Régine Olsen

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Régine Schlegel
Description de cette image, également commentée ci-après

Régine Olsen vers 1840, par Emil Bærentzen.

Nom de naissance Régine Olsen
Naissance
Décès
Nationalité Drapeau du Danemark Danemark
Activité principale
Conjoint
Johan Frederik Schlegel

Régine Schlegel, née Olsen (23 janvier 1822 – 18 mars 1904), est une Danoise connue pour sa relation amoureuse avec le philosophe et théologien Søren Kierkegaard, qui débute en 1837. Éloignés du fait de leur rupture unilatéralement décidée par Kierkegaard, ils continueront de se croiser lors de promenades. Le mariage de Régine avec Johan Frederik Schlegel confirmera leur éloignement, provoquant la colère de Kierkegaard. Il continuera cependant de l'aimer, et la rencontrera de nouveau en 1849, mais Frederik Schlegel l'empêchera de lui parler.

Biographie[modifier | modifier le code]

Régine Olsen et Kierkegaard se rencontrent chez des amis communs, les Rørdam, en mai 1837 : Régine a 14 ans. Kierkegaard écrira plus tard dans son journal intime (les Papiers), le 2 juin 1839 que « Regina » est la « souveraine de [son] cœur »[1]. Il la demande en mariage le 8 septembre 1840, elle accepte, puis environ un an plus tard, le 11 août 1841, Kierkegaard lui renvoie la bague de fiançailles, ce qui signifie la rupture. Régine réagit vivement et menace de mettre fin à ses jours, mais Kierkegaard temporise[2]. Kierkegaard cherche à justifier son attitude auprès de Régine, notamment par l'intermédiaire de l'écriture, et il invoque sa « mélancolie » et sa souffrance religieuse héritée d'un péché de son père que nous ne connaissons pas, Kierkegaard ayant pris soin de ne pas le révéler. Le rapport entre les deux jeunes gens se calme ensuite, et ils se croisent parfois lors de promenades ou à l'église, se faisant signe de loin.

En 1840, l'artiste lithographe et portraitiste Emil Bærentzen fait le portrait de Régine Olsen.

Après la fin de sa relation avec Kierkegaard, Régine épouse, le 3 novembre 1847, Johan « Fritz » Schlegel (1817-1896), un important fonctionnaire d'État, qui sera le gouverneur des Antilles danoises de 1855 à 1860, et conseiller privé de la monarchie danoise à partir de 1860[3]. Quoiqu'à l'origine de la rupture, Kierkegaard anéanti par la nouvelle, ne se remettra jamais de cette séparation, et Régine gardera une influence importante sur la vie et le travail ultérieur du philosophe.

Kierkegaard la croise de nouveau en 1849, à l'enterrement du père de Régine, Terek Olsen, conseiller d’État. Kierkegaard cherche alors à renouer avec elle, et écrit deux lettres au couple Schlegel, une pour Régine et une pour son mari. Dans la lettre au mari, Kierkegaard écrit : « Dans cette vie, elle vous appartient ; dans l'histoire, elle sera à mes côtés ; dans l'éternité, cela ne peut évidemment vous déranger qu'elle m'aime aussi ». Frederik Schlegel les empêchera de se voir et de communiquer après la réception de la lettre. Régine confirmera dans un témoignage, à la fin de sa vie, avoir toujours ressenti un lien à Kierkegaard malgré la rupture[4]. Lorsque le couple Schlegel part en 1855 aux Antilles danoises, Kierkegaard tombe malade et meurt. Son testament fait de Régine son héritière légale, elle refusera l'héritage et ne récupérera que des effets personnels et les lettres qu'elle lui avait adressées, lettres que vraisemblablement elle a détruit.

Elle est enterrée au Cimetière Assistens, non loin de Kierkegaard et de son mari.

