Plan de Rome

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Plan de Rome, zone du Circus maximus et du Colisée, sur le plan de Paul Bigot exposé à Caen

Le Plan de Rome est une maquette de Rome au IVe siècle, en plâtre verni (11 × 6 m), qui représente à l'échelle 1/400 les 3/5 de la ville, en un puzzle de 104 pièces, réalisée par Paul Bigot, architecte, lauréat du Grand prix de Rome pour l'année 1900.

Histoire[modifier | modifier le code]

Un « Envoi de Rome »[modifier | modifier le code]

Paul Bigot est un architecte d'origine normande, frère du peintre et sculpteur animalier Raymond Bigot (1872-1953). Il se passionne pour une Rome antique alors peu visible sous la ville moderne, au point de faire des fouilles et de passer presque plus de temps à l'École française qu'à la Villa Médicis. En guise d' « Envoi de Rome », au lieu de la traditionnelle aquarelle de la restitution ou de la restauration d'un monument antique, il propose une maquette en terre glaise du Circus Maximus (alors recouvert par une usine à gaz), à la surprise de ses maîtres. Puis, pour donner l'échelle de l'édifice, il modélise le quartier, le centre-ville, puis le reste de Rome (sauf les thermes de Dioclétien et le Vatican), avec un côté visionnaire qu'on ne perçoit plus aujourd'hui. Le relief des sept collines de Rome y est écrasé car le point de vue adopté est à 300 m d'altitude[1]. Travaillant sur le terrain et dans son atelier parisien, Paul Bigot réalise un chef-d'œuvre de miniaturisme et de précision, remanié toute sa vie. Il se rend une dernière fois à Rome en 1934 afin de se tenir informé des dernières connaissances liées en particulier au percement de la Voie des forums impériaux.

Les quatre versions du Plan de Rome[modifier | modifier le code]

Plan de Rome de Paul Bigot à l'université de Caen, zone du forum de Trajan

Le succès fut immédiat : dès 1911, Paul Bigot expose sa maquette à la Mostra archeologica. Sa gloire dure jusqu'à la Seconde Guerre mondiale : l'État français commande une copie pour la Sorbonne, les États-Unis pour l'université de Philadelphie. Nommé Professeur à l'école des Beaux-Arts de Paris et Architecte des bâtiments de France, Paul Bigot œuvre avec l'orfèvre Christofle à un moulage en bronze pour pérenniser le Plan de Rome ; mais la production reste inachevée, à cause du perfectionnisme de son auteur qui le remanie sans cesse au fil des découvertes de l'archéologie.

Toute sa vie, sa passion est de mettre à jour sa maquette : c'est pourquoi les deux seules versions subsistant, le plan de Caen – son exemplaire de travail personnel, monochrome – et celui des Musées royaux d'art et d'histoire de Bruxelles colorisé, sont un peu différents. Le travail scientifique et pédagogique de Paul Bigot est imité par Italo Gismondi, mais sur commande de Mussolini à des fins de propagande. Exposée à l'Esposizione Universale di Roma (EUR) au Musée de la civilisation romaine, la maquette italienne est plus grande (1/250) et présente l'intégralité de la ville antique ; elle a été mise à jour jusqu'en 1970, tandis que celle de Paul Bigot montre l'état des connaissances en 1942, date de sa mort.

Les différentes versions du plan-relief[modifier | modifier le code]

Le Plan de Rome à l'université de Caen[modifier | modifier le code]

Vue générale du plan situé à Caen

L'élève et légataire de Paul Bigot, Henry Bernard[2], architecte de la reconstruction de la ville après 1945, entrepose la maquette à l'université de Caen, dans une pièce au sous-sol du bâtiment Droit. Tombée peu à peu dans l'oubli, elle a risqué le sort des copies des États-Unis et de Paris : devenues les nids à poussière d'une culture jugée obsolète, elles sont passées l'une au broyeur, l'autre par les fenêtres – en 1968. Dans les années 1980, la chute d'une partie du plafond de la salle a endommagé la maquette, ce qui provoqua un vif regain d'intérêt pour l'œuvre qui, depuis 1996, est installée dans la nouvelle Maison de la recherche en sciences humaines (campus 1) et classée monument historique au titre d'objet le 12 juin 1978[3].

Depuis le milieu des années 1990 une équipe autour de Philippe Fleury, professeur de latin, travaille sur le projet d'une restitution virtuelle.

Le Plan de Rome de Bruxelles[modifier | modifier le code]

Plan général de la maquette de Bruxelles

Le plan de Bruxelles est colorié.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paul Bigot, Reconstitution en relief de Rome antique, Condé sur Noireau,
  • Paul Bigot, Rome antique au IVe siècle apr. J.-C., Paris, 1955
  • Paul Bigot, Notice sur le relief de Rome impériale, Rome, 1911
  • Philippe Fleury (dir.), La Rome antique : plan relief et reconstitution virtuelle, Presses universitaires de Caen, 2005, (ISBN 2-84133-232-2)
  • Françoise Lecocq, « Un espace de représentation de Rome : du plan-relief de Paul Bigot à la maquette virtuelle », dans Robert Bedon (dir.), Yves Liébert (dir.) et Hélène Mavéraud (dir.), Les espaces clos dans l'urbanisme et dans l'architecture en Gaule romaine et dans les régions voisines (colloque de Limoges, 11-12 juin 2004), PULIM, coll. « Caesarodunum » (no XL), 2006 (ISBN 978-2-84287-428-5), p. 183-222
  • Sophie Madeleine et Philippe Fleury, « Le « Plan de Rome » de Paul Bigot à l’Université de Caen et son double virtuel : de l’objet patrimonial à l’outil scientifique » dans In Situ, revue des patrimoines, 2011, no 17 [lire en ligne]
  • Manuel Royo, Rome et l'architecte : Conception et esthétique du plan-relief de Paul Bigot, Presses universitaires de Caen, 2006, 227 p. (ISBN 2-84133-239-X)
  • Manuel Royo, « Le temps de l'éternité, Paul Bigot et la représentation de Rome antique », dans Mélanges de l'École française de Rome. Italie et Méditerranée, vol. 104, no 2, 1992, p. 585-610

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