Nouvelles espèces biologiques

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Cet article traite des nouvelles espèces biologiques découvertes et décrites par la science. Il ne concerne pas la formation de nouvelles espèces (ou spéciation) au cours de l'évolution biologique.

L'okapi (Okapia johnstoni), décrit en 1901,
reste le symbole des espèces de grands
mammifères découvertes seulement au XXe siècle.

Pourquoi de nouvelles espèces ?[modifier | modifier le code]

De nouvelles espèces biologiques sont régulièrement définies chaque année.
L'apparition d'une nouvelle espèce dans la nomenclature peut se faire de trois manières principales :

  • découverte dans la nature d'une espèce totalement différente de ce qui est connu jusqu'alors,
  • nouvelle interprétation d'une espèce connue qui s'avère en réalité être composée de plusieurs espèces proches mais cependant bien distinctes. Ce mode d'apparition d'espèce cryptique est en augmentation depuis qu'il est possible d'analyser très finement le génome par des méthodes d'étude et de comparaison des ADN, ces méthodes aboutissant par ailleurs à des remaniements de la classification par une meilleure compréhension de la parenté des taxons (phylogénie). Pour ce type de création de nouvelles espèces, deux circonstances sont possibles : soit une sous-espèce déjà définie est élevée au statut d'espèce, auquel cas le nom, l'auteur et la date sont conservés, soit il est nécessaire de donner un nouveau nom à une partie de la population de l'ancienne espèce,
  • découverte d'une nouvelle espèce par l'étude plus approfondie des spécimens conservés dans les musées et les collections.

Ces trois circonstances ont en commun d'être soumises au problème du nombre de spécialistes mondiaux compétents capables de reconnaître le caractère nouveau d'un spécimen. C'est une des raisons pour lesquelles le nombre d'espèces nouvelles chaque année, dans une catégorie taxinomique donnée, est à peu près constant.

Pour bien préciser le nom complet d'une espèce, le (ou les) auteur(s) de la description doivent être indiqués à la suite du nom scientifique, ainsi que l'année de parution dans la publication scientifique. Le nom donné dans la description initiale d'une espèce est appelé le basionyme. Ce nom peut être amené à changer par la suite pour différentes raisons.

Dans la mesure du possible, ce sont les noms actuellement valides qui sont indiqués, ainsi que les découvreurs, les pays d'origine et les publications dans lesquelles les descriptions ont été faites.

Outre ces trois principales circonstances d'apparition, l’activité anthropique (effets des pollutions, de la surexploitation des ressources naturelles, de la destruction des habitats ou de l'insularisationinduite par la fragmentation écologique croissante des paysages[1]) contribue aussi bien à la spéciation (par exemple l'apparition du moustique du métro de Londres, Culex pipiens molestus) qu'à l'extinction des espèces, les scientifiques devant décrire ces nouvelles espèces apparues[2]. Exemple de spéciation, la domestication, l'homme ayant domestiqué 474 espèces animales et 269 espèces végétales depuis la dernière période glaciaire il y a 10 000 ans[3].

De la découverte à la description scientifique[modifier | modifier le code]

La découverte d'une nouvelle espèce est une première étape qui, souvent, ne se confond pas avec la description scientifique formelle de cette espèce. Il est très fréquent que des collecteurs (explorateurs, missionnaires, diplomates, voyageurs, récolteurs, collectionneurs) soient les premiers à mettre la main sur des spécimens biologiques, conscients ou non de la nouveauté de leurs trouvailles. Très souvent également, les espèces qui s'avèrent nouvelles pour la science ("occidentale", devenue universelle) sont bien connues par les habitants des pays où vit l'espèce, et figurent même souvent dans les nomenclatures autochtones. En conséquence, un certain temps, parfois considérable, peut s'écouler entre la découverte, au sens de certitude qu'il s'agit d'une nouvelle espèce, et la description scientifique formalisée par une publication répondant à des règles bien codifiées, qui fera entrer l'espèce concernée dans la faune ou la flore mondiale en lui donnant un nom scientifique nouveau et unique.

Géographie des nouvelles espèces[modifier | modifier le code]

Certaines régions du monde sont plus propices à la découverte d'espèces nouvelles, quelquefois en fonction des groupes biologiques considérés : on peut citer en particulier l'Amérique du Sud pour les primates, les rongeurs et les oiseaux, Madagascar pour les lémuriens, et plus généralement l'Indo-Malaisie et la Mélanésie (en particulier la Nouvelle-Guinée et la Nouvelle-Calédonie), la Chine, l'Afrique sub-saharienne, le sous-continent indien et la péninsule indo-chinoise.

