Raz-de-marée de mars 709

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Le raz-de-marée de mars 709 serait – selon l'abbé Manet – un cataclysme naturel qui se serait produit en baie du Mont Saint Michel et en baie de Saint-Malo au mois de mars 709.

Origine et mythe[modifier | modifier le code]

D'après François Manet, la baie du mont Saint-Michel et la baie de Saint-Malo qui en effet n'ont pas toujours été recouvertes par les eaux l'auraient été à la suite d'un cataclysme[1].

Plusieurs facteurs tels qu'une tempête avec des vents de Nord additionnée à une marée d'équinoxe et à un tremblement de terre auraient provoqué en une nuit un raz-de-marée recouvrant la forêt de Scissy. L'abbé Manet ne s'appuie que sur les affirmations d'un moine au Moyen Âge et ne démontre rien scientifiquement. Au contraire, s'il est avéré aujourd'hui qu'il y a bien eu transgression marine, l'inexistence d'un cataclysme capable d'avoir causé en une nuit la disparition de forêts et de villages a été démontrée.

Un mythe contredit par la science[modifier | modifier le code]

Dès 1882, l'Abbé Manet est scientifiquement contredit par Alexandre Chèvremont dans Les Mouvements du Sol sur les côtes occidentales de la France dans le golfe Normand-Breton travail, récompensé par l'Académie des Sciences où l'auteur au chapitre 22, démonte les sources de l'abbé Manet et démontre que s'il y a eu transgression marine en effet, elle ne s'est faite que lentement et que l'étude des sols montre qu'il n'y a jamais eu de raz de marée[2] .

Interprétations[modifier | modifier le code]

D'après François Manet dans son ouvrage De l'état ancien et de l'état actuel de la baie du Mont-Saint-Michel et de Cancale, des marais de Dol et de Châteauneuf, les deux causes de ce cataclysme sont une grande marée et une tempête. Il écrit : « ces premières dévastations, toutes funestes qu'elles furent, n'étaient rien en comparaison de celle qu'opéra la fatale marée de mars de l'an 709, l'une des plus considérables qu'on eût jamais vues, et qui, par malheur, fut soutenue d'un vent de nord des plus terribles. » Une autre cause, mise en avant par l'Abbé Maurice Jacques Graindor dans son ouvrage Chronique de la sismicité de la Normandie, serait un séisme qui aurait frappé la baie du mont Saint-Michel.

Les explications possibles à ces hypothèses sont :

  • Une marée d'équinoxe

Selon le Service hydrographique et océanographique de la marine, les marées les plus importantes au mois de mars 709 se sont déroulées le samedi 2 mars 709. Le coefficient était de 114 pour des pleines mers à 8 h 20 et 20 h 44. C'est un coefficient très important. On trouve aussi par ordre décroissant des marées en pleine mer : vendredi 1er mars 709 à 20 h 03, coefficient 113 ; vendredi 1er mars 709 à 07 h 37, coefficient 111 ; dimanche 3 mars 709 à 09 h 00, coefficient 111. Les autres coefficients en ce mois de mars 709 ne dépassaient pas 110. Ces valeurs étaient calculées dans le port de Saint-Malo par le Service hydrographique et océanographique de la marine de Brest.

  • Un tremblement de terre

D'après Maurice Cossmann, le séisme de mars 709 est le plus ancien dont nous ayons la certitude en Normandie. D'intensité inconnue, son épicentre serait situé près de Jersey. Il aurait concerné toute la baie du mont Saint-Michel, la presqu'île du Cotentin ainsi que les îles Anglo-Normandes. Il y a eu d'autres séismes importants mentionnés aussi par François Manet notamment en 1427 en Bretagne qui détruisit une partie de Nantes et engloutit 13 villages des environs de Dol-de-Bretagne.

Cependant, ces travaux datent du XIXe siècle. Le Bureau des Recherches Géologiques et Minières (BRGM) ne référence aucun tsunami[3] ou faux tsunami et tsunami douteux[4] avant 1500 mais la dernière liste n’a pas vocation à recenser toutes les tempêtes historiques fussent-elles très anciennes.

  • Une tempête

Rien ne permet d'affirmer qu'une tempête se déroulait en baie du mont Saint-Michel à cette date.

Le raz de marée dans la littérature[modifier | modifier le code]

Paul Féval écrit de son côté :

« [ ...] Si vous descendez de nuit la dernière côte de la route de Saint-Malo à Dol, entre Saint-Benoît-des-Ondes et Cancale, pour peu qu'il y ait un léger voile de brume sur le sol plat du Marais, vous ne savez de quel côté de la digue est la grève, de quel côté la terre ferme. À droite et à gauche, c'est la même immensité morne et muette. Nul mouvement de terrain n'indique la campagne habitée ; vous diriez que la route court entre deux grandes mers. Où passe à présent le chemin, la mer roula ses flots rapides. Ce marais de Dol c'était une baie. Et, chose merveilleuse, car ce pays est tout plein de miracles, avant d'être une baie, c'était une forêt sauvage ! »

Références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • François Manet, De l'état actuel et ancien des environs de Saint Malo,
  • Robert Bertrand, Une forêt en baie du mont Saint-Michel, Enquête sur une légende
  • François Manet, Histoire de la petite Bretagne ou Bretagne Armorique, éditions E Caruel, (lire en ligne), volume 2
  • Histoire de Saint-Malo, Charles Cunat, 1851
  • Invasions de la mer, M.L Queneault, 1863
  • Étude de la baie du mont, Laisne, 1866
  • Mouvements de la mer, Jules de Geslin de Bourgogne, 1872
  • Chronique de la sismicité de la Normandie, abbé Maurice Jacques Graindor, 1973

Liens externes[modifier | modifier le code]