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Philippe de Dreux (1158-1217)

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Philippe de Dreux
Image illustrative de l’article Philippe de Dreux (1158-1217)
Biographie
Naissance
Père Robert Ier de Dreux
Mère Agnès de Baudement
Décès
Évêque de l'Église catholique
Évêque de Beauvais

(en) Notice sur catholic-hierarchy.org

Philippe de Dreux est un religieux français, né en 1158 et mort le . Évêque-comte de Beauvais, il fut élevé à la dignité de pair de France par Philippe-Auguste.

Né en 1158, Philippe de Dreux est le troisième fils de Robert de France, comte de Dreux, et de sa seconde épouse Agnès de Baudement, dame de Braine. Il est donc d'origine capétienne et un petit-fils du roi Louis VI le Gros. Il est donc le neveu du roi Louis VII le Jeune et le cousin de Philippe II Auguste[1],[2].

L'aîné de la fratrie, Robert II, devient comte de Dreux et de Braine après ses parents tandis que les deuxième et troisième fils sont destinés à une carrière ecclésiastique. Ainsi Henri, deuxième fils du couple, devient évêque d'Orléans alors que Philippe devient évêque de Beauvais. Quant aux derniers frères, ils sont possessionnés de diverses seigneuries moins importantes[2].

Accession à l'épiscopat

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À la mort de l'évêque de Beauvais Barthélemy de Montcornet le , Philippe de Dreux est élu comme nouvel évêque. Son élection a très probablement été favorisée par son oncle Henri de France, qui est alors archevêque de Reims. En effet, celui-ci était évêque de Beauvais avant de laisser sa place à Barthélemy de Montcornet lorsqu'il a été transféré à l’archevêché de Reims, qui est le siège métropolitain dont dépend l'évêché de Beauvais[1].

Certains historiens annoncent également la date du comme étant celle de son élection, mais il est peu probable qu'elle ait eu lieu le jour même de la mort de son prédécesseur. Cette élection a plus probablement eu lieu entre cette date et le , jour du décès de son oncle Henri de France[3].

Il n'est toutefois pas sacré immédiatement après son élection et devra attendre encore cinq années pour cela. Ce délai peut s'expliquer par sa jeunesse — il n'est alors âgé que de dix-sept ans — et son inexpérience. Les premières années de son existence demeurent inconnues, mais il semble probable qu'il ait davantage connu une éducation militaire plutôt qu'ecclésiastique, aussi ces quelques années d'attente ont pu lui permettre de compléter son éducation cléricale[3].

Première croisade en Terre sainte

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En 1177 ou 1178, sur les exhortations d'Henri de Marcy, abbé de Clairvaux, le comte de Champagne Henri Ier décide de prendre la tête d'une nouvelle croisade en Terre sainte. Si le nombre de croisés est important, il n'y a que peu de grands seigneurs. Outre le comte de Champagne lui-même et l'évêque Philippe, la croisade compte également la présence de Pierre Ier de Courtenay, oncle paternel de Philippe[4],[note 1].

Le départ a lieu vers le milieu de l'année 1179. L'expédition embarque probablement à Marseille et sur sa route croise à Brindisi l'archevêque de Tyr et historien des croisades Guillaume de Tyr avant de débarquer à Saint-Jean-d'Acre. À son arrivée, Saladin faisait le siège de la forteresse de Tibériade et Baudouin IV, roi de Jérusalem, réunit les croisés à l'armée des barons de Terre sainte afin d'aller secourir la place. Mais l'opération est trop lente et Tibériade tombe aux mains des Sarrasins. D'un point de vue militaire, la croisade est donc sans résultat[4].

Les actes de Philippe lors de cette croisade sont inconnus mais il retourne probablement en France après cet échec, alors que son oncle Pierre Ier décide de rester en Terre sainte où il meurt quelques années plus tard et que le comte Henri Ier part visiter les lieux saints avant de prendre le chemin du retour lors duquel il sera fait prisonnier par les Turcs avant d'être libéré par l'empereur byzantin Manuel Ier pour être de retour dans ses états fin [4].

Le présence de Philippe en France est en effet attestée dès le où il assiste au sacre de son cousin Philippe Auguste à la cathédrale métropolitaine de Reims. Quant à Philippe, il sera consacré l'année suivante, en 1180, également à Reims[5].

En 1182, il prend ses dispositions pour célébrer son anniversaire[note 2] dans la cathédrale de Beauvais avant de réaliser le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle[5].

