Jean Delespine (théologien)

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Jean Delespine
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Jean Delespine ou Jean de l'Espine ou encore en latin Jean de Spina ou Spinaeus (1506, Daon[Note 1] - 1594[1] ou 1597[2], Saumur), théologien et moraliste protestant angevin.

Biographie[modifier | modifier le code]

Catholique zélé[modifier | modifier le code]

S'il reste encore des lacunes dans sa biographie sur la période catholique de sa vie[Note 2], Jean de l'Espine affirme, dans la préface de ses Opuscules, avoir été prieur au couvent des Augustins d'Angers[3]. En 1552, Jean de L'Espine est un catholique zélé, puisqu'il entreprend, à son passage à Château-Gontier, de ramener dans le giron de l'Église romaine, Jean Rabec, qui fut brûlé comme hérétique, le 24 avril 1556. L'influence du supplice de Jean Rabec sur Jean de l'Espine fut importante dans sa future conversion[réf. nécessaire].

Prêche à Angers[modifier | modifier le code]

Il était en relation épistolaire avec Jean Calvin dès 1550. Après la mort de Rabec, Jean de L'Espine continue sa route vers Angers, où il est envoyé par ses supérieurs. Pendant un an, il y prêche les nouvelles idées de l'Église Réformée, sans toutefois avouer sa conversion. Devant un nombreux auditoire, il prêche la repentance et la rémission des péchés par la mort de Jésus-Christ ; aussi finit-il par devenir suspect aux autres moines. Il doit alors s'enfuir d'Angers pour échapper au bûcher. Il doit se retirer à Montargis sous la protection de Renée de France, duchesse de Ferrare.

Protestant[modifier | modifier le code]

En septembre 1561, il participe au Colloque de Poissy[Note 3]. Il y joue un rôle[4], mais il n'a reçu de mandat d'aucune église. C'est pendant ce colloque, le 8 septembre 1561, qu'il fait profession ouverte de la religion protestante et signa la Confession de foi des églises réformées[Note 4]. Il rejoint alors le protestantisme comme d'autres membres de son ordre.

Pasteur[modifier | modifier le code]

Devenu ministre de la nouvelle religion, il devient pasteur de l'église protestante qui vient d'être crée à Saumur[Note 5]. Prédicateur réputé, il est nommé ensuite à Fontenay-le-Comte, qu'il quitta bientôt après pour aller desservir La Rochelle, où il passe, selon Louis-Étienne Arcère, plusieurs années. En 1564, il est appelé à Provins pour y établir le culte protestant[Note 6]. À partir de 1564, il n'est pas fait mention de L'Espine pendant deux ans.

Il prit part à la controverse religieuse organisée à Paris en 1566 par le duc de Bouillon et le duc de Montpensier avec deux docteurs catholiques sur les points controversés entre les deux Églises.

Saint-Barthélemy[modifier | modifier le code]

Il échappe au Massacre de la Saint-Barthélemy en 1572[Note 7]. Il trouva asile et secours à Montargis, auprès de Renée de France, après la Saint-Barthélémy. Après la mort de cette dernière, il se rend à Genève[5]; mais, au mois de juillet 1576, il est appelé comme pasteur à Saumur. Deux ans plus tard, le Synode national de Sainte-Foy le donna à l'église d'Angers, qu'il paraît avoir desservie jusqu'au traité de Nemours. Forcé de fuir en 1586, il se retira à Saint-Jean-d'Angély[Note 8].

Ministre à Saumur[modifier | modifier le code]

Après l'avènement au trône de Henri IV, L'Espine fut placé comme ministre à Saumur. Sur la fin de sa vie, ses facultés intellectuelles s'étant considérablement affaiblies, le consistoire l'engagea à prendre sa retraite en promettant de lui continuer son traitement. Il ne veut point y consentir. De son côté, le Synode national, qui se tint la même année à Saumur, lui envoya Charnier et Dorival, dans le vain espoir de vaincre sa résistance. Il vécut encore plusieurs mois.

Prosateur[modifier | modifier le code]

Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, et est considéré par Haag comme un des bons prosateurs français du XVIe siècle. Pour Louis Hogu, Son talent d'écrivain et de moraliste est fait de théologie et d'antiquité, de douceur angevine et de zèle apostolique (…) Il a parlé d'une manière remarquable la riche et vigoureuse langue du XVIe siècle.

Hauréau indique que La Croix du Maine a connu Jean de l'Espine, mais, sans indiquer le titre de ses ouvrages, et en renvoyant au catalogue des livres censurés par la Sorbonne.