Découvreurs et descripteurs[modifier | modifier le code]

Certains naturalistes sont particulièrement féconds en découvertes, comme Paul Coopmans, zoologiste belge opérant en Équateur et Pérou, Tim Flannery, mammalogiste et paléontologue australien, ou encore Bret Whitney, expert en chants d'oiseaux.

Publications[modifier | modifier le code]

Dans le domaine des publications hébergeant des descriptions d'espèces nouvelles, on a pu voir apparaître pour la première fois, avec la venue des périodiques en ligne, les premières descriptions exclusivement électroniques.

Combien de nouvelles espèces chaque année ?[modifier | modifier le code]

Selon les groupes zoologiques ou botaniques, le nombre d'espèces nouvelles décrites chaque année varie considérablement. Le tableau ci-dessous indique le nombre moyen d'espèces nouvelles sur une période de dix ans[4] (nombre d'espèces par an arrondi à l'unité sur la période 1978-1987) :

Groupe
zoologique
ou botanique
Nombre d'espèces
décrites par an
Mammifères 26
Oiseaux 5
Amphibiens et reptiles 105
Poissons 231
Insectes 7222
Arachnides 1350
Annélides 173
Mollusques 366
Champignons 1700

On constate par ailleurs que, dans un groupe biologique donné, le nombre précis d'espèce décrites est assez constant, comme le montre le tableau suivant (incluant les nouvelles espèces vivantes et fossiles décrites dans la période 1979-1988 ; la colonne "Vertébrés (sauf Poissons)" correspond aux Vertébrés tétrapodes et réunit les mammifères, oiseaux, reptiles et amphibiens) [4] :

Année Vertébrés
(sauf Poissons)
Poissons
1979 146 183
1980 170 241
1981 134 273
1982 186 240
1983 177 260
1984 168 223
1985 230 220
1986 117 204
1987 191 234
1988 138 229

Environ 18 000 espèces ont été découvertes en 2013[5], dont près de 2 000 nouvelles espèces végétales[6].

L'erreur est humaine[modifier | modifier le code]

Lorsqu'une nouvelle espèce est décrite, la communauté scientifique considère la nouveauté avec intérêt, parfois enthousiasme, mais aussi circonspection. L'histoire montre que les erreurs dans ce domaine existent, qu'elles aient été volontaires ou non. Le prototype des erreurs par mystification a été l'affaire de l'homme de Piltdown. Plus récemment, plusieurs ongulés sauvages nouveaux ont été décrits de la péninsule indochinoise, dont le curieux saola à allure d'antilope et des muntjacks, bien réels et bien vivants, ainsi que le linh duong (Pseudonovibos spiralis), décrit officiellement par deux naturalistes allemands, Peter et Feiler, en 1994, à partir de cornes curieusement spiralées trouvées dans le commerce local, et qui s'est avéré être une mystification, non des descripteurs mais des patients fabricants de ces objets à partir de cornes de bovins domestiques[7]. En conséquence, après avoir été inscrit sur les listes de protection de l'UICN en 1995, ce nom scientifique reste disponible, mais est maintenant relégué au statut de synonyme junior de la vache (Bos taurus).

Reste-t-il beaucoup de nouvelles espèces à découvrir ?[modifier | modifier le code]

Des estimations ont été faites par différents auteurs pour évaluer le nombre d'espèces existant réellement dans les différents groupes biologiques. Les méthodes sont variées, une des plus courantes étant l'extrapolation à partir de zones géographiques ou de groupes biologiques très bien connus. Le tableau ci-dessous donne un ordre de grandeur, en comparaison du nombre d'espèces déjà décrites, de l'estimation la plus conservatrice et la plus élevée, du nombre d'espèces existant réellement[4] :