Reprise de la guerre

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Le , il assiste à une assemblée entre son cousin le roi Philippe Auguste et le roi anglais Henri II lors de laquelle les deux monarques décident de prendre la croix pour aller secourir la Terre sainte. Comme nombre de seigneurs français, Philippe et son frère aîné le comte Robert II, décident eux aussi de participer à la troisième croisade. Toutefois, trois mois plus tard, Richard Cœur de Lion, fils du roi Henri II, rompt la traité conclu entre les deux rois et tente de prendre les terres du comte de Toulouse, obligeant Philippe Auguste à se porter au devant. Richard fait alors demi-tour et part en Normandie, où l'attend déjà une armée française menée par l'évêque Philippe. Celui-ci prend Blangy, Aumale ainsi que plusieurs autres villes et châteaux. Il y fait massacrer les habitants et s'empare de leurs richesses[5]. Richard se venge ensuite en ravageant le château de Dreux et en pillant le Vexin jusqu'à Gisors[6].

La mort d'Henri II le et la poursuite des combats par Richard Cœur de Lion retardent toutefois les préparatifs pour la croisade, aussi plusieurs chevaliers s'impatientent et décident de partir sans attendre leur suzerain. Outre Philippe et son frère Robert, ce contingent avancé comprend également le comte Érard II de Brienne et son frère André, Guy II de Dampierre, connétable de Champagne, et Geoffroy IV de Joinville, probable sénéchal de Champagne[7],[8].

Deuxième croisade en Terre sainte

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Très probablement partis de Marseille, ils rejoignent en chemin une flotte composée de Danois et de Frisons ainsi que d'Anglais, également lassés d'attendre leur roi, qui revenait du Siège de Silves (en), au Portugal[7] et arrivent à Saint-Jean-d'Acre vers la mi- et se joignent au siège de cette ville mené par le roi de Jérusalem Guy de Lusignan depuis le [9].

Il semble avoir été fait prisonnier par les Musulmans, probablement au cours de l'année 1190, qui l'auraient alors emmené au Vieux-Caire. Il aurait toutefois rapidement acheté sa liberté car il ne reste pas longtemps absent dans les archives contemporaines[3].

À la morte de la reine Sibylle de Jérusalem en , il soutient l'annulation du mariage de la sœur puînée de celle-ci, la princesse Isabelle Ire de Jérusalem, avec Onfroy IV de Toron qu'il juge trop faible pour devenir le nouveau roi de Jérusalem en remplacement de Guy de Lusignan. Cette union est finalement annulée avant la fin de l'année par Philippe et l'archevêque de Pise et légat apostolique Ubaldo Lanfranchi, au prétexte qu'Isabelle n'avait pas l'âge requis et avait été contrainte par son demi-frère Baudouin IV. Le à Saint-Jean-d'Acre, l'évêque de Beauvais célèbre le mariage de la princesse Isabelle avec Conrad de Montferrat[10], ce dernier obtenant ainsi des droits sur le trône de Jérusalem, Guy de Lusignan restant roi mais ne pouvant en aucun cas transmettre le royaume à ses héritiers[11].

Probablement dans la première moitié de l'année 1191, un chroniqueur anglais contemporain, Raoul de Diceto, raconte qu'au moment de sa mort, le sénéchal de Bourgogne Anséric IV de Montréal aurait avoué que lui ainsi que l'évêque Philippe, son frère le comte de Dreux Robert, le landgrave Louis III de Thuringe et le comte de Gueldre Otton Ier auraient reçu de l'argent de la part de Saladin afin de retarder l'assaut de la ville. Toutefois, cette accusation est probablement fausse car la majorité des chroniqueurs détaillent le zèle de l'évêque, qui semble garder la confiance des autres croisés. Il est également possible que ce chroniqueur partage la haine de son souverain pour la maison royale de France en général et celle plus particulière envers l'évêque depuis la prise de Blangy et d'Aumale quelques années plus tôt[6].

Il est présent lorsque la ville tombe aux mains des Francs le puis fait partie des évêques[note 3] chargés de purifier les églises de la ville que les Musulmans avaient changé en mosquées. Puis, lorsque le roi Philippe Auguste décide de rentrer en France, il choisit de rester en Terre sainte. Celui-ci envoie alors Philippe et le duc Hugues III de Bourgogne informer le roi Richard Cœur de Lion de sa décision. Philippe Auguste quitte Saint-Jean-d'Acre le , laissant sur place son armée placée sous le commandement du duc Hugues III. En , il accompagne ce duc à Tyr afin de réclamer à Conrad de Montferrat, au nom du roi Richard Cœur de Lion, l'ensemble des captifs sarrasins que lui avait confié le roi Philippe Auguste avant son départ. Puis, le , il combat à la bataille d'Arsouf où il se distingue[12].

Le , il est de nouveau présent à Tyr et c'est en revenant d'un repas chez lui que Conrad de Montferrat est assassiné par deux ismaëliens et Philippe soupçonne rapidement le roi Richard Cœur de Lion d'être l'investigateur de ce crime. Quelques mois plus tard, ce dernier quitte à son tour la Terre sainte pour rentrer en Angleterre, mais, sur le chemin du retour, il est fait captif par le duc d'Autriche Léopold V qu'il avait humilié lors de la prise de Saint-Jean-d'Acre. Le roi français envoie alors l'évêque Philippe comme émissaire auprès du duc d'Autriche pour l'enjoindre à garder plus durement le monarque anglais, ce qui augmente davantage l'inimitié entre Richard et l'évêque qui existait depuis leurs batailles en Normandie en 1188.[13].