Régine dans les écrits de Kierkegaard[modifier | modifier le code]

Le chapitre intitulé Le Journal du séducteur de l'ouvrage de Kierkegaard Ou bien... ou bien, paru en 1843, évoque leur relation de façon voilée (la jeune fille du récit porte le nom de Cordélia), et il serait destiné à Régine Olsen pour la dégoûter de lui, après leur rupture[5].

L'ouvrage La Reprise, paru en 1843, évoque aussi l'impossibilité du mariage entre Kierkegaard et Régine Olsen, par l'intermédiaire de personnages de fiction (Constantin Constantius le narrateur, un jeune homme et une jeune fille dont les noms ne sont pas mentionnés). Le jeune homme est amoureux de la jeune fille mais ne parvient pas à faire le saut éthique du mariage, il reste emprisonné dans son imaginaire poétique, tandis que la jeune fille finira, délaissée, par se marier avec un autre.

Kierkegaard aurait changé la fin de l'ouvrage, de colère, en apprenant les fiançailles de Régine avec Schlegel[6]. L'ouvrage est secrètement adressé à Régine, dans le but de « reprendre » leur relation, mais sous une forme différente de la première (l'amour malheureux). Il s'agit de proposer une réconciliation de façon constructive pour tous les deux.

Régine dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

« Regine Olsen » est le titre d'une chanson du groupe de post-rock italien port-royal (Kraken EP, 2002).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Luc Berlet, Le Syndrome de Kierkegaard, Nice, Éditions Romaines, 2012, ch. 7 : « Regine Olsen ».
  • C. F. Bricka (éd.), Dansk biografisk Lexikon, first edition, 19 volumes, 1887-1905, Vol. XV, p. 173-174. (da) Disponible en ligne.
  • (en) Joakim Garff, Kierkegaard's Muse: The Mystery of Regine Olsen, Princeton University Press, 2017, 336 p.
  • Clermont Gauthier et Stéphane Martineau, « Figures de séducteurs et séduction en pédagogie », in Clermont Gauthier et Denis Jeffrey (dir.), Enseigner et séduire, Laval, Presses de l'Université de Laval, 1999.
  • Søren Kierkegaard, Correspondance, Genève, Éditions des Syrtes, 2003.
  • Søren Kierkegaard, Journaux et cahiers de notes, Paris, Fayard/L'Orante, vol. I, 2007 et vol. II, 2013.
  • Søren Kierkegaard, La Reprise, Paris, GF-Flammarion, 1990.
  • Søren Kierkegaard, Ou bien... ou bien, Paris, Gallimard, 1943.
  • Aude Lancelin et Marie Lemonnier, « Søren Kierkegaard, l'amour absolu », in Les philosophes et l'amour, Paris, J'ai Lu, 2008.
  • Nelly Viallaneix, « Introduction » et notes, in Søren Kierkegaard, La Reprise, Paris, GF-Flammarion, 1990.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Søren Kierkegaard, Papirer, 2, A, 347.
  2. Nelly Viallaneix, « Introduction », in Søren Kierkegaard, La Reprise, Paris, GF-Flammarion, 1990, p. 12-13.
  3. C. F. Bricka (éd.), Dansk biografisk Lexikon, first edition, 19 volumes, 1887-1905, Vol. XV, p. 173-174. (da) Disponible en ligne.
  4. Aude Lancelin et Marie Lemonnier, « Søren Kierkegaard, l'amour absolu », in Les philosophes et l'amour, Paris, J'ai Lu, 2008, p. 166-168.
  5. Clermont Gauthier et Stéphane Martineau, « Figures de séducteurs et séduction en pédagogie », in Clermont Gauthier et Denis Jeffrey (dir.), Enseigner et séduire, Laval, Presses de l'Université de Laval, 1999, p. 31.
  6. Nelly Viallaneix, « Introduction », in Søren Kierkegaard, La Reprise, p. 15-16 et 32.

Liens externes[modifier | modifier le code]