par des illustrations de toiles de Puvis de Chavannes, de Monet, de Degas[3]. Chaque représentant de la tendance symboliste s'est créé sa propre voie et l'œuvre de chacun ne peut être réunie par un trait caractéristique. Dans leurs œuvres, les symbolistes tendent de résoudre la difficulté de la création, en associant les métaphores, les abstractions et l'irrationnel. Les symbolistes donnent une définition de « symbole » comme étant ce signe qui relie deux réalités : celle du ciel et de la terre, dont le lien est établi par les sens, l'intuition et l'irrationnel. Le poète, dramaturge Valéri Brioussov appelait le symbolisme : « la poésie des allusions ». Le symbolisme peut être perçu de manière plus large comme modus cogitandi et « modus vivendi », c'est-à-dire comme une véritable compréhension du monde. Les représentants de cette conception considèrent que seul l'art permet d'atteindre l'idéal, d'accéder au règne du divin, de l'âme. Le rôle du poète symboliste est d'être l'inspirateur d'une nouvelle vie, le prophète qui aide à la création d'un nouvel homme. L'esprit du poète symboliste est ce qu'il y a de plus grand sur terre, et l'art qu'il inspire se trouve dans les sphères les plus élevées de la nature humaine. Le symbolisme s'efforce de détourner l'attention des hommes du quotidien, d'une vision empirique du monde pour les tourner vers des idéaux, vers l'essence de l'univers. Ce courant s'est développé avec plus d'énergie en Russie qu'en Occident, sans doute parce que la société russe avait soif de changement et les années qui suivirent en témoignent. La situation économique, politique et sociale était tendue et allait basculer. La révolution russe de 1905 et la révolution russe de 1917 étaient présentes ou proches . Les artistes se dotent d'une mission de transformation de la réalité environnante, par la recherche de la beauté suprême et de l'esprit[2].

Deux étapes peuvent être distinguées dans l'histoire du symbolisme russe. La première apparaît vers les années 1880-1890. La seconde apparaît avec la figure de Victor Borissov-Moussatov, à la charnière des deux siècles (XIXè et XXè) dont les tableaux étaient parmi les figures centrales de l'exposition de la « Rose bleue » en 1907.(Il était décédé en 1905). Mais déjà il était apparu comme une des figures les plus importantes du symbolisme lors de l'exposition de 1905 la Rose écarlate à Saratov.

La première « vague » était plus spontanée et peut être qualifiée de réaction néoromantique spontanée. Chacun cherche sa voie : les uns se tournent vers les personnages de la littérature romantique (le démon de Mikhaïl Vroubel, d'autres vers l'histoire ancienne (Nicolas Roerich et ses antiques slaves), d'autres encore vers des idéaux religieux Mikhaïl Nesterov ou éthiques. Ils ont cependant en commun le désir de changer le monde qui les entoure pour créer un monde nouveau selon les lois de l'art[5].


La seconde « vague » du symbolisme russe, contrairement à la première « vague », acquiert les caractéristiques d'un véritable système esthétique. L'activité des jeunes symbolistes est à la recherche de principes artistiques généraux, d'un langage pictural particulier propre à ce seul courant[2].

C'est aux environs de 1910 que débute la décadence du symbolisme comme courant. Tous ses représentants continuèrent à s'exprimer dans ce style avec succès, à créer, mais leurs voies commencèrent à bifurquer : ils s'orientèrent vers des œuvres plus personnelles. Cela ne fut pas la mort du symbolisme pour autant, comme certains le prétendirent. Le symbolisme exerça une influence importante sur la littérature et la peinture des dernières générations et resta la base d'une tradition artistique qui se poursuit encore aujourd'hui. À partir de 1910, l'esthétique de l'acméisme de Nikolaï Goumilev s'oppose au symbolisme alors dominant dans la poésie russe. Les acméistes revendiquent l'utilisation d'un langage simple et concret pour porter à son apogée la dimension poétique du quotidien. Ils critiquent l'occultisme et l'aspect religieux du symbolisme et rejettent son aspiration à la connaissance des vérités cachées et de l'au-delà. Après la révolution russe de 1917 le courant symboliste, considéré comme « bourgeois », disparut peu à peu dans l'oubli.

Exposition[modifier | modifier le code]

Lieu de l'exposition - ancien siège de la « Société M.S.Kouznetsov » (rue Miasnitskaia , 8-2, architecte Franz Schechtel). Aujourd'hui magasin « porcelaine ».

L'exposition fut ouverte le 18 mars 1907 à Moscou, rue Miasnitskaia, dans la maison du fabricant de porcelaine M. Kouznetsov. Quinze peintres et sculpteurs y prirent part. Elle fut financée par le mécène Nikolaï Riabouchinsky, éditeur de la revue la « Toison d'or » et grand amateur d'art, qui aida beaucoup de peintres symbolistes de cette époque : Andreï Biély, Dimitri Merejkovski, Alexandre Blok, Valéri Brioussov. Valéri Brioussov proposa le nom de la rose bleue, (en russe : « Galouboya rosa »), comme expression du rêve poétique d'une beauté irréelle. Peut-être en pensant au poème que le poète romantique allemand Novalis lui consacra un siècle plus tôt. Mais surtout à la « Fontaine bleue » de Pavel Kouznetsov qui exposait cette toile. Et aussi à l'« Oiseau bleu » de Maeterlinck dont le théâtre de Moscou préparait la représentation de la pièce à la même époque[6]. Les petites salles où se déroulait l'exposition étaient décorées d'un tissu dans les tons bleus gris. Les tableaux, tous réalisés dans une gamme bleue se distinguaient à peine sur le fond. Le raffinement et la beauté de cette exposition étaient exceptionnelles. Les lieux baignaient dans un parfum de fleurs, un orchestre invisible jouait doucement. Kazimir Malevitch écrivit : «  La rose bleue y représentait le but et la perfection esthétique vers laquelle chaque membre du groupe devait tendre. Elle avait été choisie comme la plus belle et la plus fine de toutes les fleurs…  » [6]. Cette exposition fut une véritable réussite.