Retour en France et reprise du conflit contre les Anglais

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Philippe est de retour en France au milieu de l'année 1193. Les 14 et , il est présent à Amiens, avec les autres suffragants de l’archevêché de Reims, au mariage et au sacre de la reine Ingeburge de Danemark. Mais après que celle-ci ait été répudiée par le roi Philippe Auguste, l'évêque Philippe atteste solennellement — sans doute pour complaire à son cousin le roi — de liens de parenté entre Ingeburge et feue la reine Isabelle de Hainaut, ce qui impliquerait l'annulation du mariage entre le roi et la princesse danoise. Le nom de Philippe doit également probablement être présent au bas de la sentence de divorce prononcée le à Compiègne par l'archevêque de Reims Guillaume aux Blanches Mains[14].

Un prélat belliqueux

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Prélat belliqueux, ce soldat mitré du XIIe siècle alla deux fois guerroyer en Terre sainte (en 1179 et pendant la troisième croisade) et resta la seconde fois prisonnier à Bagdad. Ne cherchant que rencontres et batailles, il se signala aux combats d'Arsouf et de Saint-Jean-d'Acre où il fut pris par les Musulmans en 1190.

À son retour en Occident, il combat les Anglais en se mesurant à Richard Cœur de Lion (1197). Alors qu'il porte secours à Gerberoy qui est assiégée, il est fait prisonnier, avec son archidiacre, près de Milly le après un combat sanglant[15]. Il resta longtemps en prison et fut délivré en 1202.

Interprétant d'une manière digne du temps les lois canoniques qui défendaient aux prêtres de verser le sang, il renonça à l'épée et aux armes tranchantes et n'utilisa plus que sa masse d'armes pour assommer ses ennemis.

Il prit part à la croisade contre les Albigeois en 1209. En 1214, il se signala auprès de Philippe-Auguste à la bataille de Bouvines, brisant le flanc droit de l'armée Teutonne en désarçonnant avec une masse d'armes son commandant Guillaume de Longue-Épée[16], comte de Salibury.

Notes et références

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  1. Le roi Louis VII le Jeune, l'évêque Henri, mentor de Philippe, le comte Robert, père de de Philippe et le seigneur Pierre Ier de Courtenay, compagnon de croisade de Philippe, sont tous des fils du roi Louis VI le Gros.
  2. Fonder son anniversaire signifie à cette époque accorder une rente perpétuelle à une église pour les frais du service funèbre qui y sera célébré tous les ans à l'occasion du jour de sa mort[5].
  3. Avec notamment les archevêques de Tyr Josse, de Pise Ubaldo Lanfranchi et d'Auch Géraud de La Barthe et les évêques de Salisbury Hubert Walter, d'Évreux Jean, de Bayonne Bernard de Lacarre, de Chartres Renaud de Bar et de Tripoli Pierre d'Angoulême[12].

Références

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  1. a et b Hercule Géraud 1843-1844, p. 9.
  2. a et b Charles Cawley 2006-2025.
  3. a b et c Hercule Géraud 1843-1844, p. 10.
  4. a b et c Henri d'Arbois de Jubainville, Histoire des ducs et comtes de Champagne : 1152 - 1181, vol. 3, Paris, Librairie Auguste Durand, (lire en ligne), p. 103-109.
  5. a b c et d Hercule Géraud 1843-1844, p. 11.
  6. a et b Hercule Géraud 1843-1844, p. 12.
  7. a et b Louis Maimbourg, Histoire des croisades pour la délivrance de la Terre sainte : Sébastien Mabre-Cramoisy, t. 2, Paris, (lire en ligne), p. 195.
  8. (en) Stephen Bennett, Elite Participation in the Third Crusade, Woodbridge, The Boydell Press, (ISBN 978-1-78327-578-6), p. 221.
  9. René Grousset, L’épopée des Croisades, Paris, Plon, (présentation en ligne), p. 197, 198.
  10. Achille Luchaire, La Société française au temps de Philippe-Auguste, Paris, Hachette, (lire en ligne sur Gallica), p. 395.
  11. Hercule Géraud 1843-1844, p. 12, 13.
  12. a et b Hercule Géraud 1843-1844, p. 14.
  13. Hercule Géraud 1843-1844, p. 16.
  14. Hercule Géraud 1843-1844, p. 16, 17.
  15. Jean Pillet Histoire du Château et de la Ville de Gerberoy: de siècle en siècle, XIIe siècle, Livre V, chap XXI, page 145
  16. (en) Jim Bradbury, Philip Augustus, , p. 307.

Bibliographie

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Liens externes

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Articles connexes

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