Mai 68 au Sénégal

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Parallèlement à de nombreux pays dans le monde, la période contestataire qui se cristallise en mai 1968 au Sénégal est marquée par une série de manifestations étudiantes et de grèves syndicales. Elle apparaît comme la convulsion majeure du gouvernement de Léopold Sédar Senghor.

Déroulement des événements[modifier | modifier le code]

La crise commence à l'Université de Dakar à la suite de la protestation des étudiants contre la réduction des bourses, avec un premier appel de l'Union des étudiants sénégalais (UDES) lancé le 18 mars et le début d'une grève de protestation le 18 mai. Le 24 mai, une assemblée générale de ce syndicat étudiant vote le début d'une grève générale et illimitée à partir du 27, en appelant à une alliance avec le l'Union nationale des travailleurs sénégalais (UNTS). Les revendications s'étendent à la dénonciation du régime, de l'impérialisme français, caractérisé par son ingérence dans la vie politique et son poids dans l'économie, du chômage et de l'inadaptation du système scolaire. Cet appel à la solidarité avec le monde ouvrier est cependant plus symbolique qu'en France, dans un pays où le salariat et le syndicat renvoient à des situations privilégiées par rapport à la majorité de la population[1].

La contestation gagne l'ensemble des établissements scolaires de la région du Cap-Vert et des bâtiments institutionnels ou des résidences abritants des hommes proches du pouvoir sont attaquées. Le 29, les groupes mobiles d'intervention forcent l'occupation de l'université dakaroise, ce qui entraîne la mort d'un étudiant répondant au nom de Salomon Khoury et 69 blessés selon les sources officielles. Des étudiants sont arrêtés et certains expulsés vers leurs pays d'origine. La répression accroît le soutien de la population aux manifestants et l'UNTS lance le mot d'ordre de grève générale. Sur les conseils du général Jean Alfred Diallo, Senghor décide de réquisitionner l'armée et obtient le soutien des forces militaires françaises en vertu des accords de défense. La grève gagne l'ensemble des régions, cependant de manière inégale, et gagne le prolétariat urbain non-syndiqué. Le 31 mai, l'armée pénètre le quartier de la Médina et arrête 200 personnes, dont les leaders syndicaux. Une manifestation de plus de 4.000 personnes, organisée le même jour, est réprimée[2].

Senghor décide cependant d'ouvrir les négociations et les grévistes obtiennent globalement satisfaction. Le 13 juin est décidé une hausse du salaire et durant le courant de l'été, le gourvernement accorde la revalorisation des bourses étudiantes, la construction d'un campus et surtout la réforme du système universitaire[3].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Omar Guèye (préf. Alain Schnapp), Mai 1968 au Sénégal : Senghor face aux étudiants et au mouvement syndical, Karthala, coll. « Hommes et société », 335 p. (ISBN 978-2-8111-1702-3)
  • Françoise Blum, « Sénégal 1968 : révolte et grève générale », Revue d’histoire moderne et contemporaine, nos 59-2,‎ , p. 144-177 (DOI 10.3917/rhmc.592.0144)
  • Omar Guèye, « Mai 1968 au Sénégal : Dakar dans le mouvement social mondial », Socio, no 10,‎ , p. 121-136 (lire en ligne)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Blum 2012, p. 144-161
  2. Blum 2012, p. 162-172
  3. Blum 2012, p. 172-173