Menstruation en islam
Les textes de la religion musulmane prévoient un certain nombre d'interdits et de règles à respecter pendant la période de menstruation, qui peuvent entrainer une stigmatisation des femmes ou une baisse de leur confiance en elle[1]. Durant les menstrues, les prières, le jeûne et les rapports sexuels sont interdits. Pendant le mois de ramadan, la survenue de la menstruation interrompt le jeûne et la femme est censée rattraper ultérieurement le nombre de jours de jeûne manqués.
La religion musulmane n'est pas la seule à prescrire de tels types d'interdits, et on en retrouve aussi dans l'hindouisme et par contagion, dans le bouddhisme, bien que cette religion considère les menstrues comme un processus naturel. Dans la religion chrétienne, ce type d'interdits n'existe pas, mais, on retrouve un certain nombre de pratiquantes qui en font malgré tout état, peut-être sous l'influence de mythes et de rituels[2].
Origine de rituels préislamiques
[modifier | modifier le code]Les savants musulmans ont rapproché les coutumes concernant les règles en vigueur dans le monde préislamique tantôt à un corpus juif, tantôt à un corpus zoroastrien[3].
Croyances liées aux menstruations et sources religieuses
[modifier | modifier le code]Il existe différentes croyances chez les femmes musulmanes eu égard à leurs règles. Certaines sont justifiées par des passages du Coran, d'autres par des déclarations de religieux musulmans, avec quelquefois des problèmes d'interprétation sur la validité d'une règle, d'autres enfin résultent de mythes liés au caractère décrété impur des menstruations.
- la prière : il n'est pas permis à une femme de prier pendant ses menstruations, conformément à la parole du Prophète Mahomet à l'une de ses épouses, Fatima bint Abi Habîch : « Si les menstruations commencent, alors abandonnez la prière » (hadith rapporté par Al Boukhârî et Muslim)[4].
- lire ou réciter le Coran durant les menstrues est un sujet sur lequel les avis divergent car il n'y a pas de verset du Coran, ni de hadith explicite considéré comme authentique à ce sujet[réf. nécessaire][5],[6].
- le dhikr : la femme ayant ses menstruations est autorisée à invoquer le nom d'Allah[7].
- entrer dans la mosquée : les quatre écoles juridiques classiques s'accordent sur l'interdiction pour une femme menstruée de séjourner (s'asseoir) dans l'enceinte de prière de la mosquée. Cependant, des nuances existent : les écoles chaféite et hanbalite autorisent la simple traversée du lieu si nécessaire, et l'accès aux espaces annexes (salles de cours, bibliothèques) n'ayant pas le statut légal de « salle de prière » reste généralement permis pour assister à des enseignements.
- le jeûne : contrairement à l'idée d'une simple recommandation, le droit islamique établit une interdiction stricte de jeûner durant les menstrues et les lochies (pertes vaginales après l'accouchement, contenant du sang, du mucus et du tissu utérin). Ce point fait l'objet d'un consensus unanime (ijmâ') parmi les juristes musulmans. L'imam Al-Nawawi (v. 1233-1277) précise : « La communauté est en consensus sur l'interdiction du jeûne pour la femme qui a ses menstrues [...] et sur le fait que si elle jeûne, son jeûne n'est pas valable » (Al-Majmû', vol. 2, p. 386). Les jours de jeûne manqués doivent impérativement être rattrapés ultérieurement.
On trouve d'autres mythes et croyances attachées à l'impureté des femmes pendant la menstruation. En Turquie, par exemple, une étude rapporte qu'une croyance répandue chez 20 % des sondés affirme qu'une femme ouvrant un bocal de cornichons durant cette période entrainera leur détérioration rapide[8].
Pratique religieuse et menstruation dans d'autres religions
[modifier | modifier le code]Dans les traditions judéo-chrétiennes, la femme pourrait être considérée comme impure pour plusieurs motifs, dont la menstruation[9]. Dans la Torah (Lévitique 15: 19-30), il est écrit qu'une femme menstruée est dogmatiquement impure : « quiconque la touche sera impur jusqu'au soir » (Nouvelle version internationale). Ce statut est similaire dans l'hindouisme où il est interdit de toucher les femmes et d'entrer dans la cuisine[10],[11].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- (ar) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en arabe intitulé « الحيض في الإسلام » (voir la liste des auteurs).
- ↑ (en) Aisha S. King, Kathleen J. Sikkema, Jennifer Rubli et Britt DeVries, « “Due to These Restrictions, Girls Think of Themselves as Nothing ” : A Qualitative and Quantitative Description of Menstrual Restrictions and Stigma Among Adolescent Girls Across Religious and Other Sociocultural Contexts », Journal of Adolescence, vol. 97, no 4, , p. 901–916 (ISSN 0140-1971 et 1095-9254, PMID 39791446, PMCID 12128905, DOI 10.1002/jad.12463, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Li Wong et Ee Khoo, « Menstrual-Related Attitudes and Symptoms Among Multi-racial Asian Adolescent Females », International Journal of Behavioral Medicine, vol. 18, no 3, , p. 246–253 (DOI 10.1007/s12529-010-9091-z, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Haggai Mazuz, « Qur'ānic Commentators on Jewish and Zoroastrian Approaches to Menstruation », Review of Rabbinic Judaism, vol. 15, no 1, , p. 89–98 (DOI 10.1163/157007012X622935, lire en ligne, consulté le )
- ↑ رواه البخاري في كتاب الوضوء، 1/93.
- ↑ « Lecture du Coran au cours de la menstruation. - Islam en questions et réponses », sur islamqa.info (consulté le )
- ↑ « Coran et menstrues | Forum | Doctrine Malikite », sur www.doctrine-malikite.fr (consulté le )
- ↑ المغنى، 1/200.
- ↑ Aktürk Ü et Erci B, « Muslim Women's Beliefs About Menstruation in Turkey », Journal of religion and health, vol. 62, no 5, , p. 3188–3203 (ISSN 1573-6571, DOI 10.1007/s10943-023-01793-9, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Elizabet GURDUS, « L’impureté rituelle des femmes : la cause de l’exclusion des femmes de l’Église ? » [PDF], , p. 45
- ↑ Dr Chérif Abdel-Azim, « La femme en islam (et dans les traditions judéo-chrétiennes) »
, , p. 10, 24
- ↑ فتح الباري شرح صحيح البخاري، حديث رقم 293، ص. 497.
Liens externes
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