Grande Démission

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Au début de la pandémie de COVID-19 on constate une importante chute des démissions aux États-Unis, puis un retour au niveau d'avant pandémie en juillet 2020 qui se poursuit jusqu'à un pic record en avril 2021[1].

La Grande Démission (Great Resignation) est un ample phénomène de démissions professionnelles qui a commencé aux États-Unis à partir de juillet 2020, à la suite de la pandémie de Covid-19, lorsque des millions d'Américains insatisfaits de leur travail ou de leur salaire ont quitté leur emploi[2],[3]. Les métiers de la restauration et du commerce sont les plus touchés[4].

Apparition du terme[modifier | modifier le code]

Selon Romaric Godin, le terme a été proposé dès 2019 par l’universitaire américain Anthony Klotz, qui anticipait qu’une fuite massive du marché du travail salarié était une suite logique des dérives du modèle capitaliste moderne[5]. Ce modèle a fait selon lui de la soumission des salariés aux intérêts de la finance sa pierre angulaire.

Un phénomène paradoxal[modifier | modifier le code]

Il est vrai que depuis les années 2000 jusqu'à 2019, le taux de démission aux États-Unis n'avait jamais dépassé 2,4 % des travailleurs par mois[6]. Normalement, la hausse des taux de démission indique que les travailleurs pensent pouvoir trouver un emploi mieux payé ; cela correspond généralement à des périodes de stabilité économique[7]et à des taux de chômage assez bas[8],[9]. Inversement, pendant les périodes de chômage élevé, les taux de démission ont tendance à diminuer car les taux d'embauche diminuent également. Par exemple, pendant la Grande récession, le taux de démission aux États-Unis est passé de 2,0 % à 1,3 %, alors que le taux d'embauche est passé de 3,7 % à 2,8 %[7].

Les taux de démission aux États-Unis pendant la pandémie de COVID-19 ont initialement suivi ce schéma. En mars et avril 2020, un nombre record de 13,0 et 9,3 millions de travailleurs (8,6 % et 7,2 %) ont été licenciés, et le taux de démission est ensuite tombé à son niveau le plus bas en sept ans, soit 1,6 %[7]. La plupart des licenciements et des démissions ont été le fait de femmes, qui travaillent de manière disproportionnée dans les secteurs les plus touchés par les fermetures, comme les industries de services et les garderies[8],[10],[11].

Cependant, à mesure que la pandémie s'est poursuivie, les travailleurs ont paradoxalement quitté leur emploi en grand nombre. Et ce, malgré la persistance d'une pénurie de main-d'œuvre et d'un taux de chômage élevé[12].

La pandémie aurait accentué la prise de conscience que la hiérarchie des rémunérations et des gains était sans aucun lien avec l’importance des fonctions exercées dans l’économie. Les métiers essentiels ont continué à travailler pendant la crise, alors qu’il s’agit de métiers mal reconnus et mal payés, et la finance a prospéré. Selon Godin, le discours sur le mérite et la justice de la société de marché s’est révélé n’être qu’une fable et les gens ont cessé d’y croire et n’ont plus voulu alimenter cette fiction, provoquant leur démission[réf. souhaitée].

Selon la Revue Nature, ce phénomène a aussi touché le monde scientifique où « un grand nombre de travailleurs réévaluer leur carrière et leur mode de vie et choisir de quitter leur emploi à la suite de la pandémie. Le milieu universitaire ne fait pas exception, de nombreux scientifiques décidant de quitter le secteur face à l'augmentation de la charge de travail, aux biais systémiques et à la pression de publier »[13],[14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Economic Indicators of JOLTS (Job Openings and Labor Turnover Survey)
  2. Cohen, Arianne (May 10, 2021), "How to Quit Your Job in the Great Post-Pandemic Resignation Boom", Bloomberg
  3. La "grande démission" post-Covid ? Partout, mais pas en France
  4. « « La Grande démission », un phénomène qui pourrait toucher la France ? », sur Figaro Recruteur, (consulté le )
  5. Romaric Godin, « Aux États-Unis, la lutte des classes est de retour », sur Mediapart (consulté le )
  6. (en) « JOLTS » [archive], sur Economic Policy Institute (consulté le )
  7. a b et c (en) Andrea Hsu, « As The Pandemic Recedes, Millions Of Workers Are Saying 'I Quit' », sur NPR (consulté le )
  8. a et b (en) « What the Increase in Quit Rates During a Recession Means for Women—and How to Counteract It - Ms. Magazine » [archive], sur msmagazine.com (consulté le )
  9. (en) « For some, quitting a job during COVID-19 may make sense » [archive du ], sur Marketplace (consulté le )
  10. (en-US) « Gender Differences in Sectors of Employment » [archive du ], sur Women in the States (consulté le )
  11. (en-US) « Women have been hit hard by the coronavirus labor market: Their story is worse than industry-based data suggest » [archive du ], sur Economic Policy Institute (consulté le )
  12. (en) Scott Horsley et Andrea Hsu, « Hiring Picked Up Last Month, But The Economy Still Needs More Workers », NPR.org,‎ (lire en ligne[archive du ], consulté le )
  13. (en) Benjamin Thompson, Nick Petrić Howe et Shamini Bundell, « Ancient 'giraffes' sported thick helmets for headbutting », Nature,‎ (DOI 10.1038/d41586-022-01601-6, lire en ligne, consulté le )
  14. (en) Virginia Gewin, « Has the ‘great resignation’ hit academia? », Nature, vol. 606, no 7912,‎ , p. 211–213 (ISSN 0028-0836 et 1476-4687, DOI 10.1038/d41586-022-01512-6, lire en ligne, consulté le )

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]