Le groupe de la « Rose bleue » tendait à une simplification des formes et à l'utilisation croissante de tons chauds, se différenciant de la délicatesse et de la sophistication exagérée du groupe de « Mir Iskousstva »[7]. Ce sont les peintres de l'exposition antérieure appelée « Rose écarlate (groupe d'artistes) », (en russe : Alaia rosa), ( exposition en 1904 à Saratov) qui posèrent les bases de celle de la « Rose bleue » : Nikolaï Sapounov et Piotr Savvitch Outkine. La figure centrale de l'exposition était toutefois l'œuvre de Victor Borissov-Moussatov(décédé un an plus tard en 1905) qui avait réuni par son talent les deux étapes du symbolisme russe. Ses tableaux sont des tableaux-élégies qui agissent sur le public comme des œuvres musicales, répondant à l'essence même de l'esthétique symboliste[8]. Cette exposition moscovite marqua le début de la dernière phase du symbolisme russe. En comparaison avec le dessin, le graphisme des maîtres de Saint-Pétersbourg, réunit dans le mouvement « Mir Iskousstva » et les idées qui prédominaient dans la vie artistique de l'Empire russe du début du XXè siècle, les œuvres des jeunes auteurs de Moscou frappèrent par leur délicatesse, leurs gris cendrés, leurs fondus, leur mouvement, leurs formes fuyantes. La plupart des artistes de l'exposition créaient dans un style moderne, dans sa variante moscovite. En même temps une partie des œuvres annonçait le mouvement d'avant-garde des années 1910 : l'expressionisme, le primitivisme. Plus de 5 000 personnes visitèrent l'exposition.


L'exposition des œuvres des jeunes novateurs moscovites provoqua une vive polémique entre les artistes de l'intelligentia : dans la revue Balance (en russe : Vecy) Igor Grabar se fit remarquer par ses critiques acerbes, appelant les artistes de la « Rose bleue » à quitter les « ténèbres de l'empire » pour le monde ensoleillé de la réalité. La réponse parut dans les pages de la revue la « Toison d'or » sous la plume de Vasily Millioti qui tenait ses distances par rapport à la signification de cette exposition comme nouveau jalon du développement de l'art russe.

L'association des artistes de la « Rose bleue » cessa d'exister en 1910. Une partie de ses membres se détacha du symbolisme et continua à créer dans un style d'inspiration romantique. D'autres se réunirent dans les mouvements « Makaviets » et les « Quatre arts ». Des rétrospectives de l'exposition de la « Rose bleue » furent organisées à Moscou en 1925 en 1988, en 1999 et encore en 2006 à la Galerie Tretiakov au musée des beaux-arts Pouchkine.

La « Rose bleue » joua un rôle notoire dans l'évolution de l'art russe. Son sort s'avéra toutefois dramatique. Après la révolution d'octobre 1917 l'idéologie soviétique ignora complètement ce « phénomène bourgeois et étranger »[9].


Fleurs et porcelaine, Sapounov 1912

Artistes[modifier | modifier le code]

Peintres[modifier | modifier le code]

1902 by Nicholas Millioti

Sculpteur[modifier | modifier le code]

  • Alexandre Matvéev
  • P Bromirsky

Poètes[modifier | modifier le code]


Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Ida Hoffman : Le Symbolisme russe, la rose bleue. Europalia russia. 2005. Europalia, fonds Mercator.ISBN 90-6153-610-3
  • (fr) Camilla Gray : L'Avant-garde russe dans l'art moderne. Thames et Hudson.Paris.2003 (ISBN 87811-218-0)[à vérifier : La longueur du numéro ISBN devrait être 10 ou 13 et non 9, demandé le 16 novembre 2013]
  • (ru) « Искусство. Современная иллюстрированная энциклопедия. » Под ред. проф. Горкина А. П.; М.: Росмэн; 2007 (encyclopédie).
  • (ru) Стернин, Григорий Юрьевич : Художественная жизнь России 1900—1910-х годов. 1988. ВНИИ искусствознания М-ва культуры СССР (la vie artistique en Russie de 1900 à 1910)


Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ida Hoffman : Le symbolisme russe, la rose bleue. Europalia russia. 2005. Europalia, fonds Mercatorida. page 13
  2. a, b et c Ida Hoffman : Le Symbolisme russe, la rose bleue. Europalia russia.2005. Europalia, fonds Mercator. page 19.
  3. a et b Camilla Gray : L'avant-garde russe dans l'art moderne (1863-1922). Thames et Hudson 2003 . ISBN 2-87811-218-0 page 48.
  4. Camilla Gray : L'avant-garde russe dans l'art moderne (1863-1922). Thames et Hudson 2003. ISBN 2-87811-218-0 page 37.
  5. Ida Hoffman : Le symbolisme russe, la rose bleue.Europalia russia.2005. Europalia, fonds Mercator. page 13.
  6. a et b Ida Hoffman : Le symbolisme russe, la rose bleue. Europalia russia. 2005. Europalia, fonds Mercator page 24 .
  7. Camilla Gray : L'avant-garde russe dans l'art moderne (1863-1922). Thames et Hudson 2003 . ISBN 2-87811-218-0 page 72.
  8. Ida Hoffman : Le symbolisme russe, la rose bleue. Europalia russia. 2005. Europalia, fonds Mercator. page 19
  9. Ida Hoffman : Le symbolisme russe, la rose bleue. Europalia russia. 2005. Europalia, fonds Mercator. page 21