Groupe biologique Espèces décrites
(ordre de grandeur)
Estimation
conservatrice
Estimation
haute
Vertébrés 45 000 50 000 50 000
Hexapodes
(dont Insectes)
1 000 000 8 000 000 100 000 000
Arachnides 75 000 750 000 1 000 000
Crustacés 40 000 150 000 150 000
Mollusques 70 000 200 000 200 000
Nématodes 15 000 500 000 1 000 000
Protozoaires 40 000 300 000 500 000
Plantes
(Embryophytes)
250 000 300 000 500 000
Algues 40 000 200 000 10 000 000
Champignons 70 000 1 000 000 1 500 000
Bactéries 4 000 400 000 3 000 000
Virus 5 000 500 000 500 000

Nouvelle, mais pour qui ? et depuis quand ?[modifier | modifier le code]

Le concept d'espèce nouvelle est relatif. Il est en effet fréquent, tout au moins pour les vertébrés terrestres, qu'une espèce nouvelle pour la science moderne s'avère déjà connue et nommée par les populations humaines habitant son aire naturelle.

La découverte de nouvelles espèces biologiques n'a pas commencé au XXIe siècle. L'Okapi (Okapia johnstoni), en tant que nouvelle espèce découverte ou décrite au début du XXe siècle, en est la preuve.

Pour les scientifiques, la notion de « nouvelle espèce » est historique et repose sur celles d'« espèce découverte » et d'« espèce décrite ». L'année de départ qui est prise en compte est 1753 pour la nomenclature botanique et 1758 pour la nomenclature zoologique. Concernant la zoologie, on peut considérer, à titre d'exemple historique, l'Ornithorynque, Ornithorynchus anatinus (Shaw, 1799) : il s'agit d'une nouvelle espèce découverte ou décrite à la fin du XVIIIe siècle après la parution de la dixième édition du Systema Naturae de Linné.

Liste de nouvelles espèces[modifier | modifier le code]

Les listes ci-dessous, sans être toujours exhaustives, donnent un aperçu des découvertes et des descriptions d'espèces nouvelles faites dans le monde après 1985, année d'invention du terme « biodiversité ». Elles permettent par ailleurs de se référer aux descriptions initiales faites dans les publications spécialisées, et de consulter, le cas échéant, l'article correspondant de l'encyclopédie et la classification de l'espèce dans Wikispecies (répertoire du vivant).

Plantes[modifier | modifier le code]

Plantes
1986-1990 | 1991-1995 | 1996-2000 | 2001-2005 | 2006-2010

Poissons[modifier | modifier le code]

Poissons
1986-1990 | 1991-1995 | 1996-2000 | 2001-2005 | 2006-2010

Amphibiens[modifier | modifier le code]

Amphibiens
1986-1990 | 1991-1995 | 1996-2000 | 2001-2005 | 2006-2010

Reptiles[modifier | modifier le code]

Reptiles
1986-1990 | 1991-1995 | 1996-2000 | 2001-2005 | 2006-2010

Oiseaux[modifier | modifier le code]

Oiseaux
1986-1990 | 1991-1995 | 1996-2000 | 2001-2005 | 2006-2010

Mammifères[modifier | modifier le code]

Mammifères
1986-1990 | 1991-1995 | 1996-2000 | 2001-2005 | 2006-2010

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) William F. Fagan, Peter J. Unmack, Colleen Burgess, W. L. Minckley ; (2002) Rarity, fragmentation, and extinction risk in desert fishes. Ecology: Vol. 83, No. 12, pp. 3250-3256. ; doi: 10.1890/0012-9658(2002)083[3250:RFAERI]2.0.CO;2
  2. (en) J. W. Bull, M. Maron, « How humans drive speciation as well as extinction », Proc. R. Soc. B, vol. 283, no 1833,‎ (DOI 10.1098/rspb.2016.0600)
  3. (en) CM. Duarte, N. Marbá, M. Holmer, « Rapid domestication of marine species », Science, vol. 316, no 5823,‎ , p. 382–383 (DOI 10.1126/science.1138042)
  4. a, b et c Global Biodiversity - Status of the Earth's Living Resources, World Conservation Monitoring Center, 1992 (ISBN 0-412-47240-6)
  5. Les dix espèces les plus étonnantes découvertes en 2013, lemonde.fr avec Reuters, 22 mai 2014
  6. (en) Steven Bachman, State of the World's Plants Report. 2016, Royal Botanic Gardens, Kew, p. 7/84, 2016 (ISBN 978-1-84246-628-5).
  7. Herbert Thomas, Collège de France, « Le bœuf à la mode asiatique », Pour la Science, N°283, Mai 2001, p.14.