Les ouvrages de Jean de l'Espine comprennent des sermons, des lettres, des livres de théologie et de polémique religieuse où, dit Pierre Bayle, la piété et la bonne morale paroissent avec éclat.. Il y aussi des ouvrages de morale théorique, des écrits moraux de circonstance, et enfin 7 livres d' excellents discours.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Traicté pour oster la crainte de mort, et la faire désirer à l'homme fidèle. P. M. D. S. A[Note 9]. Lyon : J. Lertout, 1558. In-−8° , 185 p. ; Traicté pour oster la crainte de la mort, et la faire désirer à l'homme fidèle, p. M. J. d. L'E. [Jean de L'Espine], plus une briève déclaration de la résurrection des morts, avecques quelques prières et méditations[Note 10]. (S. l.,) : imprimé nouvellement, 1583. In-32 ;
  • Discours du vray sacrifice et du vray sacrificateur, œuvre monstrant à l'œil, par tesmoignage de la Saincte Escripture, les abus et resveries de la messe et l'ignorance, superstition et impostures des prebstres, par J. de L'Espine (S. l.,), 1563. In-−8° , 23 p Lyon, Ravot, 1564, in-8[Note 11]. ;
  • Traitté consolatoire et fort utile contre toutes afflictions... composé... par J. de Spina,... Lyon : J. Saugrain, 1565. In-−8° , 63 p[Note 12];
  • Traicté des tentations et moyens d'y résister, composé par un docte et excellent personnage de ce temps [Jean de L'Espine], Lyon : Jean Saugrain, 1566. In-−8° , 60 p ;
  • Dialogue de la Cène de N. S. Jésus-Christ, plus un traitté du vray sacrifice et vray sacrificateur, par Jean de L'Espine,... (S. l.,), 1566, In-−8° , 70 p ;
  • Actes de la dispute et conférence tenue à Paris, ès mois de juillet et aoust 1566, entre deux docteurs de Sorbonne et deux ministres de l'église réformée..., Strasbourg, P. Estiard, 1566, 1567. In-32, 295 p. ; Paris : J. Dallier, 1568. In-−8° , 573 ff. et table ; Actes de la Conference (Les) tenue à Paris es Moys de juillet & Aoust, 1566. Entre deux Docteurs de Sorbonne, & deux Ministres de Calvin[Note 13]. Paris Par Jean Foucher 1568 In-8 de 20-573-(3) ff. ; Verdun, par Nicolas Bacquenois. 1568[Note 14] ;
  • Défense et confirmation du traicté du vray sacrifice et sacrificateur, faict par M. Jehan de l'Espine,... à l'encontre des frivoles responses et argumens de M. René Benoist,... Genève : impr. M. Bezart, 1567. In-8 ̊ , [VI-] 152 p[Note 15] ;
  • Traicté povr consoler les malades et les asseurer contre les frayeurs et apprehensions de leurs pechez, de la mort, du Diable, de la Loy et de l'Ire et le Jugement de Dieu. Sans lieu ni nom d'imprimeur[Note 16] 1582. Petit in-8. 4ff. 124ff[Note 17]; La Rochelle, 1588 ;
  • Excellens discours de I. de l'Espine, Angevin touchant le repos et le contentemen de l'esprit. Distinguez en sept livres, avec sommaire & annotations, qui montrent l'ordre et la suite des discours[Note 18] Basle, 1587. In-−8°, pièces limin., 718 p ; La Rochelle : T. Regius, 1588, In-−8°, pièces limin., 718 p. et table ; Lyon : G. de Lomme, 1589, In-−8°, pièces limin., 718 p. ; La Rochelle, Hierosme Haultain, 1594. Petit in-12, 758 p ;
  • Consolation et instruction aux malades contre l'appréhension : 1. de leurs péchez, 2. de la mort, 3. du diable, 4. de la malédiction de la foy, 5. de l'ire et du jugement de Dieu, par M. J. de L'Espine (Genève,) : pour J. Chouët, 1588. In-16, 269 p ;
  • Opuscules théologiques de M. Jean de L'Espine,... comprins en deux parties[Note 19]... (Genève,) : impr. de J. Stoer, 1598. In-16, 1044 p., index.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Bayle, Dictionnaire historique et critique, Desoer, 1820, p. 411 ;
  • Haag, La France Protestante, pp. 37–40; 1846-1849 ;
  • Jean-Barthélemy Hauréau, Histoire littéraire du Maine, p. 56 ;
  • Louis Hogu, Jean de l'Espine, moraliste et théologien (1505-1597). Sa vie, son œuvre, ses idées (« Bibliothèque de l'École des Hautes Études, Sciences historiques et philologiques », 203), Paris, Honoré Champion, 1913, VIII-184 p.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Les Frères Haag se basent sur Jean-François Bodin pour avancer cette date. Or, il semblerait que Bodin parlait de Jean Delespine, un homonyme, également angevin et presque contemporain.
