Pédantisme

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Le pédantisme (ou la pédanterie) est une manière d'être qui concerne le maniement du langage par le sujet. Il est particulièrement étudié en littérature, et est parfois évoqué dans d'autres contextes, notamment psychologique.

Définition[modifier | modifier le code]

La pédanterie est souvent dénoncée par les essayistes et caricaturistes, notamment en visant les langages poétique, musical, philosophique et rhétorique, pédagogique politique ou scientifique, parfois pour les discréditer.

En 1690, Furetière dans son dictionnaire universel décrit aussi le pédant comme celui qui « fait un mauvais usage des sciences, qui les corrompt & les altere, qui les tourne mal, qui fait de mechantes critiques & observations (...) »[1]

Le pédantisme en littérature[modifier | modifier le code]

Le comte Camillo Scroffa est généralement perçu comme l'inventeur de la poésie pédantesque. Ce poète italien du XVIe siècle composa un recueil de vers dans un jargon mélangeant locutions latines et mots italien pour se moquer des pédants et de leurs disputes sur la prééminence entre les deux langues.

La littérature et le théâtre, dès l'époque préclassique (1610 à 1655)[2] ont souvent évoqué et/ou caricaturé le pédant, par exemple chez Rabelais et Montaigne et avec Cyrano de Bergerac[3].

Montaigne s'est beaucoup intéressé au pédantisme[4], ce que l'on retrouve dans ses essais sur le pédantisme[5] : cela nuit selon lui à la formation du jugement[6] et au bon exercice du jugement[7], notamment dans l'éducation des enfants[8].

Molière et d'autres s'en moquent par la satire de traits de mœurs (plus que de caractère)[9]. Ils en font un ressort comique et burlesque[10], en faisant utiliser par ses savant(e)s ou religieux, précieux et ridicules, un « jargon volumineux et hyperbolique » dont le discours présente souvent une volonté visible « de ne pas être intelligible afin de paraître intelligent dans l’espoir d’obtenir de son entourage reconnaissance et respect » en utilisant une caricature humoristique, au théâtre, du « savant mondain et du mondain savant »[11]. Chez les personnages pédants de Molière, l’usage de mots complexes, à demi-inventés et issus de langues mortes, de même que le recours systématique à des autorités, cachent (mal) que « la difficulté de s’ouvrir à la nouveauté scientifique ou philosophique sont en filigrane des présomptueuses péroraisons du pédant qui finissent le plus souvent en galimatias »[11].

Autres formes de pédantisme[modifier | modifier le code]

Une forme de pédantisme, involontaire, peut exister chez certains autistes (syndrome d'Asperger), comme étant une spécificité du syndrome d'Asperger sur fond de troubles génériques communs à l'« autisme typique »[12]. Ce trait se manifeste par « une hyperprécision du vocabulaire ou une hyperprédilection thématique (explicable par une immuabilité non verbale plus générale) dans le contexte d’une interaction unilatérale (explicable par un trouble plus général de l’influence sociale) »[12].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Furetière, Dictionnaire universel, La Haye et Rotterdam, Arnout & Reinier Leers, 1690
  2. Robert Horville, Le Personnage du pédant dans le théâtre pré-classique en France (1610 à 1655), thèse de doctorat non publiée, Université de Lille, 1966.
  3. Goulvenn Oiry, Le pédantisme dans les œuvres de Rabelais, Montaigne et Cyrano de Bergerac, mémoire de maîtrise non publié, 2003.
  4. Couzinet M.D (2009) « Notes sur les méditations cosmographiques et le pédantisme chez Montaigne », Cahiers VL Saulnier, (26), 187-196.
  5. Michel de Montaigne, « Du pédantisme », Les Essais.
  6. Marc Foglia, "Un doute sur la valeur pédagogique des connaissances (analyse du chapitre "Du pédantisme", dans Montaigne, pédagogue du jugement, Classiques Garnier, 2011, pp. 94 - 106.
  7. Hubert Vincent, Éducation et scepticisme chez Montaigne, ou Pédantisme et exercice du jugement, L'Harmattan, 1997, 320 p. (ISBN 2738453244)
  8. Michel de Montaigne, « L’éducation des enfants, Du pédantisme et de l’institution des enfants », Les Essais, Livre I, chap. 25-26.
  9. Jeune S (1955) Molière, Le Pédant et le pouvoir, note pour le commentaire des Femmes Savantes. Revue d'histoire littéraire de la France, p. 145-154.
  10. Frédéric Deloffre, « Burlesques et paysanneries », Cahiers de l'Association internationale des études françaises, 1957, vol. 9, no 1, p. 250-270 [lire en ligne].
  11. a et b Jocelyn Royé (2005), « Pédant et bel esprit: la représentation du savant mondain et du mondain savant dans les comédies du XVIIe siècle », Littératures classiques, 2005, p. 105-113 [lire en ligne]
  12. a et b Laurence Beaud & Clément de Guibert, « Identité et spécificité du «pédantisme» dans le syndrome d’Asperger », Neuropsychiatrie de l'enfance et de l'adolescence, 2011, 59(8), 469-477 [lire en ligne]

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Roger Aubenas (1978). « Inconscience de juristes ou pédantisme malfaisant? Un chapitre d'histoire juridico-sociale », dans Revue historique de droit français et étranger, vol. 56, no 2, p. 215-252 [lire en ligne].
  • Laurence Beaud & Clément de Guibert (2011). « Identité et spécificité du «pédantisme» dans le syndrome d’Asperger », Neuropsychiatrie de l'enfance et de l'adolescence, vol. 59, no 8, p. 469-477 [lire en ligne].
  • Agathe Sueur (2014). « Johann Mattheson et le pédantisme : des usages de l'érudition dans la théorie musicale allemande au XVIIIe siècle », Revue de musicologie, t. 100, no 1, p. 3-36 [lire en ligne]
  • Kazimierz Kupisz (1988). « Variations montaigniennes sur le thème du pédantisme », Revue d'histoire littéraire de la France, vol. 88, no 5, p. 944-948 [lire en ligne].
  • Jocelyn Royé (2000). La figure du pédant et le pédantisme de Montaigne à Molière, thèse non publiée, Université Paris 10, 2000.
  • Jocelyn Royé (2008). La Figure du pédant de Montaigne à Molière, Genève, Droz.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]