  2. Jean-Louis Chalmel prétend dans Histoire de la Touraine, que L'Espine et le prieur des Augustins Gerbault prêchèrent les doctrines évangéliques à Tours dès le commencement de l'année 1532. Pour Haag, Chalmel peut avoir raison en ce qui concerne Gerbault; mais pour ce qui regarde L'Espine, il s'agit d'une fausse information.
  3. Il n'est pas un des députés des Protestants.
  4. Une lettre de Théodore de Bèze à Jean Calvin, datée du 12 septembre 1561, ne laisse aucun doute à cet égard : Eodem die [8 septembre], lui dit-il, Johannes a Spina totus noster est factus. Confessioni nostrae subscripsit seque totum Ecclesiae judicio submisit.
  5. Il est le premier pasteur jusqu'en mai 1562.[réf. nécessaire]
  6. Ceci conformément à l'édit de pacification et aux lettres-patentes que Saint-Simon et son beau-fils Besancourt avaient obtenues du roi, lesquelles avaient été entérinées à Provins à la fin de juillet ou au commencement d'août, en dépit de l'opposition du clergé romain
  7. Couvert de la livrée d'un domestique, il essaya de sortir de la ville avec Madelaine Briçonnet, veuve de Thibaut de Longuejoue, sieur d'Iverny, et nièce du cardinal Guillaume Briçonnet, dame, dit de Thou, de beaucoup de lecture et d'une grande instruction. Malgré le soin qu'elle avait pris de se déguiser, ainsi que sa fille Françoise, elle fut reconnue par les égorgeurs, jetée à l'eau et assommée par des bateliers. Pendant que les assassins s'acharnaient sur son cadavre, L'Espine réussit à se perdre dans la foule, et gagna Montargis. Haag, p. 38.
  8. Il adressa à son troupeau une Lettre, datée du 25 février 1586, qui a été publiée dans les Mémoires de la Ligue (Tome 1). L'Espine y reproche aux fidèles de son église les nombreuses apostasies qui avaient eu lieu parmi eux. Voir Haag, p. 39.
  9. Par M. de Spina.
  10. Par Hélie Philippin.
  11. Il s'agit d'un manifeste contre la liturgie romaine.
  12. Discours en faveur de la liberté de conscience à l'adresse des protestants : l'auteur les encourage à se raidir contre la persécution, à opposer le glaive au glaive, et à ne jamais désespérer de la cause des saints.
  13. "Ces Actes ont esté collationnés aux originaux, les Ministres appelés, & Goguyer Notaire pour eux qui les a signés."
  14. Compte-rendu de la conférence entre Simon Vigor et Claude de Sainctes, docteurs de Sorbonne, et Jean de L'Espine et Hugues Sureau Du Rosier, ministres de l'Église réformée.
  15. Cet opuscule est une réplique aux objections faites contre le Discours du vray Sacrifice, par René Benoist, Angevin, curé de l'église Saint-Eustache de Paris. Hauréau indique que La Croix du Maine se trompe vraisemblablement, quand il nous dit que l'ouvrage de René Benoist, auquel répond Jean de l'Espine, fut publié dès l'année 1562.
  16. Il a probablement été imprimé à Angers, ville de résidence de Jean de l'Espine de 1576 à 1585.
  17. À noter que ce volume manque aux bibliographies et à la Bibliothèque nationale de France. Un exemplaire existe à l'Académie de Médecine de Paris (incomplet d'un feuillet).
  18. Avec une préface par Simon Goulart.
  19. Épître signée : S. G. S., 1er janvier 1587.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre BAYLE, Dictionnaire historique et critique, vol. tome 13, Desoer, Paris, (lire en ligne), (art. SPINA), p. 411-412
  2. Eugène et Emile HAAG, La France protestante : ou vies des protestants français qui se sont fait un nom dans l'histoire, depuis les premiers temps de la réformation jusqu'à la reconnaissance du principe de la liberté des cultes par l'Assemblée nationale, vol. tome 7, Joël Cherbuliez, Paris, (lire en ligne), p. 37-40.
  3. Jacques LONGUEVAL et alii, Histoire de l’Eglise Gallicane, vol. tome 19, Librairie Catholique de Perisse Frères, Lyon et Paris, (lire en ligne), p. 401-402
  4. Haag, t.II, p. 263.
  5. Archives de la Corporation des pasteurs. Registre A.

Liens externes[modifier | modifier le code]